- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à tous dans le podcast de Virage. Je m'appelle Valentin Dechaud et comme chaque semaine je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Nicolas, prénom d'emprunt. Nicolas a 15 ans et il mange pour compenser.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de celle de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, tu as reçu Nicolas, 15 ans, adolescent donc, qui à la base venait parce qu'il avait tendance à manger beaucoup pour affronter à sa manière un cas de harcèlement scolaire.
- Speaker #1
Oui, complètement. Et donc ça n'arrangeait évidemment pas les choses parce qu'il prenait du poids et du coup les moqueries, etc. se développaient plutôt davantage. Alors... Nicolas, je l'ai vu plusieurs fois autour du harcèlement scolaire, le harcèlement s'est apaisé, donc ce n'est pas le sujet ici, mais malheureusement la prise de poids faisait que sa maman surtout était inquiète. Et c'est là déjà la première chose à peut-être relever, c'est que Nicolas, ça ne lui posait pas de problème au fait. Autant le harcèlement lui posait un vrai problème, une vraie souffrance, etc. Autant la prise de poids, à partir du moment où le harcèlement s'était calmé, qu'il savait comment répondre et qu'il se sentait outillé, et finalement, comme il se sentait outillé, parce que c'est souvent le cas avec le harcèlement, le harcèlement s'apaise, il ne voyait pas trop, il n'avait pas trop envie de se priver, etc. Et donc, il continue à manger, alors pas forcément pour compenser, mais normalement. Or, comme il est en surpoids, sa maman continue à s'inquiéter de ça.
- Speaker #0
Donc, tu n'as pas de problème parce qu'il mange par plaisir ?
- Speaker #1
Voilà, il mange par plaisir.
- Speaker #0
Ce serait demandeuse, ce serait plutôt sa maman.
- Speaker #1
Exactement, la maman qui est inquiète, qui s'ennuie que déjà à 15 ans, il soit en surpoids, etc. Alors que lui, il ne s'en soucie pas trop, il n'a pas vraiment de problème avec ça à partir du moment où le harcèlement a disparu. Et donc, la maman, effectivement, je commence à la voir. Donc, en fait, ce que j'ai fait, c'est que d'abord, j'ai dû avoir l'accord de Nicolas, c'était important de la voir, sur le fait de voir sa maman en disant, voilà, moi, je ne vais pas te voir. on va commencer à travailler ensemble sur le fait de maigrir ou quoi que ce soit, si pour toi ce n'est pas un problème, mais ta maman t'inquiète, et donc est-ce que tu préfères que j'envoie chez quelqu'un d'autre, ou bien je la vois, elle, pour lui demander de te lâcher un peu par rapport à cette prise de poids, etc., puisque lui, à la limite, son problème, c'était plus sa maman sur son dos que le poids en lui-même. Et donc il était OK, parce que sinon je renvoyais la maman chez quelqu'un d'autre. Je ne le fais pas systématiquement, parce que pour les ados, Je trouve que j'ai eu leur confidence, etc. Et donc, c'est important. Je suis leur thérapeute, a priori. Mais là, lui, c'était OK pour lui. C'était bon pour nous.
- Speaker #0
En sachant que tout ce qui s'est dit entre Nicolas et toi reste confidentiel. Exactement. On s'accepte de voir sa maman. Rien de ce qui a été dit précédemment n'est partagé.
- Speaker #1
Et ça, je le lui dis, bien évidemment. Et donc, il me faisait suffisamment confiance, j'ai envie de dire, pour dire OK, du coup, vois maman. Parce que ça aurait pu... qu'ils se disent quand même, je préfère que non. Et je réflexe. C'est pour ça que c'est important pour moi que lui décide ça. Après, je vois la maman. Et pour la maman, effectivement, il y a un problème. Et donc, comme il y a un problème, elle tente des solutions. Et donc là, pour moi, j'ai quelqu'un qui est demandeur d'un changement et qui essaye de faire des choses. Donc, c'est un critère pour pouvoir travailler quelque part avec elle. en coaching parental, on pourrait dire, parce que ce n'est pas de la thérapie, la maman n'est pas malade, et ce qu'elle fait est logique, et plein de mamans le feraient, et ça aurait pu marcher. Je dirais que ça, c'est important, c'est de se dire que souvent, ce que les gens essayent, ce sont plutôt des bonnes idées, a priori, sauf qu'avec Nicolas, ça ne marche pas du tout. La maman a l'impression que plus elle essaye de contrôler son alimentation, plus il mange des crasses, plus il le fait en cachette, parce qu'elle est retombée. sur des emballages de Twix dans son sac, enfin bref. Et plus elle fouille, et plus elle se fâche, et plus en fait il a une pression, et donc voilà, on se retrouve dans une espèce de cercle vicieux, où la maman contrôle, la maman tente de l'imiter, la maman lui envoie le message « tu dois manger moins » , et en fait ce message « tu dois manger moins » ne l'aide pas du tout à manger moins, peut-être même que du contraire, la maman me dit « je me demande même si c'est pas pire, parce qu'il mange en cachette, c'est possible » .
