- Speaker #0
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant et ça se fait parfois à contre-courant. Si face à un problème, quel qu'il soit, vous vous êtes déjà dit, j'ai tout essayé, rien ne va, je ne sais plus quoi faire, alors vous êtes... au bon endroit.
- Speaker #1
Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de celle de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève.
- Speaker #0
Et je suis Peggy Van Lierde, chef d'entreprise, journaliste et coach en développement personnel.
- Speaker #1
Ensemble, nous vous proposons des réflexions pour avancer autrement.
- Speaker #0
Petite suggestion reçue d'une auditrice. Et donc, on va consacrer le sujet du jour à cette suggestion. Les personnes qui anticipent tout le temps. Et à force de tout anticiper, se déconnectent finalement de l'instant présent.
- Speaker #1
Ils ne profitent pas vraiment de l'instant présent, ils anticipent les choses. Ils sont tout le temps par en avant dans l'avenir.
- Speaker #0
On va nuancer ce contexte parce qu'il nous paraît intéressant de se positionner à la fois à la place de cette personne qui anticipe tout le temps, mais aussi de se positionner à la place de l'entourage, la personne qui est proche de celle qui anticipe tout le temps. Parce que la première question à se poser et qu'on pose souvent en thérapie brève, c'est est-ce que c'est un problème ?
- Speaker #1
C'est ça. Est-ce que la personne souffre de ça ? Parce que c'est vrai que la personne qui nous en a parlé nous a dit c'est pas pour moi, c'est parce que je connais quelqu'un qui, et j'aimerais l'aider quelque part. Enfin, c'était en tout cas sous-entendu, j'aimerais l'aider. Et donc la question effectivement est de se dire, la personne qui, elle, anticipe, pour certaines personnes en tout cas, c'est une ressource d'anticiper. Parce que ça permet de prévoir, de se rassurer par rapport à l'avenir, etc. Et donc, je vis mieux mon instant présent parce que je suis rassurée sur les jours à venir, les semaines à venir, en fonction de l'anticipation, les mois à venir. Et je ne pourrais pas profiter de l'instant présent, de toute façon, si je n'étais pas avec une réassurance, avec des réponses hypothétiques, puisque c'est l'avenir, mais à ce qui va se passer, etc. Donc, je pense que ça, c'est vraiment important. Effectivement, comme tu le dis, c'est de distinguer. Est-ce que vraiment la personne en souffre ? Ou est-ce que ça saoule un peu l'entourage ? Parce qu'au lieu de profiter de l'instant présent, j'invente mon mari, constamment en train de se dire « Oui, mais s'il se passe ça, s'il se passe ça... » Et donc, moi, ça me gonfle. Mais en fait, lui, ça lui va. Parce que lui, en fait, s'il ne pouvait pas se poser ces questions-là, alors il souffrirait vraiment et il serait mal dans son instant présent aussi. Et donc, c'est différent, évidemment. Et donc, j'ai envie de dire, si c'est l'entourage, il y a plutôt un travail à faire. D'accepter la personne comme elle fonctionne, et de pouvoir, plutôt que d'essayer de lui dire, mais soit ici et maintenant, ce qui en général ne fonctionne évidemment pas très bien, c'est de pouvoir lui dire, ok, vis les choses comme toi tu as envie de les vivre, et moi, simplement, on peut imaginer de dire, ben écoute, ces questions-là, garde-les dans ta tête, moi ne viens pas, parce que moi je profite là maintenant, je ne sais pas moi, de la soirée, je n'ai pas envie de parler de la semaine prochaine, du week-end prochain, ou alors on... On choisit des moments où on va en parler. Pour le reste, je te laisse toi gérer ces questions qui sont dans ta tête, qui sont importantes pour toi. Et donc, je pense qu'il y a vraiment cette idée de pouvoir se dire, finalement, je peux respecter. Si l'autre ne souffre pas de ça, et c'est important peut-être d'aller le vérifier si on est agacé, alors à ce moment-là, se dire, ok, alors je respecte, si je l'aime, quelque part, je le prends comme il l'est, comme on prend, je ne sais pas moi, quelqu'un qui marche très lentement à côté de nous, mais on va s'adapter, enfin voilà. S'adapter et accepter la personne comment elle est, et peut-être trouver des modus vivendi qui permettent que ça soit un peu moins pénible pour moi, mais qu'en même temps je ne sois pas en train d'essayer de lui montrer qu'il faut penser comme moi. Parce que ça, ce n'est vraiment pas du tout ce qu'on veut travailler avec cette approche-ci. C'est vraiment de se dire, chacun a un fonctionnement qui soit le rend heureux, Et à ce moment-là, on le respecte, soit effectivement, et là on va passer un peu à l'autre perspective, le fait souffrir.
