- Speaker #0
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Si face à un problème, vous vous êtes déjà dit, j'ai tout essayé, je ne sais plus quoi faire, vous êtes au bon endroit. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique. Aujourd'hui, je suis avec Cathy Anchini, les mamans de deux enfants. et aussi la directrice opérationnelle de Virage, elle va me challenger pour un épisode adressé spécifiquement aux parents.
- Speaker #1
Bonjour Marina.
- Speaker #0
Bonjour Cathy.
- Speaker #1
Je suis ravie de te retrouver aujourd'hui pour un nouveau podcast.
- Speaker #0
Et on est à l'aube des vacances. On va y consacrer peut-être notre épisode d'aujourd'hui.
- Speaker #1
Je pense que, comme tout le monde, on se réjouit de ces journées de pause qu'on va pouvoir avoir en famille. loin du train-train quotidien, en tout cas, on l'espère, loin des contraintes du travail. Et j'imagine qu'on a tous envie de passer des bons moments avec nos loulous.
- Speaker #0
Exactement. Et donc, c'est un peu ce dont on pensait vous parler, justement. C'est comment essayer de faire de ses vacances le mieux possible sans peut-être viser trop une perfection. Parce que parfois, en fait, c'est un peu ce qu'on a envie. On a envie de se dire, bon allez, ça va être chouette, on va se retrouver tous ensemble. Enfin moi, j'ai des souvenirs de vacances familiales comme ça, où on se réjouit, vraiment. Et puis...
- Speaker #1
D'enfin un peu se poser, d'enfin pouvoir partager des bons moments. Enfin en tout cas, on pourrait visualiser très facilement des petits moments pique-nique à la plage, ou des moments, voilà, un peu idylliques en tout cas. C'est la vision, j'imagine, qu'on peut avoir de façon assez générale de nos vacances en famille, où on peut... on peut enfin consacrer du temps sans culpabiliser à nos enfants.
- Speaker #0
Exactement. Et donc on voit quelque chose de zen, de cool. Et puis ça commence en général par un trajet. Et alors, en fonction de l'âge des enfants, c'est pas toujours la même chose. Maintenant, avec les écrans, certains sont sauvés avec des plus grands. Parfois on essaie de calculer, moi je me rappelle d'un trajet où on avait visé de rouler de nuit pour que les enfants dorment. Mais du coup, à l'arrivée, évidemment, eux pétaient la forme, ils avaient très bien dormi, la route avait été finalement facile, c'est vrai, c'était le bon plan. Sauf qu'à l'arrivée, nous, on était mort-cravés, et eux sollicitaient pour faire des choses alors qu'on avait juste envie de dormir. Ce qui peut parfois générer des tensions dans le couple aussi, parce que du coup...
- Speaker #1
Oui, c'est difficile, parce que quand on est fatigué, il va falloir pouvoir équilibrer qui se repose, quand on se repose, et puis, je ne sais pas, mais de façon générale, quand on est fatigué, c'est difficile d'être de bonne humeur.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Déjà, c'est difficile. Et puis, c'est vrai qu'on a envie de refiler le boulot à l'autre pour dire, maintenant, je dors, chacun son tour. J'ai plus conduit que toi. Non, c'est moi, machin. Enfin, voilà. Et donc, c'est vrai que je trouve que ce n'est pas si simple. Et ça peut très vite être décevant parce que, voilà, on est les premiers jours, les parents sont fatigués du trajet ou les enfants, si les enfants ont été difficiles parce qu'il y en a qui choisissent de rouler deux jours aussi. Et deux jours, il faut les occuper un peu pendant le trajet. Ils sortent de là comme des... C'était bon.
- Speaker #1
C'était bon pour eux. Et puis ça peut être aussi, moi je pense, un peu culpabilisant, parce qu'on a peut-être l'impression de ne pas être à la hauteur, de finalement ne pas avoir suggéré, ou ne pas bien l'avoir préparé, ou ne pas bien savoir animer.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Et s'énerver sur les enfants. Et puis, il y a aussi cette notion de prendre du temps pour soi.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. C'est difficile parce qu'on sait peut-être... On a mis toute une idée en tête, se dire qu'on va pouvoir souffler, cependant, quand on a des enfants, souffler, et ça dépend un peu des âges, mais c'est quand même difficile de pouvoir souffler, parce que pour les petits, c'est vrai qu'il y a tout un côté sécuritaire à mettre en place peut-être. Quand on a des grands, ça peut être une petite gestion de conflit, enfin une petite gestion de conflit, ils vont se prendre.
