Speaker #0Bonjour tout le monde, bienvenue et aujourd'hui on va parler grossesse et particulièrement d'une question qui peut paraître presque philosophique, sociale, qui est assez clivante bizarrement. C'est cette question de est-ce que la grossesse c'est une maladie ? On entend très souvent cette phrase, souvent de personnes qui ne sont pas enceintes à ce moment-là, qui vont dire ah oui mais la grossesse c'est pas une maladie, comment ? Une sorte de reproche quoi. Alors c'est peut-être une petite voix qu'on peut avoir à l'intérieur de soi mais la plupart du temps c'est une voix qu'on va entendre de l'extérieur et j'aimerais éclaircir un petit peu ce propos, vrai ou faux, est-ce que la grossesse est une maladie ? Parce qu'il n'y a peut-être pas une réponse absolument binaire à ça et surtout c'est une affaire de situation. Alors littéralement, la grossesse en elle-même, non, ce n'est pas une maladie, c'est un état absolument physiologique, c'est-à-dire que c'est prévu par notre corps, tout comme manger, dormir, aller aux toilettes, respirer et se reproduire. Bon bah oui, ça fait partie de notre instinct animal, la reproduction, et la grossesse fait partie de ces étapes. Donc effectivement... Au sens littéral du terme, la grossesse en elle-même n'est pas une maladie. Et je vais y revenir quand même sur la façon dont la grossesse est accompagnée. Parce que, bref, j'y reviens après. Donc ça peut être un reproche fait aux femmes qui vont demander des aménagements, par exemple au travail, très fréquent, que les femmes disent « Ben oui, je vais avoir besoin d'un aménagement » ou dans la loi il est prévu que j'ai un aménagement de maison. horaires, etc., ou de mon poste de travail, et puis le N plus 1, ou le boss qui va dire oui, mais la grossesse n'est pas une maladie, ou dans un contexte familial, on peut l'entendre assez facilement, voire même aux caisses des magasins, quand une femme enceinte essaye de faire passer sa priorité qui est totalement légitime, on peut entendre aussi oui, mais c'est pas une maladie. Ok, tout à fait juste. Ce qu'il faut quand même dire, c'est que la grossesse est un état physiologique, certes. Mais voyez mon essoufflement, moi qui suis en fin de grossesse, ça va complètement modifier notre état de base. Il va y avoir plein de changements à l'intérieur de notre corps qui certes ne sont pas assimilés à de la maladie, mais qui quand même demandent à faire... Oui, des aménagements à se réadapter. Et si on se réadapte toute seule, c'est très bien, mais il est important aussi que tout le monde puisse autour comprendre en quoi c'est important de se réadapter à la femme qui est enceinte. Alors, il y a le plan physique. Bien sûr qu'il y a le poids du bébé qui va crescendo. Donc forcément, ça crée des nouveaux... voire des déséquilibres dans le corps de la femme. On va avoir un litre de plus de sang à drainer au quotidien. Oui, un litre. L'espace que prend le bébé et plus largement la bulle utérine, l'utérus en lui-même, va changer notre position de cage thoracique, nos poumons, notre dos, nos intestins, nos os. au niveau des hanches, et donc notre posture globale, nos autres réflexes dans la globalité, et ça peut devenir difficile de digérer, de respirer, de bien marcher par exemple. Et on n'est pas toutes logées à la même enseigne de ce côté-là, même s'il y a plein de super choses qu'on peut mettre en place, et heureusement c'est de plus en plus connu, vulgarisé, que ce soit dans des pratiques d'exercice, des pratiques de soins. alimentaire, il n'y a pas rien à faire, on est bien d'accord, mais l'état de grossesse va beaucoup nous modifier. Et je n'ai même pas parlé du début de grossesse, qui certes ne se voit pas encore, ce n'est pas encore la masse de la grossesse, entre guillemets, qui va modifier le corps de la femme enceinte, mais les hormones qui vont s'exciter à 10 000, ça, ça modifie complètement. le corps et tout le système de la femme. Et il y a aussi des bouleversements psychiques dont on parle tellement peu, donc j'aime bien en parler dans le podcast parce que vous me connaissez, j'aime parler de ce qu'on voit moins, de ce dont on parle moins, parce qu'un tabou ça vient d'une méconnaissance