Speaker #1Je m'appelle Hugo Ménestret, j'ai 25 ans et je travaille sur le financement des transitions agricoles et alimentaires à la Banque des Territoires. J'ai grandi dans la Brie, une grande plaine à l'est de Paris. J'ai grandi avec beaucoup de terre autour de moi. plutôt sous la forme de dimensions tout plats, de betteraves, de blé, de maïs, un peu à perte de vue. Donc en somme, un paysage pas très poétique, mais c'était un peu ça mon premier rapport à la terre. Il y a à peu près une douzaine d'années, j'ai commencé à entendre parler de sujets comme l'agroécologie, la permaculture. Je suis allé dans des endroits comme Terre et Humanisme en Ardèche, ou la ferme du Bec-et-Loin en Normandie. Je pense qu'avec ces expériences-là, j'ai vraiment commencé à apprendre racines. en quelque sorte. C'est important de parler de ces sujets maintenant parce qu'il y a encore pour beaucoup de monde une dissonance très compréhensible entre deux enjeux. L'enjeu de préserver l'environnement et les écosystèmes et l'enjeu de nourrir tout le monde. Or, le système actuel qui a permis de réduire drastiquement la faim dans le monde depuis des dizaines d'années est le système qui est en train de mettre en danger nos écosystèmes. Donc on a l'impression d'être face à deux enjeux qui se combattent et au sein desquels on doit faire un arbitrage. Or, aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a en fait un seul problème dont on doit se préoccuper, c'est est-ce que notre système alimentaire est aujourd'hui et sera demain capable de fournir de la nourriture en qualité et en quantité suffisante à toute la population ? Et quand on sait qu'à côté de ça, en France, on a à peu près 10 millions de personnes en insécurité alimentaire, 40% qui se restreignent sur la qualité de leur alimentation pour des raisons financières, que l'alimentation c'est à peu près le premier facteur de risque de mortalité, et qu'en parallèle de ça, on pointe beaucoup du doigt les agriculteurs, qui pourtant en moyenne, sur 100 euros d'achat alimentaire, on récupère 6,50 euros, on se rend compte qu'il y a des choses quand même qui pourraient peut-être être amenées à changer. Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a pas de solution miracle. Cela dit, il y a quand même beaucoup de personnes qui travaillent sur ces questions-là, et globalement, la plupart des études et des... prospectives convergent, je dirais, sur quatre leviers vraiment incontournables. Le premier, c'est protéger les terres agricoles et renouveler la population agricole. Le deuxième, c'est généraliser les modes de production agroécologiques. Troisièmement, c'est quand même réduire, et généralement on dit au moins de moitié, la production et la consommation d'aliments d'origine animale. Et enfin, c'est reterritorialiser les systèmes alimentaires. Ça veut dire qu'on va essayer de... ne pas faire venir de loin de la nourriture qui pourrait être produite à proximité. Pour donner un premier exemple d'initiative que je connais et qui me tient à cœur, il y a un mouvement qui s'appelle Terre de Liens, qui est un mouvement associatif et citoyen, dont l'objet est de collecter de l'épargne citoyenne pour acheter des terres agricoles et les mettre à disposition d'agricultrices et d'agriculteurs biologiques. Terre de Liens achète des terres. Et une fois que les terres rentrent dans la foncière Terre de Liens, elles sont sanctuarisées. Ça signifie qu'elles ne seront pas revendues. En faisant ça, Terre de Liens protège ses terres de la spéculation foncière et apporte une sécurité aux paysans qui les cultivent. Deuxième enjeu, en lien avec le premier, c'est de soutenir l'installation des agriculteurs. On sait qu'en France, d'ici 2030, c'est à priori plus de 25% des agriculteurs qui prendront leur retraite. Et on sait que c'est très difficile, parfois, pour les candidats à l'installation, de réussir à s'installer en agriculture. D'autant plus quand ils ne sont pas issus du milieu agricole. Terre de Liens offre vraiment un accompagnement, une solution à ces porteurs de projets-là. Le troisième enjeu auquel répond Terre de Liens, c'est l'enjeu de la transition agroécologique. Pour y répondre, les fermiers avec lesquels travaille Terre de Liens s'engagent à respecter un certain nombre de principes de l'agroécologie. D'abord, ils sont tous en agriculture biologique. Et puis ils signent ce qu'on appelle un bail rural environnemental qui comprend un certain nombre de clauses. de mode de production à mettre en œuvre, de protection de l'eau, de la biodiversité. Un autre projet intéressant et assez complémentaire en termes d'illustration de ce qui peut exister comme solution. C'est le projet de la Fabuleuse Cantine, qui est une société de la région lyonnaise. La Fabuleuse Cantine, c'est une société qui rachète des invendus à des producteurs bio locaux, dans un rayon d'environ 50 km, qui les transforme dans une conserverie artisanale à Bussier-Albieu, dans la Loire, et qui les distribue sous forme de bocaux à Lyon et à Saint-Etienne, dans cinq restaurants qu'ils ont créés, et qui font un peu office de tiers-lieu avec une programmation culturelle, événementielle. qui vient nourrir doublement le territoire sur ces deux aspects. Le gaspillage alimentaire, qui est un sujet auquel s'attaque la fabuleuse cantine, c'est vraiment un des enjeux fondamentaux sur ces sujets de transition agricole et alimentaire. On considère qu'en France, le coût global du gaspillage alimentaire est d'environ 16 milliards d'euros. C'est plus que l'ensemble des aides publiques à l'agriculture. Alors, par an, ça donne une idée de... La capacité de résilience qu'on s'adjoindrait si on réussissait à réduire drastiquement ce gaspillage alimentaire dans les années qui viennent, sachant qu'on va avoir quand même des conditions climatiques, économiques qui vont venir peser très fortement sur les rendements. Je pense que ce qui est intéressant avec ces deux projets, c'est que chacun de leur côté, ils viennent relier les enjeux de la transition agricole avec des enjeux de connexion et de lien social. C'est évidemment le cas de Terre de Liens. qui est un mouvement citoyen, paysan. C'est le cas aussi de la fabuleuse cantine, pour lequel, je l'ai dit, le fait d'implanter une activité économique dans le territoire, de créer de l'emploi. Je pense que ces deux projets, et c'est aussi pour ça que ça m'a touché, qui montrent à quel point innovation environnementale, innovation sociale, peuvent et peut-être doivent faire partie d'un même tout et d'une même solution à apporter dans les territoires. Pour creuser un peu toutes ces questions-là, moi je ne peux que recommander le travail d'une association qui s'appelle Les Greniers d'Abondance, que j'ai découvert il y a un peu plus de deux ans maintenant, et qui fait vraiment un travail assez formidable sur tous ces sujets-là. Pour aller au-delà du sujet, je voulais quand même partager une petite référence musicale qui n'a pas de rapport avec l'agriculture. C'est une chanson qui s'appelle Néosurf de... O7O Shake et Generation que j'entends un peu comme une espèce d'hymne à la jeunesse avec beaucoup de joie bien qu'il y ait aussi de la mélancolie et qui donne un peu envie de fermer les yeux et de danser avec tout ce qu'on vient de se dire il faut réussir à s'offrir un peu de légèreté et je crois qu'il y a besoin de se donner de cette force là de temps en temps.[FIN]