- Speaker #0
Virage, saison 2, épisode 12, un podcast de la Caisse des dépôts. Nos villes ont chaud, elles respirent mal, cherchent de l'ombre, de la fraîcheur et de la vie. Nous avons parfois oublié de les regarder comme des organismes vivants. fait de sol, d'eau, d'arbres et d'espèces avec lesquelles nous devons mieux cohabiter, sous peine de ne plus pouvoir habiter nos propres sites. A la pointe de cette renaturation, la foncière ICAD a été la première à signer un contrat de performance biodiversité avec CDC Biodiversité, un engagement fort pour rendre de la place à la nature au cœur de trois grands parcs d'affaires du nord-est parisien. Mais comment concilier... performance économique et reconquête écologique. Comment renaturer des hectares de sol artificialisés sans perdre de vue les réalités d'une foncière ? Réponse avec Joséphine Brune, responsable transition environnementale à la direction RSE du groupe ICAD, qui nous emmène à Aubervilliers, au parc des Portes de Paris, pour nous raconter sa métamorphose. Bonjour, Joséphine.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Petit voyage dans le temps et dans l'espace pour commencer, si vous le voulez bien. Donc, je le disais, nous sommes... à Aubervilliers, au milieu des années 2010, lorsque vous signez ce contrat de performance biodiversité, comment décririez-vous le parc d'affaires des Portes de Paris à ce moment-là ? A quoi ressemblait-il ?
- Speaker #1
Alors, le parc des Portes de Paris a été repris par ICAD en 2009. C'était anciennement les EMGP, donc les entrepôts et magasins en Générale de Paris. Et comme le nom l'indique, il y avait beaucoup d'entrepôts. C'était un site un peu triste. C'est un site qui était très, très minéral. On a une grande surface, on a presque 50 hectares. A peine 9% de cela était végétalisé. Et puis en plus, c'était un site qui était un peu enclavé entre Aubervilliers au sud, Saint-Denis au nord, le périphérique un peu fermé et pas facile d'accès.
- Speaker #0
Vous avez parlé de ces 9% d'espace végétalisé à ce moment-là. En tant que propriétaire du parc d'affaires, ICAD en assure la gestion et l'entretien. Est-ce qu'à ce moment-là... Ceux qu'on appelle ces espaces naturels, ces espaces libres, non construits, font l'objet d'une attention particulière. Qui s'en occupe et avec quels objectifs, s'il y a d'ailleurs des objectifs particuliers assignés à ces espaces ?
- Speaker #1
Il y avait déjà une attention particulière qui était portée dès 2009 et ce grâce à deux choses en particulier. La première, c'est des collaborateurs qui étaient déjà motivés, déjà convaincus. par l'importance de la nature, de lui donner de l'attention, de la ramener, de s'en occuper. Et aussi grâce à CDC Biodiversité qui était nouvellement créée à l'époque. Et donc dès 2009, on a commencé à travailler avec eux. Ils nous ont conseillé sur quelles espèces à planter, où, comment, pourquoi, quelles bonnes pratiques à mettre en place avec notre gestionnaire des espaces verts. Et puis de façon intéressante, en 2009, donc assez rapidement après la création, le patron de l'époque. de CDC Biodiversité a monté une conférence sur un nouveau concept qui était celui de la biodiversité positive et qui a permis d'acculturer les équipes d'ICAD. Donc entre 2009 et 2014, bien avant la mise en place du CPB, il y avait déjà un travail qui avait été débuté par les équipes d'ICAD et CDC Biodiversité.
- Speaker #0
Lorsque vous signez avec CDC Biodiversité ce contrat de performance biodiversité, Merci. ICAD s'engage, pour ce parc des Portes de Paris notamment, à concevoir, ajouter, augmenter et gérer des espaces extérieurs en faveur de la biodiversité et du lien social. A l'époque, pas plus qu'aujourd'hui d'ailleurs, il me semble, il n'y a pas d'obligation réglementaire pour ICAD à rendre des hectares à la nature. Alors, pour quelle raison une foncière sacrifie-t-elle du terrain constructible à la faveur d'une nature qui ne paiera jamais de loyer ?
