Speaker #1Je suis Pascal Corret. Mon travail avec mon équipe, c'est de gérer le portefeuille obligataire et le portefeuille de trésorerie de la Caisse des dépôts. Des territoires qui m'ont vu grandir, la montagne et la mer. J'ai fait mes premières armes d'alpinisme dans le massif des Écrins. On apprend à marcher longtemps. On va parler d'une opération un peu particulière qu'on a faite tout récemment à la Caisse des dépôts. qui considèrent consiste à renoncer à une partie de l'amélioration d'une obligation à destination d'une institution particulière. D'habitude, lorsqu'on achète une obligation, c'est-à-dire qu'on prête de l'argent, l'argent va à l'emprunteur. Ça peut être un état, ça peut être une entreprise. Et en l'occurrence, là, ce qu'on nous a proposé, avec d'autres investisseurs, c'est de flécher une partie de ces flux vers un institut médical. de recherche à la fois clinique et fondamentale, et l'institut de soins aussi, sur le cerveau de l'enfant, son développement et son trouble. C'est nouveau ça, ça s'est fait assez rarement, c'était la première fois qu'on faisait ça en France, où des investisseurs renonçaient à une petite partie de la rémunération à destination non pas de l'émetteur, donc de l'entreprise ou de l'État, mais d'une entité autre. Et là en l'occurrence, c'est l'institut pour le cerveau de l'enfant, l'hôpital Robert-Debré. Il y a deux choses qui sont intéressantes. Il y avait l'aspect utilitaire des fonds dont on a la gestion. Et puis ensuite, il y avait l'aspect pionnier. C'est une opération qui n'avait jamais été montée en France. Ça s'appelle une obligation à coupons de partage. Le coupon, c'est la rémunération qu'ont les investisseurs. Et donc, on partage, on en donne une petite partie, en l'occurrence à l'Institut pour le cerveau de l'enfant. Et puis, ça fait aussi partie de ce qu'on doit faire, nous, à la Caisse de dépôt, c'est de porter justement ce genre d'innovation. Ce n'est pas innovation pour innovation, c'est simplement une innovation avec un but très spécifique et pour le coup très bénéfique. Et donc, ça fait partie de l'ADN de la Caisse des Pôts de porter, d'incuber ce genre de projet. Pourquoi personne n'avait fait ce genre d'opération par avance ? Parce que la finance évolue. Il y a quelques années encore, on ne parlait pas de finance d'impact, on ne parlait pas de développement durable. Maintenant, c'est vraiment rentré dans le mainstream. de la finance essentiellement européenne. Maintenant, on a des obligations dont les flux sont fléchés vers des utilisations durables, ce qu'on appelle des obligations vertes. Mais ce sont les entreprises elles-mêmes qui disent qu'elles vont utiliser les fonds levés via le marché obligataire à des emplois durables. Maintenant, c'est classique, il y a des milliards d'obligations qui sont mises comme ça. L'idée là... c'était de faire diverger les flux, justement faire une autre utilisation. Pour ça, il faut des projets, mais des projets, les gens qui ont besoin d'argent, il y en a plein. Il faut des banques pour arranger ces opérations qui sont un peu plus complexes. Là, l'aspect pionnier n'était pas à négliger, il a fallu un peu de technologie financière pour y parvenir. Il faut des émetteurs qui sont prêts à jouer le jeu, puis il faut des investisseurs qui sont prêts à aligner leurs intérêts, à se mettre d'accord sur un projet. Il se trouve qu'en Europe et beaucoup en France, il y a tout un environnement d'investisseurs qui sont prêts à utiliser les fonds avec une utilité sociale. A l'initiation de l'opération, il y a une banque, la Synetic 6, qui avait identifié le projet. Et ensuite, il fallait réunir des investisseurs et des émetteurs. Il faut des émetteurs qui aient une fibre verte, une fibre sociale et sociétale. mais il fallait aussi des émetteurs qui étaient prêts à... Faire