Speaker #1Je suis Roxane Benedetti, je suis directrice du développement sur la résilience des territoires au sein de Even Conseil, cabinet spécialisé dans le conseil en transition écologique, qui appartient au groupe SET, une filiale de la Caisse des dépôts. J'ai grandi en Seine-Saint-Denis, plus particulièrement à Drancy. J'y ai vécu jusqu'à 13 ans. Ensuite, je suis partie vivre jusqu'à la fin de mes études en Bretagne, à Fougères plus particulièrement, en Ile-et-Vilaine. J'ai une formation de géographe à la base. J'ai fait une fac de géographie avec un parcours aménagement du territoire. Donc, je me suis très vite orientée dans cette voie-là. c'est un sujet qui m'a toujours intéressée. intéressé de savoir comment les territoires fonctionnaient et plus particulièrement les interactions avec l'environnement. C'est cette formation vraiment de géographie qui a ancré chez moi le lien avec les territoires et l'intérêt pour les territoires et surtout dans l'accompagnement de leur évolution. De voir que les territoires ne sont jamais statiques, sont en perpétuelle évolution sous l'effet de l'homme, mais aussi sans l'homme. Et ça, ça a toujours été assez passionnant pour moi. En fin d'études, j'ai effectué un stage au sein d'une structure porteuse d'un schéma d'aménagement et de gestion des eaux, ce qui m'a permis de toucher du doigt un peu plus particulièrement les questions de gestion de l'eau, de la ressource en eau. Et effectivement, ça ne m'a pas quittée. Au moment du passage entre ce stage vraiment plongé dans la gestion de l'eau, avec ma première expérience professionnelle également. J'ai travaillé en bureau d'études plus technique où j'intervenais sur les zones humides. Et donc, effectivement, ça m'a permis de voir vraiment l'ensemble des interactions et de voir à quel point nous, notre action pouvait bouleverser le cycle de l'eau. On a tous vu, enfin, ce schéma du cycle de l'eau qui nous montre en fait qu'effectivement tout ça, c'est bien un cycle et un cycle fermé et qu'on doit nous s'intégrer dans ce cycle et pas forcément... construire contre, d'essayer de maîtriser à outrance, qu'on doit construire avec. Et puis, à ce moment-là, il y a un ami de la famille qui m'a offert un livre qui a vraiment éveillé chez moi cette conscience. C'est le livre d'Éric Orsena, L'avenir de l'eau, donc en 2008, qui surtout montre à quel point cette ressource est fragile. J'ai choisi de parler aujourd'hui d'un projet de réouverture d'un cours d'eau, la réouverture de la Bièvre, qui se situe en Ile-de-France, en plus dans un contexte urbain dense, qui depuis le début du XXe siècle a été enfouie. Aujourd'hui, on réouvre ce cours d'eau, on lui redonne un statut de cours d'eau plus naturel. Je trouve que c'est une initiative qui est particulièrement positive pour la réintégration du cycle de l'eau dans la ville. Et puis, à d'autres titres, pour la biodiversité, pour reconnecter les habitants avec les milieux naturels et là en particulier avec la ressource en eau. Dans beaucoup de territoires, beaucoup de lieux, on a modifié déjà les profils hydromorphologiques des cours d'eau. On a rectifié, par exemple, les cours d'eau, fait en sorte qu'ils se calent davantage sur nos découpages parcellaires, qui viennent faciliter nos aménagements. Et avoir un cours d'eau tout droit, c'est toujours plus simple pour aménager derrière. On a aussi canalisé ou busé les cours d'eau, en sorte de mieux gérer les flux, réduire les risques de débordement, d'inondation. Et dans ces cas-là, on a complètement supprimé la naturalité du cours d'eau, les habitats naturels, la végétation, et du coup, derrière aussi la biodiversité. Pour la bièvre, c'est encore un autre sujet. En fait, la bièvre a eu un rôle assez important sur le volet économique en Ile-de-France et a reçu les rejets industriels des activités qui étaient en bordure de ce cours d'eau. Le niveau de pollution, à un moment donné, a été tel que pour des raisons sanitaires, on a finalement enfoui ce cours d'eau pour faire en sorte qu'on puisse continuer finalement à utiliser cet exutoire à des fins d'assainissement, donc pour recevoir les rejets industriels. Et puis ensuite, ce cours d'eau a aussi reçu les eaux pluviales de ces territoires-là. Aujourd'hui, on réouvre les cours d'eau. pour plusieurs raisons et plusieurs bénéfices, notamment pour la qualité de l'eau. En 2022, un rapport a été établi par notamment l'OFB, l'Office français de la biodiversité, basé sur des données de 2019. Ce rapport fait remonter que 43% des masses d'eau de surface, donc des cours d'eau, étaient en bon ou très bon état écologique. Donc ça veut dire qu'on a presque... 