- Speaker #0
Bonjour Bruno.
- Speaker #1
Bonjour Marina.
- Speaker #0
Alors, on se retrouve aujourd'hui pour parler des perfectionnistes au travail. Alors voilà, il y en a un paquet, j'ai envie de dire. Et il y a du bon, il y a du moins bon dans le perfectionnisme. Alors, on est de nouveau, enfin un peu comme les autres fois, la question c'est qui souffre, est-ce que quelqu'un souffre Si personne ne souffre de la situation, finalement, que le perfectionniste soit perfectionniste.
- Speaker #1
Tu fais bien de préciser, parce qu'on a déjà plusieurs fois dit qu'il ne s'agit pas de... de faire la leçon à qui que ce soit, il ne s'agit pas de commencer à vouloir changer les gens malgré eux. Exactement, donc voilà, respectons les genres, mais voyons ce qui est, quand le perfectionnisme se transforme en souffrance, en difficulté majeure, soit pour la personne, soit pour l'entourage de la personne, ça devient un problème et c'est assez fréquent dans l'entreprise.
- Speaker #0
Oui, voilà, c'est ça. Et donc, si on prend d'abord peut-être pour la personne et puis on va pour l'entourage, on peut faire comme ça, alors pour la personne elle-même, évidemment… ça va générer une forme d'épuisement, d'insatisfaction, peut-être pas permanente, mais souvent parce que soit je fais très très bien ma tâche, donc je suis satisfait, mais ça m'empêche de faire toutes mes tâches, donc je suis frustré de ne pas arriver au bout de ce que je veux faire, soit je fais moins bien pour les faire toutes, mais je suis insatisfait parce que je les fais moins bien et que je vise la perfection finalement.
- Speaker #1
Voilà, c'est les quatre figures où la perfectionniste est, comme tu dis, frustrée par... Et ce côté, justement, jusqu'au boutiste est allé, comme moi j'ai connu, des personnes perfectionnistes qui décortiquaient, par exemple, une tâche en 60, 65, 70 sous-tâches. Et donc là, il y avait vraiment un canevas à respecter, même pour une prise de commande qui allait depuis la commande finisseur jusqu'à la livraison chez le client. Mais tout, tout, tout était détaillé dans les contrôles laboratoires, etc. On se dit, OK, c'est bien, mais ce n'est pas utile d'aller aussi loin. Et surtout, si chaque commande doit passer par là, on n'avance pas au rythme. Donc, la personne, effectivement, en souffre elle-même aussi parce qu'on va bypasser certaines des tâches qu'elle a mises en place. Alors, elle en souffre. En même temps, revenons aussi sur le positif. N'oublions jamais que ça peut apporter dans des entreprises un cadre très utile. Les perfectionnistes, ils sont souvent des gens, je l'insiste, très utile, mais il faut évidemment savoir doser le perfectionnisme parce que la notion d'efficacité dans une entreprise est importante. Surtout, les PME qui doivent être réactifs, qui doivent être capables de répondre rapidement à une demande, on ne peut pas aller dans l'hyper détail parce que sinon c'est contre-productif.
- Speaker #0
Et quand je t'entends, je me dis, une des premières pistes pour le perfectionniste c'est peut-être de trouver aussi un lieu de travail où son perfectionnisme est reconnu, validé. et encouragé, plutôt que se retrouver dans un lieu de travail où l'efficacité est tellement prioritaire que son perfectionnisme va être un poids. Et donc, il va en souffrir parce qu'il va devoir tout le temps outrepasser des détails, des tâches, des étapes et donc être en frustration tout le temps, alors que peut-être que s'il est dans la conception de process pour... ça va être reconnu comme vraiment une grosse qualité, ou dans la finance, où les chiffres doivent être justes, doivent absolument, par rapport à s'il est peut-être dans le commercial, et on se dit, on veut rentrer les chiffres, on veut de l'argent, on veut atteindre le budget prévisionnel, où du coup, on a une déception. Voilà. Est-ce que ça, c'est peut-être déjà une première piste Bien sûr,
- Speaker #1
il y a des tâches. Si tu travailles dans l'aviation, il y a intérêt quand même à avoir des personnes qui sont correctionnistes. C'est mouton Dans la physique nucléaire ou dans une entreprise, si tu travailles dans le contrôle qualité, ça peut être un rôle important pour les perfectionnistes parce que dans le contrôle qualité, il faut éviter la surqualité parce que de nouveau, la surqualité n'est pas utile à l'entreprise. Il faut avoir une bonne compréhension de la tâche qu'on vous demande. Mais ce genre de profil peut très bien correspondre à ça. Et même dans toutes les fonctions, à partir du moment où le perfectionniste intègre le fait qu'il ne faut pas aller vers la surqualité, il faut aller vers ce qu'on attend dans un nouveau donné.
