- Speaker #0
Tournez la page par Zoé Beaumont
- Speaker #1
Rattrapage est un court roman de Vincent Mondiau qui adopte le point de vue de l'adolescente la plus populaire du lycée. Le jour du rattrapage du bac, elle aperçoit le camarade qu'elle a contribué à harceler sur les réseaux sociaux tout au long de l'année. La culpabilité se fait sentir, mais elle explique la situation ainsi. On est aux deux extrêmes de la chaîne alimentaire lycéenne. Mais qu'est-ce qui détermine vraiment ces places ? Qu'en est-il de celles et ceux qui restent dans l'ombre ? Et comment ces rapports influencent-ils la manière dont on se raconte et dont on s'autorise à être vu ? Sylvia nous confie, à travers un roman, ses réflexions pour enfin trouver sa place dans tous les domaines de sa vie.
- Speaker #2
Je m'appelle Sylvia Srakou, j'ai 28 ans et j'habite à Toulouse depuis une douzaine d'années. J'ai envie de parler aujourd'hui de Numéro 2 de David Fouekinos. C'est un livre qui m'a donné envie de voir les choses autrement. Alors ça parle du numéro 2 du concours pour devenir le nouveau Harry Potter, enfin de l'époque, donc de la personne qui n'a pas eu le poste et qui est donc devenue le numéro 2 du casting pour devenir Harry Potter. Tout au long du livre, on parle du comment il a fait pour s'en sortir, comment il a vécu cet échec. Et on voit vraiment son évolution de ses 11 ans jusqu'à ses 30 ans, au moment où il s'est marié, et comment il a réussi au final à s'en sortir, et à s'en sortir aussi de la dépression qu'il a pu vivre. C'était une copine qui m'a donné ce livre. En fait, elle aime beaucoup lire. Et elle a dit... Par rapport à ton caractère, par rapport à ce que tu fais, etc., je pense que ça pourrait te plaire. Bon, quand j'ai vu le titre, je me suis dit « Bon, c'est bizarre, numéro 2, tu veux me passer un message ? » Mais au final, elle a bien trouvé ce livre. Finalement, j'aime bien, j'aime beaucoup. Je l'ai lu en deux semaines, quasiment tous les matins en venant au bureau et tous les soirs en rentrant. Et parfois, si j'avais du temps, le soir aussi, mais effectivement en deux semaines. Même si j'étais obligée de m'arrêter pour sortir, par exemple, de la rame du métro, j'avais envie, j'avais la hâte de pouvoir le relire. Et des fois, j'avoue, je l'ai lu aussi pendant la pause du métro.
- Speaker #1
Tu disais un peu que ça parlait du deuxième, en fait, celui dont on ne parle jamais. Qu'est-ce que ça vient questionner, en fait, chez toi ?
- Speaker #2
À l'école élémentaire, on faisait des jeux, il fallait faire des groupes et il fallait choisir les membres de l'équipe et tout ça. Je n'étais pas la dernière, mais presque. C'est toujours l'avant-dernière, la troisième qui était choisie entre les trois derniers. Et je ne l'ai jamais pris comme un échec en tant que telle. Je me disais, c'est le hasard, c'est comme ça. Et on m'a souvent dit que j'ai tendance à chercher les autres. C'est-à-dire que je veux toujours combler l'espace pour tout le monde. Par exemple, ça m'est arrivé aussi pendant un séminaire, on devait choisir nos chambres. Et il y avait une nouvelle. Et moi, en tant qu'ancienne nouvelle, je ne voulais pas que ça soit toute seule et qu'on ne l'apprenne pas dans notre chambre. Et un collègue est venu me voir, il m'a dit « mais qu'est-ce que tu as ? Tu veux prendre tout le monde, mais tu ne peux pas » . Donc j'ai dit « oui, effectivement, j'aime pas qu'on laisse les gens de côté » . Et effectivement, ce numéro 2, ou numéro 3, ou numéro 4, on les laisse de côté en quelque sorte. On voit le vainqueur, mais on oublie les autres.