- Speaker #0
Parce qu'effectivement, une personne qui anticipe pourrait se retrouver aussi dans un mal-être, parce que cette anticipation devient problématique, source de préoccupations, source de stress, anxiogène, etc. Et que donc finalement, l'instant présent devient quelque chose de terrible, de source de souffrance, parce qu'en fait,
- Speaker #1
on ne vit plus du tout. Parce que je suis tout le temps en train de me poser mille questions sur comment ça va être demain, comment je vais gérer ça, est-ce que je vais être capable de, etc. Et donc, effectivement, à ce moment-là, ça, c'est un problème. Et j'ai envie de dire là, on a envie du coup de donner des pistes aussi pour des personnes qui nous écouteraient et qui se diraient, en fait, c'est tout à fait moi et ça ne me va pas. Parce que de nouveau, c'est tout à fait moi, mais ça me va bien. Donc, si la personne se dit, ça ne me va pas. La première question, c'est de voir comment elle a pu essayer déjà, peut-être, de changer ce fonctionnement. Puisque si le fonctionnement ne lui convient pas, en général, on essaie de changer un fonctionnement qui ne nous convient pas. Et là, il y a plusieurs possibilités. En fait, peut-être que la personne essaie de chasser ces questions pour essayer de s'efforcer d'être dans l'instant présent. Et malheureusement, si la personne en souffre encore, c'est que les questions reviennent. C'est qu'en les chassant, en fait, ça ne fonctionne pas. et que donc elle se retrouve avec une double peine, j'ai envie de dire, non seulement il y a des questions qui viennent et c'est déjà pas agréable parce que c'est anxiogène, mais en plus elle lutte contre et échoue, donc en fait c'est deux fois plus envahissant presque. Et donc dans ce cas-là, j'aurais tendance à proposer à la personne de peut-être prendre des rendez-vous avec ces questions et se donner un moment où je prends le temps d'anticiper, de me dire voilà. Après on va voir sur le contenu des questions aussi qu'il y a différents types de questions. Je prends le temps d'anticiper et d'essayer de trouver des pistes de réponse à ces questions qui me satisfont. Et ça me permet du coup de me dire, si je prends une demi-heure par jour ou une heure par jour, je prends un rendez-vous vraiment avec mes questions, le reste du temps, je peux renvoyer les questions à ce moment-là de la journée. Donc ça, c'est une possibilité si on a tendance à essayer de chasser ces questions, cette anticipation en se disant, il faut que je profite de l'instant présent. En fait, il vaut mieux se dire, non, je ne vais pas les chasser, je vais leur donner un moment, vraiment d'horreur. dédié un moment et je vais pouvoir du coup me dire à chaque instant présent, il y a l'instant présent aussi pour les questions. Donc je les renvoie à 18h le soir si je me dis que c'est à 18h que j'ai cette disponibilité. Ça c'est une première possibilité. Une autre possibilité c'est d'avoir des personnes qui ne vont pas les chasser mais vont commencer à réfléchir à la question etc. Ils se disent ça me prend la tête, un peu le hamster qui court dans sa roue.
- Speaker #0
À ruminer quoi.