- Speaker #0
Le travail ici, c'est de se dire comment... accepté pour un perfectionniste que ce ne soit pas parfait. C'est un pour le dire simplement.
- Speaker #1
Exactement, c'est ça. C'est dire qu'on peut faire plus rapide avec un tout petit peu moins de précision. Voilà,
- Speaker #0
un peu moins bien. Alors souvent, ce qu'on propose dans notre approche, quand on travaille avec des perfectionnistes, c'est le vaccin de l'erreur. Alors ça veut dire qu'on dit, un vaccin, tu sais bien ce que c'est, ça injecte un petit morceau de la maladie pour que le corps crée des anticorps et s'y habitue. Et l'idée, c'est que le perfectionniste puisse... s'habituer aux erreurs et donc faire lui-même des petites erreurs. Et donc moi, c'est ce que j'aurais envie de conseiller aux perfectionnistes qui ont envie d'apprendre à lâcher prise. Si vous n'avez pas envie et que vous continuez à être perfectionniste, vous êtes bien avec. C'est très bien, comme on l'a dit, ça comporte bien davantage. Mais si vous en souffrez, c'est de peut-être vous occulter, vous inoculter, je ne sais pas comment est-ce qu'on dit. Inoculer. Inoculer, merci. Vous inoculer ce vaccin et donc vous mettre le challenge peut-être de chaque jour, mettre une, deux petites erreurs. Et d'ailleurs, c'est parfois intéressant parce que je pense à une femme que j'ai coachée qui, en mettant dans un rapport une ligne où elle mettait blablabla, s'est rendue compte que personne ne le remarquait. Et donc, alors qu'elle cherchait les mots de chaque rapport, elle allait au dictionnaire, se trouvait synonyme, elle voulait vraiment être dans la finesse de ce qu'elle envoyait. Et elle s'est rendue compte que ça n'avait pas autant d'impact que ce qu'elle croyait. Donc faire l'erreur, mettre des petites erreurs, c'est bien pour vous. Et parfois, c'est bien parce que vous vous rendez compte qu'en fait, ça passe et que le degré d'exigence que vous mettez est beaucoup plus haut. Parfois, vous vous rendez compte que le degré d'exigence que vous mettez est beaucoup plus haut que ce qui est demandé et donc c'est un épuisement inutile. Et parfois, vous vous rendez compte alors que le degré d'exigence que vous vous mettez est beaucoup trop haut par rapport à ce qui est attendu. plus bas, et que du coup, vous pourriez faire peut-être plus de tâches, ou peut-être faire mieux d'autres choses, en abaissant et en réajustant le degré d'exigence pour certaines tâches.
- Speaker #1
Je trouve que la piste que tu évoques, moi je n'avais jamais pensé de commettre certaines erreurs, évidemment des erreurs qui ne portent pas trop à la conséquence, ça va de soi, mais enfin... De toute façon,
- Speaker #0
un perfectionniste ne voudrait pas, Bruno
- Speaker #1
Ça, ça me semble vraiment intéressant de l'amener tout doucement vers ce début de lâcher-prise qui va peut-être... faire qu'il aura moins de frustrations par rapport à cette tâche qui est très longue à accomplir, et donc un délai qu'on lui impose, parce que le perfectionniste, malgré tout, il est soumis aussi à la pression des délais comme tout le monde, et donc il se rajoute du travail et il peut aller jusqu'au burn-out, parce que c'est le profil type qui va vouloir toujours faire mieux que mieux. Ou en tout cas, discuter aussi avec la personne qui a fait une tâche et lui montrer dans la tâche qu'il a accomplie tel ou tel aspect, qui ne sont pas utiles, qui ne sont pas relevants.
- Speaker #0
C'est ça. Et c'est bien que tu parles à la posture du manager, donc je trouve ça intéressant. Voilà,
- Speaker #1
c'est simplement une discussion en disant, là, tel aspect, oublie-le, parce que ce n'est pas tout à fait dans la question qui était posée. Ça répond peut-être à un développement intellectuel intéressant, mais ce n'est pas vraiment la question. Pour nous, ce qu'on a besoin de savoir, c'est ça, ça et ça. Et ça, tu l'as bien mis, oublie ça, oublie ça, oublie ça.
