- Speaker #0
Salut à tous, cet été, Toke reste dans les starting blocks pour parler des enjeux autour de notre alimentation. Parce que c'est justement au moment de la saison estivale que de nombreuses problématiques deviennent très concrètes. Il y a le dérèglement climatique ou encore l'impact de nos habitudes de consommation. Alors cet été, je vous propose de réécouter des témoignages qui racontent autrement ces questions essentielles. Et on ne change rien, et évidemment pas une équipe qui gagne puisqu'il s'agit bien sûr de les explorer à travers la force mentale de tous ceux qui nous nourrissent. On commence avec Rémi Martin, un apiculteur de Seine-et-Marne. L'été, c'est une période clé pour la récolte du miel. C'est le moment où les apiculteurs sont sur tous les fronts pour récolter le fruit de leur travail. Et puis Rémi Martin, c'est un producteur qui a mis la pédagogie au cœur de sa démarche. Lors de notre rencontre, il a pris le temps d'expliquer pourquoi les abeilles sont en danger et pourquoi elles sont au cœur de notre système alimentaire. Bonne écoute.
- Speaker #1
Si je te parle des frelons asiatiques, si je te parle de la loi du plomb, c'est également pour savoir si, avec Nicolas, vous avez des moments de découragement. Parce que ça donne l'impression d'avoir besoin d'être sur tous les fronts, en fait.
- Speaker #2
Des fois, c'est très dur. Des fois, par exemple, quand on a perdu tous ruchés à Coupe Vraie, on était limite en pleurs. envoyer... Toutes ces ruches qui étaient envahies par les frelons, c'était une catastrophe pour nous, pour nos abeilles, pour tout le travail qu'on avait donné pour justement faire toutes ces colonies, récolter ce miel, et d'un coup vous vous retrouvez avec plus rien, et donc plus de bruit d'abeilles que des bruits de frelons. Plus de miel, la saison d'après, plus vos abeilles. Et ça, c'est vraiment dur. Mais à chaque fois, il y a toujours un mais. Et c'est ça qui nous donne envie à chaque fois d'aller plus loin.
- Speaker #1
C'est quoi ce mais ?
- Speaker #2
Ce mais, c'est les humains qui nous entourent. C'est tous nos clients, tous ceux qui croient en notre projet. C'est une chaleur humaine qui fait qu'on a envie de continuer. On a envie de continuer à montrer qu'on fait des bons produits. On a envie de continuer à préserver nos abeilles. préserver notre biodiversité, on a envie de continuer à faire marcher ce commerce local et c'est ça qui nous redonne la foi à chaque fois qu'on avait fait une petite cagnotte en ligne, il y avait une journaliste qui était venue, là de la Marne, Julie, juste à côté, qui avait fait un article sur nous et qui nous a dit, créez en même temps une cagnotte comme ça si jamais il y a des gens qui ont envie de donner, ils donneront Du coup,
- Speaker #1
rappelle-nous, cette cagnotte c'était pour pouvoir reconstituer vos colonies ?
- Speaker #2
Pour pouvoir nous racheter des nouveaux essaims de... d'abeilles. Donc tout le monde nous a aidés à participer à cette cagnotte. Ça nous a fait chaud au cœur. Aussi la famille, les amis, mais ça a dépassé bien plus que ça. Et je me rappelle avec Nico, on était là, pour nous, on se posait la question, est-ce que l'année prochaine on reprend ou pas ? Tous ces messages, toutes ces choses-là, ça nous a touchés. On s'en s'y portait.
- Speaker #1
Et vous vous êtes déjà posé la question, c'est ça ?
- Speaker #2
Mais oui, mais après, on ne sait jamais comment ça va être. On se demande tout le temps, qu'est-ce qu'on va faire ? Comment on s'adapte à ça ? On prend des charges de travail en plus. Et même à chaque fois, quand on fait un miel. Par exemple, là, tu as devant toi un super miel de thym, la médaille d'or au concours des miels de France. Celui-là, pour le faire, on en passe des nuits sur la route. Un coup, tu peux prendre... C'est une aventure à chaque fois. Tu peux prendre... Toutes les précautions qu'il faut, mais il suffit que tu crèves sur l'autoroute et tout de suite ça devient toute une aventure, tout un marathon. Il faut changer le pneu et puis il faut faire attention parce qu'on a les abeilles, donc il ne faut pas trop les faire patienter, il faut repartir.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on n'en a pas parlé, c'est que vous n'avez pas choisi non plus la solution facile, c'est qu'on a parlé des toutes premières ruches à Torigny, mais entre-temps aujourd'hui vous avez 200 ruches, mais pas que en Ile-de-France.
