- Speaker #0
Il est 3h du matin et je me dis, qu'est-ce qu'il y a dans cet appartement ? Et je me suis dit, c'est ça en fait un romancier, c'est quelqu'un qui veut aller dans cet appartement, qui évidemment ne va pas le faire, il ne va pas toquer parce que sinon c'est un malade mental. Et du coup, il a besoin de savoir ce qui se passe derrière. Comme il ne peut pas le savoir, il l'invente.
- Speaker #1
Bonjour, je suis Alexis Iméros, vous écoutez Un Café au Comptoir. Café au Comptoir.
- Speaker #2
Un café au comptoir.
- Speaker #1
Il serait aisé de caricaturer mon invité du jour en trempant ma plume dans quelques gouttes d'acide bolchevique. Ainsi, on pourrait croquer cet ancien journaliste sportif sous les traits du beau gosse du paysage audiovisuel français faisant la réclame sur CNews chez Pascal Praud, allez, afin d'élire le meilleur saucisson de l'année ! C'est vrai ! Ou encore venant y faire la promo d'un de ses romans, jusqu'à proposer à son hôte, connu pour ses discours populistes, de se prendre dans les bras pour parler, entre hommes, de leur vie. viril. Cette petite sauce pourrait déjà occasionner des brûleurs d'estomac à certains, mais chez moi rien ne me choque. Alors sinon j'aurais pu également faire bouillir la marmite de l'humour noir et vous le présenter comme l'exécuteur testamentaire de Bernard Mabille, 78 ans, Philippe Chevalier 69 ans, Jacques Maillot 76 ans ses partenaires de jeu comme de Laurent Gérard dont il co-écrit les textes mais les plus jeunes de mes auditeurs n'auraient pas la ref comme on dit. Allez, cultivez-vous les gars ! Peut-être est-il plus simple de m'en tenir à une biographie basique façon Wikipédia et rappeler que mon invité a été entre autres le présentateur de 100% Foot ou du défilé Victoria's Secret mais surtout de la revue de presse sur Paris Première, émission satirique diffusée en direct. La précision est importante tant le live plébiscité sur les réseaux sociaux est devenu rarissime à la télévision. Mais cet homme blanc de plus de 50 ans possède plus d'une recette dans son baise en ville donnant toute la saveur à son personnage. Non content d'être bien né et de s'en orgueillir de sa particule, ce journaliste et animateur écrit également. Et là c'est plutôt délicieux ! Dramaturge et romancier, il peut se targuer d'une oeuvre riche de cinq pièces de théâtre et trois romans, dont le dernier Corvette aux éditions Le Cherche-Midi est loin d'être du fast food littéraire. Pour continuer à filer ma métaphore culinaire je parlerai plutôt de friandises. Corvette est un livre au style alerte alternant douceur et critique piquante sur le monde actuel. Le roman traite d'un sujet qui pourrait pourtant filer des aigreurs à plus d'un, la fin de vie, le suicide assisté, l'euthanasie.
- Speaker #0
C'est gay !
- Speaker #1
Est-ce que c'est un livre triste pour autant ? Nullement. Comme un bonbon acidulé, il alterne le suave et le suret. Et on se délecte de ce voyage au cœur de la petite bourgeoisie d'une banlieue chic de l'ouest parisien. Sans rien vouloir en divulgacher, on peut dire qu'on y ausculte la vie et la mort, du désir, de l'activité professionnelle, de l'être humain. L'auteur explore avec sensibilité et mordance que son personnage, auquel je ne pensais pas m'attacher, fait du temps qui lui reste après avoir appris qu'il va mourir. Comment se lance-t-on dans pareil sujet ? Est-ce que travailler avec des seniors nous réconcilie avec notre destin funeste ? Autant de questions que l'on ne peut se poser qu'au comptoir d'un café. Et ça tombe bien, je suis au Café de la Place Saint-Georges à Paris. 9e bonjour jérôme de verdière bonjour alexis comment écrit-on aujourd'hui est ce qu on se met dans une condition différente si on va écrire de l'humour politique ou si on va écrire un roman non c'est pareil on se met à son bureau et
- Speaker #0
depuis trois ans j'ai la chance d'avoir un bureau j'ai l'impression que ça y est j'ai enfin je suis installé dans la vie quoi parce que chez moi j'ai habite à toulon depuis trois ans mais non j'ai baissi je ne suis plus parisien et donc j'ai une maison Alors je le dis pour les impôts qui nous écoutent, très modeste la maison. Mais j'ai quand même la place d'avoir un bureau. Enfin j'ai un bureau à moi. Et donc non c'est pareil que j'écrive la revue de presse, que j'écrive les sketchs, que j'écrive du théâtre ou que j'écrive un roman. Je me mets comme tout le monde derrière mon ordinateur ou devant. Comment on dit ?
- Speaker #1
Derrière ou devant ?
- Speaker #0
Devant son écran. et puis j'écris. C'est à peu près la même chose.
- Speaker #1
Il y a une disposition mentale particulière, peut-être ?
- Speaker #0
Ce n'est pas le même format. Non, je ne crois pas. Chez moi en tout cas. Je n'ai pas l'impression. Non, je n'ai pas l'impression. D'ailleurs, c'est ce que me dit toujours ma femme. Elle a raison. Elle me dit que je ne comprends strictement rien à ce que j'écris. Et c'est vrai que souvent, ce sont les lecteurs, par exemple, de mes romans, qui m'informent de ce que j'ai écrit. Moi je ne sais pas du tout ce que j'ai écrit, en fait je ne comprends rien à ce que j'ai écrit et comme j'écris au fil de la plume, j'allais dire, Je ne sais pas. Par exemple, pour parler du dernier né de Corvette, je ne savais pas si ça allait être une comédie dramatique, une comédie, une tragédie. Je ne savais pas trop ce que... Je me laisse aller au... Et c'est un peu pareil pour tous les... Alors évidemment quand on écrit un sketch d'humour, le but c'est de faire rire. On sait qu'on connaît le format. Mais vous savez, c'est comme les comédiens, et ça vous le savez très bien Alexis... Mieux que moi. Quand on écrit une pièce de théâtre qui est une comédie, on dit toujours aux comédiens, n'essaye pas d'être drôle en fait. Parce que c'est toujours une tragédie. Tout ce qu'on écrit, c'est d'abord de la tragédie. Même, je vais prendre un exemple qui peut être... peut paraître assez fort. Quand on écrit un... Bah tiens, hier dans mon émission, c'était hier soir, il y avait comme invité Ségolène Royal. Et j'ai écrit, parce que c'est moi qui ai écrit les textes de l'imitateur Michel Guidonnet, et j'ai écrit un François Hollande. Donc François Hollande qui vient devant la vraie Ségolène Royal. Je pense que c'était...