- Speaker #0
Et je me dis que le manager, du coup, peut même dire, ce serait plus parfait pour nous. S'il n'y avait pas cet aspect-là développé autant, enfin, lui montrer une autre perfection, parce que finalement, et ça c'est quelque chose que je dis souvent, je dis souvent, la perfection c'est de pouvoir être imparfait en fait, puisqu'on n'est quand même jamais parfait, on n'est quand même qu'humain, c'est accepter l'imperfection que d'être plus parfait que de ne pas l'accepter.
- Speaker #1
Puis adapter aussi le niveau de qualité, comme tu dis, aux exigences et même plus précisément encore aux clients auxquels on s'adresse si on parle d'entreprise, puisque c'est ce monde d'eux. connais, il y a des clients qui ont un degré d'exigence tout à fait élevé et d'autres beaucoup plus bas pour des raisons historiques, peu importe. Et donc, on s'adapte aussi et on fait un travail en rapport avec l'exigence qu'est demandée. C'est une question que les perfectionnistes ont du mal à résoudre, évidemment. Donc, comme tu dis, le fait de les amener à s'auto-saboter un petit peu.
- Speaker #0
S'habituer à accepter les erreurs. Voilà. Et alors, je me dis, en t'entendant, c'est intéressant, je me dis aussi, peut-être aller plus vérifier le degré d'exigence demandé par l'autre et attendu. Parce que peut-être que si, sur leur niveau d'exigence, ils vont tout le temps vouloir le top, alors qu'effectivement, peut-être que j'ai eu un N plus un ultra exigeant et que maintenant, je viens de changer de chef et qu'il n'a pas du tout les mêmes exigences. Et peut-être qu'au contraire, lui a des exigences sur d'autres choses. Et donc, peut-être que pour eux, c'est intéressant aussi d'aller vérifier ce qui est attendu davantage que d'autres, parce que sinon, ils donnent tout, tout, tout, tout, tout le temps. Oui. Et donc, effectivement, c'est le burn-out.
- Speaker #1
Oui, c'est ce qu'on a dit, mettre la barre trop haut. Et donc, fatalement, on est en permanence en train d'essayer de sauter des obstacles qui ne sont pas existants. Voilà. Donc, on est dans ce problème pas facile à vivre. Oui, tout à fait. De nouveau, on se dit que quand on est perfectionniste ou quand on est dans le soit efficace parfois l'efficacité c'est très très bien, mais on ne peut pas pousser aussi le soit efficace à 100% tout le temps. Parce que c'est important aussi d'intégrer parfois certains détails.
- Speaker #0
Il y a aussi ce côté d'ailleurs, on dit à 100% tout le temps, ça me fait penser que souvent, moi je dis aussi, vous voulez tout faire parfaitement, peut-être qu'il faut choisir entre tout et parfaitement. Oui. Aussi, et donc peut-être se dire, j'en fais moins de choses et je les fais très très bien, quasiment parfaitement, ou bien je fais tout moins parfaitement, quelque part aussi, parce que sinon de nouveau… Désolée qu'on parle de burn-out de phrases, mais ça frôle le burn-out.
- Speaker #1
Accepter la perfection, il n'y aura jamais une perfection absolue. Donc, bien sûr qu'accepter la perfection, c'est un travail énorme à faire. Mais ça, je pense qu'il faut même se faire vraiment aider aussi. On dit souvent dans nos discussions qu'on ne peut pas toujours trouver la clé à tous les problèmes qu'on rencontre tout seul.
- Speaker #0
Ça dépend du degré de perfectionnisme aussi. Parfois, le podcast peut vous faire un déclic. Je sais que On a fait un podcast il y a longtemps sur les repas presque parfaits. On parlait justement du perfectionnisme et de quelqu'un qui voulait faire un dîner impeccable. Et je sais qu'il y a pas mal de gens qui ont dit Ah, mais ça me fait un déclic cet épisode-là Voilà, ici, j'espère que ça aidera aussi certaines personnes. Mais effectivement, parfois, quand c'est trop difficile de lâcher soi-même, il faut se faire accompagner. Et du côté du manager, qu'est-ce que tu conseillerais pour l'entourage du perfectionniste qui souffre quand même du perfectionnisme d'un membre de l'équipe ou d'un collègue, simplement.
