Speaker #1Je m'appelle Lorraine Egart, je viens de Bretagne et plus précisément du Finistère Sud. J'ai grandi à Quimper. J'ai fait des études de sociologie en France. Et puis après, j'ai fait des études de relations internationales à l'étranger. Et là, ça m'a permis d'étudier les relations économiques entre les pays et vraiment de m'intéresser au commerce équitable. Et tout ça, ça aboutit au fait que j'ai voulu travailler pour une ONG qui ne travaillait que sur le commerce équitable, qui est la fondation Fairtrade que j'ai intégrée en 2006 à Londres. Et mon engagement, il est né, je pense, pendant cette période, quand je travaillais pour cette ONG. Quand j'ai fini mon stage à la fondation Fairtrade, j'ai trouvé une petite agence de notation qui travaillait pour des fonds de pension. vraiment pour faire de l'analyse pour la retraite de tout à chacun. Finalement, moi, mon premier job, c'est un poste d'analyste ESG, sauf que ce n'était pas du tout aussi développé. À l'époque, il n'y en avait que quelques-uns. Quand on est analyste ESG dans des agences de notation, l'avantage, c'est effectivement qu'on peut avoir potentiellement beaucoup d'influence parce que nos recommandations vont à beaucoup de fonds de pension, par exemple. En revanche, on est en position de conseil. quand on est actionnaire on a une action et un droit de vote, ça, effectivement, on ne l'a pas quand on est analyste dans une agence. Donc, c'est ce qui m'a fait changer et je voulais travailler pour un grand actionnaire public parce que je me retrouvais dans les valeurs publiques. L'actionnariat engagé, c'est de se dire finalement qu'il n'y a pas que l'aspect financier qui est important, mais que tous les autres aspects aussi sont cruciaux. Donc, de garder cette analyse financière dont on a besoin. mais de l'entourer de toute cette analyse qu'on appelle, nous, extra-financière. Donc, c'est tout ce qui est en plus du financier. Donc, ça va être l'analyse environnementale d'une entreprise, son impact sur les communautés, ça, c'est l'analyse sociétale. Comment est-ce qu'elle traite ses salariés ? Comment elle prend soin de ses salariés ? Ça, c'est de l'analyse sociale. Et puis, comment elle est dirigée ? Et ça, c'est l'analyse de la gouvernance. Un bon analyste, c'est quelqu'un qui va... être très curieux et qui va être passionné par la vie des entreprises et qui va vouloir constamment aller chercher, aller creuser, aller comprendre aussi ce que fait l'entreprise, quel que soit le secteur, pour se faire une opinion. On a plusieurs pratiques, plusieurs leviers. Le premier, c'est de l'exclusion, c'est-à-dire qu'on a un périmètre d'investissement, donc par exemple toutes les entreprises européennes. Et on va en garder seulement une partie. Donc, il y a une partie des entreprises qui ont des activités qui ne nous semblent pas compatibles avec les valeurs de la Caisse des dépôts. Parfois, on exclut des secteurs. Parfois, c'est des seuils d'activité. C'est-à-dire qu'on ne veut pas que l'entreprise ait une activité prégnante. Ça pourrait être, par exemple, le charbon. La Caisse des dépôts veut sortir définitivement du charbon. Donc, elle demande à toutes les entreprises. de faire de même, de s'engager à sortir définitivement du charbon. Et si ce n'est pas le cas, l'entreprise ne figurera pas dans le portefeuille. Donc, il y a tout un type d'exclusion. Après, il nous reste du coup un portefeuille donné, un panel d'entreprises qu'on a gardé. Et une fois qu'on a ces entreprises-là, on les étudie pour savoir si elles correspondent à nos valeurs et à toutes les politiques qu'on a définies sur, par exemple, l'environnement. Donc, concrètement, ça veut dire... est-ce qu'elle a une trajectoire de décarbonation qui est suffisante et qui est ambitieuse, puisque nous-mêmes, en tant que Caisse des dépôts, on a une cible de décarbonation qui est très ambitieuse. Et donc, mon métier, c'est de juger de la crédibilité de ce que me dit l'entreprise, de savoir aussi si j'ai confiance dans l'atteinte des objectifs de l'entreprise. Et si ça ne correspond pas, accompagner l'entreprise en visant à la faire progresser. Donc ça, c'est quand on dialogue avec l'entreprise, ça s'appelle le dialogue actionnarial. On a aussi le vote en Assemblée Générale qui est très important, qui a un levier assez fort. Et donc ça, c'est vraiment quand on détient une action, on a un droit de vote et on l'exerce avec fermeté à la Caisse des dépôts. Les entreprises, en général, elles ne sont pas surprises