- Speaker #1
On rappelle que François Hollande était le compagnon de Ségolène. Oui,
- Speaker #0
tout le monde le sait quand même.
- Speaker #1
Pas les plus jeunes.
- Speaker #0
Non, c'est pas pas possible ! » En Suisse, quand même. Et donc, évidemment que c'était fait pour être drôle et je pense que c'était assez drôle. En tout cas, le public dans la salle a très bien réagi et Ségolène Royal aussi a très bien réagi d'ailleurs. Elle s'est bien marrée. Mais c'est tragique en fait parce que quand on se moque de François Hollande, quand on rit de François Hollande, c'est à la fois tragique et tendre. C'est-à-dire que ce type là comme ça qui se tient, qui essaye d'avoir une dignité sous la pluie, etc. Mais à la base c'est quand même un type qui se prend des sauts de flotte. Donc c'est tragique. Et donc même dans la comédie il y a de la tragédie. Donc tout ça pour revenir à votre question, que là je suis en train d'aller très très loin.
- Speaker #1
Mais je vous laisse dégraisser.
- Speaker #0
Non on est dans les mêmes... En tout cas moi j'écris toujours de la même façon, c'est-à-dire que je me laisse... porté par le texte. Alors, j'essaye de mettre quand même des petites barrières, des petits repères. Mais c'est le texte qui nous indique ce que c'est, pas le format. On sait si on écrit du théâtre, un sketch, un roman, mais en tout cas le contenu. Et puis on se laisse aller au personnage pour ce qui est du roman ou du théâtre.
- Speaker #1
Vous êtes devenu... romancier sur le tard. Je dis "romancier" parce que c'est un terme que vous-même vous employez dans certaines publications, Facebook ou Instagram. Dire "le romancier fait ceci, le romancier regarde cela". C'est assez contemplatif sur le monde. Avec une certaine poésie également. J'ai l'impression qu'il y a des petits écrits que vous faites, que vous laissez contemplatifs, que vous abandonnez sur les réseaux sociaux.
- Speaker #0
C'est marrant ça, parce que ça m'est venu totalement par hasard. Moi j'aime bien prendre des photos avec mon portable, maintenant c'est facile. Quand je... Voilà, j'arrive à la place Saint-Georges, je connais très bien, mais je peux très bien... Puis je vois un truc, je vois une fenêtre éclairée, c'est le soir, dans un immeuble il y a une fenêtre éclairée, ou il y a une épicerie, il y a encore de la lumière. Souvent je fais ça, mais je faisais ça avant même de les poster. Je faisais ça. Et puis un jour, Je fais une photo comme ça, c'était à Toulon d'ailleurs. Et c'était un ancien salon de coiffure qui s'était complètement transformé. L'enseigne c'était chez Monique, vous savez ces belles enseignes. J'ai une passion pour les enseignes des années 50, 60, 70, 80 parce que ça raconte une époque. Il ne reste plus que l'enseigne, vous voyez ce que je veux dire ? Et j'adore ça. Et donc je prends cette photo, cette photo m'amuse. Il y a des hommes qui sont assis, qui fument des cigarettes en... juste en dessous.
- Speaker #1
Vous imaginez leur histoire ?
- Speaker #0
Et là, je commence... Oui, dans ma tête, je commence. Et puis, j'écris un petit texte et je le mets sur Facebook et Instagram, sans doute. Et tout d'un coup, je vois le succès, entre guillemets, je mets beaucoup de guillemets, de la publication avec des gens qui disent « Tiens, ça nous a emmené justement un petit moment. » Ou alors, c'est marrant parce que moi, quand je crois, il m'arrive la même chose. je me fais l'histoire etc. Et puis je me suis dit tiens c'est amusant, alors je le fais pas tous les jours loin de là, mais du coup de temps en temps je le fais ouais et d'abord c'est un petit exercice d'écriture qui est pas inutile à faire quand on a l'ambition d'écrire et puis c'est aussi un peu, parce qu'on va pas se raconter d'histoire, les gens comme nous les réseaux sociaux c'est avant tout de la promotion quoi Donc ça permet de mettre ce qu'on appelle du contenu.
- Speaker #1
Vous faites du contenu, monsieur !
- Speaker #0
Je suis devenu influenceuse. Non, non, mais ça permet de mettre un petit truc qui est effectivement gratuit, mais en même temps qui peut aussi peut-être... Il y a beaucoup de gens qui me disent « on ne savait pas » , c'est la phrase des gens qui vous suivent à la télé, qui vous aiment beaucoup, qui adorent la télévision, à chaque fois ils me disent « on ne savait pas que vous écriviez » . Alors je dis « que vous saviez écrire ? » Alors je dis, depuis que j'ai 7 ans, oui, je sais écrire. Mais oui, ils peuvent découvrir effectivement une facette comme ça. Et pourquoi pas après aller acheter Corvette ? Allez acheter Corvette ! Une sandwich chers chemins et devines dans toutes les bonnes... Vous inquiétez pas ? Non, mais voilà. Oui, j'aime bien ce petit exercice. Et puis c'est... Enfin moi, je suis un peu... J'en ai pas le talent, mais je suis un peu modianesque dans l'âme. C'est-à-dire quand je me balade dans les villes, etc. J'y... soit des souvenirs, soit justement... Un jour je me suis dit, d'ailleurs j'ai compris, je crois avoir compris ce qu'était un romancier justement. Je me baladais un soir et justement, je reprends mon exemple de tout à l'heure et je vois effectivement une rue toute noire, toute sombre et dans un immeuble il y a deux fenêtres allumées, enfin deux appartements allumés. Évidemment, je me dis, il est 3h du matin, je me dis, qu'est-ce qu'il y a dans cet appartement ? Qu'est-ce qui se passe dans cet appartement ? Par qui est-il ? Pourquoi c'est allumé à cet appartement ? Et j'ai commencé à imaginer. Et je me suis dit, c'est ça en fait un romancier, c'est quelqu'un qui veut aller dans cet appartement, qui évidemment ne va pas le faire, il ne va pas toquer parce que sinon c'est un malade mental. Et du coup, il a besoin de savoir ce qui se passe derrière. Et comme il ne peut pas le savoir, il l'invente. Je crois que c'est, à mon avis, la définition du romancier. Et romancier je l'utilise maintenant. Avant j'osais pas parce que ça fait un peu pompeux quoi. Écrivain j'ai un peu de mal encore mais romancier... Ouais j'aime bien ce truc là. Et puis c'est peut-être un petit... Parce que vous avez dit que j'avais commencé sur le tard, c'est vrai mais en réalité depuis que j'ai 7 ans j'aurais dû commencer par écrire... bien avant de faire de la télévision, parce que la télévision, vraiment, ça m'est tombé dessus presque par hasard. Donc en vrai, c'est plutôt dans l'ordre des choses, mais j'ai sans doute fantasmé, parce que c'est ce que je veux faire depuis toujours, donc j'ai sans doute fantasmé ce truc-là. Donc quand je dis romancier, à la fois je suis un peu modeste par rapport à ça, mais en même temps, je crois que ça me plaît bien de me dire « oui, je suis romancier » . D'ailleurs,
