- Speaker #0
Chose peu commune, mon invité du jour a fait de moi un invité. Plutôt que de boire un café dans un café, je m'apprête à prendre mon prochain breuvage dans la demeure d'un illustre artiste qui a su en chanter presque tous les arts. littérature, poésie, cinéma, l'homme chez qui nous allons était même un inventeur dont nous héritons d'une œuvre riche et protéiforme malgré sa trop courte existence. Mort à seulement 39 ans, ce jazzistique littérateur, sacré... écarisseur de première classe au collège de pataphysique, fait toujours parler de lui plus de 67 ans après sa mort, survenue en 1959. Si vous avez reconnu Boris Vian dans cette courte description, vous devez probablement vous demander ce qui nous amène chez lui, dans sa maison, jouxtant celle de Jacques Prévert, située Cité Véron à Paris, sur les toits du Moulin Rouge. La raison en est toute simple, je vais rencontrer la personne qui préserve la mémoire de l'œuvre du Bison Ravi depuis 50 ans. C'est à la faveur de la sortie de l'autobiographie de celle qu'on a parfois appelée la troisième femme de Boris Vian que nous pouvons pénétrer dans cet appartement mythique qui n'a pratiquement pas changé depuis la fin des années 50. Pourquoi s'intéresser à la vie d'une personne qui a consacré la sienne à celle de quelqu'un qu'elle n'a jamais rencontré ? Sans doute parce que c'est la preuve de l'existence d'un surréalisme vianesque. Il a été évident que l'aventure humaine de quelqu'un qui a dédié sa carrière à célébrer l'œuvre d'un artiste est toujours passionnante à découvrir. Et c'est pour mieux comprendre comment les créations de Vian ont traversé le temps que nous allons nous attarder sur le témoignage de celle qui a constamment œuvré à les rendre pérennes. Nous sommes donc chez Boris Vian et Urtio Lacubler pour un Café au comptoir sans comptoir. Bonjour Nicole Bertholdt.
- Speaker #1
Bonjour. Café au comptoir.
- Speaker #0
À ma fille, qui lit en ce moment l'écume des jours, parce qu'elle est en quatrième au collège, elle m'a dit « mais alors tu vas interviewer qui ? » Je lui ai dit « c'est la responsable de la mémoire de Boris Vian, est-ce qu'on pourrait vous appeler ainsi ? »
- Speaker #1
Oui, j'ai envie de dire, je ne suis pas très regardante sur la façon dont on m'appelle, on me définit. La gardienne du temple, la troisième femme de Boris Vian, la gardienne des lieux. Enfin bon, je veux dire, c'est la mémoire aussi obligée. Je veux dire, je n'ai plus rien. Vu le décalage encore une fois d'âge, Boris il aurait 106 ans. Donc forcément tous les gens quasiment sont décédés maintenant. Donc oui on finit par être la mémoire. Mais mon titre de mandataire en fait c'est plutôt de gérer une œuvre.
- Speaker #0
C'est un métier qui vous est tombé dessus ?
- Speaker #1
Oui alors dans mon cas je ne l'ai pas exactement choisi.
- Speaker #0
Ni cherché ?
- Speaker #1
Non je ne l'ai pas choisi, je ne l'ai pas cherché. On pourrait dire, on dit parfois que... Ce n'est pas les parents qui choisissent d'avoir des enfants, c'est les enfants qui choisissent de venir. J'y crois beaucoup à ça. Alors j'ai l'impression que moi, je n'ai peut-être pas choisi, mais visiblement, on m'a choisi en tout cas, parce que les choses se sont faites de telle façon que de l'instant où j'ai rencontré Ursula Vian, il m'a semblé que c'était ma place. Et ma place, alors que je suis tellement loin de cet univers, que trouver ma place là, c'était quand même assez étrange.
- Speaker #0
Parce que vous qui faites un travail sur la mémoire de quelqu'un que vous n'avez jamais rencontré finalement, la troisième femme de quelqu'un mais avec qui il n'y a jamais eu de relation physique, vous travaillez cette fois-ci sur votre mémoire à vous.
- Speaker #1
Oui, j'avais besoin de dire qui j'étais. Peut-être aussi parce que justement, ce qui m'est arrivé, c'est qu'Ursula Vian m'a reconnue dans mon malheur, si je puis dire peut-être, mais en même temps qu'elle m'a ouvert la porte, qu'elle m'a recueillie. Donc en fait... Ça s'est fait comme ça. Longtemps, j'ai menti. Pendant des années, j'ai menti. Je racontais des choses différentes. Les gens, ils me voyaient tout le temps. Ils ne savaient pas finalement d'où je sors, qui je suis. Alors, il y a très longtemps, on me disait « Mais vous n'êtes pas la fille de Boris Vian ? » Ah oui, un écartage qui fait que « Pourquoi pas ? » On essayait de me situer, etc. Alors, moi, je racontais des craques, etc. Ursula aussi, d'ailleurs. Et puis, à un moment donné, les gens partent courtoisie, ne vous demandent plus. Vous êtes là. Et puis, vous êtes vraiment la mémoire. Donc, on ne va pas vous demander quoi que ce soit. Vous êtes là. C'est tout. Quand je suis arrivée ici, j'ai travaillé pour les deux maisons, la maison Vian et la maison Prévert. Parce que Jeannine Prévert a reçu l'avion. Elles faisaient la même chose. Je dirais, elles étaient... Et c'était dur pour l'une et pour l'autre. Pas de la même façon, mais difficile. Et donc, quelque part, à un moment donné, vous êtes la fille de la maison. Et puis, avec le temps, je n'ai plus envie de mentir.
- Speaker #0
Il y a ce mot de trois lettres que vous avez prononcé, c'est « dur » . Et quand on lit ce livre, c'est un livre assez dur. C'est un livre qui va parler de votre vie, qui n'a pas été une vie facile. Vous évoquez de façon assez frontale toutes les violences que vous avez pu vivre, des violences sexuelles, vous affrontez les violences du travail, les violences d'une vie à travers toutes ces années 80, qui n'ont pas forcément été les plus amusantes. Mais vous parlez également de toutes les violences que l'on ressent dans cette maison. entre guillemets entre Ursula et Dédé. On imagine quand on voit l'univers de Boris Vian que tout n'est que jazz, invention, quelque chose de très sympathique. Et on s'aperçoit qu'après lui, c'est un peu « après moi, il déluge » . Et vous, vous arrivez devant le déluge ?
- Speaker #1
Ah oui, tout à fait. Il le disait souvent « après moi, il déluge » . Sauf que... La vie avec Boris, elle n'était pas toute rose non plus. Ça déjà, pour commencer. Sa propre vie à lui, elle est très difficile aussi. Elle est très dure aussi, la vie de Boris. Il y a eu d'ailleurs un téléfilm qui a marqué et où le réalisateur a mis en avant justement cette difficulté d'être et ce manque de reconnaissance. Vraiment, il a traversé des choses très difficiles, Boris. Sauf qu'effectivement, il les transcende et les enjolive parfois par ses écrits. Sauf que ses écrits sont très souvent très dramatiques et très noirs aussi. Mais c'est une œuvre. Alors c'est vrai que ça commence... L'histoire, en fait, ici, elle commence par un deuil d'un homme qui meurt à 39 ans. Donc elle est forcément très douloureuse. Ursula, elle a 30 ans quand elle est...