- Speaker #0
En fait, l'éducation continue. En fait, c'est ça qui n'est pas facile, c'est que le rôle éducatif, même si on peut relâcher sur certaines règles pendant les vacances, on reste les parents et on doit gérer des choses. Alors ça peut être une prise en charge, comme tu dis, très physique même pour les petits, où il faut les changer, les porter, les bouger, etc. Sans en occuper, il y en a un qui pleure, on a envie de rester en train de lire notre bouquin, mais non.
- Speaker #1
La crème solaire.
- Speaker #0
La crème solaire, le cauchemar de la crème solaire. Et donc voilà, alors on ne veut pas faire un tableau trop noir de ces vacances, mais l'idée c'était plutôt de se dire, comment est-ce qu'on peut trouver quelques pistes pour faire en sorte de les vivre le mieux possible, finalement.
- Speaker #1
Ça, comment rebondir pour que ces moments, depuis qu'on ne soit pas pris au dépourvu, peut-être aussi par rapport à tous ces moments qui peuvent être un peu problématiques.
- Speaker #0
C'est ça. Et donc, la première piste, j'aurais envie de dire, c'est justement d'anticiper, de casser un peu nos attentes illusoires, notre espèce d'idéal de la famille où tout le monde va être cool, où sont les vacances, les enfants vont bien s'entendre. Alors, je trouve en plus, moi j'ai le souvenir, mes enfants, le début des vacances, il y avait comme un recalibrage à faire. On se retrouvait à six de nouveau pendant quelques jours, comme ça. Et pendant l'année scolaire, on est capable, on a assis, mais chacun, oui, voilà, il y a un train-train, et puis les week-ends, ils sont partis l'un, l'autre, machin. Et là, il fallait retrouver chacun sa place dans la famille. Donc, je pense que c'est vraiment un moment important, parce que justement, je pense que c'est important de pouvoir le vivre, ce moment-là. Mais en même temps, il faut... accepter. Donc, je dirais que le premier conseil, c'est vraiment de se dire accepter le fait que ça ne va pas être idéal. Alors, de nouveau, on est dans des pistes pour avancer autrement. Donc, c'est vrai que les pistes qu'on a envie de dire, c'est des pistes pour que ce soit idéal, que ça se passe bien. Mais je pense que la première chose, c'est pour que ça se passe bien, justement, pour ne pas être déçu dès les premiers jours, c'est se dire, voilà, il y aura plein de disputes, les enfants, en fonction de l'âge, bien entendu. physiquement, ça va être fatigant parce qu'en fait, le petit d'un an et demi, on ne peut pas le lâcher les yeux parce qu'il ne fait que des bêtises. Il met tout encore en bouche et il court partout.
- Speaker #1
Ça pourrait être alors prendre un moment en couple, de façon un peu formelle, pour bien anticiper, pour qu'on soit bien sur la même longueur d'onde. Parce que c'est vrai que si on le fait seul et qu'on n'en a pas à discuter, ça peut être aussi difficile.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai. Ça peut être aussi... Oui, c'est sûr qu'on a intérêt à être tous les deux préparés et à tous les deux anticiper. Donc, ça vaut la peine d'en parler avant et... Puis, je pense que ce qui va être important aussi, c'est d'arriver à se donner des moments. Alors, de nouveau, soit en couple, si on part à deux avec les enfants, parce que certaines personnes, évidemment, partent solo aussi. Si on part à deux avec les enfants, de vraiment pouvoir se dire, moi, j'aimerais bien avoir tel moment, ou des après-midi où je peux lire, en fait, et juste faire ça avec toi qui t'occupes des enfants. Ou bien, pour moi, c'était important, ce sont des grâces matinées, en vacances, enfin, voilà, pour dire un peu ce qu'ils sont. chacun ses besoins et voir comment on peut essayer d'offrir à son conjoint, à son partenaire, normalement, on s'aime et normalement, on a envie de faire plaisir à l'autre des moments où il peut profiter du sport qu'il aime faire, et dire, je gérerai les enfants pendant que tu vas faire, je vais prendre mon exemple de chez moi, de la planche à voile, et de se dire, comment est-ce qu'on peut permettre à chacun de trouver son épanouissement. Donc ça, ça me paraît déjà quelque chose d'important. Et puis si on est seul, alors c'est peut-être avec les enfants qu'on va devoir négocier ça. Alors c'est sûr qu'il faut déjà un peu l'oublier. Si les enfants ont moins de 6 ans, je dirais, c'est vraiment difficile pour eux de comprendre. Ils n'ont pas encore les compétences d'empathie pour pouvoir se dire « ma maman a besoin de se reposer » ou « papa » .
- Speaker #1
Peut-être essayer d'anticiper des activités style mini-club, des choses comme ça.
