- Speaker #0
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant et ça se fait parfois à contre-courant. Si face à un problème, quel qu'il soit, vous vous êtes déjà dit, j'ai tout essayé, rien ne va, je ne sais plus quoi faire, alors vous êtes...
- Speaker #1
Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de celle de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève.
- Speaker #0
Et je suis Peggy Van Lierde, chef d'entreprise, journaliste et coach en développement personnel.
- Speaker #1
Ensemble, nous vous proposons des réflexions pour avancer autrement. Nous vous proposons de revenir sur cette phrase qu'on entend tellement souvent en thérapie, en coaching, c'est « j'ai tout essayé » . pour que mon enfant travaille, pour qu'il soit moins sur les écrans. J'ai tout essayé pour que mon mari range un peu dans la maison, ou j'ai tout essayé, je vis du harcèlement au travail, ou mon enfant vit du harcèlement à l'école. Et plein de choses ont été effectivement essayées, mais malheureusement ça ne marche pas. Et s'ils viennent d'ailleurs nous consulter, c'est parce que ça ne marche pas. Et quelque part on a un peu le dernier recours.
- Speaker #0
Oui parce qu'on se sent vraiment très démunis en fait quand... On déploie énormément d'énergie pour faire quelque chose et de se dire, voilà, j'essaie, je tente plein d'approches différentes pour effectivement que mon fils travaille, que mon manager me donne des infos ou que mon mari m'aide davantage dans les tâches ménagères, mais ça ne marche pas et au bout du compte, on se retrouve en fait avec cette question, maintenant je fais quoi ? Parce que j'ai tout essayé et je bloque.
- Speaker #1
Exactement, c'est tout à fait ça et c'est ce qu'on va vous expliquer aujourd'hui, c'est comment nous on fait quand on a quelqu'un qui vient avec toutes ces tentatives qui ont été mises en place et qui malheureusement n'ont pas fonctionné. Et qu'en plus on a quelqu'un qui est aussi prêt à nous écouter, parce que si on n'a pas l'impression d'avoir tout essayé, pourquoi j'aurais écouté un psy, un coach qui ne connaît pas plus ma vie que moi ? J'essaie d'abord moi-même et j'ai envie de dire, je vous encourage à essayer d'abord les choses qui vous viennent spontanément avant d'aller chercher des solutions ailleurs. Puisque normalement, on réalise que dans 90-90% des cas, ce qu'on met en place fonctionne en fait. Et donc effectivement, c'est important de se faire confiance quand même avant d'aller consulter.
- Speaker #0
Oui, et puis c'est vrai qu'effectivement, on a un rôle à jouer. On est acteur de sa vie et on est acteur de son changement. Et c'est ça aussi que le coach, le thérapeute va pouvoir mettre en avant. Voilà, parce qu'on essaye des choses et donc c'est très bien. Ça ne marche pas, mais il y a peut-être une autre approche. Et ça, c'est le nouveau regard. Ça, c'est le regard du coach, du thérapeute qui peut être apporté. C'est un peu comme quand on joue d'un instrument de musique, qu'on joue toujours la même partition et qu'on va essayer une fois au piano, une fois au violon et une fois à la guitare, mais qu'en fait, cette mélodie, on ne l'aime pas. Il faut peut-être changer de partition plutôt que de vouloir toujours changer d'instrument parce que cette mélodie, elle ne résonne pas, elle ne s'aime pas et peut-être qu'il est temps de changer de partition. Et ça, c'est le nouveau regard que nous, en tant que coach ou thérapeute, on va essayer d'apporter. Si on prend ce cas concret, par exemple, de la maman qui essaye que son fils travaille ou que son enfant travaille.