- Speaker #0
Très jeune,
- Speaker #1
hein ? Elle est veuve à 30 ans. Elle a rencontré Boris. Elle avait une vingtaine d'années. Elle ne va jamais s'en remettre. Elle ne va jamais s'en remettre.
- Speaker #0
C'est une jeune femme.
- Speaker #1
Oui, c'est une jeune femme qui va arrêter sa carrière de danseuse. Petit à petit, sa carrière de comédienne, de danseuse. Donc, tout ça est fait effectivement de difficultés d'être. Parce que l'œuvre, elle va prendre toute la place.
- Speaker #0
Et il y a ce personnage, M. D.
- Speaker #1
Oui, oui. M. D., c'est un personnage, effectivement. Alors, ça, c'est vraiment extraordinaire. Boris le connaissait, il se connaissait, il se connaissait très bien déjà depuis plusieurs années du vivant de Boris. Ils s'étaient rencontrés à Saint-Germain-des-Prés, déjà dans les années 46-47, donc vraiment il y avait vraiment longtemps. Ils se sont rencontrés à nouveau, ils croisaient, ils ont navigué ensemble sur les voiliers à Saint-Tropez. Ils se sont revus à des courses de voiture. Ils aiment les mêmes choses, les bagnoles, les bateaux, les femmes.
- Speaker #0
Et la même femme aussi.
- Speaker #1
D, peut-être, Boris, moins. Oui, la même femme, en l'occurrence. Et donc, il va se produire quelque chose d'assez particulier. C'est que D, quand Boris va mourir, il va décider, et ça, il y a beaucoup de gens qui vont vouloir à Ursula, et ce n'est pas facile. Et moi, je l'ai su, je l'ai vécu, je l'ai entendu, il y a très longtemps. C'est quelque chose qui a duré pratiquement tout le temps. Je veux dire, il va venir ici, s'installer là, pour prendre soin d'Ursula. Et ça, il le fera et il l'a fait. C'est une réalité. Et en même temps, pour essayer de gérer ce qu'il y a à gérer. Boris, il a quand même laissé des disques, des tas de trucs. Il était directeur artistique. Il a toute une production de disques, une production musicale, ses chansons. Il a laissé, effectivement, je ne sais combien de milliers de pages de manuscrits, etc. Donc, avec quelques personnes du Collège de Pâtes à Physique, Noël Arnault et François Karadek, surtout. Il va y avoir la possibilité d'organiser un peu tout ça, parce que Ursula, elle veut rien savoir. Pendant un an, deux ans, elle veut rien savoir. Elle est au fond du trou. Janine Prévert me disait qu'elle entendait jour et nuit la voix de Boris, que Ursula se passait en boucle parce qu'elle avait des bandes son, et puis le disque de Boris, elle l'écoutait, etc. C'est tout. Elle était profondément amoureuse de cet homme. Voilà, enfin... Il n'y a pas d'autre explication que simplement, à un moment donné, de s'être remise suffisamment pour dire qu'elle allait faire tout ce qu'elle allait pouvoir faire pour que cette œuvre vive.
- Speaker #0
Donc vous, vous arrivez là-dedans.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Dans ce côté assez triste, finalement, de l'histoire d'après Boris. Au milieu de ce couple, M. D. Ursula. Je crois même comprendre qu'il y a certains rapprochements, même entre M. D. et vous, à certains moments. Donc, ça participe à la confusion, ça participe, je pense, au niveau des autres personnes, des personnes qui vous voient, ce trio, ce trouble, dirait-on, aujourd'hui. Et en même temps, il y a ce côté très familial. C'est un peu comme si vous recrayez un cocon.
- Speaker #1
Ah oui, complètement. Je pense que ça, c'était vraiment au cœur de tout. Et je pense que ça marchait pour nous trois. Parce que nous trois, nous avons une histoire familiale qui fait qu'il y a perdition, si je puis dire. D, de son côté, c'était le cas. On ne va pas rentrer dans les détails, mais j'en parle un petit peu dans mon livre. Ursula, après tout, elle n'était pas dans son pays. Elle était partie très tôt, je dirais. à bientôt et ce n'était pas facile non plus, et il y avait aussi des soucis, etc. Et sa mère était très gravement malade et tout. Et dès de son côté, son père est mort sous la torture parce qu'il était noir et communiste, et qu'il a été un des premiers, je dirais, à être arrêté dans ce Paris où les nazis étaient installés en 39-40. Et ce qui fait que quelque part, oui, il y avait quelque chose entre nous qui était qu'on était... en famille déjà tous les trois, parce qu'il y avait déficience pour chacun de nous. Donc on avait recréé une espèce de famille avec Boris. Et c'est vrai qu'Eugénie Prévert, la petite-fille de Jacques et Janine, justement c'est ce que je disais, elle me dit toujours « Oui, de toute façon, toi c'est la famille. » Parce qu'elle aussi, de son côté, il y a des difficultés, ce n'est pas simple. Et je crois que, est-ce qu'on n'est pas tous un peu à un moment donné à chercher une famille quand la famille est absente ou déficiente ? Je crois qu'on est un peu tous comme ça, on cherche. Et moi j'ai toujours cherché cette famille et avec Léviand j'ai trouvé une famille, bien entendu avec Patrick, Carole, les enfants de Boris, ça ça n'a pas été autre chose, ça m'a même été formidable, avec Minette Prévert, la fille de Minette, la fille de Jacques et Janine, et puis avec les amis, Magalie Noël, j'allais dormir chez elle, elle me disait « oh mais viens dormir à la maison » . Tu prendras la chambre de maman parce que maman elle est morte, je suis triste. J'allais dormir avec elle et puis je prenais la chambre de sa maman, qui était d'origine turque, qui était une femme formidable. Bon, etc. Enfin, il y a plein de gens comme ça qui sont passés. Alors, par extension, ben oui, on se recrée une famille. On dit bien la famille du théâtre, la famille du cinéma, etc. Bon, ben nous, c'est un peu particulier, mais c'est pour ça que Ursula les appelait les Viannistes. Nous sommes la famille des Viannistes. Voilà, tous ceux qui gravitent autour et ça... représente des milliers et milliers de personnes.
- Speaker #0
Et là, les viannistes ont dû affronter une épreuve, mais ça s'est bien terminé. C'est que cet appartement a failli être détruit.
- Speaker #1
Oui, alors ça, c'est peut-être ce que la presse en a dit. Ça n'a jamais été exactement le terme. En tout cas, le Moulin Rouge étant propriétaire de nos lieux...
- Speaker #0
Des murs.