- Speaker #0
Parfois c'est possible,
- Speaker #1
par vacances, mais peut-être encore un peu plus organisé pour le coup.
- Speaker #0
Oui. Oui, ça peut être une solution, mais ce n'est pas forcément facile de mettre ça en place. Il n'y a pas ça partout. Et puis, il faut aimer aussi aller au club, etc. Donc, c'est vrai qu'on peut se retrouver à se dire, mes vacances ne sont pas des vacances pour moi. C'est un cadeau que je fais à mes enfants. Et du coup, alors je dirais, s'organiser pour soi un moment. En général, quand on est en solo, les enfants, ils changent de famille, ils vont aller. avec la garde alternée, il y aura quand même des moments où probablement on ne les aura pas, et se dire, je m'offre à ce moment-là des vacances pour moi. Plutôt que de se dire, ça va être formidable, j'étais avec mes enfants, etc. Non, je vais faire ce cadeau-là à mes enfants, j'ai envie qu'ils aient des vacances, soit chouette, etc. Mais ce n'est pas à ce moment-là que moi je vais me ressourcer, me reposer. Et je pense que c'est important de se le dire à l'avance, de ne pas construire une déception, pour ne pas non plus s'exciter sur les enfants, en disant, oui, oui, fait je profite de rien c'est quoi ces vacances pour moi mais non en fait oui il croit il croit Ils ne croient rien du tout.
- Speaker #1
Ça ne rend pas compte, c'est pour la réalité.
- Speaker #0
C'est ça. Exactement, exactement. Et donc, je pense que ça, c'est vraiment important, c'est de pouvoir se dire, à un certain moment, je renonce, même si c'est avec tristesse. Quand ils seront plus grands, ce sera le cas. Quand ils seront plus grands, ce sera sympa. Mais là, pour le moment, c'est vraiment un moment que je leur dédie, que j'essaie qu'eux soient bien. Et moi, je m'offre. Mais alors, c'est vraiment important, c'est de pouvoir s'octroyer et peut-être même mettre plus de budget dans mes vacances à moi seule. qu'avec des enfants qui sont finalement, quand ils sont petits, vite satisfaits de quelques activités, d'avoir une maman qui raconte des histoires, qui joue des jeux. Il n'y a peut-être pas besoin non plus de partir. Et c'est peut-être important aussi de se dire, est-ce que j'ai besoin de partir avec des enfants qui ont 3 et 5 ans ? Ce n'est pas certain. Je ne pense pas que les enfants aient besoin de ça. Et donc, peut-être garder plus un budget pour sa partie de vacances à soi, où on se ressource, ce qui est un cadeau d'ailleurs pour nos enfants aussi.
- Speaker #1
C'est vrai parce que c'est vrai qu'avoir une maman qui a pu avoir du temps pour soi, qui est mieux dans sa peau, qui se met moins vite en colère, qui est moins fatiguée, c'est aussi un beau cadeau qu'on peut leur offrir.
- Speaker #0
Oui, c'est ça, exactement. Alors aussi, Cathy, j'ai l'impression, je ne sais pas si c'est quelque chose que toi tu as pu vivre ou que tu peux imaginer parmi tes amis, etc. Certaines personnes ont justement ces attentes qui sont très hautes et donc vont essayer de faire tout pour que les vacances soient bien. Donc le planning va être très chargé, on va organiser des choses pour les enfants, etc. Et j'ai un peu envie de mettre en garde aussi ce fait que ça peut générer une tension.
- Speaker #1
Il y a une certaine pression sur les épaules encore supplémentaire alors qu'on sort déjà du boulot, de la fin d'année, etc. Ça peut mettre une pression importante, mais comment sortir de cette pression ?
- Speaker #0
Justement, peut-être en mettant le moins d'objectifs ou des objectifs assez limités aux vacances, plutôt que de mettre un objectif de réussite parfaite. Et donc peut-être se dire, par jour, je voudrais avoir un moment vraiment chouette avec chacun des enfants. mais pas que tout soit tout le temps bien avec chaque enfant et en famille, etc. Et donc, c'est de nouveau, on est de nouveau sur les attentes, mais on est surtout sur la programmation, l'organisation peut-être des vacances, de ne pas vouloir ni mettre trop de choses, ni que ce soit trop parfait, parce qu'effectivement, comme tu le dis tout à fait justement, ça met une pression sur les enfants, ça met une pression parfois sur le conjoint, ça met ce truc de ça doit être bien sur les vacances, et finalement, la personne elle-même, peut se retrouver à péter des câbles parce que ce n'est pas comme elle voulait. Donc c'est vrai que plus on va anticiper et projeter, plus on risque d'être déçu, bien évidemment, et plus on risque aussi d'être déçu, donc tendu. Et donc ça peut finir en déception, ça peut générer de la tristesse, une crise de larmes, ça peut générer de la colère parce que les autres ne fonctionnent pas comme on voudrait qu'ils fonctionnent, et ça peut générer aussi finalement beaucoup de conflit.
