- Speaker #0
Tournez la page par Zoé Beaumont.
- Speaker #1
Franck Thilliez est un écrivain spécialisé dans les thrillers. Après une école d'ingénieur, il travaille d'abord dans l'informatique, mais son esprit continue de vagabonder. Et si un ouvrier disparaissait soudain ? Et si un employé se vengeait après un licenciement ? Ces éléments biographiques, on les retrouve dans son ouvrage Le plaisir de la peur, où il partage aussi ses conseils d'écriture. C'est le soir, et surtout la nuit, que son inspiration s'éveille. Voici ce qu'il écrit dans le chapitre intitulé Passage à l'acte. La bascule vers l'écriture s'est produite un soir d'octobre 2000. J'avais tout juste 27 ans. Je revenais du travail. Après avoir dîné, je me suis mis devant mon ordinateur. J'ai allumé mon écran, j'ai lancé mon traitement de texte, Et j'ai créé un fichier intitulé « Fichier » . Conscience animale, et j'ai tapé chapitre 1. Comme une poule pour un oeuf, c'était le moment de sortir cette histoire venue hanter mes nuits. Ce fut à la fois extraordinaire et d'une banalité absolue. Audrey nous raconte à son tour comment ses insomnies ont été le déclencheur qui lui a donné envie d'écrire et combien la nuit peut parfois devenir un véritable terrain de création. Audrey, comment et quand as-tu commencé à écrire ?
- Speaker #0
J'avais une trentaine d'années, ça devait être 2014-2015, donc c'était une période de ma vie un peu... c'était pas la meilleure. C'était un contexte où effectivement, au niveau professionnel, je cherchais du travail. J'avais une période de forte insomnie, c'est-à-dire que je ne dormais quasi pas. Je dormais en moyenne 2 à 3 heures par nuit. Ce qui s'est passé, c'est que lors de mes nombreuses nuits d'insomnie, il y a une nuit où je me suis réveillée en me disant « En fait, il y a des gens, dans leur période difficile, ils arrivent à en faire quelque chose de positif. » Je me suis dit « Mais en fait, pendant toutes ces nuits où je ne fais rien finalement, parce que congrèlement, je ne fais rien, pourquoi à un moment donné, je n'écrirai pas ? » Et donc, il y a une nuit d'insomnie, j'ai pris mon ordinateur. Et j'ai écrit le prologue de ce qui est aujourd'hui mon premier livre, en écrivant juste ce que je vivais, à savoir un personnage qui était insomniaque. J'ai un petit peu ce stéréotype de l'auteur, un petit peu dans son monde, qui écrit la nuit, qui écrit dans des moments, un peu la vision fantasmée. J'ai toujours fait des activités artistiques de la peinture, j'ai fait du piano pendant des années. Aujourd'hui, c'est l'écriture. J'ai toujours eu besoin de nourrir, en tout cas, autre chose que mes trop beaux lododos. J'ai écrit en me disant, c'était entre un roman et un journal intime. Voilà, j'étais vraiment un premier G où j'ai écrit trois pages d'une femme qui n'arrive pas à dormir et ce qu'elle vit. La première nuit, ça a été ça. Et ensuite, chaque nuit qui en suivit, j'ai commencé à me prendre à mon propre jeu, en fait, et à commencer à élaborer un scénario. J'ai continué, bien évidemment, pas que la nuit. Au bout d'un moment, j'étais tellement passionnée, le fait de créer un personnage, d'inventer une histoire, que du coup, ça m'a pris tout mon temps. et j'ai écrit d'une seule traite le premier livre.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu en as fait après ?