- Speaker #1
Des murs. Ils ont décidé de ne pas reconduire le bail. Et en ne reconduisant pas le bail, ils mettent en péril ce lieu de mémoire qui a été... entièrement agencé, construit, bâti, topographié par Boris. Que ce soit les portes, que ce soit les ouvertures, que ce soit la chambre, ce que vous avez vu, tout est fait vraiment par lui. Et c'est vrai qu'il a fallu qu'on rentre en négociation pour pouvoir expliquer notre point de vue et de se rendre compte que le Moulin Rouge n'avait pas exactement idée, finalement, de ce que c'était, de ce que ça représentait. représentaient et donc ils nous ont fait des propositions pour conserver les lieux, pour que ça devienne effectivement un lieu de mémoire qui s'intègre dans leur projet à eux, de mettre, d'ouvrir une seconde salle de spectacle qui serait la salle Mistinguette.
- Speaker #0
D'accord, donc en fait c'est vrai qu'ici vous êtes en location ?
- Speaker #1
Eh oui, mais Boris et Jacques, Boris Vian et Jacques Prévert n'auraient jamais été propriétaires. Alors Jacques, lui, il n'aurait jamais été propriétaire parce que c'était une vue de l'esprit et moralement. Et politiquement, je veux dire, comme on dit, on va dire peut-être le ton numéro un du marxisme, la propriété c'est le vol. Je crois que Jacques Prévert n'aurait jamais été propriétaire. De toute façon, il était à l'hôtel pratiquement tout le temps. Et quand on lui a proposé quand même un ancien atelier du Moulin Rouge, là il a accepté, mais aussi parce qu'il était locataire. Donc ça, ça tombait très bien. Quant à Boris, pas un rond déjà pour bouffer. Donc ce n'était pas pour aller acheter quelque chose. Ils ont vraiment pas le rond, pas du côté prévert. Jacques a déjà beaucoup, il a déjà sorti tous ses livres que l'on connaît, etc. et que l'on aime, et les paroles, et la pluie, le beau temps, et Fatras, et tout ça. C'est déjà partout en France. Et puis il fait ses grands films, Les enfants du paradis, Portes de la nuit, etc. Qu'il y ait des brumes. Et donc tout ça est merveilleux, mais lui il est plus nanti, plus reconnu, il fréquente la Colombe d'Or, etc. Maurice, ça n'a rien à voir.
- Speaker #0
Il fréquente les rades du coin.
- Speaker #1
Maurice, il fréquente les rades du coin quand il peut se payer un café, et puis ce n'est même pas trop son truc de toute façon. Il écrit, il travaille beaucoup, Et puis il est quand même fatigué, fatigable, rapidement. Donc quand il est dans son petit studio, la boulevard Poissonnière, tout en haut, sous les toits... Il passe son temps à écrire des tas de choses pour essayer de diversifier ses propositions pour pouvoir...
- Speaker #0
Des revenus, finalement.
- Speaker #1
Oui, trouver des revenus. Il écrit des comédies musicales à ce moment-là, par exemple. Et d'ailleurs, ce n'est pas un hasard qu'il écrit des comédies musicales. Ursula est danseuse, donc il écrit des comédies musicales, il écrit des arguments de ballet, puis il fait des traductions. Gallimard lui demande pas mal de traductions. Il est brillantissime en matière de traduction. Donc, il va en faire un certain nombre. Et puis pour finir, rien ne marche. Rien ne marche. Donc finalement, quand il va arriver ici, il va y avoir une nouvelle chimie, quelque chose d'extraordinaire qui va se passer puisqu'on lui commande un opéra. On lui commande le livret d'un opéra, c'est la ville de Caen qui lui commande ça. Ça s'appellera Le Chevalier de Neige. Et puis on lui présente un petit jeune qui arrive, terriblement timide, très intimidé, vraiment brillantissime, mais timide comme Boris. D'ailleurs, à eux deux, ils font la paire. Et c'est Georges Delru, ce grand monsieur, Georges Delru que j'ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois, qui est un homme remarquable. et qui va lui composer la musique du Chevalier de Neige et qui aura une carrière sublime, énorme. Et Boris voulait continuer de travailler avec lui, il voulait faire d'autres opéras, d'autres choses avec lui.
- Speaker #0
Vous avez ça en commun avec Boris Vian, c'est-à-dire que c'était un peu la dèche au début, c'était un peu la difficulté. On voit dans le livre, quand on lit le livre, vous êtes tout le temps en train de vous dire « et l'argent ? Et comment je vais faire le mois prochain ? » Et puis parfois ça tombe, et après ça ne tombe plus.
- Speaker #1
Oui. C'est-à-dire que l'argent, ça a toujours été un problème parce qu'il n'y en avait pas trop. Mais en même temps, pour moi, dans ma tête, ça n'a jamais été un problème. Comme si à un moment donné, il fallait faire avec. Et quand on a eu très peu, vraiment, on sait faire avec très peu toute sa vie. Donc en fait, moi, je n'ai jamais couru après l'argent. Je ne courrai jamais après l'argent. S'il est là, c'est bien. Et je crois que je sais en gagner pour les autres. C'est ce que j'ai fait toute ma vie par rapport au droit d'auteur. C'est vrai que moi, ma foi, je pense que l'argent c'est une énergie, c'est un bon moyen. D'ailleurs Boris disait « l'argent fait le bonheur de ceux qui n'en ont pas » . C'est tout à fait ça, effectivement. Mais c'est un moyen, mais ce n'est pas une fin en soi. D'ailleurs ici, c'était une règle. Je veux dire, on ne parlait pas à l'argent. On n'était jamais motivés par l'argent.
- Speaker #0
On visite ?
- Speaker #1
Oui, oui, je vous en prie.
- Speaker #0
Monsieur Boris Vian, en fait, l'entrée d'aujourd'hui est différente.
- Speaker #1
Tout à fait. En fait, la porte d'origine, c'est la porte du salon aujourd'hui. Et quand Boris et Ursula arrivent ici en février 1953, ils ont effectivement devant eux un petit deux pièces. Alors, il faut imaginer tout ça complètement nu, complètement vieillot, il faut dire ce qu'il y a. C'est des anciennes loges du Moulin Rouge. Et ce que va faire Boris très rapidement, c'est qu'il va calculer très vite. En tant qu'ingénieur, il a l'œil. Il voit que c'est haut de plafond, etc. Donc, il va commencer à faire une première bibliothèque où il va mettre ses petits romans et surtout sa bibliothèque de jazz. Ça, c'est très important. Il va faire une table avec des mesures extrêmement précises.
- Speaker #0
Cette table-là ? Cette table-là que vous voyez,
- Speaker #1
qui est vraiment la table de Salamanger. Son bureau, il est de l'autre côté, vous le verrez après. Et en fait, cette table, au départ, elle est ici. Parce que bien sûr, ici il n'y a rien, il n'y a pas de bibliothèque, mais il y a en revanche une porte qui dessert une petite cuisine et une petite douche derrière. Donc tout ça n'existe pas dans un premier temps. Là vous avez un genre, une version love, une porte nuissante. Boris va faire lui-même, va installer. Il est très américanophile, Boris. C'est le genre de truc, dans les années 50, personne ne fait ça, des cloisons coulissantes. Éventuellement, on fait ça au cinéma, au théâtre, mais on ne fait pas ça chez soi. Et lui, ça lui plaît beaucoup. Pourquoi ? Parce qu'il a un tout petit lieu,
- Speaker #0
encore qu'il sort de 10 mètres carrés.