55% des masses d'eau de surface qui n'atteignent pas le bon état. On les réouvre également parce que ça permet aussi de réintégrer la nature en ville. Et aujourd'hui, on voit bien les bénéfices de la nature en ville au regard des effets du dérèglement climatique notamment. Et puis, on réintroduit la biodiversité également, puisque ces cours d'eau sont aussi des lieux de biodiversité assez importants. Et en plus, on peut aussi s'appuyer sur ces nouveaux... Cours d'eau réouvert pour la gestion des eaux pluviales malgré tout. Et puis enfin, on va arriver à reconnecter aussi les habitants avec leur milieu naturel et avec leur environnement. On est venu recréer le lit, recréer les berges, la végétation qui les accompagne pour recréer aussi un milieu, puisqu'un cours d'eau... Il a besoin aussi des milieux naturels connexes pour pouvoir fonctionner. Ça prend environ dix ans. On a à peu près 1,5 km de cours d'eau qui a été réouvert aujourd'hui, mais ça représente encore une petite partie du linéaire. Mais l'objectif, effectivement, aujourd'hui, c'est d'essayer autant que possible d'ouvrir la bièvre sur l'ensemble de son linéaire. Il a fallu, dans un premier temps, dépolluer le cours d'eau. puisqu'il recevait des rejets industriels et les rejets d'eau pluviale des territoires. Ensuite, il y a eu des travaux de réaménagement et de génie écologique, puisqu'il a fallu réouvrir le cours d'eau et recréer un milieu naturel. C'est un projet qui est mené par le conseil départemental du Val-de-Marne, puisque jusqu'en 2018, c'est lui qui avait la compétence qu'on appelle GEMAPI. Gestion de l'eau, des milieux aquatiques et prévention des inondations, c'est un projet qui a aussi été porté par une demande citoyenne. Il y a eu aussi un travail des associations locales, associations environnementales, mais aussi de citoyens, qui ont porté cette envie de retrouver ce cours d'eau dans la ville. Aujourd'hui, on voit peu de projets de réouverture de cours d'eau. C'est un projet d'envergure. On va démontrer par l'exemple que c'est possible, qu'on va avoir vraiment des bénéfices à réintroduire les cours d'eau en ville. À l'échelle du territoire, ces projets, ces deux tronçons réouverts, ont vraiment impulsé une dynamique aussi, puisque la métropole du Grand Paris vient de valider la poursuite du projet de réouverture sur d'autres sites. Au sein de l'ACET et d'EVEN Conseil, on intervient beaucoup en conseil auprès des collectivités pour les guider justement sur ces types de projets et surtout pour intégrer ces réflexions-là le plus en amont possible dans l'aménagement du territoire ou dans leur projet d'aménagement d'un quartier, d'un îlot. Leur amener les outils d'aide à la décision, qu'ils prennent conscience que... Finalement, investir sur ce type de projet, ça a plus de bénéfices que ce qu'ils peuvent penser. Et peut-être que les bénéfices de ce type de projet de la réouverture d'un cours d'eau en ville sont supérieurs aux contraintes éventuelles. Au début du podcast, je parlais de ce livre d'Éric Orsenat qui m'a beaucoup impactée et qui date de 2008. Les premières phrases de la quatrième de couverture de ce livre sont les suivantes. Dans dix ans, dans vingt ans, aurons-nous assez d'eau ? Assez d'eau pour boire ? Assez d'eau pour faire pousser les plantes ? Assez d'eau pour éviter qu'à toutes les raisons de faire la guerre s'ajoute celle du manque d'eau ? Et en fait, ces questions n'ont jamais été autant d'actualité si jamais vous n'avez pas lu ce premier ouvrage d'Éric Orsenna sur l'avenir de l'eau.