- Speaker #1
L'histoire commence en 2014. La CDC biodiversité nous a fait une proposition de ce nouveau contrat, qui s'appelle le contrat de performance biodiversité, et qui voulait suivre un petit peu le modèle du contrat de performance énergétique, mais avec la biodiversité, l'idée étant de permettre une garantie d'un certain niveau de qualité des espaces verts et de leur exploitation pour permettre à la biodiversité de s'installer et d'être résiliente dans la durée. Et donc, ça nous a plu parce que ça nous permettait d'aller plus loin sur les actions. On n'était pas simplement à choisir quelques végétaux par-ci, par-là, mais vraiment d'aller beaucoup plus loin avec cette cité de garantie. Donc, en 2015, on leur a dit « go » , mais il nous faut des indicateurs. On est arrivé à une trentaine d'indicateurs en 2016, qui a fait l'objet du premier CPB, contrat de performance biodiversité officiel. Et puis, on est arrivé en 2018 à une vingtaine d'indicateurs clés qu'on pouvait réellement suivre et sur lesquels on s'est engagé d'ailleurs à atteindre. de la biodiversité positive en suivant ces indicateurs-là. Et en parallèle... On a tissé des relations étroites avec les communes aux alentours, les communes des Mitroff, donc Saint-Denis, Aubervilliers, et plus largement le territoire de Pleine-Commune. Et donc il y avait une volonté forte de toutes les parties prenantes de rendre ce parc attractif, d'ouvrir ce parc sur les villes, parce qu'on disait tout à l'heure qu'il était un peu fermé, et d'en faire un réel espace d'échange, de flux, de vie. Pendant 10 ans, on a désartificialisé un peu plus de 1,6 hectare. quand même intéressant. Donc, via ce grand parc boisé au centre, mais on a aussi des imperméabilités, des parkings, des voiries, d'autres espaces autour. Il y a eu un travail vraiment énorme sur le choix des espèces, alors qu'ils ne se voient pas toujours forcément de l'extérieur, de diversifier et de rajouter des stratifications différentes hauteurs de végétalisation qui sont vraiment très importantes pour la résilience de ces espaces verts et donc de permettre à la biodiversité de s'installer de façon durable. On a créé des habitats. des habitats naturels, sur la base justement des choix végétaux, mais aussi des habitats aménagés. Donc on a mis en place des gîtes à chiroptères, des nichoirs, des petits gabions. Si vous connaissez les gabions, c'est des petits murs où vous les voyez parfois, des petits murs avec des pierres et des rochers de taille différente. Donc ça permet à la petite faune d'aller se reposer, se nicher, respirer un peu. On a mis en place de l'éco-pâturage. Ça faisait beaucoup rire au début quand on voyait passer les moutons en pleine ville. On avait mis un potager aussi, mais qui malheureusement n'a n'a pas perduré. Le parc Arboré, bien évidemment, ce grand noyau, cette plantation de 1500 arbres quand même en pleine ville, dans une zone qui est dense, c'est vraiment exceptionnel. Et puis on a fait aussi des transformations qui sont plus à l'usage des usagers. On a revégétalisé la place du village pour qu'elle donne aussi plus d'envie, qu'elle permette d'avoir de l'ombre aussi en été.
- Speaker #0
Vous avez parlé des artificialisations, est-ce que... On peut essayer de préciser ce qu'on entend par là, c'est-à-dire quelle action on mène quand on désartificialise et qu'est-ce qu'il en reste ensuite, c'est-à-dire de quelle manière la nature reprend ses droits sur ce qu'on a désartificialisé.
- Speaker #1
Pour rester simple, quand on parle de désartificialisation, c'est la désimperméabilisation. On enlève un sol qui est complètement imperméable, de type goudron, asphalte, béton, et on replante avec... Avant de replanter, une attention particulière au sol qui est en dessous, l'état du sol qui est en dessous. On l'enrichit. L'idée, c'est de retrouver de la pleine terre. Au minimum 80 cm de profondeur de sol et si on peut, au-delà.
- Speaker #0
Jusqu'où est-ce qu'on peut désartificialiser ? On imagine une voirie, un parking. Est-ce qu'on peut aller encore au-delà ? Est-ce qu'on peut sauver la nature, même sur du bâti plus invasif ?
- Speaker #1
Retirer un bâtiment ? Et de retrouver de la nature derrière, c'est une forme de désertificialisation, oui.
- Speaker #0
Vous l'avez fait ?
