Speaker #0Salut les tucettes et bienvenue dans tucetoo ou presse, le podcast qui donne la voix à vos ambitions. Moi c'est Carole Lacaze et aujourd'hui, aujourd'hui on va parler d'une phrase, une phrase qui peut être courte, une phrase banale, une phrase qu'on entend parfois même plus tellement on nous la dit, parce qu'elle est partout, c'est reste à ta place. Elle n'est pas toujours dite comme ça, parfois elle est plus subtile, c'est du style fais attention, sois raisonnable. Ne prends pas trop de place, on n'entend que toi. On ne va pas déranger. Et si vous êtes une femme, il y a de grandes chances que vous l'ayez entendue très tôt. Et puis très souvent. Allez, zou, on y va. Je ne sais pas comment c'était pour vous, mais moi, très tôt, on me l'a fait comprendre qu'il ne fallait pas déranger. Il ne fallait pas poser trop de questions. Il ne fallait pas être trop bruyante. Il ne fallait pas être trop visible. Et surtout... Donc, il fallait être raisonnable. Et ce mot-là, il est intéressant, parce que raisonnable, ça veut dire quoi ? Ça veut dire ne pas aller trop loin, ne pas prendre trop de risques, ne pas sortir du cadre, encore qu'il faut le définir, le cadre. Bref, il fallait rester à sa place, ou en tout cas, la place qu'on voulait nous imposer. Le problème, c'est qu'on finit par y croire. Au début, on va s'adapter, on s'adapte. On fait un peu moins de bruit, on parle un peu moins fort. On lève un peu moins la main. Ça, c'était à l'école. J'avais cette fâcheuse manie de lever la main toujours. Et les autres enfants, déjà, me prenaient en grippe. Alors, petit à petit, on intègre. Ou au moins, on essaie. On commence à se dire, ce n'est peut-être pas pour moi. Je ne suis peut-être pas légitime. Je vais attendre encore un peu. Et sans s'en rendre compte, on commence à rétrécir. Pas physiquement, je vous rassure, mais intérieurement. Ça ne se fait pas d'un coup, c'est progressif, c'est silencieux. Vous avez une idée ? Vous ne la dites pas. Vous avez une envie ? Vous la repoussez. Loin, très très loin. Vous avez une intuition ? Vous la minimisez. Et à force, vous devenez quelqu'un de très adapté, très acceptable. Parfois même très lisse. Mais il y a un problème. À force de vouloir rentrer dans le cadre, vous perdez ce qui déborde. Et c'est justement là que se trouve votre singularité. Et puis un jour... Ça ne passe plus. Et je vous souhaite de vivre ce déclic. Bref, vous avez tout fait comme il faut. Vous avez été raisonnable, vous avez été sérieux ou sérieuse, vous avez respecté les règles, et pourtant, il y a quelque chose qui ne va pas. Un décalage. Comme si vous étiez à côté de votre propre vie. Comme si vous regardiez quelqu'un d'autre vivre à votre place. Et là, une question arrive. Une vraie. Et moi dans tout ça. Alors le déclic, il ne fait pas de bruit, ce n'est pas un moment spectaculaire. C'est souvent une accumulation, un trop-plein. Un moment où vous vous dites, je ne peux plus continuer comme ça. Pas forcément parce que tout va mal, mais parce que vous sentez que vous n'êtes plus à votre place. En tout cas, celle qu'on vous a choisie, celle que vous avez décidé d'accepter de prendre. Et c'est là que ça devient intéressant. Parce que toute votre vie, on vous a appris à rester à votre place. Mais personne ne vous a appris à la choisir. Parce que prendre sa place, ça fait peur. Soyons honnêtes, prendre sa place, ça fait vraiment peur. Parce que prendre sa place, ce n'est pas devenir quelqu'un d'autre, c'est devenir vraiment soi. Et ça implique de dire ce qu'on pense, de faire des choix. Et surtout, c'est ce qui est le plus difficile, de ne pas plaire à tout le monde. Et ça, ça dérange. Parce que quand vous commencez à prendre votre place, vous sortez du cadre. Et le cadre, lui, il est rassurant pour les autres. Vous allez avoir des réactions, toujours. On vous trouve trop ou pas assez, on va vous trouver différent, voire plus ambitieux, mais qu'est-ce qui t'arrive ? Dérangeante parfois. Moi, on m'a même dit rêveuse. Mais j'ai compris quelque chose. Quand vous prenez votre place, vous ne changez pas seulement votre vie. Vous changez la manière dont les autres vous regardent. Et parfois, ça les met face à leur propre renoncement. Prendre sa place, attention, ce n'est pas tout envoyer valser. Ce n'est pas devenir quelqu'un de complètement différent, de dur. C'est simplement reprendre de l'espace. Assumez ce que vous voulez. Arrêtez de vous excuser d'exister. C'est arrêter de rentrer dans les cases trop petites pour vous. En plus, moi, je m'appelle la case, donc du coup, celle que je cherchais, je l'avais en moi. D'ailleurs, c'est assez marrant, ce nom de famille K. Dès que j'étais, moi, enfant, on me disait, il te manque une case. Et même si c'est anodin, même si c'est pour rire, ça m'a suivi. Donc, on vous a appris à être raisonnable, à ne pas déranger, à ne pas prendre trop de place. Et peut-être que ça vous a protégé à un moment. Mais à un moment donné, ça vous limite. Alors aujourd'hui, j'ai envie de vous dire quelque chose. Peut-être simple, mais pas toujours facile à entendre. Vous n'êtes pas faite pour rester à votre place. Vous êtes faite pour la créer. Merci les tucettes et à très bientôt. N'oubliez pas, délivrez-vous du regard des autres. Et prenez votre place, celle qui vous aligne, celle qui vous rend bien. Et n'oubliez pas, la parole est à vous.