un peu d'ingénierie pour, comptablement, fiscalement, que l'opération se passe bien. Il se trouve que la SNCF abondit sur l'opération. Ils ont été, dès le début, preneurs. Pour ce qui est des investisseurs, le ton de table s'est constitué assez facilement. D'illustration, le montant initial de l'opération était de 250 millions. En fait, ils ont réuni 300 millions sans problème. L'idée est la suivante. L'émetteur paye un coupon, donc c'est la rémunération de l'investisseur. Donc, il le paie à travers un agent payeur. Et là, il fallait que l'agent payeur dise « Ok, je prélève de l'argent de la SNCF et au lieu de donner, on va dire, 3% à la caisse de dépôt aux autres investisseurs, Je lève un petit peu de ces 3% pour le mettre à l'Institut Robert Debré. Un des points intéressants de l'opération de coupons de partage, c'est qu'elle se différencie du mécénat. Le mécénat, c'est une société qui, sur son argent propre, va le mettre à disposition d'un projet. Là, on oriente des flux qui viennent de l'épargne ou des dépôts, donc la caisse des dépôts gère. On intègre ces flux dans la mission propre du gérant, sans faire peser nos choix sur la collectivité. Quand on fait un don à une association, on a souvent la tentation de sortir le gimmick fiscal en disant « je vais obtenir une déduction fiscale » et donc faire peser mes choix d'associations que je soutiens, j'en veux porter une partie, par la collectivité. Quand on a monté l'opération de coupons de partage avec SNCF et les autres investisseurs, on s'est posé la question « est-ce qu'on demande à bénéficier de l'allègement fiscal ? » Collectivement, on a été décidé très naturellement de dire « non, non, c'est notre décision, on assume à 100% » . Maintenant, ce créneau de marché se développe, il y a des besoins et des émetteurs qui sont prêts à y participer. Le travail des investisseurs maintenant, c'est de définir une doctrine d'intervention. C'était une première opération, on ne s'est pas posé la question du choix du projet. Maintenant, il faut qu'on démine dans quel secteur on a envie d'intervenir sur ce genre d'opération. donc ça sera de tous les investisseurs. Il y en a qui sont plus vers la santé, vers le vieillissement, ce genre de choses. Donc ça, c'est un travail que chacun doit fournir pour ne pas arroser tous azimuts sans réflexion. Donc il faut qu'on ait même des axes de réflexion pour bien orienter. Un bon investisseur, c'est celui qui va remplir tous ses objectifs, ceux qui sont à la fois financiers et extra-financiers. Définir des rendements extra-financiers, ce n'est pas évident. Mesurer les impacts. Ça fait partie des développements sur lesquels le marché obligataire travaille. C'est de dire, ok, on a investi dans des obligations vertes, des obligations sociales. Maintenant, avec quel rendement extra-financier ? Quel impact ? Il faut pouvoir rendre des comptes. Quand on finance une entreprise qui dit, cet argent, je vais développer des énergies vertes, il faut qu'elle le prouve, qu'elle le montre et qu'on mesure ce qu'on a évité en termes d'émissions carbone, l'impact social qu'on a pu avoir, et ça c'est difficile à mesurer. La traçabilité, en tant qu'investisseur, on est redevable à l'égard des épargnants de l'utilisation qu'on a fait des fonds. On va aller un peu plus loin sur une réflexion sur l'investissement social, l'investissement responsable, l'investissement vert. Il faut lire le rapport annuel de la Caisse des dépôts, le rapport social de la Caisse des dépôts, et montre ce que peut faire un grand investisseur en matière sociale et en matière d'investissement responsable. Sinon, si on veut prendre conscience des enjeux, il faut lire un rapport du GIEC. Et puis, si vous me permettez, il faut relire Kant, l'impératif catégorique. Et en matière d'investissement responsable, on n'y échappe pas.