- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à tous dans le podcast de Virage. Je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Thomas, prénom d'emprunt. Thomas a 37 ans et il est terriblement anxieux à l'idée de passer les fêtes en famille.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue. Formatrice et fondatrice de Viral, mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, Thomas ne va pas très bien, et ça fait plusieurs semaines, parce qu'approche, évidemment, comme chaque année, les fêtes de Noël.
- Speaker #1
Évidemment.
- Speaker #0
Alors c'est très agréable pour quiconque a des bonnes relations avec sa famille, mais dans le cas de Thomas, c'est beaucoup plus compliqué, et ça le rend terriblement anxieux.
- Speaker #1
Ok. Moi, ma première question, ce serait de quoi a peur Thomas ? Que craint-il ?
- Speaker #0
Ce qu'on voit dans le cas de Thomas, c'est que Noël est partout. Il se rend au supermarché, Noël est là. Il allume la radio, Noël est là. Il sort dans la rue, Noël est là. Mais Thomas a un problème, c'est qu'il est célibataire. Et il sait qu'on va lui poser la question et que le sujet risque de revenir encore et toujours à la table. Et du coup, la réaction de Thomas, c'est de... de s'enterrer, d'essayer de s'isoler au maximum, d'éviter le sujet, mais à chaque fois, c'est quasiment impossible à cette période de l'année. Et à chaque fois qu'ils se retrouvent confrontés à une boule de Noël, ils voient arriver les questions gênantes.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, il y a une espèce d'amalgame Noël et ses questions gênantes, son statut célibataire, qui ne lui pose pas de problème à lui.
- Speaker #0
Qui ne pose pas de problème à Thomas, mais qui se sent jugé. C'est un peu comme s'il avait un non-acte. Il part de sa vie, il avait parté aussi. Il ne se correspond pas vraiment aux attentes de sa famille. Il sait que ça les angoisse. Il est essentiellement réduit à ça.
- Speaker #1
Une possibilité, si on a peur de Noël, qu'on appréhende. D'abord, il y a cette idée d'aller voir effectivement quelle est sa crainte exacte pour ne pas faire cet amalgame de Noël et tout ce qui touche Noël est affreux et horrible pour moi. Et de se dire, voilà, ma peur, c'est que... Et donc, si j'entends, on me pose la question, est-ce que tu es encore séduite ? Alors, toujours pas de copine, un truc comme ça, c'est ça ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, il a peur. Et donc, ce qui serait intéressant, c'est qu'il puisse aller voir cette peur un peu en face. Donc se dire, ok, ce que j'ai peur, c'est que telle personne ou telle personne, vraiment concrètement, me demande ça, et qu'il puisse du coup se préparer à vivre ça, puisque ça va avoir lieu, il ne peut pas contrôler les demandes et les questions de la famille, mais il peut y réagir d'une certaine manière, et alors, bon, après, il peut presque les contrôler s'il anticipe, par exemple, s'il arrive et il dit, bonjour, pour tout le monde, je suis toujours célibataire, comme ça...
- Speaker #0
Donc déjà, quelque part, préjoué. le repas de Noël, anticiper ce qu'on pourrait lui demander.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Chez lui, d'abord, avant les fêtes, se préparer à ce moment qui va être désagréable pour lui, auquel il n'échappera pas, mais en étant préparé. En fait, pour l'instant, ce qu'il fait, Thomas, enfin l'impression que ça me donne, c'est que ce qu'il fait, c'est de l'évitement. C'est-à-dire qu'il évite déjà tout ce qui touche Noël, tout ce qu'il peut, il évite. Et puis, par rapport à... à penser à l'idée même de cette soirée de Noël, ou de cette journée de Noël, enfin je ne sais pas comment ça se présente chez lui, mais il fuit et il ne va pas y penser. Or, en fait, moi j'aurais envie, on parle de piste pour avancer autrement, j'aurais envie de lui proposer de regarder en face un peu cette peur, et de se dire au fond, qu'est-ce que je risque ? Alors je risque d'avoir effectivement tonton machin qui, maman qui fait une remarque devant tout le monde, et donc, comment est-ce que ça va se dérouler ? Alors, soit de se dire, ok, je m'y prépare en acceptant simplement, en anticipant, l'oncle fera cette remarque, je réagirai, je ne réagirai pas, je fais une petite blague, je la prépare, la petite blague, donc ça me permet de ne pas être pris de court, parce que pour l'instant, en fait, il fait tout pour être pris de court, presque, il fait tout pour que ce soit de nouveau le cauchemar, puisqu'il n'y pense pas, il ne se prépare pas, et donc, effectivement, il risque vraiment de prendre... Il y a une demande,
- Speaker #0
Thomas, qui va un petit peu dans le sens de ces tentatives de régulation, de ces petites solutions à lui pour essayer d'éviter de se retrouver dans cette situation. Il arrive en disant, voilà, comment est-ce que je peux couper court à ces questions ? Qu'est-ce qu'on lui répond à ce moment-là ?