de nos positions parce que le dialogue actionnel, il se fait vraiment tout au long de l'année. On a la chance d'avoir une gestion sur mesure interne de long terme. Ça veut dire que les entreprises, bien qu'elles ne soient pas parfois d'accord avec nos positionnements, on les informe. Tout au long de notre cheminement, on les informe avant notre vote en Assemblée générale aussi. On a des critères assez exigeants. On a des critères qui sont quantifiés sur, par exemple, un plan climat. Bien que l'entreprise ait fait beaucoup de progrès, parfois on va quand même ne pas soutenir parce que pour nous, ça ne va pas assez loin. Sur le social, on a aussi beaucoup de règles, par exemple sur la rémunération des dirigeants. L'actionnaire Caisse des dépôts est très ferme sur ces questions. On regarde de très près aussi l'équité avec les salariés. J'ai un échange en tête avec une entreprise qui m'avait marquée. Dans le dialogue, pendant un rendez-vous, on avait demandé à l'entreprise s'ils pouvaient mettre en place un plan d'intéressement pour leurs salariés. Pendant cet échange, l'entreprise avait trouvé que c'était une bonne question, un sujet très intéressant. Ce qui m'a marquée, c'est que l'entreprise l'a mis en place. Très rapidement, quelques mois après cette discussion, ce qui est quand même rare parce que sur des sujets de long terme, on discute plusieurs fois avec les entreprises du même sujet souvent. Et puis, ce sont des grandes entreprises, donc il leur faut quand même du temps pour mettre des choses en place quand ça concerne des milliers de salariés. Donc là, c'était le cas. Quelques mois après, on a pu voir que l'entreprise avait mis en place un plan d'intéressement pour l'intégralité de ses salariés. C'est une grande entreprise française. C'est assez satisfaisant comme résultat du dialogue actionnarial. Du côté des entreprises, ça a énormément évolué. Le SG, c'est encore vu comme une contrainte. En revanche, je trouve que ça n'a rien à voir avec mes débuts en 2006 ou 2007. Les entreprises ont fait énormément de progrès, les actionnaires aussi. Nous aussi, on a fait énormément de progrès. Et je suis plutôt optimiste. Je pense qu'il y a une prise de conscience qui est bien plus grande. Investir rentable et investir responsable, c'est compatible, mais pas à chaque moment, pas sur tous les secteurs. Parce qu'évidemment, il y a beaucoup de facteurs. Ce qu'on pense à la Caisse des dépôts, c'est que l'engagement actionnarial a une valeur, ça crée de la valeur. Et certaines entreprises ont bien vu aussi depuis longtemps qu'elles créent de la valeur en se positionnant sur des segments durables. Mais il faut encore avoir... La possibilité et le luxe de se positionner à long terme et accepter qu'il y ait des baisses de rentabilité sur le chemin. On travaille dans l'intérêt des entreprises puisque leur business model doit évoluer. Donc je pense qu'on a tous compris ça. Donc maintenant qu'il faut tout changer, comment on fait ? Mais si on prend l'exemple du climat, Pour changer de business model, ça demande en fait un changement de culture, ça demande énormément de travail au sein de l'entreprise. Parfois, ça demande des acquisitions, des sessions d'actifs au sein de l'entreprise. Et effectivement, en tant qu'actionnaire de long terme, on peut les accompagner, on peut les aider à se poser des questions pertinentes sur comment ils vont changer leur business model et aussi pour la pérennité de l'entreprise. Parce que ce sont quand même des virages assez importants. penser et que les décisions soient pesées. Les contraintes ESG, elles vont rester, ça va évoluer. Ce sera peut-être de plus en plus précis, de plus en plus normé. Il y aura plus de réglementation à l'image de ce qui s'est fait ces 15 dernières années. Moi, j'ai évolué effectivement dans mon regard sur les entreprises. C'est certain, quand je repense aussi aux premières années pendant lesquelles j'étais et analystes ESG. J'ai d'abord beaucoup beaucoup travaillé sur la gouvernance. Et quand je vois aujourd'hui la place que prend le climat dans nos analyses et dans notre travail, je trouve que l'évolution elle est incroyable. Si j'avais une baguette magique, je choisirais, je pense, donc pour les entreprises, le partage des richesses, le partage de la valeur. Et donc ça pourrait être, par exemple, au lieu de distribuer un dividende qui n'est que financier, d'avoir une partie du dividende qui est environnementale, qui est sociétale, qui est peut-être un petit peu moins.