- Speaker #0
mais en tout cas ce qui est sûr c'est que ça marche pas et donc on va imaginer qu'en plus à côté de ça ça pourrait je sais pas si c'est le cas ici mais ça pourrait dégrader les relations entre l'ado et sa maman
- Speaker #1
complètement, complètement, là lui il m'avait dit quand même que ça le gavait, c'est le cas de le dire, mais la maman ne me disait pas que c'était un conflit tout le temps, elle disait oui de temps en temps il s'énerve parce que je tombe sur l'emballage de Twix, moi je ne sais pas m'empêcher, je ne peux pas m'empêcher de lui faire une remarque et de lui dire, et donc là évidemment il lui dit lâche-moi, te mêle-toi de ta vie etc. Donc effectivement, c'est tout à fait un point important, c'est que ça dégrade la relation. Et comme je le dis souvent aux parents, plus la relation se dégrade, moins ils risquent d'avoir un impact sur leur enfant, sur leur ado, puisque c'est ici le cas d'un adolescent. Et donc finalement, le premier truc à soigner, c'est la relation. Donc ça, c'est vrai que c'est important de le souligner, quand on est parent, de prendre conscience qu'en fait, on perd encore plus. de possibilité de contrôler une situation qu'on ne contrôle déjà pas tellement en habillant la relation avec son enfant. Et donc, avec cette maman, en fait, on a travaillé sur le fait, d'abord, de sa possibilité de faire changer un ado qui trouve que lui sait bien comment il mange, de le faire manger moins. En fait, la prise qu'elle a est assez limitée, donc elle a pris conscience quand même. du fait qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait, et même plus elle en faisait, et même peut-être plus il mangeait, et que donc il était mieux pour elle de moins s'en mêler, et de lui dire même, donc on a travaillé jusqu'à ce qu'elle puisse lui dire, écoute voilà, moi tu sais, je trouve que tu manges trop de sucré, etc., mais en même temps, c'est ton corps, je lâche. Et donc en fait c'est vraiment là-dessus qu'on a travaillé avec la maman, ce qui en fait amène dans tous les cas à préserver la relation. ce qui est, comme je le disais tout à l'heure, une priorité, et qui, dans un deuxième temps, permet aussi à l'ado d'être vraiment responsabilisé. Parce qu'en fait, c'est plus facile de manger quand on sait qu'on a maman derrière qui fait attention à quand même qu'on mange pas trop, que si on n'a plus personne derrière qui fait attention.
- Speaker #0
C'est le responsabiliser, lui.
- Speaker #1
Oui, le responsabiliser, lui.
- Speaker #0
J'ai une question par rapport à l'approche que tu as travaillée avec la maman. On l'amène à faire exactement l'inverse de ce qu'elle faisait avant. Comme tu l'as dit, il y a une logique derrière la volonté d'empêcher son gamin de manger des crasses et des friandises. Comment est-ce que tu travailles ce changement ? On imagine que c'est extrêmement difficile pour un parent, quel qu'il soit, d'arriver et de dire, tu sais quoi, c'est bon, en fait, je lâche. Et on imagine aussi que la tentation de contrôle revient régulièrement. Comment est-ce qu'on arrive à encadrer ou à faciliter, en tout cas, cette transition qui est difficile ?