- Speaker #1
Effectivement, si on prend ce cas-là, qu'est-ce qu'une maman essaye ? Elle va d'abord essayer de lui expliquer que c'est important de travailler pour l'école. Elle va se fâcher, éventuellement, le punir. Elle peut aussi lui promettre une récompense. Une fois que tu as fait tes devoirs, tu auras le droit à une heure d'écran supplémentaire. Je ne sais pas. Il y a toutes sortes de possibilités de mobiliser les enfants. Et pour certains enfants, l'explication peut suffire. Pour d'autres, la sanction va fonctionner. Et pour d'autres, malheureusement, rien ne fonctionne. Et donc les parents ont l'impression d'être un peu au bout de leur possible à eux. Et donc effectivement, comme tu le disais très justement, quelque part, ils n'ont plus le recul pour trouver une autre manière de voir les choses. Et ils passent finalement toujours le même message à l'enfant. Et c'est un peu ça l'idée, nous, c'est d'aller voir comment on peut changer de message quand un message ne fonctionne pas. Parce que même si les comportements sont différents, donc sanctionner, par exemple, et promettre une récompense, les parents ont l'impression d'avoir tout essayé quand ils ont fait les deux, alors qu'en fait, ils passent le même message, qui est... Travail. Voilà, travail.
- Speaker #0
Et c'est ça, effectivement, le problème. Et quand on a le nez dedans, on ne se rend pas compte, effectivement. la maman qui vient nous voir et qui nous dit d'un côté j'ai essayé de le faire travailler je lui ai donné un timing bien précis entre 5 et 6 tu travailles ça ne marchait pas, du coup j'ai un peu lâché du laisse, j'ai dit ok tu peux travailler un peu plus tard le soir mais ça ne marche pas non plus alors hop je resserre la vis et donc là je passe à une étape supérieure j'ai dit si tu ne travailles pas tu n'iras pas voir ton copain tu n'iras pas au ciné, voilà le côté punition Entre ces deux approches, on a vraiment l'impression, fondamentalement, comme maman, de faire quelque chose de différent.
- Speaker #1
Et effectivement, nous, notre travail, ça va être de se dire, quel est le message envoyé par cette maman ? Donc, comme tu l'as dit, c'est travail, tu dois travailler. Et donc, nous, on va se dire, comment on peut envoyer un autre message ? Puisque, quelque part, si on observe la situation avec un peu de recul, ce qu'on a comme sentiment, c'est que quand la maman dit travail, et même, j'ai presque envie de dire, plus elle va dire, tu dois travailler, plus l'enfant se sent désinvesti ou déresponsabilisé vraiment de son travail. Il sait que maman sera derrière pour veiller à ce que le travail à un moment soit fait. Et finalement, du coup, j'ai envie de dire, c'est un peu peut-être fort de dire ça, mais lui peut s'en fiche. Puisque derrière est maman.
- Speaker #0
Pour récupérer.
- Speaker #1
Pour récupérer, pour quand même, à la limite même, on entend des parents qui disent, jusqu'à 11h du soir, finalement, je lui fais répéter son vocabulaire latin, ou j'ai fait des calculs avec lui, ou même, j'ai entendu encore récemment, j'ai fait le travail pour lui.
- Speaker #0
Oui, j'ai terminé sa présentation, pour qu'elle soit prête à temps. Exactement,
- Speaker #1
parce que je sais bien qu'il ne va pas s'y mettre. Mais inversement, la maman dit, comme je sais qu'il ne va pas s'y mettre, je le fais à sa place, mais l'enfant, lui, il est malin aussi. Et il sait bien que je n'ai pas le droit à m'y mettre parce que du coup, maman le fera à ma place. Et donc, on pourrait dire que plus la maman va le faire à sa place, moins il va s'y mettre. Et c'est un peu ces cercles vicieux-là qu'on va aller chercher. Et comme tu le disais, puisque c'est la maman qu'on a devant nous, on va essayer de voir comment la maman agit dans ce cercle vicieux. Qu'est-ce qu'elle met dedans ? Qu'est-ce qu'elle injecte comme comportement qui fait que l'enfant peut se permettre de ne pas s'y mettre, de ne pas travailler ? Si par exemple on repère que c'est parce qu'elle est toujours derrière et qu'elle assure le fait que ce soit fait, si c'est parce qu'elle fait à la place,
- Speaker #0
si c'est parce qu'elle l'invite à travailler en permanence, une autre approche peut être de dire « tu as décidé de ne pas travailler, je respecte ça, il va falloir assumer les conséquences derrière » . Mais c'est lâcher du lest, prendre du recul par rapport à la situation. Et évidemment, ce n'est pas évident du tout. Donc ça se travaille parce que changer comme ça du tout au tout et se dire je laisse peut-être mon enfant aller au casse-pipe, ce n'est pas forcément évident à faire.