- Speaker #1
on vous applaudit. Oui, vous avez vu, c'est incroyable. Parfois, le hasard fait bien les choses. Quand on devient animateur télé, est-ce qu'il y a une envie de dire « bon, je ne suis pas qu'un animateur télé, je peux faire d'autres choses »
- Speaker #0
et que c'est comme ça également que vous avez poussé cette envie d'écriture ? notamment entre autres et parce que justement j'avais déjà par exemple un éléphant s'est trompé énormément à 13-14 ans devient un de mes films cultes et je vois à la fin au générique scénario et dialogue Jean-Loup Dabadie une de mes soeurs était fan de Michel Polnareff et moi je découvre je suis gamin, je découvre Michel Polnareff qui j'adore et je vois parole Jean-Loup Dabadie génial ! Et j'aimais beaucoup Guy Bedos. Et j'entendais à la... sur le plateau de Champs-Elysées, avec Drucker, etc. Formidable ! Magnifique ! Magnifique, Guy ! Alors tu as écrit ce sketch avec Jean-Loup Dabadie. Donc il revenait, et je me disais, mais c'est faux ! Je veux être Jean-Loup Dabadie ! Parce que d'abord, visiblement, il écrit, et moi, comme je vous le disais, même si j'étais dysorthographique, dyslexique, j'avais tous les dys... Donc il y avait 80 fautes d'orthographe, mais... J'écrivais déjà des histoires, etc. Et puis je me disais, voilà un type qui est... C'est pour ça que j'avais pas une volonté d'être sur le devant de la scène, j'allais dire. Je me disais, mais il vit avec tous ces gens-là. Après, j'apprends que tous les films de Claude Sautet, enfin plusieurs films de Claude Sautet, Jean-Loup Dabadie. Donc je me disais, voilà un type qui doit, le matin, il doit avoir un guibedos, il doit dîner avec Romy Schneider, entre-temps, il a vu Yves Montand. C'est formidable, je veux faire ça ! et il écrit, son truc c'est d'écrire des trucs drôles des trucs émouvantes, c'est merveilleux sauf que quand je disais je vais être Jean-Luc Dabadi au moins regardeur bon mais sinon en vrai qu'est-ce que tu veux faire ? et donc arriver à... A 17 ans, le rendez-vous avec la conseillère d'orientation, qui en général ne connaît strictement rien au milieu professionnel. Et donc là, je me dis qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? Et je me dis scénariste, ce n'est pas des métiers. Quel est le seul métier où on écrit et qui a l'air à peu près normal ? C'est-à-dire qu'on va... Oui, qui a l'air normal, c'est journaliste. Et c'est comme ça que je décide de devenir journaliste. Donc oui, c'est un peu par défaut. Et tout mais... Après, on peut rétrospectivement se dire... Comme Michel Huguier,
- Speaker #1
vous deveniez journaliste sportif.
- Speaker #0
Et en plus de ça, alors moi à la base, je ne me destinais pas du tout au journalisme sportif. C'était plutôt la politique, etc. D'ailleurs, vous n'êtes pas en jogging ? Non, je porte le flow de jogging, je ne vous le cache pas. Sauf pour faire mes courses évidemment à Mammouth, normal comme tout le monde. Le Mammouth de Toulon, le fameux. Et donc voilà c'est comme ça que je suis devenu journaliste, donc ensuite que j'ai fait de la bande de radio, ensuite de la télé, et au fur et à mesure je me suis rapproché justement en travaillant avec des artistes, j'ai commencé à écrire des sketchs puis une pièce de théâtre et puis voilà tous ces... Tout s'est mis dans l'ordre, j'allais dire. Alors je ne suis malheureusement toujours pas Jean-Luc Dabadie. C'est un peu tard. Je crois que je n'arriverai jamais à être Jean-Luc Dabadie.
- Speaker #1
Mais vous êtes Jérôme de Verdia.
- Speaker #0
Mais oui, c'est... Je vais dire, je ne sais pas si c'est déjà pas mal. Mais en tout cas, non, le seul truc qui est agréable, enfin, pas le seul, mais un des trucs agréables dans la vie, c'est quand, de temps en temps, mais alors ce n'est pas par rapport à ce que je fais, c'est par rapport à qui je fréquente. Quand... Vous avez la chance de fréquenter, parfois même de travailler avec des gens comme, je ne sais pas, Jean Rochefort ou même ceux avec qui je travaille aujourd'hui.
- Speaker #1
Je me suis un peu moqué sur leur âge et tout ça. Moi au contraire,
- Speaker #0
il faut toujours se moquer de soi-même. commence toujours par ce... Donc moi, ça ne me pose aucun problème et à eux non plus, ça ne leur pose aucun problème. Mais voilà, la première fois où je bosse avec Bernard Mabille, j'ai le petit Jérôme de cas 9 ans qui se souvient, qui regardait Bernard Mabille avec Thierry Leluron, justement, toujours chez Drucker. Et là, je me dis... Dans ces cas-là, on se dit « Je suis là, quoi ! » Et c'est pas « Je suis devant les caméras » , ça, on s'en fout. C'est « Je suis à côté de ces gens. J'ai la chance. » Et donc... Ou quand je sors un livre. Moi, je continue à être ému de me dire... Tu peux le toucher, ce livre. Corvette avec du papier. Il y a mon mot sur la couverture. Et puis, en plus, si on rajoute les gens qui le lisent et qui vous en parlent, etc. Enfin, ouais, non, je ne suis pas du tout blasé par tout ça.
- Speaker #1
On va faire un vrai ou faux Jérôme Deverdière ?
- Speaker #2
Un café au fond de...