- Speaker #0
Je l'ai mis dans un placard pendant quasiment un an. J'en avais parlé à deux, trois personnes, vraiment des personnes avec qui j'étais vraiment en confiance. Et au bout d'un moment, j'avoue que mon entourage m'a dit « Mais en fait, c'est quand même bête d'avoir un roman qui est écrit et de rien en faire. » Et donc j'étais très dubitative parce que je l'avais écrit totalement égoïstement, pour moi. pour voir, pour passer mon temps, comme un exutoire. Et là, du coup, l'idée de le faire partager, ça prenait une autre dimension. Donc, je l'ai relu, je l'ai retravaillé, je l'ai fait relire pour les fautes, etc. Celles qu'on ne voit pas, même quand on le lit dix fois d'affilée. Et je me suis dit, bon, tu vas l'envoyer à des concours, et puis tu verras ce que ça donne. Je m'étais dit, suivant l'étape où tu arrives au concours, tu verras si finalement, il y a quelque chose, ou si juste ça va rester... Je voulais un peu me tester, savoir ce que ça va aller, en tout cas, aux yeux de lecteurs. Et en fait, je suis arrivée à la... toute dernière étape du concours. J'ai fini dans les finalistes. Je n'ai pas gagné. Et là, je me suis dit, bon, OK, on va encore le retravailler et on va l'envoyer à des maisons d'édition. Et du coup, j'ai été édité par une petite maison d'édition. Mais j'ai été édité, ce qui est quand même rare au premier roman, il a été édité à compte d'éditeur par une maison d'édition. Ce que j'appréhendais finalement au début est devenu quelque chose d'agréable de le partager avec des personnes. Alors, quels que soient les retours positifs, négatifs. mais ça permet d'avoir un échange sur quelque chose finalement qui est une création. J'avoue que les périodes difficiles ont tendance à être beaucoup plus prolifiques en termes d'écriture. Mais j'écris dès que j'ai le temps. Au moment où j'écris, je crée en même temps.
- Speaker #1
T'as déjà l'idée ou pas ?
- Speaker #0
Alors, pas forcément. Pendant que j'écris, des idées me viennent. Il y en a que je vais abandonner en cours d'écriture. Et il y en a forcément que je vais développer. Là, j'en suis à mon quatrième. Sur les deux derniers, j'avais la fin en tête. Mais je n'avais pas le chemin pour y parvenir. Même si je m'invente toujours des coups de théâtre dans les dix dernières pages. Mais j'ai quand même une ligne directrice. Mais je ne sais pas vraiment comment je vais y arriver. Et je crée pendant que j'écris, en fait.
- Speaker #1
Et t'écris toujours des thrillers ? ou il y a eu d'autres choses que tu t'es testée ? Tu tentais d'autres ?
- Speaker #0
Alors, je me suis tentée à écrire un conte qui, finalement, se termine en enquête.
- Speaker #1
Ouais, non, quand même.
- Speaker #0
Voilà. Donc, ça reste toujours un conte, mais j'ai trouvé que c'était un exercice très compliqué. Ça nécessite un vocabulaire particulier, un univers que je ne maîtrisais pas. Donc, l'exercice était très plaisant, mais je n'étais pas à mon aise. Alors que vraiment, les thrillers, c'est quelque chose qui me passionne. J'en ai lu tellement, j'en ai vu tellement à la télé que je maîtrise tous les codes et qu'en fait, ça ne me demande aucun effort dans l'écriture.
- Speaker #1
À quel moment est-ce que tu t'es sentie vraiment légitime de dire « en fait, je suis écrivain, je suis autrice, j'écris » .
- Speaker #0
Alors, je n'en parle jamais quand je me présente. Je dis que je suis médiatrice familiale. J'évoque quasi jamais l'écriture, peut-être à tort, mais en tout cas, je le relis à l'aspect financier. Et je pense que j'ai ce schéma, le métier, c'est celui qui rapporte de l'argent. pour le moment, je le vis comme une passion, quelque chose que je partage avec des gens, les lecteurs, et quelque chose qui me nourrit. Pour autant, la légitimité, je ne me pose pas vraiment cette question. En fait, j'aime ce que je fais. Et en fait, s'il y a des personnes que ça nourrit quand j'ai des retours positifs, « Oh, Audrey, j'ai lu ton livre, il était chouette, j'ai passé un super moment » , ça me fait du bien. Je me dis, mais en fait, si pendant 3-4 heures, les lecteurs qui lisent ton bouquin ont oublié leur quotidien, je trouve ça magique, en fait. Et donc, la légitimité, je ne me pose pas cette question. Je me dis, en fait, il y a des gens qui aiment, il y a des gens qui n'aiment pas, comme tout tard, finalement, et ça me va. Je ne me présente pas aux yeux du monde en tant qu'auteur, mais c'est quand même quelque chose qui est pris au sérieux dans mon entourage. Vraiment. On m'encourage même à le développer. Idéalement, je me dis que d'ici 5 à 10 ans, j'aimerais vraiment qu'il y ait quelque chose qui soit développé au niveau de l'écriture, alors je ne sais pas si j'arrêterais mon métier pour autant, mais en tout cas, j'aimerais vraiment que ça prenne une place dans ma vie beaucoup plus importante. Dans l'écriture, il y a quand même quelque chose où quand on pose des mots par écrit, ça vient faire prendre du recul sur des événements. Donc, ça vient m'apaiser dans des situations. Ça vient, à un moment donné, m'aider à prendre de la distance sur ce que je peux vivre et qui peut être difficile à un instant T.
