Speaker #1Je suis Camille Simoès, je travaille à la Banque des Territoires sur le programme Territoires d'Industrie. C'est un programme sur lequel on travaille sur des sujets comme la réindustrialisation ou l'aménagement du territoire pour accueillir des activités industrielles. Le sujet de la réindustrialisation, ce n'est pas quelque chose que je nourris depuis que je suis jeune, plutôt l'envie de travailler pour quelque chose de concret, qui a du sens et de collectif. L'effort de réindustrialisation en France aujourd'hui, il est articulé autour de la souveraineté, mais ça va dans la vision qu'on a envie d'avoir de l'industrie, donc quelles activités on a envie de produire en France pour des enjeux de souveraineté. et particuliers aussi avec les enjeux écologiques et l'urgence climatique qui existent aujourd'hui. Comment est-ce qu'on fait transitionner l'industrie pour prendre en compte les enjeux environnementaux en termes d'énergie, en termes de gestion de l'eau, de recyclage ? Tous ces enjeux-là, ils sont aussi embrassés par le sujet de réindustrialisation. Je ne pense pas qu'il y ait une usine de demain. Je pense qu'il y aura toujours une diversité d'usines, comme il y a une diversité d'activités industrielles. mais en tout cas il y a des évolutions technologiques qui conduisent à des usines qui sont beaucoup plus automatisées. J'ai visité des usines, par exemple, dans lesquelles il y a des machines qui vont très vite, qui ne sont finalement pas du tout bruyantes, dans lesquelles il ne fait pas chaud. Et c'est des machines qui créent des machines. Tout est automatisé. Alors, il y a quand même des ouvriers qui, du coup, ont des travaux qui sont de maintenance de machines ou alors dans des gestes de précision. Donc, il y a quand même une évolution. Alors, je ne pense pas que le futur, ce soit que... toutes les usines soient des usines 4.0 qui fonctionnent toutes seules. Aujourd'hui, la réindustrialisation aussi, c'est repenser la chaîne de valeur pour que on soit plus proche de ce qui est produit. Alès, c'est un exemple qui est très intéressant à étudier quand on parle de réindustrialisation parce que c'est un bassin industriel qui s'est déjà réinventé plusieurs fois. Historiquement, l'activité industrielle d'Alès, elle repose sur l'extraction minière des mines de charbon. Aujourd'hui, c'est un écosystème qui s'est créé autour de l'industrie, avec des acteurs locaux très impliqués et très dynamiques, et qui ont tout de suite mis l'industrie au cœur des stratégies du territoire. On a vu émerger un pôle d'excellence mécanique, au sein duquel sont regroupées beaucoup d'entreprises, qui crée une synergie parce qu'il y a une mutualisation des compétences et des stratégies au sein de ce pôle. Il y a une agence d'attractivité qui est très dynamique sur le territoire. et des élus qui sont extrêmement impliqués. Et en fait, c'est un écosystème qui s'est inscrit dans une stratégie de rebond industriel très tôt. Et d'ailleurs, il y a un patrimoine industriel qui est mis en valeur sur le territoire d'Alès parce qu'on peut visiter certaines usines. Et donc, cette fierté autour du patrimoine industriel, c'est assez illustrateur aussi de la volonté d'ancrer l'industrie au cœur des stratégies locales. Les filières, en tout cas, qui se sont développées sur le pôle mécanique à l'Est-Evène, elles sont très diversifiées. mais les... Les principales sont quand même les filières de l'automobile, de l'agroalimentaire. Il y a aussi des industries dans la chimie. Donc en fait, c'est vraiment très développé. Et alors par contre, le point commun, c'est la notion de durabilité dans les activités industrielles qui sont renouvelées sur ce territoire. Et d'ailleurs, qui sont renouvelées en général, on trouve la volonté de travailler en faveur d'une industrie durable. Sur le sujet des compétences, le recrutement et l'accompagnement des compétences vers les nouveaux métiers de l'industrie ou même vers juste des métiers de l'industrie qui ont toujours existé mais qui ne forment plus, où il y a des manques de main-d'œuvre sur des métiers en tension, sur des activités industrielles qui ont toujours existé, par exemple la chaudronnerie. C'est un métier qui manipule le métal. C'est un métier assez généraliste dans l'industrie qui est très en tension. Il y a des écoles qui réouvrent. La Banque