- Speaker #1
Là, il a 40 mètres carrés. Là, vous pouvez venir, c'était leur chambre. En fait, il y a son coin bureau, le coin couché. Devant, il y avait une espèce de dressing qui fait qu'en fait, c'était dressing, chambre, salle de douche et bureau.
- Speaker #0
Salle de musique.
- Speaker #1
Parce que sa guitare est là. Quand il est ici, il ne joue plus de trompette. Et donc, il commence à faire toutes ses chansons.
- Speaker #0
Piano et guitare.
- Speaker #1
Pas de piano, surtout pas le piano.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
La guitare.
- Speaker #0
Mais on a un piano ici.
- Speaker #1
Mais il y a un piano pour les copains qui savent jouer. Les copains étant Michel Legrand, Quincy Jones, Henri Salvador, Goraguer, etc. J'ai tous ces gens-là qui vont l'aider à faire les musiques. Boris considère qu'il est un piètre musicien, il faut le savoir. Donc, pour lui, faire la musique,
- Speaker #0
ça va à des artistes.
- Speaker #1
Oui, la trompette d'abord. Après, il a eu un choral qu'il a appelé trompinette. C'était un petit corps. Tout à fait. Mais ici, terminée la trompette. Son cœur lui interdit totalement de jouer. Donc en fait, il les a données. Quand il arrive ici, on est quand même en 1953. Et Boris, le temps de Saint-Germain-des-Prés, était un peu loin derrière lui. Même si c'était trois ans avant seulement. Mais pour lui, c'est longtemps.
- Speaker #0
Un changement de vie total.
- Speaker #1
Un changement de vie total, absolument.
- Speaker #0
Ici, c'est après l'épisode Faubourg-Poissonnière, où il était dans un grand 250 m².
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Puis un petit 10 mètres carrés, et il atterrit ici grâce à Ursula.
- Speaker #1
Grâce à Ursula, oui, parce qu'effectivement, lui, il n'était pas solvable, en fait, Boris. Il avait un peu épuisé même toutes les cartes. Et Ursula, elle était danseuse, elle faisait partie de la troupe de Roland Petit. Donc à ce titre-là, c'était un peu plus facile, déjà, de trouver à se loger, et puis d'avoir des revenus, puis elle était quand même aussi suisse. Elle avait des papas et mamans qui étaient derrière. Ce n'étaient pas des gens ultra argentés, moi je les ai connus, c'étaient des gens formidables d'ailleurs, mais je veux dire quand même, en tant que garant, c'était quand même pas mal. Donc c'est elle qui s'en est occupée, et puis Boris ne s'est surtout pas regretté. Il a aménagé ça, donc le côté loft, le côté bibliothèque, et puis finalement, de ce petit deux pièces, il va se rendre compte que derrière une cloison, il n'y a rien, donc il va déplacer la cloison.
- Speaker #0
C'est presque du squat.
- Speaker #1
Voilà, oui, et puis à l'époque, après-guerre, c'est vrai qu'il y avait tout ce côté comme ça. On s'arrange. On s'arrange. Il n'était, je crois, vraiment pas le seul. Tout ça a été réglé après sa mort. Mais effectivement, à un moment donné, il s'est octroyé la possibilité d'ouvrir. Donc, le salon est devenu plus grand et il y a eu une cuisine de créé.
- Speaker #0
Pousse les murs.
- Speaker #1
Et donc, ça a permis de faire une très grande bibliothèque. Du coup, c'était ça, surtout le but, Boris.
- Speaker #0
Donc, ces bibliothèques qu'on peut voir aujourd'hui, ce sont les bibliothèques créées par Boris Lyon lui-même.
- Speaker #1
Ah oui. Mais ce que vous voyez là, particulièrement dans cette... pièce à 80 90%
- Speaker #0
les choses sont d'origine a vraiment une question que je me posais parce que quand on quand on lit votre livre on s'aperçoit finalement que l'endroit a vécu après la mort de boris lian mais de façon de façon différence de façon différente de façon diverse bien sûr a eu certaines a eu des visites de plus en plus alors que ce n'est pas pensé pour être un endroit qui visite ah oui il a fallu s'adapter sans arrêt sans arrêt puis une chose qui est assez à
- Speaker #1
Étonnante, importante, si vous avez suivi tout ça, et je vois que c'est le cas, ça s'est rempli, parce qu'on est à l'ère du papier quand même, dans les années 60, 70, 80.
- Speaker #0
Avec quelqu'un qui garde tout.
- Speaker #1
Avec quelqu'un qui garde tout, et en plus, on nous envoyait, enfin, on nous, moi, je n'étais pas encore là à cette époque-là, mais à Ursula, je veux dire, on lui envoyait des tas de choses, et c'était normal, des programmes, des affiches, des photos, et ça fait une foultitude de choses, du courrier, elle reçoit du courrier par centaines. Je veux dire, de lettres et tout. Et donc, tout ça, à un moment donné, dans cette maison, il va falloir trouver la place pour tout ça. Donc, moi, quand j'arrive, c'est absolument dantesque. Enfin, je veux dire, on pourrait dire quasiment qu'on ne met pratiquement plus un pied par terre. Enfin, je veux dire, il y a des tas partout, en réalité. Mais tout est là, pareil. Le décor est le même, à peu près le même. Il y a des choses un peu bougées et tout. Et moi, en fait, ce que j'ai fait à un moment donné, c'est que j'ai retiré, effectivement, toutes les couches pour que revienne l'appartement d'origine. en fait, qui était bien là. Mais j'ai envie de dire peut-être qu'Ursula, elle avait besoin de l'oublier aussi, peut-être. Parce que voilà, c'est une période, ça reste définitivement pour elle une période douloureuse. Les six ans qu'elle vit là avec Boris, ça reste terrible. Oui, terrible. Toute sa vie jusqu'au bout, elle leur vivra et ce sera comme ça. Et en plus, rien n'est fait pour qu'elle l'oublie.
- Speaker #0
Elle a été marquée par ce personnage, j'allais dire pour le meilleur et pour le pire.
- Speaker #1
Ah oui, elle a été marquée. Comment ne pas être marqué par Boris Zian ? Moi, j'ai rencontré des dizaines, peut-être certainement même des centaines de copains et de copines de Boris. Tous ont été marqués, tous, sans exception. Alors après, il y en a qui m'ont dit, il était ci, il était ça, il était pas très ci, il était pas très… Bon, ok, mais je veux dire, il imprégnait parce qu'il avait vraiment une attitude, un regard, une personnalité, un phrasé qui était vraiment hors norme. Vraiment hors norme. Alors, je vous montre la suite comme ça. On avance.