- Speaker #1
Donc là, tu es actuellement médiatrice familiale, donc en plus d'être auteur. Donc, tu as fait un master de droit, tu as fait un diplôme universitaire en sciences criminelles. Et est-ce que c'est ta passion pour les thrillers qui a fait que tu as fait ce choix d'études ? Est-ce que... Au contraire, c'est ce choix d'études qui a exacerbé cette passion pour les frileurs. Comment ça s'est créé, en tout cas, dans ton parcours ?
- Speaker #0
Pour la médiation familiale, il n'y a pas vraiment de lien, puisque c'est quelque chose qui est venu très tard. Je suis médiatrice familiale depuis cinq ou six ans. Par contre, pour le DU de sciences criminelles et pour les études de droit, c'est vraiment relié dans le sens où je me suis inscrite à ce diplôme, notamment de sciences criminelles. parce que j'adorais les thrillers. J'ai eu mon moment où je voulais devenir profiler. C'était très à la mode quand j'avais 17-18 ans. Il n'y avait pas d'école en France, ça se faisait qu'au Canada. Et donc du coup, je me suis dit, on va faire un diplôme de sciences criminelles. C'était en un an, c'était assez dense. Et donc, je me rappelle que je séchais les cours de licence en droit puisque je les ai faits en même temps. Pour aller aux cours de sciences criminelles, on avait des interventions de la police scientifique. Alors, j'ai refusé d'assister à l'autopsie. Mais il y avait une autopsie. C'était hyper intéressant. Et oui, ça a beaucoup inspiré aussi les thrillers après que j'ai écrit. J'aime bien la création des personnages. Déjà, il faut trouver, donc, choisir du coup le genre du personnage, le prénom, le lieu où ça va se passer, le métier. Parce que c'est quand même important. La plupart du temps, c'est des métiers que je maîtrise très bien. Il y a eu une fois où c'était une infirmière. Et donc là, j'ai ma meilleure amie qui est infirmière. Du coup, j'ai dû l'interviewer plusieurs fois pour être vraiment immergée dans le métier. L'étape psychologique aussi, son histoire. Il y a un petit côté grisant de décider du scénario. Cette liberté de pouvoir faire ce que je veux. Ça va finir bien, ça ne va pas finir bien. Qui est tué ? Qui n'est pas tué ? Et c'est vrai que c'est grisant, mais d'avoir cette liberté.
- Speaker #1
Dans la nouvelle de Stefan Zweig, Lettre d'une inconnue, une femme écrit à l'homme qu'elle a aimé passionnément, mais lui ne la reconnaît jamais. Pourtant, elle vivait en face de chez lui. Elle lui a parlé plusieurs fois. Elle a même partagé son lit avec lui. Elle écrit notamment Mais qui es-tu pour moi ? Toi, toi qui ne me reconnais pas, toi qui passes devant moi comme si j'étais de l'eau, qui me marche dessus comme sur un caillou, qui n'en finit jamais de partir et partir et me laisse dans une attente éternelle. L'amour peut-il être vécu de manière si différente pour l'un et pour l'autre ? Jusqu'à quel point peut-on se mentir à soi-même ? C'est une des questions que pose Audrey Bougette dans son nouveau thriller, À la folie. Ce nouveau roman est un roman de la même époque. il met en scène Rose, qui est une avocate et qui est très engagée pour le droit des femmes. Est-ce que tu peux nous dire un peu comment ce personnage, justement, qu'on en parlait, il est né ?