- Speaker #1
Non, c'est d'ailleurs l'exemple qu'on a pris, c'est un exemple intéressant parce qu'il parle à beaucoup de personnes. On s'est tous retrouvés l'une fois ou l'autre avec un enfant qui refusait de travailler. Mais c'est vrai que les parents, j'ai envie de dire, sont les personnes qui ont à la fois le plus envie que ça se passe bien et en même temps qui ont du mal à lâcher et à responsabiliser parfois leur enfant. Parce que ça fait peur et qu'on veut tellement son bien qu'on a envie quand même que le travail soit fait au final. Or peut-être qu'en faisant ça, on va se retrouver finalement avec un enfant qui ne va pas s'y mettre tout de suite puisque lui va sans doute se dire, si je ne fais rien, maman va revenir à son ancien fonctionnement et donc va pallier, va faire à ma place. Et donc c'est vraiment important. Et c'est là qu'évidemment, voilà, ici un podcast, c'est intéressant probablement de l'entendre. Mais parfois pour des situations où c'est... C'est très difficile pour les parents, c'est intéressant d'être aidé aussi, accompagné au quotidien, coaché ?
- Speaker #0
Oui, parce que c'est tellement personnel. De toute façon, on ne peut pas faire de généralité. Et effectivement, pour s'en sortir, il faut voir le trait concret et ce qui ne fonctionne pas dans le quotidien de la personne qui a ce problème. On pourrait prendre aussi un autre exemple, le problème en entreprise avec ton patron qui est peut-être super exigeant. donné, on se retrouve complètement perdu, noyé avec toutes ces exigences. Là aussi, on peut avoir le sentiment d'avoir tout fait, d'avoir continuellement répondu à toutes les exigences de ce patron.
- Speaker #1
Plus je réponds à toutes ces exigences, plus il peut se permettre de m'en ajouter, de m'en mettre de nouvelles. Et finalement, parce que pour lui, ça devient normal que je sois un bon élève au travail, que du coup, il peut charger. Et plus j'accepte, plus il charge. Quelque part, c'est logique des deux points de vue. Mais du coup, on va voir avec la personne comment elle peut effectivement apprendre à mettre des limites alors et à envoyer un message différent. Puisque si on revient à notre idée de message de tout à l'heure, la maman, elle envoie à son enfant le message. Tu peux ne pas travailler, je m'occupe derrière, je rattrape derrière. Et l'employé, éventuellement avec son patron dans la situation dont tu parlais, il envoie le message. Vous pouvez charger, j'assure. Et donc, tant que ce message a été envoyé, il n'y a pas de raison que le patron ne charge pas. Et donc, c'est vrai qu'on va travailler à comment vous pouvez faire différemment. Et l'idée de ces podcasts, c'est vraiment en prenant des situations concrètes. Et donc, on vous encourage à mettre en commentaire des situations qui vous intéressent, d'entendre aborder ici. Et effectivement, c'est de pouvoir voir ensemble, mais qu'est-ce qui a déjà été essayé et comment, du coup, on peut réagir différemment, réagir autrement. Et on va même parler d'une réaction à 180 degrés. On va parler, d'ailleurs, c'est pour ça que virage s'appelle virage. C'est pour le virage à 180 degrés. C'est-à-dire que, puisque ce qu'on fait nourrit le problème, à partir du moment où on voit ça comme un cercle vicieux, c'est... En faisant l'inverse, j'ai envie de dire qu'on va être certain de ne plus rajouter des bûches sur le feu du problème.