- Speaker #1
Ça peut arriver que toi, du coup, tu te fasses passer toujours en numéro 2.
- Speaker #2
Oui, c'est arrivé assez souvent. Là, tu me poses la question, ça me fait penser aussi à des relations de couple ou avec des amis. Effectivement, je les fais passer en priorité. Et moi, je me laisse un peu de côté. J'ai dit, oh, ben, c'est pas grave, une prochaine fois, plus tard, c'est pas grave. Effectivement, oui, c'est arrivé. Je voulais que mon travail soit reconnu à sa juste valeur. Surtout vu le poste, enfin, en fait, je suis comptable, donc le poste que j'occupe. demande à être en lien avec par exemple la direction ou avec le bureau pour en tout cas pouvoir donner des infos importantes sur la comptabilité et sur le fonctionnement de l'assaut. Et du coup, je trouvais qu'on laissait un peu trop à l'écart là où j'aurais pu donner des tips, des idées ou des conseils pour qu'on puisse se sortir par exemple d'un drame. Et ce qui m'embêtait, c'est que j'en parlais, du coup, parce que j'avais quand même un responsable au-dessus de moi, mais j'étais la seule comptable. Mais j'avais ce responsable et c'était à lui que je devais tout dire et tout faire. Donc, des fois, je lui disais des choses et j'ai découvert par la suite qu'il avait passé l'information à la direction, mais c'était passé à son nom, pas au mien. C'est même pas une question, en fait, de reconnaissance, mais c'est vraiment cette espèce de, entre guillemets, de vol qui fait que, bah... tu détruis ce que je fais. Et du coup, quand je fais des erreurs, c'est mis à l'avant, mais pas possible. Par contre, quand je donne des conseils qui sont avisés et qui peuvent aider, ce n'est pas moi, ça ne vient pas de moi. Donc, ce truc-là, ça arrive encore parfois. Ça m'embête, mais je me dis que le comptable aussi n'est pas là pour être vu ou pour être au podium, mais il est là aussi en arrière-plan. Comme je te disais, tu as toujours cette personne qui est en arrière-plan. J'ai la vision d'une scène, là où tu as tous les acteurs devant, mais derrière, tu as tout ce qui se passe avec les maquilleurs, les danseurs, les entraîneurs, etc. Et je me vois un peu comme celle qui tirait les rideaux et qui ferme les rideaux d'une scène. Je me vois comme celle qui est derrière. Mais effectivement, je le compare un peu avec Martin, dans le sens où on est numéro deux. Moi, je n'ai pas vécu un échec, c'est un choix, mais on n'est pas reconnus. On nous oublie et puis on ne sait pas ce qu'on fait. Tu n'as pas échoué, ils ont juste choisi quelqu'un d'autre. Peu importe, je ne veux pas être citée. Pardon, c'était juste une idée comme ça. Je sais, maman, mais ça me rend malade de ne pas réussir à passer à autre chose. Je pourrais te dire que je suis jaloux, mais c'est beaucoup plus que ça. C'est quoi ? Dis-moi. Parfois, je me dis qu'on m'a volé ma vie. Martin avait voulu remercier Jacqueline en l'invitant à déjeuner, mais elle était aussitôt partie vivre dans le Sud. Tout juste s'enverrait-il désormais quelques messages amicaux ? pour se souhaiter un bon anniversaire et une bonne année, mais rien de plus. Elle avait été une présence bienveillante dans sa vie, une sorte d'ange qui passe. Et cela lui avait fait un bien fou de sentir un tel regard sur lui. Avant de quitter le musée, elle avait même déclaré « N'oubliez pas que je crois en vous » . Ces mots-là avaient alors résonné comme la promesse d'une force. Martin avait longtemps pensé qu'il souffrait à cause de la victoire de l'autre, mais c'était sa propre défaite qui le hantait.