- Speaker #0
On discute, mais... Oui, mais... Cette petite... On entre dans une cuisine qui est, j'allais dire, dans son jus.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Elle est totalement dans son jus. C'est-à-dire que j'imagine que la petite table de cuisine, elle est là depuis longtemps. En tout cas, elle est là depuis les années 50.
- Speaker #1
Celui-là avait chiné ça sur le boulevard. Il y avait beaucoup de... Un peu comme les puces, il fut un temps. Donc, ils avaient chiné ces petits meubles et tout. Puis sinon, Boris a fait tout sur mesure. Après, il a récupéré et tout est fait sur mesure. Donc, il a fait une buanderie, il a fait une petite cuisine et puis là, il a fait une sorte de cellier.
- Speaker #0
On l'entend presque dans un film des années 50, sauf que ça n'a pas été pensé comme un mausolée ici. Ça a été plutôt pensé comme on laisse en l'état, mais on vit toujours dans cet appartement. Vous avez vécu vous-même dans cet appartement ?
- Speaker #1
Oui. Je ne sais pas s'il y en a qui pensent pour que ce soit des mausolées. Je trouve ça très triste. Il y en a qui pensent comme ça. C'est vrai qu'ici, ce n'est pas pensable ainsi, parce que la maison a toujours été habitée, très habitée et surtout très vive. c'est-à-dire on peut habiter on peut habiter puis être quand même bonne et de nuit et pas très gai mais je veux dire c'est quand même pas l'ambiance de la maison il y a plein de gens qui sont passés ici il y a eu beaucoup de fêtes beaucoup de rencontres beaucoup j'ai envie de dire d'ouverture simplement d'ouverture d'esprit et d'accueil voilà quelqu'un sonne et puis si quelqu'un on ne sait même pas qui c'est mais il est sympathique il peut rester toute l'après-midi à l'époque pas aujourd'hui vous qui écoutez ce podcast vous n'y rentrerez pas Oui. Non, c'est sûr que ça devient plus compliqué aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est même difficile pour vous, vous me disiez en préambule à cette petite visite, c'est difficile pour moi de faire visiter encore et encore et encore cet appartement.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, c'est un exercice difficile. Après, c'est une question de feeling avec les gens, ça dépend comment ça se passe. Mais c'est vrai que quelque part, oui, j'ai du mal. J'aimerais bien que les gens se sentent chez eux. En fait, c'est ça qui est difficile. J'aimerais bien que les gens sachent déjà et qu'on soit juste là pour boire un verre ou pour une interview. Mais ça indique effectivement une position. Je suis celle qui habite là, celle qui… Et la mémoire de Boris Vian et de ses proches, etc. Et j'aimerais bien des fois être simplement chez moi, chez lui, chez Boris, chez eux, chez Boris et Ursula.
- Speaker #0
Et d'être Nicole Bertholdt également.
- Speaker #1
Et d'être Nicole Bertholdt. Et puis je vais dire, tiens, vous voulez un café ? On boit un café et puis on discute. Et puis voilà.
- Speaker #0
Ce qui est pas mal.
- Speaker #1
Alors de la cuisine, on passe à cette partie intermédiaire.
- Speaker #0
C'est la musique.
- Speaker #1
Oui, ce qui est un faux pas dans cette maison, car Boris laissait la musique. Je l'ai mise, et juste baissée un petit peu, juste pour l'enregistrement. Mais c'était au bout où la dame parle. Je me doute, non, mais je me sens... Je sais que c'est pas... On me le dit tout le temps, parce que la musique, elle est là depuis toujours.
- Speaker #0
Et c'est important.
- Speaker #1
Là, en fait, ce qui est assez...
- Speaker #0
Ce sont les ouvrages surviants.
- Speaker #1
Ce sont les ouvrages deviants qui sont publiés en langues étrangères, et nous n'avons certainement que la moitié. Donc vous voyez de là, en Ausha gauche, jusqu'en bas à droite.
- Speaker #0
Un espace de, on va dire, 2 mètres sur 2 mètres presque.
- Speaker #1
Voilà, et là vous avez un titre, un pays, une année. Donc là vous voyez, bon j'en sors un au hasard, vous avez l'écume des jours publiée en 2001.
- Speaker #0
en langue estonienne. Là, si j'en prends un autre, vous avez, en avant l'asiatique, publié en 2008 en Italie, etc., etc., etc. Voilà. Donc, en fait, il y a beaucoup, beaucoup de langues, bien sûr. Boris s'est traduit dans 40 langues, une quarantaine de langues. Et nous n'avons pas tout, parce que les éditeurs ne nous envoient pas toujours tous les ouvrages.
- Speaker #1
Et aussi bien les cassettes, également, certains enregistrements.
- Speaker #0
Ah oui, oui, ça, j'ai ressorti de vieilles choses, mais c'est assez extraordinaire. Si vous vous tournez, vous avez le diplôme d'ingénieur de Boris.
- Speaker #1
Qui est un vrai diplôme de vrai ingénieur.
- Speaker #0
Ingénieur des arts, des manufactures. Voilà pourquoi il a choisi l'école centrale. Il choisit l'école centrale parce que dans l'école centrale, il y a le mot art. Et ça, il y a peu de gens qui l'observent. Et d'ailleurs, moi qui connu pratiquement tous ses copains de centrale, parce qu'avec les Kardash, forcément, j'ai connu tout le monde. En fait, ils étaient tous des sacrés artistes. Boris ne fait pas exception ou n'est pas exceptionnel en cela on pourrait penser que les centraliens sont très techniques ils sont très techniques mais également très artistes et ce n'est pas hasard qu'il a choisi cette école-là vu le niveau qu'il avait il aurait pu aller à Polytechnique ou aux mines mais ça ne l'intéressait pas du tout il n'aimait pas faire des études il n'aimait pas l'élitisme il n'a jamais aimé les choses en grand il faut d'abord que ça lui parle un peu Et puis là, vous avez deux autres diplômes.
- Speaker #1
Le collège de botte physique.
- Speaker #0
Voilà, ils sont très touchants. Et donc, vous avez un premier diplôme en tant que grand écarisseur. Et ensuite, vous avez un second diplôme en tant que transcendant satrape. Parce que les Athéniens s'atténirent et les satrapes s'attrapèrent.
- Speaker #1
Ah, mais évidemment.
- Speaker #0
Bien sûr, sur cette terrasse. Donc, allons sur la terrasse. Enfin, allons regarder la terrasse.
- Speaker #1
Là, c'est un bureau. On entre dans un autre bureau avec cette chaise qu'il a fabriquée lui-même. Quand on est fan de Boris Vivian, on peut voir des photos de cette chaise un peu partout. Cette chaise faite sur mesure par ses soins.
- Speaker #0
Oui, exactement.
- Speaker #1
Tout a été gardé.