- Speaker #0
vrai ou faux ?
- Speaker #1
allons-y vrai ou faux vous auriez dit j'ai plus l'impression que Cyril Hanouna a un destin de Raël plus que de Jésus Christ ah oui c'est vrai et c'était à l'époque je m'entends plutôt bien avec Cyril Hanouna pour tout vous dire et
- Speaker #0
c'était alors je pense non pas ce qu'on en veut je pense qu'aujourd'hui objectivement c'est le meilleur animateur télé dans la fin oui
- Speaker #1
Ça dépend de ce qu'on appelle animateur en même temps. C'est quoi un bon animateur télé ? Un peu comme le bon chasseur et le mauvais chasseur.
- Speaker #0
C'est quelqu'un qui incarne le programme qu'il anime, qui est capable... Un vrai animateur c'est quelqu'un... Là vous le mettez sur... Alors probablement qu'au bout de trois heures vous n'en pouvez plus mais vous le mettez devant une table là, il vous fait pendant une heure, il vous fait un truc. Peut-être qu'au bout de trois heures, vous n'en pouvez plus. Mais pendant une heure, ils vous font... Et ça, ils ne sont pas si nombreux que ça. Donc c'est un truc. Bref, tout ça pour dire que je m'entends plutôt bien avec Cyril Hanouna. Enfin, je n'ai aucun problème avec Cyril Hanouna.
- Speaker #1
Il ne veut pas recevoir de texto assassin un jour.
- Speaker #0
Non, mais justement, à l'époque, c'était à l'époque où j'ai présenté les Gérards de la télévision. Donc vraiment, on se moquait beaucoup, beaucoup de lui.
- Speaker #1
Les Gérards de la télévision, ce sont les trophées de la télé, une sorte d'anti-trophée finalement.
- Speaker #0
Exactement, c'est les anti-trophées.
- Speaker #1
Il existe encore les 7 d'or ? Il y avait la cérémonie du 7 d'or,
- Speaker #0
là c'est l'inverse. C'était surtout les intitulés des catégories qui étaient le plus drôle. Et je crois que Cyril Hanouna a eu le Gérard, c'était le titre de l'animateur. Grosso modo, c'était celui dont on se moque le plus. je crois que c'est pas cinq ou six années de suite il a toujours trouvé trouvez ça rigolo. Et à l'époque, c'était le début d'Anouna sur C8 où tout le monde ne parlait que d'Anouna, et il y avait ce qu'on appelait les fansouzes. On va rappeler de ça, même si c'est un peu passé. C'était des fans...
- Speaker #1
La communauté des fans de Zidane.
- Speaker #0
C'était du fanérique. Donc vous disiez une blague sur Anouna, vous receviez des tombereaux d'injures. C'est toujours le cas. Ah non, je crois que c'est moins maintenant. C'est moins ? Il y a moins de tombrots, quoi. Et puis surtout, j'allais dire, sa clientèle est un peu plus âgée maintenant. Enfin bon, bref, c'est un peu différent de l'époque. Et donc, je trouve qu'on en faisait un peu beaucoup avec Cyril Hanouna. Et je disais toujours, d'ailleurs on peut encore le dire, à l'époque il était regardé par un million de personnes, ce qui était déjà beaucoup. Je dis, ça veut dire qu'il y a 66 millions de Français qui s'en foutent. N'oubliez pas, ça c'est le petit microcosme médiatique qui se regarde le nombril et qui dit « Oh c'est incroyable ! » Ben non mais il y a quand même 66 millions de français qui s'en foutent. Et donc je disais sur le côté Jésus-Christ etc. Il y a un petit côté, il l'appelait Baba, enfin je crois qu'il l'appelle toujours Baba etc. Un côté raëlien quoi, du truc de secte. Donc voilà, je pense qu'il a plus le destin d'un... Cyril Hanouna, on est d'accord.
- Speaker #1
Il n'a pas été crucifié.
- Speaker #0
Il n'a pas été crucifié, non. Certains ont essayé, mais ils ne sont pas arrivés.
- Speaker #1
On a essayé. Ça peut être dangereux en même temps, un chef de un gourou de secte.
- Speaker #0
Vous voulez m'entraîner sur est-ce que Cyril Hanouna est le danger pour la société ?
- Speaker #1
Je ne suis pas là-dessus. Je ne cherche pas forcément à viser directement Cyril Hanouna, une star des médias, et puis qu'on balance plein d'infos, on a une certaine responsabilité par rapport à son public.
- Speaker #0
C'est sûr. De toute façon, quand on s'exprime publiquement, on a toujours une responsabilité. Ça, c'est certain. Après, encore une fois, il faut toujours replacer les choses là où c'est la télévision. Les gens ne sont pas aussi bêtes ? que pour pas utiliser le même mot qu'un souchon sont pas aussi bête ce que que ce qu'on dit on a conscience et surtout les réseaux sociaux c'est un truc c'est un effet catalyseur sont moi écoutez c'est très simple moi il m'est arrivé sur les réseaux sociaux je me suis pris plein de deux comme on appelle ça de de shitstorms c'est ça d'avoir des vélos à quoi j'en ai vécu plus d'un à cause de mon émission ou à l'époque de blagues que je faisais sur Twitter. Mais je m'en suis pris plein. - J'en ai pas trouvé ! - Ça a été jusqu'à des menaces de mort. - Mais non ! - Ah mais bien sûr ! Et un jour, je me suis dit : "C'est quand même curieux." Là, c'était un truc où j'avais fait une blague justement sur Aya Nakamura. Je crois que la blague... Je prenais le texte de sa dernière chanson en date. Et je disais, à côté David et Jonathan, c'est les frères Goncourt.
- Speaker #1
Vous voyez,
- Speaker #0
il n'y a rien d'horrible. Et là, je me suis pris... Mais vous ne pouvez pas savoir. Mais c'était, je crois que j'ai eu... 5000 messages d'insultes, de menaces. C'est bon pour l'algorithme en même temps que vous... Ouais, alors non c'est pas très agréable. Non ? Effectivement c'est pas très agréable, d'autant qu'il y a parmi les gens qui attisent la haine...
- Speaker #1
Des crétins plus agrèbles qui...