- Speaker #1
Tu me parlais des athlètes, on parle souvent du premier, déjà le deuxième, troisième, on en parle un peu moins, mais le quatrième, personne ne sait qui c'est. Et j'avoue, c'est faire le deuil d'une vie qui aurait pu être différente.
- Speaker #2
On a plusieurs voies de vallon, et selon la voie qu'on choisit, on va à tel ou tel endroit et on va réussir de telle ou telle façon. Mais des fois, on ne sait pas. Des fois, ça change. Des fois, on dévie, des fois, on a un virage et puis on change. Mais est-ce que ça veut pour autant dire qu'on a échoué ? En fait, pour ma mère, je suis la toute première. Et pour mon père, je suis la quatrième, si je ne me trompe pas. Oui, la quatrième. Et donc, effectivement, on se pose toujours un peu le questionnement, où est-ce qu'on en est, qu'est-ce qu'on fait ? On va dire que j'étais toujours le petit mouton noir. Je ne t'ai pas dit tout ça à l'époque. Il faut dire. Moi, je me suis calmée. Mais il a fallu du temps. mais effectivement j'étais le petit mouton noir du coup j'ai cherché beaucoup d'attention beaucoup de je pense que j'ai cherché beaucoup l'attention des autres et j'ai cherché toujours à peut-être à être la première toujours celle de qui on parle celle de qui on doit discuter mais ça y est non j'ai mis ce s'agir mais par contre ça m'a fait prendre conscience qu'on fait pas attention aux autres et on le voit souvent dans les métros par exemple, c'est bête, mais par exemple dans les métros, on est en train de discuter avec quelqu'un on est en train de busculer quelqu'un qui est derrière nous qui en fait elle est mal placée déjà parce qu'on est serré ou juste on a besoin d'espace et on prend toute la place, mais on se rend pas compte qu'autour de nous en fait il y a du monde et t'es pas seul et je sais pas, ce numéro 2 m'a fait un peu voir tout ce truc là de se dire mais prenons conscience de tout ce qu'il y a autour et ne pensons pas à notre petite personne
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui explique que quand t'étais petite, tu recherchais beaucoup d'attention et tout, et que là, au contraire, t'en... Je me casse. Ouais, t'es ce qu'il est.
- Speaker #2
Ici, il y a un truc auquel je pense, je sais pas si c'est un lien, mais c'était mon père, il voulait un garçon. En tout cas, il m'a fait comprendre qu'il voulait un garçon de la part de ma mère. Et du coup, j'étais garçon manqué, et vu que j'étais pas garçon, mon père ne passait pas du temps avec moi. Et du coup, bah... Je faisais tout pour faire n'importe quoi. Donc il y a ce truc-là. Après, est-ce que c'est ça qui a fait que j'étais catastrophique, clairement ? Je faisais tout pour qu'il soit fier de moi, pour qu'il me voie, pour qu'il me félicite, etc. Et c'était au bac, je crois. Quand on est arrivé en France, lui, il n'est pas venu avec nous, il est resté en Italie. Et même là, je me suis dit, c'est moi le bonhomme de la maison, c'est à moi de prendre le rôle du chef de famille alors qu'il y avait ma mère. N'importe quoi, tu vois. Qu'est-ce que je raconte ? Et c'est là où je me suis dit, en fait non, j'ai vu ma vie, je fais ce que je veux. Et encore une fois, là aussi, ils voulaient que, par exemple, je devienne médecin. Je me suis dit, mais ce n'est pas du tout ce que je veux. Tu ne sais même pas ce que je veux. Et je ne vois pas l'intérêt de vouloir faire ça. Au final, je m'en fous aujourd'hui. Enfin, tu vois, je suis à un stade où même quand tu m'appelles, on parle deux minutes chrono. Et du coup, maintenant, je regarde toujours les appels et je dis, ah, là, on m'a gagné quand même une seconde. Mais oui, non, je ne suis plus du tout dans ce truc-là de... vouloir plaire en fait. Tu me prends comme je suis, si tu n'aimes pas, la porte est devant.
- Speaker #1
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