- Speaker #0
Tournez la page par Zoé Beaumont. Née dans la pauvreté, Michelangelo Vitaliani, dit Mimo, est encore un adolescent lorsqu'il est envoyé vivre chez son oncle. Chez cet homme alcoolique et violent, il deviendra apprenti sculpteur. Et il s'avère que Mimo a un véritable talent. Alors, peu à peu, il gravit les échelons et devient un sculpteur de renom. En parallèle, il fait la rencontre de Viola, une jeune fille fantasque issue d'une famille fortunée dont le rêve est de voler de ses propres ailes, au sens propre comme au sens figuré. Tous deux jurent de ne jamais se quitter. Pourtant, d'en veiller sur elle, le magnifique roman de Jean-Baptiste Andréa, les obstacles s'accumulent. Quand Mimou confie à Viola, nous sommes deux aimants. Plus nous nous rapprochons, plus nous nous repoussons. Viola réplique « Nous ne sommes pas des aimants, nous sommes une symphonie et même la musique a besoin de silence » . Dans ce nouvel épisode, Olivier, alias Devostik, alors en pleine ascension dans le monde du rap, va faire une rencontre qui ne le laissera pas de marbre. Peut-on vraiment sculpter une relation amoureuse à l'image de ce que l'on avait imaginé ?
- Speaker #1
Pour certains, je suis Olivier et pour d'autres, je suis Devostik. Devostik parce que je suis un artiste rappeur et Olivier parce que c'est mon nom de naissance. J'ai un parcours chargé de développement de ressources humaines et puis je fais de la musique depuis que j'ai 14 ans. Et aujourd'hui j'en ai 26. Ça va faire 3-4 ans que je fais de la musique de manière professionnelle maintenant. Je vais parler du Zahir de Paulo Coelho qui est un livre... qui aborde du coup un voyage introspectif de l'auteur. Il va perdre une personne qu'il aime, qui est sa femme Esther, et qui disparaît en fait du jour au lendemain. Il va du coup être bouleversé par la perte de sa femme. C'est le point de départ, c'est là que son voyage commencera et qu'il découvrira en fait lui-même la personne qu'il est. Pour mettre dans le contexte, Paul Coelho, du coup, dans son livre, il se présente comme justement un artiste écrivain qui appartient à un milieu aisé parisien. On découvre au cours de ce voyage. Il cherche ce qu'il appelle le Zahir. Le Zahir est décrit là comme quelque chose qui va obnubiler nos pensées, qui sera une obsession. On va découvrir à la fin, on va découvrir au cours même du livre, que ce qui représente son Zahir, c'est sa femme. C'est sa femme, c'est son amour qui a disparu du jour au lendemain, qui est parti sans donner de nouvelles. Je suis Gabonais d'origine. Je suis né du coup à Libreville. J'ai vécu uniquement avec ma mère qui m'a eu très jeune. Donc j'ai été élevé par ma mère et ma grand-mère et mes grands-parents. J'avais un père mais je n'ai pas du coup vécu avec lui.
- Speaker #0
C'était quoi la place de l'amour quand tu étais petit ?
- Speaker #1
Alors j'ai vécu dans une société africaine. où on ne dit pas tous les jours je t'aime, mais j'ai vécu avec beaucoup d'amour. J'ai vécu avec beaucoup d'amour parce que du coup, lorsque tu vis dans une grande famille, avec des oncles, des tantes et des frères et des sœurs, tu es toujours entouré, tu n'as jamais ce vide en fait. Ma mère, elle a deux petites sœurs qui ont aussi fait office de mère pour moi. Donc en gros, j'en ai eu quatre, ma grand-mère, ma mère et les deux petites sœurs de ma mère.