- Speaker #0
Non mais non seulement ça, mais il y a surtout des gens qui sont théoriquement, je ne citerai pas de nom, théoriquement qui... Enfin des personnalités. Il y avait là-dedans des personnalités que je ne citerai pas pour... pas leur faire de la pub, et qui entraînaient les foules. Et j'étais accusé de racisme. Je ne voyais pas ce qu'il y avait dans cette... Je ne voyais pas du tout ce qu'il y avait. Heureusement, j'ai eu aussi des défenseurs. Mais je me suis dit, c'est curieux, parce que quand il m'arrive dans la rue, au café, ou quand on me dit « Ah, j'adore votre émission ! » etc. Je n'ai jamais eu... une seule personne qui m'a dit salaud je vous aime pas machin jamais eu une seule personne sur les réseaux sociaux j'en ai eu des milliers alors j'en ai aussi des milliers qui disent super machin mais j'en ai connu je me dis c'est bizarre ce donc les réseaux sociaux serait-il basse et surtout que c'est un monde parallèle en fait non faut le prendre tel que Comme c'est, c'est un monde parallèle. Alors parfois il y a des débordements, et d'ailleurs ça répond à votre question tout à l'heure sur la responsabilité, il faut remettre tout ça, il faut se calmer quoi. C'est pas très grave, tout ça n'est pas très grave. Donc quand on fait honnêtement son métier, pour répondre à la question, non je pense pas que ça... Il n'y a pas de menace, surtout que si il y en a un qui ne fait pas du journalisme, il n'est pas journaliste, il est animateur d'une émission de divertissement qu'il traite.
- Speaker #1
Bien sûr, une chose qu'on pourrait opposer à cela, c'est que, étant donné que le journalisme a évolué et qu'on est aujourd'hui dans une sorte d'infotainment permanent, la frontière entre le journalisme et l'animation, c'est une sorte de papier à cigarette pour les personnes qui roulent encore.
- Speaker #0
Oui, mais vous voyez, moi j'ai été journaliste pendant 20 ans. Quand... commission de la carte de presse, ça les gens ne le savent pas mais il y a une commission de la carte de presse c'est à dire que vous avez officiellement, vous êtes officiellement journaliste et il faut obéir à un certain nombre de critères et la commission de la carte m'a retiré ma carte de presse parce qu'ils estimaient, et ils avaient raison, c'est pour ça que je n'ai pas du tout protesté, ils estimaient que mon émission ce n'était pas du journalisme. Et d'ailleurs je l'ai très bien pris parce que ça m'a même libéré d'un poids, je me suis dit effectivement je ne suis pas un journaliste je ne... je ne... donc maintenant j'ai vraiment le droit de faire exactement ce que je veux et d'être totalement libre. Le seul truc c'est que professionnellement, compte tenu de ce qu'est cette émission qui est un talk show d'humour, ma seule obligation, mais on s'oblige pas vraiment parce qu'on le fait naturellement, c'est qu'on se moque absolument de tout le monde. Et on commence par se moquer de nous-mêmes, comme ça c'est plus simple, mais on se moque de tout le monde, de l'extrême droite, à l'extrême gauche en passant par l'extrême centre. On se moque de tout le monde. Donc, c'est... Du coup, on est relativement inattaquable et on ne fait pas la morale. Et ça, je crois que c'est... Vrai ou faux ? Parce qu'on était dans un vrai ou faux. Oui, c'est vrai qu'on est...
- Speaker #1
Vrai ou faux, vous auriez dit « Je n'aime pas l'humour engagé, j'aime l'humour désengagé » .
- Speaker #0
Dégagé même ! Oui, ben vrai ! Et ça conclut bien ce que je viens de dire.
- Speaker #1
Vrai ou faux, vous auriez dit, écrire c'est parfois chercher dans le silence ce que les mots ne peuvent pas tout à fait dire, un peu comme la foi.
- Speaker #0
Un peu comme quoi ?
- Speaker #1
La foi.
- Speaker #0
J'ai dit ça moi ?
- Speaker #1
C'est un vrai ou faux ?
- Speaker #0
Ah non, je crois pas. Si, je l'ai dit.
- Speaker #1
Quelque chose d'à peu près dans ce sens-là ? Écrire c'est un peu comme la foi ? Ça aurait été possible ?
- Speaker #0
Ah si, je vois dans quelle émission j'ai... Émission formidable d'ailleurs, sur KTO. Je pense que c'est là où j'ai dit ça. Qu'est-ce que je raconte comme conneries ? Non mais alors, attendez, je me permets un peu. Charlie, écrire c'est parfois chercher dans le silence ce que les mots ne peuvent pas tout à fait dire, un peu comme la foi. Ben non mais c'est pas faux, c'est pas faux.
- Speaker #1
C'est pas tout à fait vrai mais c'est pas tout à fait...
- Speaker #0
Non mais parfois je vous dis, je comprends rien à ce que j'écris ou ce que je dis et en... en réécoutant ou en relisant, en l'occurrence, cette phrase, je me dis « Ouais, non, c'est pas faux. » Je vois à peu près ce que je veux dire. C'est vrai qu'il y a toujours le... On cherche, en fait. Quand on écrit, on cherche. Les lecteurs, souvent, pensent que celui qui écrit, avant de commencer à écrire, il a tout trouvé. Alors, moi, pas du tout. Et il y a beaucoup de mes camarades romanciers. C'est la même chose. En fait, on... On cherche. Et c'est ça qui, parfois, la lecture pour le lecteur est assez agréable parce que finalement, il se rend compte que le procédé est le même pour le lecteur et pour celui qui écrit. C'est-à-dire qu'on est tous les deux ensemble, l'auteur et le lecteur, et on cherche en même temps. Vous voyez ce que je veux dire ? Vous me regardez là, j'ai l'impression que vous m'expliquez un peu la réponse. Mais je parle peut-être très peu clairement.
- Speaker #1
Je me dis, bon alors justement dans ce livre-là, comment ça se passe ce voyage ? Parce que c'est un voyage vers la fin.
- Speaker #0
C'est un voyage vers la fin, FIM. Pas FIM, le mec ne va pas au resto, il y va en l'occurrence. L'histoire de Corvette, c'est un type qui s'appelle Jacques Biosse qui découvre à 60 ans qu'il est atteint d'une maladie incurable et dégénérative. Et à la stupeur de sa famille, de ses proches, il choisit de recourir à l'euthanasie. Et trois mois avant la date fatidique, il fuit, il se barre. Il part d'abord, et sans prévenir personne. Il se barre d'abord en Écosse... ensuite à Saint-Tropez, ensuite à Monaco, un petit peu en Italie. Je ne lui gâchais pas tout. Là je ne dis quasiment rien. En fait il fuit sa propre décision, sa propre décision, celle qu'il a prise de...