ou d'une non-vulgarisation de certaines choses qu'on se dit un peu intuitivement, mais bon bref ça passe vite à la trappe et donc ça devient illégitime. il faut parler de ces choses là et dans notre tête on a des changements on a des pertes de mémoire très fréquemment, un cerveau qui ne fonctionne pas exactement de la même façon, ce qui est parfait parce qu'il s'apprête à accueillir. une nouvelle personne, donc on ne peut pas fonctionner de la même façon exactement. Et encore une fois, ça dépend d'une femme à l'autre, mais n'empêche que, la gestion de la charge mentale ne doit pas être la même au fur et à mesure de la grossesse. Donc oui, c'est un état physiologique, mais qui vient complètement nous bouleverser, nous modifier. Donc, est-ce que... On ne peut pas dire que la grossesse, ce n'est pas une maladie. Non, mais la grossesse, c'est une grosse modification qui va mobiliser beaucoup de ressources. Et donc, fonctionner normalement, ça ne marche pas. À un moment donné, il faut aussi comprendre ça. Et autre chose, c'est que l'état de grossesse, qui est absolument physiologique, peut générer des pathologies. Il y a des femmes... de nombreuses femmes qui développent des pathologies liées à l'état de grossesse, qui en soi n'est pas une pathologie, mais qui peut développer des troubles associés. Je pense par exemple à l'hypérémèse, donc c'est plus des nausées, c'est une maladie. où les femmes vont vomir et avoir la nausée toute la journée dans des états sévères, bien sûr que ça c'est une maladie. Le diabète gestationnel, c'est une maladie. L'hypertension, c'est une maladie. Et ça peut même être le symptôme d'une maladie encore plus grave, qui est la préeclampsie. Je ne veux pas tous les énumérer, mais c'est des maladies, oui, en fait. Donc quand on dit oui, la grossesse n'est pas une maladie, on ne sait pas. On ne sait pas ce que vit la femme. Et il peut y avoir des situations à risque de pathologie. Je pense par exemple à un col qui se modifie ou beaucoup de contractions. Ce n'est pas en soi une maladie mais il peut y avoir des risques pour le bon déroulé de la grossesse et donc des modifications nécessaires. Donc au final... Ce n'est ni l'un ni l'autre. La grossesse n'est pas une maladie, ça c'est tout à fait vrai. Mais quand on dit cette phrase de but en blanc sans la nuancer, on squeeze toute une réalité de l'état de grossesse qui mérite une attention particulière dans la vie. Et c'est ça qui crée... Toute une myriade d'ambivalences où on peut être à la fois très ravie, heureuse d'être enceinte, extasiée par moment, mais aussi être dans la pénibilité de certains bouleversements qui sont plus ou moins invalidants, aigus, selon les femmes, selon les grossesses et selon les ressentis. Et je vous ai spoilé un tout petit sujet au début de l'épisode, qui est celui de la façon dont on accompagne les femmes dans le système classique. Alors on aura beau nous dire non, c'est pas une maladie, en fait le suivi classique, la plupart du temps, il est fait de telle sorte que c'est comme un contrôle technique pour une voiture en fait. On va vérifier la femme tous les mois. Et si tout va bien, on la laisse libre dans la nature, ce qui est d'un côté très très bien, mais en fait on va avoir une attention que sur les pathologies, les risques en fait. On va vérifier s'il n'y a pas de problème. Donc on a quand même une chance incroyable vis-à-vis de nos ancêtres qui... ont pu souffrir de certaines pathologies aujourd'hui qui n'existent quasiment plus. Donc ça c'est très bien. Mais ce que j'ai envie de dire aussi c'est que à la fois on va dire aux femmes ce n'est pas une maladie donc arrête de te plaindre et en même temps quand on va faire un accompagnement axé sur la santé finalement on va regarder beaucoup les pathologies sans regarder tout ce qui a trait à la physiologie mais qui nécessite un regard particulier. Donc bien sûr il y a des suivis, je pense aux sages-femmes. Il y en a qui sont plus ou moins regardantes sur ces choses-là et qui vont être plus ou moins accompagnantes. Mais n'empêche que les rendez-vous passent très très vite et c'est là tout l'intérêt aussi de nos métiers de l'accompagnement où on va prendre vraiment