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est vrai que tu parles de virage à 180 degrés, ce qui n'est pas forcément évident pour la personne qu'on a en face de nous, d'en une fois faire les choses autrement. Ce n'est pas forcément évident pour la personne qui est noyée dans son problème et dans son quotidien, qui fait toujours un peu de la même chose. Même quand on s'arrête de faire quelque chose, en fait Très vite, on retombe quand même dans toujours ce même message qui est « je fais, je fais à la place de l'autre, je fais pour l'autre dans ce cas-ci » . Et donc, ce virage à 180 degrés est essentiel pour pouvoir, en fait, changer la relation, changer l'interaction qui est en cours avec la personne qui fait partie de notre problème, que ce soit l'enfant à qui on essaye de faire faire ses devoirs ou son patron trop exigeant. Si on ne change pas d'attitude et si on ne change pas à 180 degrés, quelque part… le mécanisme reste en place, le système reste en place. Des changements d'attitude à 180 degrés, ça peut aussi être des petites choses. Si on reprend le cas de la maman qui veut absolument que son fils travaille, un changement d'attitude dans son quotidien par rapport à son fils, à qui elle a toujours essayé d'envoyer le même message qui est travail, en menaçant, en conseillant, en aidant, eh bien elle peut éventuellement lâcher du lest. On dit alors à cette maman une piste possible, ce serait de dire, tu n'es pas obligé de travailler, moi je vais écrire un mot dans ton journal de classe, comme ça ton prof sait que tu n'as pas pu travailler aujourd'hui, j'écris ce mot. Et donc je fais mon travail de maman parce que quelque part, j'ai soutenu mon enfant dans sa démarche. On ne sait pas au final si l'enfant va travailler ou pas travailler, on ne sait pas quel résultat va être obtenu, mais en tout cas... Le message et l'interaction avec l'enfant aura changé, et donc quelque chose peut changer. Et c'est ça qu'on va essayer d'explorer aussi, parce qu'on fait des petites tentatives, on donne des petites missions comme ça à la personne qu'on a en face de nous.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc ça, il faut le savoir. C'est vrai que les personnes qui viennent nous suivre, un peu comme on va donner des pistes dans ces podcasts, des pistes concrètes, repartent avec des choses concrètes, des expériences à vivre, différentes par rapport à ce qu'ils font d'habitude. Et donc effectivement ici, ça pourrait être de responsabiliser son enfant en ne prenant pas sur soi comme maman le fait de le faire travailler, en disant voilà, tu as décidé de ne pas travailler, tu assumes en gros. Mais d'une manière, évidemment, j'ai envie de dire, enfin je le dis souvent, écologique pour la relation, c'est-à-dire pas en lui disant tu ne veux pas travailler, tant pis pour toi, c'est vraiment ok, je respecte ta position, mais moi je n'ai pas envie qu'on croie que je n'ai pas fait mon job quelque part. et donc je la renvoie à ton professeur et tu t'arrangeras avec lui. Et donc, il est face à sa responsabilité. Bien évidemment, ça, c'est pour des situations où ça arrive ponctuellement, que l'enfant ne travaille pas, etc. C'est sûr que si ça fait huit ans qu'il y a des crochets au niveau scolaire, on ne va pas vous résoudre ça, malheureusement, dans un podcast. Mais voilà, ça peut aider dans certaines situations. Après, voilà, il faut que ça parle à la personne, ça doit être logique pour elle, quelque part, d'accepter de faire ce changement à 180 degrés. C'est ce qu'on travaille dans les accompagnements.
- Speaker #0
Et ça doit être logique pour elle, ça veut dire aussi que ça doit coller à sa réalité, à sa vision du monde. Tout à fait. Et ça, c'est justement l'objet du prochain podcast. Donc, on vous fixe rendez-vous la semaine prochaine pour aborder ce côté-là, la vision du monde, qu'est-ce qui m'entoure, qu'est-ce qui fait la personne que je suis.
- Speaker #1
Tout à fait. Voilà, donc on vous fixe rendez-vous dès la semaine prochaine. La semaine prochaine. Pour ne rien rater des épisodes de Virage, vous pouvez vous abonner et également nous suivre sur le compte Instagram de Virage.