- Speaker #1
Vous êtes mis dans l'arrière de Jacques Bios ? Moi je dis Bios,
- Speaker #0
mais vous le dites comme vous voulez. Alors moi j'écris toujours la troisième personne, je n'écris pas la première personne, donc je me suis... Quand on écrit à la troisième personne, on se met toujours dans la peau de...
- Speaker #1
Votre femme vous a dit « tu veux mourir maintenant ? »
- Speaker #0
Vous savez quoi ? Alors là, on rentre dans l'intimité. Mais ma femme est une très bonne lectrice. C'est-à-dire qu'il y a deux personnes à qui je fais lire avant mes manuscrits. C'est mon éditeur normal et ma femme. Et c'est une bonne lectrice parce qu'elle n'est pas là à dire « j'aime ou je n'aime pas » . Non, elle dit vraiment « là, je pense que tu devrais... » C'est une très bonne lectrice. Comment on appelle ça ? Script Doctor, c'est ça ? Ça pourrait être une très bonne script doctor. Et celui-là, elle n'a pas... Alors, ce n'est pas qu'elle n'a pas aimé. C'est que ça l'a un peu traumatisé. Corvette l'a un peu traumatisé parce que forcément, elle m'a identifié au personnage principal.
- Speaker #1
Tu veux partir au bibelot ?
- Speaker #0
Et voilà. Et c'était un peu... Et comme c'est des sujets... Corvette, c'est une tragique comédie. Je ne sais pas si comme vous l'avez lu, mais en tout cas, oui, c'est-à-dire qu'on passe... Parfois, d'ailleurs, les lecteurs me disent « On a éclaté de rire à tel moment, tel moment » et puis ensuite, « Oh ! » Mais on était déprimés comme... Enfin, on passe de... Voilà. Et pour répondre à votre question, non, en fait, je me mets dans la peau de tous les personnages, du coup. Je suis autant Jacques Bios que... que Catherine Michel qui est son assistante il y a beaucoup de personnages dans ce livre que sa femme ses trois enfants qui sont tous très différents que celle qui bosse avec Arène Wang qui bosse avec lui, je suis tous ces personnages à la fois, je ne suis pas d'ailleurs je me glisse bien sûr je me glisse dans tous ces personnages mais pas plus mais ces personnages je les découvre aussi au fur et à mesure j'écris, moi je fais pas de plan j'écris vraiment comme ça vient quoi Donc il y a des personnages, les trois quarts des personnages, en général j'ai dans la tête, avant de commencer à écrire, deux ou trois personnages principaux et encore. Mais tous les autres ils arrivent quand ils arrivent et ils prennent l'importance qu'ils prennent. Par exemple justement cette fameuse assistante, la Catherine Michel, théoriquement ça devait être un personnage... présent sur un paragraphe. Et en fait, elle revient parce que voilà, ils ont leur... Ils ont quasiment une vie à part entière. Donc voilà.
- Speaker #1
Encore une fois, c'est un personnage qui n'est plus tout jeune.
- Speaker #0
Bah il a 60 ans, ouais. Mais il y a des jeunes, hein. Il y a des enfants qui sont... Non, il y a des enfants. Alors ils ne sont pas enfants, d'ailleurs. C'est des adultes déjà. Mais oui, c'est un... Non, le seul truc, c'est que je me suis rendu compte...
- Speaker #1
Aimez-vous les jeunes, Jérôme Verdière ?
- Speaker #0
Est-ce que j'aime les... Jérôme Devers. J'ai des enfants, donc ça serait... Vous imaginez si je disais, non, je ne peux pas les blairer ces connards. Non, j'aime les... Oui, j'aime les jeunes, oui, bien sûr. Enfin, j'aime les jeunes comme j'aime les... Non, mais ce monde actuel où j'ai la impression que... Ah, d'accord.
- Speaker #1
C'est autre chose. C'est ce qui en découle. J'ai l'impression à vous écouter, à vous lire, à voir votre activité professionnelle qu'il y a une fascination pour le monde d'avant, un peu comme si ce qui est aujourd'hui, mis à part la facilité qu'on peut avoir pour toucher un public avec les réseaux sociaux, mais en même temps, c'est chiant parce que ça peut y avoir un entraînement boule de neige de merde quand quelqu'un n'est pas content. J'ai l'impression que vous êtes un peu là-dedans à vous dire finalement...
- Speaker #0
Au début avant.
- Speaker #1
Je préfère ce qui se passait dans les années 70, dans les années 80... Est-ce qu'il y a de ça ? Oui,
- Speaker #0
bien sûr qu'il y a de ça. Ça j'adore parce que d'ailleurs tous les artistes, tous les joueurs des médias, etc. Dans les interviews, ils ne disent jamais... À chaque fois ils disent « Ah mais moi je ne pense pas que c'était mieux avant, je ne suis pas du tout... » À chaque fois ils disent ça. Ils mentent quasiment tous. Évidemment qu'on pense tous que c'était mieux avant. Mais c'est normal de penser que c'était mieux avant. Parce que c'est ce qu'ils ont dit avant. Alors soit parce que... Clairement, c'était mieux avant. Je ne crois pas que c'était mieux avant. Il y avait des trucs qui étaient mieux avant, puis il y a des trucs qui sont bien mieux maintenant, donc ce n'est pas la question. En fait, ce qu'on regrette... D'ailleurs, ce ne sont même pas des regrets. On a une nostalgie. Mais moi, j'ai une nostalgie très heureuse. Je n'ai pas du tout une nostalgie... Ça ne me déprime pas d'être nostalgique. Bien sûr, je suis nostalgique de... D'abord, je suis nostalgique de mon enfance, je suis nostalgique de ma jeunesse, je ne suis plus jeune. Je suis nostalgique de tout ce que j'ai connu, de tout ce dont j'ai rêvé aussi. Un jour, j'ai entendu Edouard Baird qui disait... C'était génial ce qu'il a dit. Il a dit, mais vous savez, souvent, en fait, on s'aperçoit, et c'est ça qui est terrible, on s'aperçoit que... le... On a rêvé d'être adulte. Par exemple, moi je suis né en 73. Quand j'avais 5 ans, ou allez 10 ans, je rêvais d'être dans une brasserie avec Romy Schneider, Yves Montand où on fumait, etc. C'est-à-dire à cette époque-là. A l'époque. Sauf que quand j'ai les moyens, c'est-à-dire que j'ai l'âge... Bah il y a... On fume plus dans les... Il n'y a plus de brasserie ou presque. On fume plus dans les brasseries. Il n'y a plus Romy Schneider, il n'y a plus Yves Montand, il y a Vous voyez, c'est souvent ça. Ça, c'est la première chose. Donc, bien sûr qu'on est tous... Enfin, on a tous cette nostalgie-là.