- Speaker #1
Voilà c'est ça. Donc ils se retrouvent à ruminer. Et donc, à ce moment-là, j'aurais envie de dire, ça va être important de peut-être se dire, ok, je ne peux pas vraiment, peut-être même ces personnes-là ont essayé de les chasser, n'ont pas réussi et se retrouvent à finalement rentrer, tomber dans le truc où j'essaye de contrôler mon avenir, parce que parfois c'est un peu ça, c'est d'essayer d'avoir des réponses sur des questions qui portent sur l'avenir. Et donc, ce sont des questions évidemment où il n'y a pas forcément une réponse. Et donc, ça va être important de distinguer. et ce que Par exemple, si je me pose la question, je pense à ma fille qui anticipe beaucoup et qui est très organisée, qui va dire par exemple, qu'est-ce que je vais faire à manger vendredi soir, il y a des amis, etc. Et elle, une semaine avant, va déjà anticiper ce qu'elle pourrait faire, etc. Ce qui n'est pas mon cas par exemple, mais voilà, c'est une question où il y a une réponse possible. Donc elle va pouvoir faire son choix de menu. Elle peut faire son choix de menu une semaine avant, finalement, le faire une semaine avant ou le jour même, ce qui va plutôt être mon cas. Il n'y a pas un qui est mieux ou moins bien. Enfin, c'est peut-être même mieux une semaine avant, je dirais, parce qu'au moins, il y a... Il y a le temps de pourvenir et d'adapter s'il manque des ingrédients au magasin, par exemple. Et donc, effectivement, ça, j'ai envie de dire, c'est une bonne chose. C'est une anticipation qui va être aidante. Même si certaines personnes peuvent en souffrir. C'est-à-dire, pourquoi est-ce que je me prends la tête une semaine avant ? Ça m'énerve, ça vient. Et en même temps, je pense qu'une fois que ce sera traité, le point, justement, est traité. Donc, il va pouvoir être dans la colonne de ce qui ne revient plus dans ma tête. Et donc, chasser ce genre de questions, les faire revenir, autant à ce moment-là les traiter. Par contre, il y a des questions qui vont être de l'ordre de « Ah, j'ai ce dîner vendredi soir, comment est-ce que ça va se passer ? Est-ce que j'ai invité machin et machin ? Est-ce qu'ils vont s'entendre ? » Ça, ce sont des questions, malheureusement, auxquelles il n'y a pas de réponse une semaine avant, il n'y a pas de réponse un mois avant, il n'y a pas de réponse la veille, il y a une réponse juste le jour même. Au moment où on le vit, quoi. Voilà, au moment où on le vit, exactement. Et donc là c'est vrai qu'en se posant ces questions à l'avance, On se pourrit un peu l'esprit, on se torture, et puis en plus on va commencer à développer. Donc ça veut dire que je vais me dire, est-ce que Paul et Jacques vont s'entendre ? Et en me posant cette question-là, bien évidemment je n'ai pas de réponse, je commence. et réfléchir et du coup je vais me dire oui mais oui parce que Paul quand même il est parfois un peu trop comme si oui mais enfin en même temps Jacques sait se défendre ou au contraire et donc je vais commencer à développer et j'ai comme si une question on ouvrait parce que comme évidemment il n'y a pas de réponse on est dans des hypothèses et c'est un peu infini et donc la personne se met dans une situation un peu de torture mentale infinie et là j'aurais envie de dire si vous souffrez de ça si vous voyez que vous faites des scénarios qui n'ont pas de fin parce que vous Dans chaque scénario, soit ils vont s'entendre, ils ne vont pas s'entendre, s'ils ne s'entendent pas, ce sera comme ça et ça pourrait se passer. Et puis il y en a un qui pourrait partir au milieu de la soirée, non, quand même, ils me le diront après ou ils ne me le diront pas et je ne le saurais peut-être jamais, c'est infini. À ce moment-là, ça va valoir la peine de réapprendre à notre esprit à couper, pour ne pas aller chercher des réponses qui n'existent pas là aujourd'hui, à l'instant présent justement. Et donc, pouvoir se dire et repérer en fait quand on rentre. dans ce type de questionnement infini, enfin, ce type d'essai de réponse infini. Et donc, je pense que c'est vraiment important, pour vous qui, éventuellement, anticipez comme ça et avez l'impression de vous prendre la tête, de pouvoir repérer est-ce que ce sont des sujets finis, où il y a une réponse, mon repas de vendredi soir, voilà, je peux faire entrer un plat dessert, un apéro, enfin, je peux anticiper, mais ça va être fini à un moment donné, ou bien c'est gargantuesque. Mais, Et par rapport à une réponse où on est sur des scénarios, des possibles. Est-ce que si je parle à un tel, il va me répondre gentiment ? Et donc, on est en train d'essayer de contrôler un avenir qui n'est pas contrôlable. Et donc, à ce moment-là, il va falloir se rééduquer, réapprendre de nouveaux réflexes. Parce que souvent, quand on a commencé à fonctionner comme ça, on est dans le réflexe de la prise de tête. Et donc, on commence à y réfléchir, on parle, on ne se rend même plus compte. Sauf qu'après, on se dit... Je n'ai pas profité du tout de cette soirée avec mon compagnon