- Speaker #1
Le manager, c'est à lui de venir expliquer à la personne qui est perfectionniste, d'abord tous les aspects positifs de son perfectionnisme, parce que j'insiste là-dessus, un perfectionniste, c'est quand même quelqu'un de précieux, qui est très motivé par ses tâches, qui les accomplit avec beaucoup de minutie, et en général, ça apporte quand même beaucoup à l'entreprise, mais de lui faire comprendre que ce qu'il s'impose à lui-même va trop loin pour lui et pour les autres. Pour lui, parce qu'évidemment, il a le sentiment de n'avoir jamais accompli une tâche parfaitement comme il le souhaiterait et qu'il y aurait toujours moyen de faire mieux. Et pour les autres qui sont, par cette tendance à la surqualité, frustrés par les délais que met la personne à accomplir certaines tâches qui devraient aller beaucoup plus vite.
- Speaker #0
Donc peut-être lui dire finalement qu'être parfait n'est pas si parfait.
- Speaker #1
Être parfait, c'est en tout cas, comme tu disais toi-même, c'est comprendre ce qu'on attend de la personne. Oui. Qu'est-ce qu'on attend de moi Qu'est-ce qu'on attend comme travail On attend peut-être pas que je fasse un travail qui est de 20 pages, si 2 pages suffisent. Voilà, soyons concrets, soyons synthétiques, soyons la capacité. Parfois la perfection,
- Speaker #0
c'est de faire une réf et de faire moins bien, mais que ce soit fait.
- Speaker #1
Il y a des gens qui ont une vue plus globale, d'autres une vue plus analytique. L'analytique est toujours utile dans une entreprise, mais voilà, il faut aussi... Pardon le global aussi et si position les deux c'est bien mais c'est sûr par contre voilà en tant que manager il faut l'expliquer à la personne parce que c'est sûr que c'est pas naturel et vraiment prendre le temps de lui montrer dans sa tâche ce qui est éventuellement superflu et ce qui est réellement très
- Speaker #0
très efficace et puis je retiens ta piste de l'erreur la petite erreur ah oui un manager peut la demander aussi bien sûr oui oui tout à fait tout à fait c'est vrai le lâcher prise c'est quand même
- Speaker #1
Très, très compliqué pour le perfectionniste. On a envie de dire, oui, lâcher prise, mais ce n'est pas en notre fonction. Non,
- Speaker #0
non, ça,
- Speaker #1
je pense que comme celle-là, ça ne va pas aider beaucoup le perfectionniste. Et puis,
- Speaker #0
c'est même paniquant. D'ailleurs, on dit souvent, nous, si c'est lâcher prise, c'est un peu comme en escalade. Je lâche une prise pour en reprendre une autre. Et l'idée, c'est qu'il puisse savoir quelle prise il peut reprendre à la place et donc comment il peut faire peut-être moins bien, mais bien quand même. Et donc, effectivement, je trouve que ce qui est intéressant aussi, c'est ton idée d'aller vérifier chez l'autre en fait ce qui est demandé, l'ipsque sportive. Je pense que ça, le perfectionniste n'a pas forcément l'idée. Il est toujours à mettre son niveau à lui d'exigence. Voilà,
- Speaker #1
et il ne se rend pas compte que ce qu'il a fait ne correspond pas exactement à l'attente.
- Speaker #0
Et c'est ça qui est dommage, c'est que du coup, il s'éloigne de la perfection.
- Speaker #1
Voilà, en même temps, ce sont des profits souvent précieux. Donc, il y a moyen de travailler avec eux, mais il faut qu'ils arrivent évidemment aussi à…
- Speaker #0
À acheter des choses. Voilà,
- Speaker #1
à libérer l'efficacité.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Et de la souplesse aussi. De la souplesse,
- Speaker #1
oui,
- Speaker #0
exactement. On pourra en reparler lors d'un prochain épisode, mais il y a parfois la rigidité aussi.
- Speaker #1
Il faut s'imposer aussi des horaires, parfois, aussi, sur les personnes qui travaillent. Oui,
- Speaker #0
oui, mettre des limites.
- Speaker #1
Ok, maintenant, tu arrêtes de travailler, tant pis, parce que tu n'as pas terminé. Oui,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Quelqu'un d'autre le fera ou je ne sais pas quoi, mais lui dire, ok, voilà, va chez toi.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Oui, c'est vrai, c'est vrai. Que le manager lui-même l'autorise à mettre des limites, l'autorise à faire des erreurs, c'est une piste intéressante aussi. Eh bien, merci beaucoup pour cet épisode. Merci Marina. C'était intéressant et à bientôt. À bientôt.
- Speaker #1
Au revoir.