- Speaker #1
Vous voulez pas prendre un café avec Marion Cotillard ?
- Speaker #0
Mais si, mais je serais ravi de prendre un café avec Marion Cotillard. D'ailleurs, parce que avoir cette nostalgie n'empêche pas de vivre très bien cette époque. Et puis, il y a une autre chose, et ça, c'est quand même important, c'est qu'on ne se rend pas compte que... les 30 glorieuses en occident c'est pas un 20 mots. On a vécu une parenthèse pour aller vite de 1960 à 1990, pour aller très très vite, une parenthèse qui ne s'est jamais produite dans l'histoire, mais dans l'histoire, dans toute l'histoire et qui ne se reproduira probablement jamais. Et d'ailleurs c'est la fin d'un cycle, la fin d'une civilisation, à mon avis c'est la fin d'une civilisation. Mais c'est un truc, c'est... jamais on vivra ça donc cette liberté qui a eu de 1960 à 1990 faut pas se dire que c'était c'est pour ça que le côté c'était mieux avant non en fait t'as juste vécu un truc qui ne s'était jamais passé produit et qui ne se reproduira jamais Donc,
- Speaker #1
voilà. Je dis cela également, j'analyse cela à la lueur de ce que vous avez écrit parce que tout ce monde que vous décrivez, le monde de l'entreprise, le monde de ces petits rouages dans lequel vit Jacques Biot, j'ai l'impression que vous le conspuez, vous le détestez, vous l'analysez mais en fait vous nous faites ressentir, à nous lecteurs, que c'est extrêmement puant.
- Speaker #0
Bah c'est oui, ce qui est devenu l'entreprise, effectivement j'ai un peu la nostalgie de l'entreprise à papa quoi. L'entreprise où le patron, même la grande entreprise, où le patron... Alors on dit paternaliste aujourd'hui ? Allez dire le mot. Paternaliste, c'était vrai d'ailleurs, sauf que le vrai patron... patron qui avait des... Enfin bon, je ne vais pas vous raconter ma vie mais... Venez là mon petit Jérôme ! Non, non, mais c'était pas moi d'ailleurs mais j'ai connu un très grand patron qui a été même patron du MEDEF. A l'époque ça s'appelait le CNPF. Il s'appelait Yvon Gattaz. Il avait beaucoup d'usines, etc. Et voilà un type, le patron du CNPF il se faisait prendre en otage par les délégués CGT, etc. dans ce truc. de trois heures, il était pris en hôtel dans son bureau. Au bout de trois heures, il disait « Bon, René, Jean-Pierre, ma chère, on va... » Exactement ! Bah oui, moi j'ai un peu cette nostalgie de ce... Aujourd'hui, tout est totalement déshumanisé. Ce sont des open space. Je parle des open space en Corvette. Ce sont des open space. Tous les cadres sont devenus des ouvriers, en fait. Ni plus ni moins que des ouvriers. On est bouffés par la machine ? Pas que par la machine. Par le système économique, etc. Alors, Bref, tout ça manque beaucoup. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, dans notre époque, on manque beaucoup de légèreté, on manque beaucoup d'humanité un peu. C'est vrai. Et d'humanité, ça ne veut pas dire qu'avant on était tous gentils et qu'aujourd'hui on est tous méchants. Pas du tout. D'ailleurs, plus on s'efforce à devenir gentil, aujourd'hui c'est un peu les bisounours. Dès qu'il y a quelqu'un qui s'engueule, oh là là ! Dès qu'on n'est pas d'accord, oh là là ! C'est foutu. Tout le monde doit être bienveillant. Bienveillant, je ne peux plus supporter ce mot. Le répéter. Plus on nous serine, il faut être bienveillant, c'est exactement l'inverse qui se produit. Oui, cette déshumanisation-là, ça mange en guerre. On est dans un bistrot. Je préfère le bistrot. Le bistrot, c'est quoi ? Il y avait toujours un imbécile au bistrot. Un peu l'idiot du village, quoi. Qui disait ? Disait des trucs à l'emporte Et puis ils disaient "oh mais la terre, mais bien sûr que la terre est plate" "mais je te le dis que la terre est plate" etc. Qu'est-ce qu'on faisait ? Alors ils faisaient marrer tout le monde en fait et puis au bout d'un moment on disait "René", appelons-le René, "René allez boire un coup et ferme ta gueule et bois un coup" tu vois. Et puis voilà, ça se terminait comme ça.
- Speaker #1
Maintenant il met des postes.
- Speaker #0
Aujourd'hui le problème, et là je reprends un sketch de Fabrice, excellent d'ailleurs, de Fabrice Séboué, le problème c'est que René, il est connecté, il va plus au bistrot, il est connecté, alors on lui offre plus des... rencontrent plein de René. Plein de René ! Et du coup, putain, il y en a un autre qui pense... René était isolé, il sortait du bistrot, il était à moitié bourré, on lui dit « Allez René, rentre chez toi » . Bon ben, je préfère les bistrots. Je préfère les engueulades au bistrot parce qu'en général, à la fin... On n'est pas d'accord, on s'est engueulé, on s'est pourri. Mais à la fin, on boit un coup, on trinque ensemble et tout va bien. Aux engueulades, entre guillemets, sur Twitter, enfin, comment ça s'appelle ? X maintenant ou je ne sais pas quoi, Instagram ou je ne sais pas quoi. Je préfère, oui, je préfère ça. Oui, je préfère ça. Je ne vais pas vous... Parce que maintenant, j'ai...
- Speaker #1
Non mais il n'y a pas de bonne ou mauvaise réponse. Vous me regardez comme si je... Non, mais pas du tout.