le temps, mais vraiment, de pouvoir mettre le doigt sur toutes ces choses autour qui ne sont pas forcément liées à une pathologie. Mais qui vont avoir besoin d'être verbalisés, d'être reconnus, d'être dits, d'être digérés. Si je donne un exemple perso totalement concret, à un moment de ma grossesse, c'était au cinquième mois, j'ai eu des pertes de liquide, de fluide, qui étaient vraiment très fluides, c'était à mon sens pas de l'urine. Et j'en ai eu deux fois dans la même journée. Donc je me suis dit, je vais attendre avant d'aller aux urgences, parce que bon, je sais que ça peut arriver, et de toute façon si c'est une fissure de la poche, je le saurai. Donc j'ai marché, je me suis mise à coupie, j'ai beaucoup surveillé. Et c'est pas revenu. Je me suis dit, je vais attendre, je vois ma sage-femme, c'était le surlendemain, donc j'attends. Donc j'en ai parlé à ma sage-femme qui ne m'a pas dit oui, oui, c'est bien, au revoir. Elle m'a questionnée, elle a pris le temps de me questionner, de savoir un peu les symptômes, etc. Puis après, elle m'a dit non, effectivement, ce n'était pas une fissure de la poche des os. Nous voilà rassurés et elle est passée au sujet d'après, ce qui fait partie de ses fonctions. N'empêche que, en tant qu'accompagnante... Moi, je peux passer du temps aussi à demander, et comment tu t'es sentie avec ça ? Qu'est-ce qui s'est passé pour toi ? Parce que c'est quand même flippant de ne pas savoir si on a fissuré la poche à 22, 23 semaines. Et oui, en fait, moi, j'ai passé une demi-nuit pas chouette du tout. Et ça, c'est des choses, ben oui, ça fait partie de la grossesse. On vit des choses, en fait, dans notre grossesse, mais c'est pas forcément dit. Ça, c'est pareil en postpartum. Tant que le bébé va bien, c'est comme si parler de l'accouchement, c'est bon, le bébé va bien. On se focus sur la question de vie ou de mort. Mais il y a tout plein d'autres réalités. Et après, on s'étonne que les femmes soient vite en dépression, en postpartum. Ben oui, mais en fait, on a le droit aussi de parler de toutes ces choses qui ne sont pas pathologiques, mais qui viennent nous questionner, qui viennent nous chambouler. Ça peut être des changements, des cauchemars par exemple, il y a tellement de femmes qui font des cauchemars, donc ouais c'est pas une pathologie, n'empêche que quand tu as des cauchemars assez virulents, ce qui est assez fréquent pendant la grossesse, bah en vrai c'est pas facile. Faut pas minimiser ce qu'on va ressentir, ce que les femmes aussi vont ressentir pendant leur grossesse. Et on mérite toute une attention. Bon, je crois que dans toute notre vie de femme, en fait, on mérite une attention. Ça, c'est encore un autre sujet. Mais disons que la grossesse en elle-même, oui, c'est un état physiologique. Et en même temps, à ne pas classer sans suite, quoi. Et quand bien même il y a une pathologie... on n'est pas censé être réduite à ça. Parce que ça demande d'être prise en charge, évidemment, mais il y a une façon de prendre en charge, et il y a trop de clivage entre eux. Elle va bien, on la laisse tranquille dans la nature, parce qu'il n'y a rien à dire, et elle fonctionne comme tout le monde, mais peut-être qu'elle marche un peu moins vite, et peut-être qu'elle est plus fatiguée quand même. Et, ah, la pauvre, elle a telle ou telle galère, elle est complètement... Hors concours, là, elle ne peut plus bien fonctionner. On n'est pas réduite à un état, si vous voulez. Mais le prendre en compte, sans présupposer, pour moi, c'est vraiment une base importante. Et vous avez le droit, même si l'état de grossesse n'est pas une maladie, de pouvoir être reconnue dans certaines ambivalences aussi. On ne peut pas aimer, par exemple, l'état de grossesse et en même temps adorer avoir un petit être à l'intérieur de soi. On peut ne pas apprécier l'état de grossesse et avoir très hâte d'avoir un bébé dans les bras. Il y a tout plein de réalités. Et puis on peut adorer l'état de grossesse parce que ça se passe bien, parce que ça nous donne des émotions tout à fait particulières. C'est un état qui nous modifie tellement que ça peut être dans le bon sens, mais aussi pour le meilleur et pour le pire, cet état de