- Speaker #0
Assez féminin quand même comme entourage. Assez féminin,
- Speaker #1
exactement, comme entourage, exactement. Donc ça va, côté amour, j'en ai reçu. C'était la grande saison sèche, celle qui correspond du coup à l'été ici, à la fin de mon CM2. Je prends un petit cahier et que je commence à écrire des histoires parce que j'ai envie de raconter mon été et que je m'ennuie un tout petit peu. Je n'ai pas trop le droit de sortir parce que du coup c'est un peu dangereux dehors. Mes étés, ils n'étaient pas créatifs. Donc ce que je faisais, c'est que je racontais ma journée d'aujourd'hui mais en rajoutant des choses que je n'ai pas faites. des trucs que j'aurais pu faire qui pourraient être intéressants. Et je racontais ma vie comme si je racontais l'histoire d'un personnage fictif. Ce petit cahier, je l'ai perdu au fur et à mesure. Je ne pensais pas en faire un livre. Je ne savais même pas ce que je faisais. Mais je voulais juste écrire et raconter. Mais ça me permettait de m'évader, de passer du temps. À 14 ans, je suis en 3e. J'ai un ami qui lui a un grand frère qui fait du rap. Et là, un jour, on est en cours de sport après le PS. On se dit, allez, demain et tout, chacun vient avec son texte et on va s'organiser un petit clash. Et c'est là que ça a commencé. C'était vraiment tout bête. Dans mon quartier, il y avait des grands qui, eux, avaient des labels indépendants, qui fréquentaient des studios, mais vraiment, ce n'était pas le grand luxe. Il y avait un endroit où je traînais le soir au collège, c'était chez le disquaire. Il s'appelait Sidi. Vu que la connexion Internet n'était pas forcément fluide ou accessible, le Wi-Fi, etc., il nous envoyait de la musique sur des clés USB pour qu'on puisse écouter de la musique. Je pouvais dire à ma grand-mère qu'allez, je vais chercher un film. Mais là, je pouvais passer 30 minutes, une heure et tout. Là-bas, ça parlait de musique, etc. Et c'est vraiment là que je me connecte, en fait, avec les grands de chez moi. Et que moi, j'écris aussi un tout petit peu, et voilà. Et ils commencent un peu à me coacher et tout ça. Pour ma mère, par exemple, elle est l'élite plutôt pour mon fils, exprime-toi, donc fais ce que tu aimes bien, ça va bien se passer. Déjà, c'est elle qui m'offre, en fait, mon premier matériel et tout pour poser, mon micro, ma carson. Donc,
- Speaker #0
tu te prends au sérieux, quand même.
- Speaker #1
Au sérieux, non. Elle m'offre ça parce qu'elle pense que justement, c'est justement, en fait, elle dit les jeunes comme cadeau, allez hop, tiens. Et elle ne prend pas ça au sérieux, pas plus que ça. Mais elle ne m'a jamais empêché de faire ce que je voulais. Donc merci à elle déjà. Mes premières opportunités musicales commencent vraiment lorsque je suis en terminale et où il y a des mecs sur Insta qui me contactent, qui me disent, ah ouais, j'aime bien ce que tu as fait là, viens et tout, on va poser en studio. Et là, je me retrouve et tout à prendre le train et tout allait en studio et tout à Paris et c'est vraiment là que je connais et tout vraiment le monde du studio un peu d'autres personnes mais encore rien de professionnel vraiment et en même temps je ne sais pas ce que je veux faire, je ne peux pas mettre un doigt en fait sur le métier que je veux faire donc comment faire, je reste dans le schéma social en fait que je connais et qui m'offre en fait une sécurité ça se traduit du coup par une recherche de moi et hop l'amour l'amour Donc là arrive une partie de ma vie où je rencontre une jeune fille. Je vois une jeune fille, elle est jolie, je vais lui parler et je lui dis simplement qu'elle est jolie. Et du coup je commence à discuter avec elle. Elle ne venait pas de Toulouse, elle venait d'une autre ville. Et du coup elle est très naturelle. Mais encore là en fait si je lui parle c'est parce que je ne sais pas en fait ce qu'elle a à l'intérieur d'elle. Donc voilà juste par son apparence. Et ensuite, plus tard, je discute avec elle. J'essaie de la mettre à l'aise, de ne pas non plus être gênant et de ne pas faire penser que je serai un profiteur ou quoi que ce soit. Et je me rends compte que quand elle me parle, en fait, elle vit cette introspection, mais au millimètre près, comme moi je le vis. Au millimètre près. Ses tourments, ses interrogations sans réponse. Le questionnement existentiel. Il y a beaucoup de jeunes qui se... Question sur leur existence et tout. Mais souvent, il y a certains jeunes, ils ne se demandent pas qu'est-ce qu'ils font là, actuellement, à ce moment-là, à l'instant T, à la minute. Et continuellement, ils ne se posent pas cette question. Mais elles comme moi, si. Quand elles me disaient un truc, ah oui, toi aussi, moi aussi, toi aussi, moi aussi, moi aussi, toi aussi, toi aussi, moi aussi. Et puis voilà, c'était comme ça. Et du coup, ça allait très vite, ça allait naturellement. Dès qu'on a discuté ce jour-là, même le lendemain, on ne s'est plus lâchés. Et juste après, elle n'était pas de la ville, mais on était tout le temps ensemble. Et tout, du coup, elle était venue chez moi, etc. On a été, on nous