- Speaker #1
C'était le cas, effectivement, au parc des ports de Paris. Donc ce nouveau noyau de Bélibertier qui a été créé, ce parc boisé de 1500 arbres, a été créé à la place d'anciens entrepôts.
- Speaker #0
En tant que propriétaire du parc d'affaires, vous avez des locataires. Comment est-ce qu'eux ont accueilli ces transformations-là ? J'imagine que même si vous pouvez leur imposer, vous êtes attentif à leur réaction. d'ailleurs Au-delà de leur action, est-ce que ça a un impact pour eux en termes de coûts, en termes d'obligations quand vous faites ce type de transformation ?
- Speaker #1
Au début, ce n'était pas toujours très bien perçu. Ce n'est pas toujours évident et d'ailleurs, ça ne l'est pas toujours aujourd'hui encore. Parce que la biodiversité, c'est un sujet complexe, parce qu'on ne voit pas toujours ce qu'on fait. Et puis, ce n'est pas toujours évident de le traduire en bénéfice pour l'utilisateur. Quand on passe beaucoup de temps sur le choix des espèces, le paillage... le couvre-sol, le fait de mettre en place des pratiques qui vont empêcher les espèces exotiques d'envahir, le fait de ne plus utiliser de produits phytosanitaires, tout ça, ça ne se voit pas. Et puis, à contrario, on a des actions qui sont très visibles et pas toujours très bien comprises. Et puis, on a des actions qui sont très appréciées. Tous les espaces de convivialité qu'on a mis en place, végétalisés, on a des grandes pelouses qui invitent les piqueniques, on voit des gens qui font du yoga, du tai-chi à la pause. qui viennent prendre leur café là au lieu d'être à côté de la machine à café, c'est quand même beaucoup plus agréable.
- Speaker #0
À l'échelle des locataires aussi, on peut, si ce n'est mesuré en tout cas, on peut confirmer qu'il y a un gain de bien-être par rapport à ce qui a été fait. Et peut-être si ce n'est pas suffisamment le cas, est-ce qu'il faudrait prévoir de faire encore plus de pédagogie, d'expliquer encore mieux ce qui a été fait et en quoi ça sert le bien-vivre de chacun ?
- Speaker #1
Oui, c'est vraiment l'axe pédagogique, c'est un axe sur lequel on... On a vraiment une amélioration continue. On voit bien qu'il en faut encore et toujours. On parlait tout à l'heure de l'impact sur les charges. Alors ça aussi, ça fait plaisir. Effectivement, on réduit l'entretien, donc on réduit les charges. On a réduit aussi de façon significative l'arrosage et donc on réduit considérablement les consommations d'eau. Et on a introduit un autre axe d'accompagnement qui est une première aussi, ce sont les sciences participatives. Une première en entreprise, ça existait déjà avant. Donc on a trois programmes qui sont mis en place, qui ont été développés par la Sorbonne et le Muséum National d'Histoire Naturelle. Et ça donne l'occasion aux utilisateurs d'être observateurs de la nature et de remonter leurs observations vers des bases de données nationales qui contribuent à notre connaissance de la faune et de la flore sur le territoire. Il y a une étude qui est sortie relativement récemment sur l'impact de ce type d'action sur le sentiment de bien-être et la satisfaction des gens qui font des séances participatives. Non seulement il y a un impact physiologique de réduction du stress, mais ça augmentait le sentiment de satisfaction globale dans la vie, c'est-à-dire que rien que par l'observation de la nature, pendant au moins 15 minutes, on est plus généralement satisfait dans sa vie.
- Speaker #0
Avec le recul que vous avez aujourd'hui, est-ce qu'on est capable de mesurer ? en partie au moins le retour d'expérience de ce contrat de performance biodiversité.
- Speaker #1
Tout à fait, c'est vraiment l'avantage d'avoir ces indicateurs. Globalement, depuis la reprise du parc, depuis l'état du parc en 2009, on a amélioré à la fois la quantité, mais aussi de façon importante, la qualité des plantations, la qualité des espèces végétales de 47%.
- Speaker #0
Est-ce qu'on peut supposer que le sens de l'histoire, c'est que... Il y a au départ un investissement évidemment important pour redonner cette place à la nature, à la biodiversité, recréer les conditions d'une biodiversité saine, résiliente et durable, et qu'ensuite elle puisse perdurer, pas complètement peut-être en autonomie, mais que finalement l'intervention humaine, l'effort, soit de moins en moins important pour entretenir ce qu'on a créé.