- Speaker #0
J'ai l'impression que... Ce qui n'est pas du tout, d'ailleurs, pensé. pensé par la majorité, mais aujourd'hui il faut être moderne. Cette espèce de... En tout cas dans la sphère médiatique, il faut être moderne. Il faut être moderne, il faut adhérer. Et c'est vrai que j'ai des personnages, dans La Robe, beaucoup moins dans Mauvaise Mère qu'est mon deuxième roman, mais dans La Robe ou dans Corvette, il y a beaucoup de personnages qui n'adhèrent plus. Qui disent non, je n'adhère plus. On n'est pas obligé d'adhérer à tout quoi ! je vais pas adhérer aux open space oui je peux pas adhérer au parce que maintenant c'est à la mode vous adhérez au podcast ouais oui et je pourrais dire elle dit donc c'est la radio j'ai en face la radio c'est mon média préféré non parce que ce qui est génial avec le podcast c'est que c'est un espace de liberté qu'on a plus justement à la radio ou qu'on a plu parce que c'était mieux avant je vous embête non mais Elle a changé la radio. Jacques Chancel, radioscopie. On y était presque. Radioscopie avec, là je fais une imitation de Jacques Chancel, radioscopie avec Serge Gainsbourg. Serge Gainsbourg, comment allez-vous ? Et voilà, non là je suis parti sur ce regard du coup. Et ça durait. Aujourd'hui, à la radio on ne peut plus faire ça. C'est normal, c'est ping, machin, on ne peut plus faire ça. Très bien, c'est comme ça. Et grâce au podcast on peut de nouveau faire ça. Donc ça, au contraire, c'est une belle invention le podcast.
- Speaker #1
Et un podcast en plus dans un café, c'est pas la brasserie presque. Et on va finir cette émission sur un quiz, comme d'habitude. Est-ce qu'il n'y a pas le champignon ? Est-ce que vous avez des questions qui vont parler du monde de la boisson, du café et rapporter un peu à votre univers ? Je voulais savoir, est-ce que vous avez une idée ? Si jamais on avait Chirac... et baladure. Si on invitait Chirac et baladure à prendre un verre ensemble...
- Speaker #0
Médicaments, Alexis, ou pas ? Parce que là, j'ai l'impression que vous racontez n'importe quoi. On est d'accord. Tu me parles de Chirac et baladure.
- Speaker #1
On imagine Chirac et baladure qui vont prendre un verre. A votre avis, que vont-ils boire ?
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ils auraient du mal. Il y en a un des deux qui aurait du mal.
- Speaker #1
D'ailleurs,
- Speaker #0
si baladure... vous dit tiens je viens de boire un verre avec Jacques Chirac, c'est qu'a priori ça va plus bien.
- Speaker #1
Si on imaginait une rencontre entre Balladur et Chirac,
- Speaker #0
ils auraient pu boire ensemble. Balladur il prend une bière, Corona. Et Balladur non, il n'est pas buveur de bière.
- Speaker #1
Balladur était un grand buveur de bière. Quoi ? Vous êtes sûr de ça ? c'est pour ça qu'il mettait tout dans le goitre tout s'explique Balladur c'était un grand buveur de bière peut-être que la différence en tout cas il le disait et il se baladait souvent en buvant une bière mais peut-être pour faire un peu plus peuple ah c'était un faux alors peut-être un faux buveur de bière je vois plus les times elle est la boisson préférée de Nicolas Sarkozy enfin quand il n'est pas emprisonné
- Speaker #0
Alors il ne boit pas du tout d'alcool. Oui, c'est vrai.
- Speaker #1
Vous l'avez dit finalement, il ne boit pas du tout d'alcool. Il boit un peu de champagne pour se montrer qu'il faut vraiment...
- Speaker #0
D'ailleurs j'ai une théorie là-dessus. Moi je n'aime pas le champagne et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui sont comme moi. En fait on boit du champagne comme un passage obligé. Je suis sûr qu'il y a plein de gens qui boivent du champagne, mais ils ne savent même pas pourquoi ils boivent du champagne. D'accord. Alors que le vin est bien meilleur. Enfin, le vin, c'est du champagne, d'ailleurs. C'est du vin, le champagne. Vous voyez ce que je veux dire ? Sans les bulles, c'est bien meilleur.
- Speaker #1
Et justement, la boisson favorite du général de Gaulle, ça ne nous rajeunit pas.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il buvait ? Bon lui, il devait bien aimer, mais je ne le vois pas grand buveur. Il était champagne.
- Speaker #1
Il pensait à qui voulait bien l'entendre, le champagne drapier.
- Speaker #0
Ah, le drapier. Et vous savez, ça me revient parce que je crois même, je me demande... Je crois que ça a été le champagne de l'Elysée, c'est peut-être à cause de lui ou grâce à lui d'ailleurs. Ça a été le champagne de l'Elysée je crois, à un moment donné. Ça l'est peut-être toujours d'ailleurs, je ne sais pas. Je ne sais pas,
- Speaker #1
on vérifiera. En tout cas là on arrive bientôt proche de l'heure de l'apéro. Déjà ? Ouais, ouais.
- Speaker #0
J'ai beaucoup parlé encore, j'ai trop parlé.
- Speaker #1
On rappelle le titre de votre dernier roman. Répondez-moi quelque chose en fait. Ouais non !
- Speaker #0
Je n'ai pas trop parlé, Alexis. Non, pas du tout. On est dans la longueur, c'est vachement bien. Moi j'adore.
- Speaker #1
Et il n'y aura pratiquement pas de coupure juste pour virer mes « e » voilà.
- Speaker #0
Ah mais j'en fais beaucoup plus que vous. Vous en faites pas tellement. C'est vrai ?
- Speaker #1
J'essaie de me retenir.
- Speaker #0
Moi c'est terrible, les gens se plaignent à la télé, les gens me disent « arrête avec tes « e » , avec des « e » , sans arrêt.
- Speaker #1
C'est la pensée qui se construit.
- Speaker #0
Vous avez aimé Corvette ?
- Speaker #1
corvette de gérard bernier à poser le disque du cherche-midi et je l'ai dit dans le portrait. C'est un très chouette roman qui se lit rapidement, pas parce qu'il n'est pas épais, parce que justement il fait 269 pages. le style est à la fois simple et il vous attire voilà on va d'une chose en une parce que j'ai déjà aimé à la fin de ce livre c'est que vous donnez une playlist ah oui j'étais très original après qu'il y en avait plein d'autres qui l'avait fait mais bah ouais bien entendre et où on découvre vos goûts musicaux et suivant the justice ouais bah quand même
- Speaker #0
effectivement il y a du Gainsbourg, il y a du Miossec il y a du Vincent Delerme ah oui Vincent Delerme j'adore Vincent Delerme c'est pas mal et c'est la fin de ce podcast alors là c'était c'était un mélange de Dave et de Vincent Delerme ça n'avait aucun sens vous imaginez ce truc là cher
- Speaker #1
homme des verdières merci encore une fois c'est l'édition du Cherche à midi pour 19h50 à bientôt Alexis, merci vos collègues, votre famille, qui vous voulez. En tout cas, merci d'être ici et à très très très très bientôt pour un nouveau café.