parce que j'étais en train de penser toute la soirée à ce dîner de vendredi. Et même, en plus, j'en ai parlé tout le temps à mon compagnon, et ça a pourri la soirée. Ça peut aussi lui essayer de me rassurer, lui essayer de me dire « mais si, Jacques va s'entendre, si ça » . Mais je sais bien que... Et donc, en fait, on est dans vraiment la prise de tête. Et donc, je pense que là, c'est vraiment important de pouvoir classer les deux types de questions et de pouvoir se dire « je coupe » . Quand on est dans la question où il n'y a pas de réponse aujourd'hui, et pouvoir se dire, est-ce qu'il y a une réponse quelque part aujourd'hui ? Est-ce qu'elle est écrite quelque part ? Est-ce que quelqu'un a cette réponse ? Et quand on se rend compte que non, normalement il ne faut plus. Ça ne sert à rien d'y réfléchir, c'est juste de la logique. Alors ce n'est pas pour ça que c'est si simple, bien évidemment. Mais donc c'est vraiment en réapprenant le réflexe de couper, que, en tout cas moi j'ai pas mal de patients qui disent après, mais il faut vraiment s'y atteler de manière très régulière, qui disent vraiment, voilà, j'ai appris vraiment et maintenant je sais. je peux repérer une question qui n'a pas de réponse et je me dis, il n'y a pas de réponse, arrête, stop. Au début même, je conseillerais de les écrire, on pourrait faire deux colonnes, déjà d'écrire même, les questions qui me prennent la tête quand j'anticipe, est-ce que c'est une question où il y a une réponse, ou est-ce que c'est une question où il n'y en a pas, et puis de se dire, quand il n'y en a pas, stop. Et quand il y en a, je peux y répondre maintenant, ou bien je me programme de penser à mon dîner lundi soir, parce que c'est la veille des courses, chacun fait comme il veut. Mais en tout cas, aller chercher les questions. des réponses pour des questions qui n'en ont pas, on se retrouve dans quelque chose, effectivement, qui est de l'ordre de bousiller l'instant présent, puisqu'en plus, je suis en échec, donc ce n'est pas très agréable.
- Speaker #0
Avec ces quelques pistes pour mieux anticiper, ou en tout cas, mieux dans le sens plus qualitatif, dans l'anticipation, après, il y a le deuxième volet, je dirais, lié à ce sujet-là, qui est profiter de l'instant présent. Parce que ce n'est pas parce que... On va réussir à trier ces questions, qu'on va peut-être laisser de côté les questions qui n'ont pas de réponse, mais qu'on va forcément profiter de l'instant présent.
- Speaker #1
Tout à fait. Profiter de l'instant présent, j'ai envie de dire, c'est comme avoir faim, ça ne se choisit pas. Donc en fait, c'est quelque chose qui nous vient, soit on profite, soit on ne profite pas. Donc c'est vrai qu'on peut enlever des espèces de saboteurs de l'instant présent, comme cette anticipation. Après, peut-être que du coup, je profiterai, et puis une autre fois, je ne profiterai pas. Et ce n'est pas pour ça qu'évidemment, je vais être du coup la personne la plus zen du monde. à profiter de chaque instant présent. Et je pense que c'est un sujet qu'on avait déjà d'ailleurs abordé. C'est malheureusement pas quelque chose à quoi on peut s'obliger, à quoi on peut s'efforcer, parce que plus je vais me dire je dois profiter, plus je risque de ne pas profiter, parce que je suis en train de m'efforcer à quelque chose qui n'est pas très agréable. Et voilà, du coup, oui, exactement, plus du tout spontané. Et donc, quelque part, l'instant présent, c'est quelque chose qui émerge et où, voilà, on peut être à certains moments, et même dans des situations très similaires, ou... Voilà, je reprends l'exemple, je mange avec mon compagnon, j'ai une chouette soirée et j'en profite. Et puis une autre fois, je mange avec mon compagnon, j'ai une chouette soirée, mais j'en profite pas parce que je me tracasse pour l'avenir moi aussi, parce que simplement je repense à un événement de la journée, et puis le dîner est terminé, j'aime bien, c'est dommage, en fait, on est déjà le soir. Enfin voilà, je n'y ai pas. Et donc l'instant présent, c'est un peu un cadeau en fait, l'instant présent. Après, oui, il y a des moyens en fait de se recentrer dessus, en se recentrant sur son corps, dans ses sensations. on s'encran dans le sol mais en même temps je pense que malheureusement c'est vraiment quelque chose qui est tellement de l'ordre du spontané qu'il n'y a pas beaucoup de conseils à donner et j'ai même peur parfois d'entendre des conseils de respiration mais parfois je trouve que c'est compliqué de se dire ou de lâcher prise mais se dire je dois lâcher prise on est déjà plus dans le lâcher prise et donc malheureusement c'est quelque chose qui vient spontanément et je pense que on aime mieux d'enlever les saboteurs pour avoir plus d'occasion d'en profiter que de s'injoncter, si on peut dire ça comme ça, le fait d'en profiter. Vous pouvez aussi nous suivre sur Instagram, sur la page Virage Psychologie, et ça vous donne l'occasion de mettre des commentaires et de nous proposer de nouveaux sujets.