- Speaker #2
Voilà, c'est ça. Notre spécialité aujourd'hui c'est la transhumance, c'est d'aller faire des miels monofloraux rares. qu'on va chercher en France. Là, on vient par exemple avec du miel de sapin du Forest, un superbe miel avec un goût bien particulier. Mais on va aussi, par exemple, jusque dans les Cévennes, c'est Arnaud qui a racheté un masque perdu sur un cosse à côté du Cirque de Navasel. Le Cirque de Navasel, c'est une espèce de mini-canyon français. C'est superbe, c'est splendide, mais c'est aussi les causes des endroits arides qui peuvent... La nature a très peu de temps pour se développer, mais dès qu'elle se développe, dès que le caux passe l'hiver et renaît, c'est un foisonnement de fleurs, d'insectes. Moi, je suis allé pour son anniversaire là-bas et j'ai vu toutes ces mottes de thym. J'ai dit pourquoi on n'essayerait pas de faire un miel de thym ? Elle m'a dit, Banco, vas-y, viens, ramène tes ruches l'année d'après. On s'est dit, un miel de thym, ici, quand on en cherche, ça vient soit d'Espagne, soit de Grèce. Bref, on ne sait même pas la provenance de ce qu'il y a dans les pots. On s'est dit pourquoi pas nous faire un vrai miel de thym brut, authentique, qui vient de France. Et on a trouvé l'endroit.
- Speaker #1
Concrètement, comment ça se passe ? Vous partez tôt le matin, vous prenez le camion, tu te laves à quelle heure ?
- Speaker #2
C'est toujours très dense et ça demande de bien s'organiser. Mais ça se prépare même une semaine à l'avance. On décide du jour, on va voir les ruches, on rassemble nos ruches qu'on veut prendre. Et puis c'est soit on se lève très tôt le matin, soit on part très tard le soir, parce qu'en fait les abeilles se déplacent grâce au soleil. Dès qu'il fait nuit, elles rentrent toutes dans leur ruche, et nous c'est à ce moment où on peut arriver et puis les déplacer. Donc on les déplace, souvent on part très tôt le matin. Ou s'il fait trop chaud, ou si c'est les moments des vacances, on va plus se rouler de nuit parce que du coup, ça évite d'être bouché, de se retrouver dans les embouteillages et puis d'avoir trop chaud pour les abeilles parce qu'elles ont besoin de ventilation. Et puis pendant le transport, il faut que tout ça se passe bien. Donc c'est un peu comme une petite caravane. On ferme les portes de la caravane, on pose la ruche sur une remorque et puis hop, on fait tout le trajet, souvent d'une traite. Donc pour descendre jusque là-bas, il nous faut plus de 8 heures. On ne s'arrête pas, juste... pour changer de conducteur et ça repart tout de suite. Moi, je me sens utile parce que je vais créer des liens avec des personnes, je vais créer des liens aussi avec mes clients. Quand on me dit « ton miel, il est super » , alors ce n'est pas notre but, mais dès qu'on a une médaille au concours général agricole ou au concours des miels de France, on est ravi parce que c'est juste un remerciement pour ce qu'on a fait. « Ton miel, il est super » . t'as des hôtels qui nous appellent parce qu'ils trouvent notre miel super ils veulent le mettre sur le buffet de leur petit déjeuner ils nous font confiance en fait c'est cette confiance souvent dans le miel, quand les clients qui nous connaissent pas, ils arrivent ah est-ce que c'est du vrai miel ? bah oui c'est du vrai miel, c'est un vrai miel authentique nous on se déplace à la sueur de notre front à la sueur de, bon elle transpire pas mais au dur labeur de nos abeilles pour vous proposer ça et non je vais pas m'amuser à faire du faux miel moi tout ce que là C'est juste le nectar qui a été transformé par mes abeilles qu'on met en pot. Une abeille, pour faire un pot de miel, c'est plus de 2 millions de fleurs. Je ne vais pas falsifier son travail.
- Speaker #1
Mais en termes de charge de travail, par contre, qu'est-ce que ça représente justement de produire ces pots ?
- Speaker #2
C'est énorme, c'est tout le temps en fait. C'est constant avec Nico, on est tout le temps à se demander, est-ce qu'on va déplacer ces abeilles ? Est-ce qu'elles ont rempli ? Est-ce que la température est bonne ? il ne pleut pas trop, donc souvent on a les agriculteurs avec qui on travaille, les personnes à qui appartiennent souvent ces terres, qui ont des indices, qui connaissent aussi leur endroit, qui nous donnent des informations, on réajuste à chaque fois, puis après le travail, une fois, il y a les côtés des abeilles, mais après ce n'est pas fini, parce qu'on pourrait vendre notre miel dans des gros fûts, la bleue comme ce que tu as ici, à quelqu'un qui prendrait, qui mélangerait avec d'autres, mais on perdrait cette authenticité de notre miel, donc nous on le met en pot, Dans notre mièrerie, tu n'as que du miel qu'on produit. Et ce produit-là, pour nous, c'est une histoire. C'est une histoire entre l'apiculteur, c'est une histoire avec les abeilles, avec les fleurs. On le met en pot, on fait toutes les petites étiquettes et tout ça. On essaie aussi de créer des packagings pour qu'ils soient attrayants d'un point de vue commercial.
- Speaker #3
On fait le commerce de notre miel.