- Speaker #0
Il voulait plier, il voulait rendre pliable, mais ce n'était pas possible. Donc, en fait, il s'est organisé pour essayer de faire quelque chose qui est assez étrange. Et puis finalement, elle est effectivement à sa mesure quand il joue de sa fameuse guitare lyre. Et en fait, nous, on a continué ici pareil. C'est-à-dire qu'il y a des choses de Boris, il y a des choses anciennes et puis des choses récentes. Tout s'est superposé avec le temps.
- Speaker #1
Et on voit également encore des livres, tellement de livres, des centaines de livres dans cet appartement.
- Speaker #0
En fait, il y a toutes les éditions successives aussi. Parce qu'en fait, moi, j'ai besoin de ça. J'ai besoin de connaître toutes les éditions qu'il y a eu, de temps en temps, de rechercher des choses et tout. Donc on a toutes les éditions, à l'époque, de France Loisir, qui était très important dans notre France à un moment donné, pour faire lire les masses populaires. Ça a été extraordinaire. Mais aussi, bien sûr, toutes les éditions de Poche et les éditions Brochet et tout. Et puis, il y a cette affiche qui est extrêmement touchante.
- Speaker #1
L'écume des jours, Boris Vian. L'exposition à la BNF, en fait. dont vous parlez dans votre livre de cette exposition, comme quoi pour vous c'était important, parce que c'était une reconnaissance presque officielle, finalement, enfin, c'était un peu comme si pour vous,
- Speaker #0
on ne peut pas aller plus loin là,
- Speaker #1
enfin, on reconnaît l'œuvre de Boris
- Speaker #0
Vian. Oui, il y a eu quelque chose de cet ordre-là, et là en fait, cette affiche n'est pas l'affiche de l'expo de la BNF, c'est celle-ci l'affiche de l'exposition de la BNF d'ailleurs, je trouve que c'était très bien choisi, où on voit Boris, qui joue de son corps à gilet douille. Et ce corps à gilet douille est une trompe d'Orléans à 18 tours. D'ailleurs, elle est dans le salon, vous pourrez la voir également. Mais là, c'est une affiche, en fait, où il faisait des visites pour voir le manuscrit de l'écume des jours. Ah oui, bien sûr. Qui est classé trésor du patrimoine national, quand même. Et c'est un manuscrit qui est tenu à température dans les sous-sols de la Bibliothèque nationale. Et ce que vous voyez là, en fait, c'est une composition du manuscrit. avec des dessins de Boris sur une page manuscrite. Manuscrit qui est tout à fait extraordinaire, qu'on a d'ailleurs fait reproduire plusieurs fois. Et donc c'est touchant de voir que ce livre, qui n'a eu que 300 ou 400 lecteurs à sa sortie, soit classé Trésor du patrimoine national. Aujourd'hui,
- Speaker #1
et lu par des collégiens... des milliers de collégiens sans d'admiration en france ah oui oui et puis c'est comme ça qu'on a des collins des chloé qui continue de venir comment est ce que se joue la conservation je veux dire par là est ce que parfois vous dites ah tiens telle chose a été un peu abîmée telle chose se perd un peu avec le temps, une photo qui jaunit, quelque chose. Vous avez des pincements au cœur ou vous dites, tiens, on doit enlever telle chose de la maison, on doit mettre ceci, je ne sais pas.
- Speaker #0
Jamais, non, non, jamais. D'abord, premièrement, je pense qu'on y fait suffisamment attention pour que ça n'arrive pas trop. Et c'est vrai qu'à l'usure du temps, on ne peut pas aller contre. Donc, on ne va pas contre. Donc, je n'ai pas vraiment d'état d'âme. Je vois des choses qui s'abîment, c'est sûr, je le vois. Je me dis que c'est comme ça. On a appelé à un moment donné à l'aide pour dire que c'est un patrimoine un peu important, s'il y a possibilité de nous aider. Parce qu'on ne se rend pas compte, mais tout ça coûte beaucoup d'argent. Et en fait, Ursula Vian, toute sa vie, l'argent des droits d'auteur, elle l'a remis dans le fonctionnement même de ce lieu.
- Speaker #1
Est-ce qu'elle se sentait obligée ?
- Speaker #0
Peut-être, oui. Il y a une part quand même d'obligation. C'est vrai que c'est les royalties de Boris. C'est vrai que c'était... En même temps, elle a fait aussi d'autres choses satellitaires. Mais oui, certainement, ce n'est pas facile de gagner de l'argent quand c'est quelqu'un d'autre qui l'a produit, si je puis dire, par son savoir et tout. Donc, elle n'a pas profité parce qu'elle ne voulait pas qu'on lui reproche. Ça, c'est vrai. Je vais vous emmener dans l'autre partie qui est assez étonnante. Tout ce que vous voyez là, c'est Boris.
- Speaker #1
C'est un peu comme si la maison serait rétrécissée par endroit.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Là,
- Speaker #1
il y a un petit escalier qui mène à son grenier, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui, à sa chambre personnelle. Là, il y a la chambre de son fils, Patrick. Là, il y a des penderies, parce qu'en fait, il n'y a nulle part où ranger quoi que ce soit dans tout l'appartement, donc il s'en est servi en fait comme soutènement pour faire sa mezzanine. Et puis là, je vous laisse commenter. Parce que là, c'est son atelier.
- Speaker #1
On a l'impression d'entrer dans un tout petit appartement. Mais en réalité, on a l'impression d'être dans une maison. On entre dans un atelier où, on va dire, il y a quoi ? Il y a peut-être 3 mètres de longueur sur 1 mètre de large. Et là, vous avez des marteaux, des tournevis, de la corde, un, je ne sais pas, tout un tas de choses qui permettent, des vis. si ade. Des écrous, il y a du matériel de mécanique auto, j'ai l'impression.
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait.
- Speaker #1
Des clés, des trousses de clé, des chaînes. C'est un peu comme si quelqu'un avait... Dans un garage à la campagne, on pourrait trouver des choses comme ça. Alors pourtant, ça ne respire pas la poussière. Ça doit être également un enjeu de... De nettoyer, d'aller contre la poussière.
- Speaker #0
D'entretenir la maison, oui, c'est un enjeu. En fait, cet atelier, je l'ai vidé seule et unique fois. Et où j'ai fait un ménage à fond, je l'ai vidé entièrement. C'était il y a peut-être moins de dix ans. Et en fait, je laisse fermer tout le temps pour que l'odeur, elle reste. L'odeur, l'ancienne odeur. L'odeur de Boris, on peut dire.
- Speaker #1
Ah ouais. C'est un peu comme dans un livre. Dans un livre, vous allez avoir l'odeur du livre, le vieux papier. Souvent, l'amateur, l'amoureux du livre va rechercher cela, cette odeur du vieux papier. Là, en fait, on est un peu là-dedans. Cette odeur du vieux bois, des vieilles choses, c'est impressionnant. C'est assez haut. C'est là qu'on imagine justement la médecine.