grossesse. Et ce que je trouve complètement déséquilibré dans notre société aujourd'hui, c'est... A la fois cette injonction à fonctionner parce que t'es juste enceinte, t'as rien à dire, et en même temps à réduire les coûts de l'accompagnement. On ferme les petites maternités parce qu'elles rapportent pas assez d'argent, donc on va tout centraliser dans des gros pôles qui sont plutôt normalement dédiés aux pathologies finalement. Parce qu'on n'a pas envie de mettre des moyens pour quelque chose qui demande juste un accompagnement physiologique. En fait, l'accompagnement physiologique de la grossesse et de l'accouchement, il ne rapporte rien en France. Parce qu'on cote des actes. Mais s'il n'y a pas d'actes à coter, ça ne marche pas. Vous voyez tout l'écueil de notre système vis-à-vis de la grossesse qui n'est pas une pathologie. en soi, et ça va être parfait quand on va coter une césarienne, quand on va coter une péridurale, une épisiotomie, alors même que quand on en a besoin, super, mais quand on n'en a pas besoin, quand on voit d'autres modèles, sociaux dans des pays frontaliers, ça ne marche pas du tout comme ça. Et l'accès à un accompagnement plus individualisé, plus physiologique, où finalement les personnes qui accompagnent, même sur le plan de la santé, font moins de choses mais sont plus présentes, ça ne rapporte pas. Ce n'est pas du tout encouragé, absolument pas. Donc ça peut devenir compliqué pour une femme enceinte d'être accompagnée. dans son état physiologique de grossesse. C'est quand même... On marche sur la tête, n'est-ce pas ? Et après, on entend que nos métiers ne servent à rien, qu'ils viennent voler le travail des soignants. Ben non, pas du tout. D'autant plus quand on réduit les coûts à des actes, quand on réduit les prises en charge à des actes, plutôt, ben justement, toute la sphère physiologique, il faut bien qu'elle existe quelque part, parce que les femmes en ont absolument besoin. Bref, c'était un épisode à la fois pour les femmes enceintes, mais aussi en tant que professionnelles, mais aussi pour bien comprendre les rouages de nos métiers. Et pouvoir mettre le doigt sur toutes ces choses, c'est pas pour rien si les femmes écoutent de plus en plus de podcasts, de livres axés sur l'état de grossesse en lui-même. On a envie de faire appel à des accompagnements comme le mien, au doula, à des approches différentes. Parce que parfois on n'a pas besoin d'avoir une prise en charge médicale pour se sentir bien. Mais n'empêche qu'on a quand même besoin d'être soutenu. C'est un besoin absolument fondamental dans cet état modifié de la grossesse. Donc pour résumer, si on récapitule un peu tout ça. Dans cet adage, non c'est pas un adage, c'est pas cool comme phrase, la grossesse c'est pas une maladie, souvent c'est pas dit juste comme ça, mais on va dire ça. Dans cet adage, il y a un peu à boire et à manger, au sens littéral c'est vrai, la grossesse n'est pas une maladie, mais elle est traitée comme telle, sinon elle n'existe pas dans notre culture aujourd'hui. Alors qu'en fait, c'est un état. absolument particulier dans la vie d'une femme qui mérite un regard différent. Et il existe des pathologies, il existe des maladies liées à la grossesse. Et ça, du coup, ça ne va pas donner... du tout le même vécu de grossesse d'une femme à l'autre, donc on ne peut pas présupposer si sa grossesse n'est pas liée à une maladie ou pas. Voilà. Pour résumer mon propos. Ça va, j'ai terminé pas trop essoufflée, mais quand même, là, huitième mois, je sens que j'ai monté des escaliers pour venir enregistrer cet épisode, il m'a fallu quand même dix minutes pour redescendre dans mon cardio, donc vous voyez que ça modifie, je ne suis pas dans une pathologie particulière, mais n'empêche que, ben oui, Ma cage thoracique est plus restreinte et j'ai un litre de sang à pulser. En plus, ça essouffle et je ne peux pas réaliser autant de choses que d'habitude. Je l'accepte parce que ça fait partie de l'état physiologique de la grossesse. J'arrête là. Je vous remercie pour votre écoute. J'espère que ça vous a fait émerger pas mal de positifs de votre côté. Et je vous dis à la semaine prochaine pour un nouveau thème. A bientôt !