- Speaker #1
Et donc on a essayé quand même de faire tout ça d'anticiper et malheureusement ce qui se passe c'est que finalement malgré toutes ces anticipations on a un sentiment un peu d'échec et la colère s'exprime. Comment on pourrait faire alors dans ce moment de colère parce que je me dis même si on anticipe même si on ne veut pas se mettre la pression même si on essaie d'improviser pour ne pas mettre trop d'objectifs ça peut quand même au final rater. Je suis fâchée, je fais une crise de colère ou je suis vraiment très triste et je pleure un peu. Comment faire alors dans ce cas-là ? Quand l'émotion arrive en face des enfants, comment réagir ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire ?
- Speaker #0
Alors, moi, je conseille d'aller écouter notre épisode sur la colère, Cathy, dans ce cas-là. Je pense que... Donc, on a fait un épisode plutôt sur comment exprimer sa colère avec les enfants. Mais je pense qu'en fait, il faut l'accepter. De toute manière, quand l'émotion est là... J'ai envie de dire, on ne peut pas, on sait bien que mettre le couvercle sur la casserole de l'émotion, ça la fait bouillir encore plus. Maintenant, on peut décider d'aller faire un tour, on peut décider, mais on peut aussi se dire, il y a eu une colère, il y a eu deux colères, il y a eu trois colères pendant les vacances. Ce n'est pas pour ça que les vacances sont ratées. Je ne sais pas si vous pouvez vous replonger dans vos vacances d'enfance. Je ne suis pas sûre que ce soit des colères des parents qu'on se rappelle, ou des énervements, des moments où on s'est fait punir, etc. On se rappelle en général de la plage, du ciel bleu, d'avoir été nager dans la mer, de la chouette piscine de telle vacance ou de telle vacance, plus que finalement des émotions exprimées par les parents. Et je pense que c'est important de se le rappeler, l'enfant n'est pas fragile, ils peuvent vivre des émotions parentales sans que ça bousille leurs vacances. Je pense même que si le parent n'en fait pas un problème, pour l'enfant ça ne va pas en être. Si maintenant le parent commence à se dire... « Oh là là, je me suis mise en colère » et commencer à essayer de rattraper le truc.
- Speaker #1
Le parent peut-il tout simplement leur verbaliser en disant « Je me mets en colère » ou « Je me suis mise en colère pour telle raison, comme ça, l'affaire m'a fait du mal. »
- Speaker #0
S'il veut, il peut le verbaliser. Il faut passer à autre chose. Éventuellement verbaliser, mais il n'y a pas spécialement à se justifier non plus par rapport à ses enfants.
- Speaker #1
Si c'est pour le parent un problème. Tu vois ?
- Speaker #0
Oui, mais justement, je pense qu'il faut qu'il apprenne aussi à pouvoir accepter sa propre colère, que de se justifier. C'est comme s'il disait « ce n'est pas bien ce que j'ai fait » , alors que, et ça je l'ai déjà dit dans l'autre épisode, mais c'est important de le répéter, pour moi c'est important que les parents acceptent simplement leur colère comme ils doivent permettre à leurs enfants d'accepter leur colère, c'est important. Et puis la colère, on sait que c'est l'émotion du respect de soi, et donc c'est une émotion importante, et je pense que c'est important que les parents puissent dire « stop » . là ça va trop loin, vous ne respectez pas mon sommeil, mais ceci, ça. Et que les enfants l'entendent, en fait, c'est plutôt important. Donc, voilà. Cathy, je pense qu'on va se souhaiter de bonnes vacances à tout le monde.
- Speaker #1
Pas mal de pistes pour passer de bonnes vacances. J'espère que vous passerez tous un été radieux.
- Speaker #0
Mais pas trop bonne. Vous savez bien qu'il y aura des moments moins bien, et c'est ce qui fait aussi parfois les souvenirs. Et puis de toute manière, on se retrouve à la rentrée pour l'épisode du 20 août, puisque entre-temps, nous serons aussi en vacances.
- Speaker #1
Salut à tout le monde, à bientôt.
- Speaker #0
Au revoir. Merci de votre écoute. Ça nous encourage de voir le nombre d'écoutes qui augmente de semaine en semaine. Donc, nous vous remercions du fond du cœur et nous espérons vous retrouver très bientôt.