- Speaker #0
Je ferme parce que... Non, mais je ferme la mezzanine aussi, parce que ce n'est pas la peine. Il n'y a plus rien d'origine. Le lit, ça, c'est le lit qu'a fait Boris pour son fils. Alors, Boris, comme il faisait beaucoup de bateaux, il lui a fait un lit bateau. Personne ne faisait ça aussi. Je peux rentrer dedans ? Oui, oui, je vous en prie. Et en fait, toujours pareil, peu de meubles. Donc, un lit bateau avec les affaires en dessous. C'est incroyable. Donc, son fils, il avait cette petite chambre. et moi quand je suis arrivée ici. et que j'ai habité pendant 8 ans avec Ursula, c'était ma chambre.
- Speaker #1
Magnifique, avec... Avec l'hum sur la terrasse,
- Speaker #0
des trottinettes à trappe, et vue sur le moulin rouge à l'envers. Donc, voilà. On a vu sur le moulin rouge, là. Et puis, à droite, vous avez l'appartement de Jacques Prévert. Et à gauche, vous avez les ateliers de couture du moulin rouge. Voilà.
- Speaker #1
D'accord. Ah oui, on est derrière le Malin-aux-Jantés. On est vraiment entre la place Clichy et puis la rue Le Pic, derrière tout ça. On n'entend pas la ville, ou presque ?
- Speaker #0
Moi, je l'entends. C'est normal, on développe quand on est quelque chose. Mais quand c'est ouvert, on peut entendre beaucoup. Oui, bon. Mais ça va. Ça va, ça va.
- Speaker #1
50 ans dans cet appartement ?
- Speaker #0
Oui, en fait, je suis arrivée à habiter ici en 81, mais effectivement, j'ai commencé à le fréquenter à partir de 76, au moment où j'ai rencontré Ursula. Donc, ça fait 50 ans cette année. C'est toujours la même phrase qui est dite, quand c'est comme ça, qu'on retourne en arrière. On n'a pas vu le temps passer, et puis c'est vrai. Il n'y a que maintenant que je réalise. parce que j'ai fait le bouquin, parce que... Parce que c'est un contron, voilà, 50 ans, et je me dis, ah bon ? Mince, alors, c'est complètement vertigineux. Oui, parce qu'on ne compte pas son temps. On ne compte pas son temps. C'est-à-dire qu'ici, c'est une maison chronophage en même temps. C'est une maison qui vous prend tout. Même s'il n'était pas mandataire au début, mais très rapidement, j'ai fait quand même beaucoup de choses simultanément. Et puis d'être mandataire, c'est pareil. Ça demande effectivement à donner des autorisations tout le temps, ou à lire des choses. Voilà, ou à être dérangée, ou à être interrogée, enfin bon, peu importe, c'est être à disposition, c'est un peu normal. Mais au-delà de ça, je crois qu'on a conjugué en plus d'autres choses à faire, puisque Ursula Vian avait un espèce de centre culturel dans les Pyrénées-Orientales, on avait une galerie en bas. Donc ça, pendant 30 ans, ça multipliait énormément, je veux dire, toutes nos activités. Et puis ici, dans l'appartement, voilà, ça s'est un peu tassé, et puis aussi parce que... Tout simplement, l'œuvre va tomber dans le domaine public dans quelques années. Donc, beaucoup de choses ont été faites. 2021,
- Speaker #1
c'est ça,
- Speaker #0
hein ? Oui, au 31 décembre 2029, en fait, puisque c'est 70 ans après la mort de l'auteur.
- Speaker #1
Il y a un truc que je n'ai pas vu, et pourtant c'est un appartement dans lequel il devait y en avoir. Je parle des Ausha, vrai ou faux, un chat a été conservé, un chat mort a été conservé dans le congélateur de cet appartement.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est Blanche Véron de Blanche Véron qui a été conservé, oui, oui. Elle était blanche et elle avait les yeux verrons. Et on est place blanche et on est cité verron. Donc, elle s'appelait Blanche Véron. Alors,
- Speaker #1
qu'est-ce qu'elle faisait dans ce congélateur ?
- Speaker #0
Eh bien, pauvreté, elle est morte. Et Ursula, elle voulait absolument que je descende de son petit corps dans les Pyrénées-Orientales où elle était, là où elle enterrait tous ses animaux. Il y a un petit cimetière des animaux, elle voulait. Donc, en fait, en attendant que je descende, je l'ai mis dans le congélateur. Et puis, voilà. Et puis, elle est restée un moment jusqu'au jour. où je suis partie en week-end faire une conférence ou je ne sais pas quoi. Enfin, j'ai dû me déplacer. Et puis, quand je suis revenue, le frigo s'était inversé. Il faisait du chaud. Et alors, la pauvreté, elle était en train de fondre avec tout le reste. Et alors, du coup, j'ai dû l'enterrer, moi, ici, et vite fait, bien fait.
- Speaker #1
Vrai ou faux, Ursula vous a dit un jour, tu prends de la place.
- Speaker #0
Ah oui, oui.
- Speaker #1
Il y avait une sorte de rivalité entre vous ? Il y avait...
- Speaker #0
Alors, ça pouvait arriver, ça pouvait arriver, oui. Parce que là, maintenant que j'ai vieilli, je peux me rendre compte de ce que ça représente d'être avec quelqu'un qui a 30 ans de moins tout le temps. Oui, je pense que ça pouvait être de la rivalité, de la jalousie. Mais j'ai envie de dire bien vu, forcément, parce que ce n'est pas facile. Je veux dire, ce n'était pas facile de me supporter, sans doute déjà, parce que j'avais quand même le caractère que j'avais aussi et que je n'étais pas toujours facile, moi aussi.
- Speaker #1
Vous avez toujours un caractère. Vous avez toujours du caractère.
- Speaker #0
Oui, ça c'est sûr. Mais comme je suis toute seule, c'est avec moi-même, c'est un peu différent. Mais là, quand c'était avec elle, on cohabitait, on travaillait beaucoup ensemble, et tous les trois. Et donc c'est vrai que oui, de temps en temps, elle m'a recadrée, elle m'a remis à ma place. Aussi peut-être parce que j'empiétais de plus en plus aussi dans cet appartement. C'est-à-dire que plus ça allait avec le temps, et plus c'était un peu chez moi. Parce qu'elle-même, elle y est. elle y était moins souvent.
- Speaker #1
Il n'y a pas beaucoup de photos d'Ursula ici ?
- Speaker #0
Il y en a quelques-unes, il y en a trois, quatre. Et encore, c'est moi qui les ai mises, Ursula n'y tenait pas. Elle n'y tenait pas, en fait. Elle ne voulait pas se voir. Il y a beaucoup de danseuses.
- Speaker #1
Il y a des photos de M. D ici ?
- Speaker #0
Oui, il y en a une là.
- Speaker #1
Là ? Juste dans un petit cadre ?
- Speaker #0
Oui, dans la bibliothèque.
- Speaker #1
J'ai encore un petit vrai ou faux. Vrai ou faux, pour vous, ce qui compte, c'est la simplicité. Pourtant, on a l'impression que chez Boris, tout est compliqué. Il ne va pas aller forcément au plus simple.