des Territoires soutient des projets d'ouverture d'écoles pour ces métiers industriels. La chaudronnerie, récemment, il y a une école à Laval qui a ouvert pour former au métier de tourneur-fraiseur. C'est des métiers qui sont aussi beaucoup recherchés, qui existent, qui ont toujours existé, mais en tout cas pour lesquels on a formé peu d'élèves. Et donc aujourd'hui, on le ressent dans l'industrie. En fait, finalement, l'évolution des compétences, ce n'est pas forcément des nouveaux métiers industriels qui émergent avec une numérisation ou avec des usines hyper technologiques où du coup, les ouvriers ont des compétences complètement différentes. C'est parfois des compétences dont on a besoin parce qu'on redynamise l'industrie. Du coup, le besoin de main-d'œuvre grandit sur des métiers qui ont toujours existé. Il existe des pluralités de métiers industriels. Il faut accompagner la mutation des compétences. Mais en fait, on a une vision un peu légendaire de l'ouvrier. Et je trouve qu'ouvrir les portes des usines et discuter avec les ouvriers, en tout cas, ça nous donne une vision plus réaliste des ouvriers. Et il existe des usines dans lesquelles il fait chaud et dans lesquelles c'est bruyant. Il existe des usines aujourd'hui 4.0, où en fait, les ouvriers ont des connaissances très techniques sur les machines, parce que leur travail, c'est aussi de la maintenance de machines, qui est extrêmement technique. C'est une réinvention aussi de ce métier d'ouvrier. Et ce n'est pas forcément la vision qu'on en a quand on n'est jamais rentré dans une usine. Je pense que le sujet de l'industrie, si on a envie de le remettre au cœur des stratégies d'aménagement du territoire, on peut gagner à faire connaître l'industrie en favorisant les visites d'usines. Par exemple, aujourd'hui, il y a plein de sites industriels qui ouvrent leurs portes au public ou des musées autour de l'industrie et dans lesquels on peut se faire une idée beaucoup plus concrète de ce qu'est un métier d'ouvrier. En fait, si on n'y rentre pas, je pense qu'on ne peut pas imaginer la diversité des activités qu'il peut y avoir à l'intérieur. Il y a des clés de succès inspirantes sur Alès, notamment dans le dynamisme d'un écosystème d'acteurs qui soutient l'industrie, dans l'attractivité du territoire pour accueillir des activités industrielles et de la main-d'œuvre industrielle, parce qu'il faut aussi qu'on ait envie de venir s'installer sur un territoire pour y travailler. Il y a le sujet de foncier aussi, quel est l'espace, le terrain disponible. pour accueillir des activités industrielles. Sauf qu'il y a le terrain disponible pour construire une usine, mais c'est le même terrain disponible pour construire des logements, par exemple, ou pour étendre des zones urbaines. Et donc, en fait, il y a un sujet sur la destination du foncier en France avec les nouvelles règles de zéro artificialisation nette, en tout cas, qui sont en train d'être adoptées. En fait, chaque territoire est confronté à une histoire différente, une géographie différente et des enjeux différents. Mais je pense que c'est la vision commune du territoire qui peut créer un effet intéressant sur la réindustrialisation et sur l'activité industrielle du territoire. L'idée, ce n'est pas de réindustrialiser et faire plus d'usines à tout prix, mais c'est plus de se poser la question de quelle vision on a envie d'adopter pour l'industrie. Pour ceux qui sont intéressés par le sujet de l'industrie, Ce que je recommande, c'est de commencer par lire les travaux de l'Observatoire des Territoires d'Industrie, qui sont des études qui sont concises et très pertinentes sur des sujets notamment de réindustrialisation, de compétences, d'innovation, de politique industrielle et d'autres sujets. Donc ça, c'est des ouvrages que je recommande. Et évidemment, d'ouvrir les portes des sites industriels, en tout cas qui offrent des visites en banlieue parisienne. Il existe l'usine Haribo, qui peut parler aux enfants, par exemple. Dans la région PACA, l'usine de parfumerie à Grasse, ça peut être aussi très intéressant pour avoir une meilleure idée et pour se faire une image plus vraie de l'industrie à l'Est, faire des visites autour des sites industriels qui ont été reconstitués, dans lesquels on peut découvrir beaucoup plus que ce qu'on est venu chercher. Musique