- Speaker #1
Le but c'est d'avoir le moins d'interventions possibles, donc on remplace au fur et à mesure les espèces plutôt horticoles. jolis, sympathiques, qu'on nous demande, type les roses, etc. Ils sont très jolis, mais qui n'ont pas forcément un grand intérêt pour la biodiversité, et qui ne sont vraiment pas très résilientes.
- Speaker #0
Les foncières qui nous écoutent, si vous aviez envie de leur dire quelque chose en priorité pour les engager à suivre le chemin que vous avez pris avec ce contrat de performance biodiversité, qu'est-ce que vous leur diriez en premier ?
- Speaker #1
De façon générale, on voit bien l'intérêt de ramener la nature. On a aujourd'hui suffisamment d'études et même de constats de notre expérience. de voir l'importance du lien avec la nature pour la résilience face au changement climatique, face aux maladies aussi, pour l'infiltration des eaux pluviales, pour le stockage du carbone, pour le bien-être des utilisateurs, on en a parlé. Et tout ça, ça contribue à l'attractivité d'un site. Une démarche de type CPB comme la nôtre n'est pas possible partout, elle est tout à fait adaptable. Le CPB d'ailleurs a beaucoup évolué, on l'a adapté à nos besoins, à notre contexte, il est un petit peu différent sur chacun des parcs. parce qu'ils ont des contextes différents. Donc, le conseil, c'est juste de commencer quelque part, là où vous êtes. Aujourd'hui, il existe pléthore de solutions, d'outils, de démarches, de bureaux d'études qui sauront bien vous accompagner.
- Speaker #0
Et côté ICAD, pour continuer à prendre de l'avance et peut-être faire d'autres petits pas ou grands pas, du point de vue de la responsable transition environnementale, est-ce qu'il y a de grands défis qui vous attendent encore pour continuer à œuvrer dans ce sens ?
- Speaker #1
Si je reste sur le parc des Portes de Paris, Le. Le prochain grand défi, spécifiquement, sera de maintenir à la fois la quantité, mais surtout la qualité de ce qu'on a déjà fait. On parlait tout à l'heure du fait qu'on est quand même une activité immobilière, ce qui ne va pas toujours très bien d'ailleurs avec le fait de maintenir la nature et la biodiversité. Et donc, charge à nous de faire des projets qui soient extrêmement vertueux, qui intègrent pleinement la biodiversité dès la conception, et de créer des solutions suffisamment déjà d'espace naturel sur nos projets, mais de connectivité écologique avec les autres espaces du parc, à l'intérieur du parc, et ensuite aussi avec les extérieurs du parc, permettant à la biodiversité qui s'était peut-être installée de pouvoir se reloger et puis plus largement, au-delà du parc, vous en avez parlé tout à l'heure, on a un axe fort sur la pédagogie, de traduire les bénéfices pour les locataires, et de raconter une belle histoire qui donne envie. et qui puissent les embarquer.
- Speaker #0
Pour ceux qui auront envie d'entendre d'autres histoires et de poursuivre cette conversation après vous avoir écouté, est-ce qu'il y a une œuvre, un livre, une source que vous leur recommanderiez pour parfaire leur culture sur la biodiversité ?
- Speaker #1
Pour vous en donner juste quelques-unes, l'Institut Paris Région a créé tout un cycle de webinaires sur la renaturation qui est fabuleux. C'est des cibles biodiversité. évidemment, reste une très bonne source. Ils ont la mission Économie et Biodiversité, qui a beaucoup de publications, de façon générale, sur la biodiversité, mais très précisément sur la renaturation en ville, sur le bâti, sur le CPB, etc. Et également l'Institut de la Transition Foncière, qui, eux, sont un des rares acteurs qui travaillent la renaturation via l'aspect sol qui est... peu et souvent mal gérée.
- Speaker #0
Merci beaucoup Joséphine Brune de nous avoir raconté cette renaturation du parc des Portes de Paris et au-delà, nous avoir éclairé sur les intentions qui l'ont animé et qui anime ICAD dans son œuvre de foncière et au-delà Virage est un podcast de la Caisse des dépôts. On se retrouve bientôt pour de nouveaux Virages. Merci beaucoup.