dit aimer en couple et tout, sans se le dire. Mais il y avait vraiment, en fait, cette représentation de... On vit le même truc, tu vois. Enfin, j'ai trouvé, en fait, quelqu'un qui comprend exactement ce que je suis en train de vivre. Elle n'a pas de réponse. Je n'ai pas de réponse. Mais c'est pas grave, on kiffe. Elle vit, en fait, une période. Une période où elle se renferme sur elle-même beaucoup, etc. Et puis, moi, je comprends. Je comprends ce qu'elle est en train de vivre. Au départ, je suis dans ce questionnement. Donc, ça veut dire qu'on est toujours ensemble, mais je sens ce retrait. Donc, je suis dans ce questionnement en mode, qu'est-ce que tu as ? Qu'est-ce que je peux faire ? Est-ce que je veux t'aider et tout, vu que je comprends ? Et après, ça ne va pas durer longtemps, en fait, ce moment-là, parce que du coup, je suis aussi en mode, dû peut-être à mon éducation et ma culture, en mode, bon, soit digne. C'est dommage d'être comme ça parfois, mais bon, c'est la vie. Et puis... Je me dis que si je vis ça et que moi, personne ne peut m'apporter des réponses et que des fois, ce que j'ai besoin, c'est d'être seul, ce que je lui offrirais, je lui dirais, tu sais, là, en ce moment, tu ne vas vraiment pas bien. Prends du temps pour toi, c'est mieux. Et peut-être qu'après, quand tu vas mieux et tout, tu reviendras me parler et tu me diras ce qu'il y a réellement. Et en fait, à ce moment-là, je fais un service civique à Pôle emploi qui est France Travail aujourd'hui. une collègue m'avait envoyé un passage Du Zahir sur WhatsApp, c'était en fait une image d'un passage de livre et tout, comme on en voit partout sur les réseaux. Et c'est ce passage-là qui m'a vraiment donné envie de lire le livre. Pourquoi les gens sont tristes ? C'est simple, répond le vieillard. Ils sont prisonniers de leur histoire personnelle. Tout le monde est convaincu que le but de cette vie est de suivre un plan. Personne ne se demande si ce plan est le sien ou s'il a été inventé par quelqu'un d'autre. Tout s'accumule des expériences, des souvenirs, des objets, des idées qui ne sont pas les leurs. Et c'est plus qu'ils ne peuvent porter. Et c'est ainsi qu'ils oublient leurs rêves. On se sépare. Voilà, je lui dis qu'on se sépare parce que je lui dis qu'elle a peut-être besoin, justement, de vivre ça seule. Et peut-être pas le courage de me dire ou de le savoir, vu qu'il faut bien que quelqu'un, en fait, fasse quelque chose. Je comprenais ce qui se passait en réalité. C'est pas un événement. C'est justement, en fait, ce tourment, en fait. Ce truc-là, tu vois, ce truc de se questionner, de se demander, est-ce que je suis à la place où je dois être, en fait ? Est-ce que c'est ce que je dois faire dans ma vie ? Pourquoi est-ce que je ne sais pas ce que je veux faire demain ? Et ça angoisse, et ça angoisse, mais vraiment. Et c'est pas tout le monde qui peut le vivre facilement. Et c'est pas tout le monde qui a la musique pour évacuer. Dès que je commence, j'ouvre le livre, la première page, mais c'est ça en fait, ça parle directement de sa femme qui disparaît. Et il commence en fait à vivre en fait cette espèce de trouble dans sa vie, de trouble de ses émotions. de bouleversement en fait, qu'il ne comprend pas ce qui se passe dans sa vie. Et je lui dis, mais attends un peu, mais je connais ça. C'est moi ça en fait au début, tu vois, juste après la fin de l'histoire. Je lui dis, mais j'aimerais savoir comment il a géré ça.
- Speaker #0
Est-ce que déjà il répond à tes questions ?
- Speaker #1
Il me permet de chercher la réponse sans pour autant aller persécuter l'autre avec des questions. Il apaisait si je peux dire mon trouble, parce qu'à chaque fois que je lisais, je voulais savoir en fait la suite. Je me refusais presque en fait de le lire vite. Ça veut dire que je lisais, bam, après je renfermais quand je pensais avoir compris quelque chose. Et après je revenais. Et après je comprenais autre chose. Paul Le Coelho, là où il est honnête, là où je le trouve honnête comme auteur, c'est qu'en fait, il ne donne pas des leçons de vie. Il passe par des réflexions. Il pose des solutions qui pourraient en être, mais il laisse toujours par la réflexion. Je ne sais pas comment est-ce que les autres lecteurs ont trouvé cette œuvre, mais moi je me suis reconnu un tout petit peu en lui. En vrai, je dis un tout petit peu, mais beaucoup. Je me suis déjà senti tellement triste que je me suis dit que je cherchais mon Zahir, que j'ai toujours su que je cherchais mon Zahir. Je savais la forme qu'il avait, la couleur qu'il avait, mais je ne savais pas ce que c'était. Si c'était un objet, si c'était une passion, si c'était une personne ou autre. Ça, je ne le savais pas. Je sens que je l'ai trouvé, ce Zahir. Je l'ai trouvé à la bonne période. Je l'ai trouvé au bon moment. Je peux faire en sorte qu'il ne soit pas obsédant dans le mauvais sens du terme. Et comment aimer ? une personne telle qu'elle est, pas en voulant qu'elle soit comme on est, mais la laisser être comme elle est.
- Speaker #0
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