- Speaker #1
En fait, en faisant un peu ce que j'ai essayé d'expliquer maintenant dans l'épisode, le début de l'épisode, en lui faisant prendre conscience que, un, ça ne marche pas, voire il mange plus, ça, voilà, je ne peux pas. Mais dans tous les cas, donc on peut dire qu'en tout cas ça ne marche pas, peut-être il mange plus, et la relation se dégrade. Et donc le risque, alors là, la relation n'était pas tout à fait dégradée, on n'en est pas là, mais quand même, la maman sentait bien qu'elle l'agacait à chaque fois, et du coup, ce que j'explique aux parents… Et c'est une réalité, c'est que l'ado pourrait se retrouver à manger juste pour l'emmerder, si on peut dire, à partir du moment où elle est sur son dos et qu'elle le gave, pour le dire gentiment. Et donc, en fait, c'est vraiment important pour les parents de se rendre compte que dans le combat avec un ado, on perd toujours comme parent parce que l'ado est prêt à se mettre, lui, en danger pour gagner. Donc, quand il s'agisse de l'obligé à aller à l'école, etc., lui sera prêt à ne plus y aller juste pour nous embêter s'il a compris que c'était un moteur pour nous embêter et que nous, on l'embête. Sinon, les ados ne sont pas là pour essayer d'ennuyer les parents. Et quand on parle de crise d'adolescence, moi, je ne suis pas très convaincue par le fait que ce sont les ados qui ont une crise. Je pense que c'est la confrontation entre deux générations qui fait crise et de la manière dont… Voilà, crise partagée, responsabilité partagée dans la crise, en tout cas. Et que donc, c'est ma vision systémique des choses. Évidemment, je vois une interaction qui, à un moment donné, part en vrille un peu. Alors, on va dire, mon adolescent fait une crise parce qu'il s'oppose. Mais en fait, il s'oppose quelque part parce qu'il a en face de lui quelqu'un qui veut lui imposer un truc à un âge où il commence à vouloir faire des choses seul. Et donc, il décide des choses seul, etc. Et ce qui n'est pas facile, évidemment, à cet âge-là, c'est qu'à la fois, il veut le faire seul. Et à la fois, quand on les responsabilise, Là, il y a un petit côté où là, il va falloir vraiment que je sois seule. C'est quand même confortable d'avoir maman qui me recadre tout le temps. Mais du coup, ça me permet d'essayer de sortir du cadre tout le temps.
- Speaker #0
Donc, dans ce cas-ci, on a responsabilisé, tu as fait un travail pour responsabiliser Nicolas via sa maman.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et ça a effectivement eu un effet où, en fait, de lui-même, quelque part, il s'est un petit peu plus pris en main ?
- Speaker #1
Non. Non. Alors, la relation a été meilleure entre eux, mais il n'a pas maigri. Il n'a pas grossi, il a plus grossi, mais il n'a pas maigri. Et c'est drôle que tu me poses la question, que c'est pas plus tard qu'à seulement 18 ans, parce que c'est une situation un peu ancienne, qu'il a pris un sport, enfin voilà, il a commencé à faire du vélo et ça l'a intéressé. Et là-dedans, il n'est pas devenu tout d'un coup fit et en train de se dire prise de conscience. Mais en tout cas, la relation s'est apaisée et de toute manière, malheureusement pour la maman, en contrôlant, elle n'y arrivait pas. Et ça, ça ne s'est pas aggravé. Donc ça, pour la maman, c'était aidant pour ne pas vouloir reprendre le contrôle. C'est que c'était plus aidant. Et en fait, c'est...
- Speaker #0
C'est vraiment de faire un lien de confiance entre une maman et son fils qui, du coup, peut vivre les choses à son rythme.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Et dont ses envies à lui et qui, de toute façon, dans ce cas-ci, à un moment, voilà, a passé à une étape autre de sa vie qui a facilité tout le cercle, toute la relation. C'est ça.
- Speaker #1
Il y a aussi avec la maman une forme de deuil à faire aussi, de peut-être l'ado idéal ou l'enfant idéal qu'on voudrait, qu'il soit sportif, ceci, cela. Et voilà, son fils ne correspondait pas à tous ces clichés-là, qui étaient peut-être ses attentes. Et donc ça, c'était aussi un renoncement quand même à travailler. Et donc ça, c'est important aussi parfois de se dire, c'est quoi un ado idéal pour vous ? Moi, ce que je fais faire aux mamans, je leur fais faire une liste de c'est quoi l'ado idéal. et ça c'est le travail qu'elles font, elles reviennent avec et je dis maintenant on va barrer tout ce à quoi vous allez devoir renoncer avec un vrai ado c'est vraiment travailler aussi au niveau de ce deuil pour être capable de lâcher prise en fait.
- Speaker #0
Merci Marina
- Speaker #1
Merci de votre écoute, ça nous encourage de voir le nombre d'écoutes qui augmente de semaine en semaine, donc nous vous remercions du fond du coeur et nous espérons vous retrouver très bientôt