- Speaker #0
Alors, le prénom, il est né tout simplement parce que ça se passe à Toulouse, et donc c'est la ville Rose. Voilà, c'est un prénom que j'aime beaucoup. Et en plus, ça collait avec le lieu. Le fait qu'elle soit avocate collait avec certains aspects psychologiques qu'il fallait que le personnage ait dans le livre. Comme on a pu le dire tout à l'heure, je suis médiatrice familiale, mais j'exerce dans une association d'aide aux victimes, avec donc un service spécialisé dans les violences faites aux femmes, avec des juristes spécialisés dans le droit pénal, qui cohabitent notamment, qui travaillent avec des avocats dans ce milieu-là. Donc ça reste un métier que je connais. Je trouve que ça permet de pénétrer dans un univers que je maîtrise, et ça donne de la crédibilité un petit peu, et ça étoffe, je trouve, le personnage.
- Speaker #1
L'intrigue de ton roman démarre avec la disparition d'une collègue de Rose. Et en parallèle de sa disparition, on découvre progressivement une relation amoureuse entre Rose et Théodore, qui n'est peut-être pas ce qu'elle semble être au départ. Est-ce que tu peux nous dire comment tu as construit ce jeu avec les perceptions du lecteur ?
- Speaker #0
Il y a quand même un très spécifique psychologique d'un des personnages, qui du coup a été en toile de fond forcément de l'écriture du roman, et qui a nécessité effectivement beaucoup plus de travail en amont, de prise de notes. de manière à ce que la réalité, j'ai envie de dire la vérité presque, de chacun des personnages puisse concorder. Donc j'ai carrément fait un tableau avec ce que vivait Rose à ce moment-là, ce que vivait Théodore à ce moment-là, pour que justement ça puisse coller autant en termes de date que sur l'aspect psychologique. Tout en laissant aller ma plume sur le fond, il a fallu que sur la forme, pour que le scénario colle, il y ait quand même un travail en amont de fait. Je n'ai pas pu libérer complètement mon esprit sur toute la première partie en tout cas du livre. parce que sinon le scénario n'aurait pas tenu.
- Speaker #1
Est-ce que tu écris déjà ton prochain roman ?
- Speaker #0
J'ai en tête un petit peu le prologue. J'aspire à ce qu'il ait un aspect un petit peu plus fantastique que les autres. Donc je vais essayer d'orienter aussi mes lectures. Ma prochaine lecture, ça va être Carrie. Mais voilà, un petit thriller avec peut-être un brin de fantastique. Il y a toujours un petit peu d'ésotérie dans mes romans, peut-être un peu moins dans À la folie, mais souvent il y a un petit brin d'ésotérie. Il sera peut-être un petit peu plus poussé dans le prochain. Certaines personnes... voit un thriller comme une enquête policière où on doit avoir peur. Pour moi, c'est la première lecture d'un thriller. Pour moi, un thriller n'empêche absolument pas de faire passer des idées, de faire passer des réflexions, comme dans tous les romans. Et j'essaye vraiment de faire ça, d'avoir une première lecture où le méchant, le gentil, qui va mourir, qui ne va pas mourir, et une seconde lecture où vraiment les personnages et l'histoire, j'essaie en tout cas que ça puisse faire réfléchir le lecteur. C'est vrai que c'est quand on évoquait la notion de féminisme à travers mes romans, les valeurs qui me tenaient à cœur, je pense que c'est aussi pas forcément un courant. Mais en tout cas, j'ai quand même identifié qu'il y avait de plus en plus d'auteurs, même d'auteurs hommes et femmes, qui écrivaient sur ce thème. Même des romans à succès, donc notamment La femme de ménage de Freda McFadden, qui a un succès fou, et qu'on ne présente pas en fait comme un roman qui pourrait aborder le féminisme. Mais en fait, c'est un roman qui parle des violences conjugales, mais vraiment. Et donc on l'aborde sous cet aspect de film, de suspense. Mais en fait, c'est un roman qui parle de féminisme et de ces violentes fêtes aux femmes, notamment dans le cadre du couple. Et je pense que vraiment, c'est un sujet aujourd'hui qui traverse les films dramatiques, etc. Mais qui touche aujourd'hui aussi les thrillers. Comme je le disais tout à l'heure, ça me paraît important à travers justement des livres qu'on pourrait qualifier d'un petit peu légers, où on va se distraire, et c'est le but, complètement. Mais aussi, voilà, de faire passer quelques idées. sur ces sujets qui me tiennent à cœur.
- Speaker #1
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