- Speaker #0
Oui, Boris a une pensée assez complexe.
- Speaker #1
Voilà,
- Speaker #0
une complexité.
- Speaker #1
Et vous, c'est la simplicité.
- Speaker #0
Oui, justement. Comme ça, moi, je ne me mets pas en rivalité avec lui, déjà, pour commencer. J'essaie justement de décomplexifier. Voilà, tout simplement. Je crois que c'est mon... C'est mon atout, c'est ma mission, en fait, de recevoir... Avec simplicité aussi. C'est très important. Aussi. C'est-à-dire que quelque part, on pourrait aussi faire des ronds de jambes, dérouler le tapis rouge, ne pas se faire visiter, ne pas ouvrir la porte, etc. Et Ursula m'a très vite appris cette proximité, cette ouverture. Et puis moi, c'est facile. N'étant pas directement liée à la famille, rapidement, j'ai pu... recevoir tout le monde. Et en même temps, même pour moi, avec le temps, ce n'est pas si simple, mais je demande à ce que les gens se conduisent simplement aussi. Voilà. D'être dans la simplicité réciproque, c'est bien aussi. Aussi bien dans la demande, dans ce que moi j'amène, etc. Et puis, dans la décomplexification de la pensée de Boris. Mais c'est vrai que souvent, il y a des affaires qu'on traite et qui sont un peu difficiles. Alors j'essaye toujours de trouver le moyen de faire en sorte que chacun s'y retrouve et qu'on arrive à faire ça facilement, aisément.
- Speaker #1
Quelque chose qui est simple, c'est ce livre, donc Ma vie en viant, votre vie, qui est racontée de façon assez simple, un peu comme si vous racontiez à quelqu'un qui est proche. votre vie.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que je me la suis susurrée à l'oreille à moi-même, en fait. Je me suis écrite à moi-même. J'ai essayé de me raconter ma propre vie et tout. Parce que j'ai eu beaucoup de mal vraiment à faire ce livre. Et donc, finalement, et pourtant les choses me venaient, etc. Mais bon, il faut trier par où on passe, etc. Et finalement, oui, je me suis racontée ma propre histoire.
- Speaker #1
Vous êtes allée dans les effets stylistiques, ce n'était pas le but ?
- Speaker #0
Non. D'abord, premièrement, je vais bien être auteur. J'ai fait six ou huit livres, mais tous autour de Boris Vian. Je ne suis pas écrivaine et je ne voulais pas m'embarquer sur un style qui se serait voulu quelque chose. Donc, je l'écris d'une façon extrêmement spontanée et très orale, finalement.
- Speaker #1
Il y avait sans doute ce besoin de raconter aux personnes qui vous sont proches. ce que vous avez traversé. C'est une façon de mettre, finalement, d'affronter la réalité. On en parlait un petit peu tout à l'heure, mais d'affronter la réalité de votre vie, de dire, bon, ben voilà, maintenant, c'est bon, j'ai raconté ça.
- Speaker #0
Oui, ben oui. Oui, c'est-à-dire qu'encore une fois, à l'échelle du temps, j'ai deux enfants, et mes deux enfants souvent me disent, maman, on ne sait rien de toi. C'est pas simplement ici qu'on ne sait rien de moi. dans mes propres amis et mes propres enfants. Donc c'est vrai qu'encore une fois, c'était déposé, justement, une fois pour toutes quelque chose, ça n'a pas été simple. Mes enfants ont été mes premiers lecteurs, et je n'aurais pas publié sans leur accord. Ils m'ont écrit des jolies lettres, d'ailleurs, pour m'exprimer leur accord, en l'occurrence, et ils étaient contents d'en savoir plus, même si ce n'était pas facile, vraiment. Peut-être que ce livre m'a un peu reconstruit quand même, j'espère.
- Speaker #1
Il y avait besoin d'avoir sans doute ce besoin de sécurité pour affronter tout ce que c'était de vivre dans l'ombre de viande aussi longtemps. J'imagine que pour vous, il n'y a pas de retraite finalement.
- Speaker #0
Oui, il y a un moment que j'ai passé l'âge de la retraite, effectivement. Oui, c'est des métiers passion, c'est des métiers… Oui ! Si tant est que ce soit exactement un métier, mais c'est surtout une mission. Une mission qui va quand même un peu s'arrêter par la force des choses. Et puis aussi parce que j'ai fait le tour et que je n'ai pas envie de voir la fin non plus.
- Speaker #1
Tu pensais à la fin ?
- Speaker #0
Ah oui, la fin des droits d'auteur, la fin de quelque chose et tout. Je n'ai pas envie, c'est difficile de savoir ce que le Moulin Rouge fera du lieu, etc. Oui, c'est très douloureux, c'est difficile quand même. Alors je préfère garder dans mon esprit la gaieté de cette maison, et puis de penser autrement, et puis de me dire de trouver une autre aventure. Je pense que c'est comme tout métier qu'on a aimé exercer, ce n'est pas facile.
- Speaker #1
Donc il y a toujours un danger pour cette maison ?
- Speaker #0
Le danger, oui et non. Cette maison, elle ne pourra plus exister de la même façon. Là, aujourd'hui, on y est, là. Comme ça, on décide de se faire un café, on se fait un café, je veux dire, ça ne pourra plus exister. Et à un moment donné, la maison, elle sera certainement dans l'enceinte, vraiment, du Moulin Rouge, et il y aura un accès du public du Moulin Rouge. etc. Avec la possibilité de voir quand même les appartements viants et prévaires, en tout cas viants, c'est sûr. Cette maison ici, elle vit et puis c'est tout. Il faut que ce soit comme ça parce qu'elle est faite comme ça. Et je pense que pour Boris, s'il était resté là, si ça devait s'arrêter, lui-même il serait parti et puis il aurait été planter ses pénates ailleurs.
- Speaker #1
Merci beaucoup Nicole Bertholdt. Je rappelle le titre de votre livre, ce témoignage, Ma vie en viant. Chez Fayard, que je conseille à toutes les personnes qui s'intéressent de près ou de loin à la vie de Boris Vian, même si ça ne parle pas de la vie de Boris Vian, pour une fois, c'est juste l'ombre de Vian qui est là. Plane. Plane.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai qu'on m'a demandé, et ça a été pénible, on m'a dit, surtout tu ne fais pas une biographie sur Boris. Voilà.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Vous avez écouté un café au comptoir. Petit mot habituel de chaque fin de podcast, allez sur Apple Podcast, mettez 5 étoiles, c'est encore mieux. Et puis surtout, laissez-nous un petit mot pour expliquer comment c'était bien ce podcast, comment vous l'avez aimé. Vous mettez n'importe quel pseudo, on s'en fout. En tout cas, ça nous offre de la visibilité. Allez partager ce podcast avec vos amis, vos collègues, votre famille, qui vous voulez. En tout cas, merci d'être ici et à très, très, très, très bientôt pour un nouveau café.