- Speaker #1
Moi, je lui répondrais qu'il ne peut malheureusement pas contrôler les questions des autres, mais qu'effectivement, il y a une chose à laquelle je pense, c'est d'annoncer d'emblée, de dire... Bonjour pour ceux qui ne me connaissent pas, Thomas, toujours célibataire, ou de dire en disant bonjour à son oncle, tu peux poser des questions sur ma nouvelle copine, mais il n'y en a pas, enfin voilà, et anticiper ça, ça peut être d'une manière, alors il faut que ça corresponde à Thomas évidemment, donc voilà, ici je ne le connais pas personnellement, mais si ça lui correspond c'est possible, ou bien c'est se dire au moment où on pose la question, voilà ce que je vais faire, répondre, je dis en fait ça ne te regarde pas, ou je réponds en fait ça. non, il n'y a toujours personne et en fait je me porte bien comme ça. Ou je réponds, oui, je pleure d'ailleurs tous les jours à ce sujet. Parce que ça peut être intéressant de mettre... En fait, ce qui serait intéressant, c'est que Thomas trouve une manière de réagir qui met presque l'autre dans l'inconfort.
- Speaker #0
Il a un autre problème, Thomas, c'est que ça fait des semaines, il n'est pas particulièrement en forme. Ça fait des semaines, voire des mois, Noël commence très très tôt. Oui, malheureusement. Donc, dès qu'il voit une boule de Noël ou un bloc de foie gras ou un petit Jésus, Thomas directement se retrouve plongé dans ce dîner. Bon, là, les fêtes arrivent, c'est un peu tard dans ce cas-ci, mais comment aider quelqu'un qui, justement, qui viendrait te trouver trois semaines, un mois et demi avant, en disant « je ne dors plus et je sais que ça va être là » . Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Et je revis sans arrêt cette journée.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'il faut vraiment aller pointer ce qui me fait peur. Donc ici, Thomas, il parle de peur par rapport à ses questions autour de son célibat. Ça remarque, pour d'autres personnes, ça peut être autour de d'autres choses qui ne sont pas réalisées dans leur vie et où ils se disent de nouveau être confrontés à ça. Et en fait, c'est important d'aller voir ce qui me fait peur. Pour d'autres personnes, ça peut être la solitude de Noël. Si je veux voir ce qui me fait peur, déjà, au lieu d'amalgamer la moindre boule de Noël où le petit Jésus a cette peur, je vais pouvoir me dire, en fait, ce ne sont pas les décorations de Noël qui me font peur. En fait, je vais pouvoir me dire, par contre, le soir du 24 décembre, je vais peut-être me retrouver seule et ça, ça me fait peur. Et du coup, en regardant ça en face de nouveau, donc il y a en fait un peu deux effets à regarder ça en face, c'est de se dire, au moins je sais la partie de Noël qui me fait peur et je ne suis pas en train de tout... noircir et tout, et éviter tout, alors qu'en fait, ça ne change rien d'éviter la boule de Noël, finalement, je ne résous rien. Et en plus, en sachant ça, moi je dis souvent, plus on connaît l'ennemi, plus on peut préparer ses armes et le combattre, ou bien s'habituer à l'idée je vais être seule à Noël, parce qu'en fait, je n'ai même pas envie de faire des démarches. Alors, certains pourraient dire, si je regarde, en fait, ma crainte d'être seule le soir de Noël, ok, je fais des démarches. pour m'organiser quelque chose, aller, il y a des trucs dans la rue où on peut aller aider à donner à manger à des personnes qui n'ont rien non plus le soir de Noël. Il y a plein de projets possibles. Mais je peux ne pas avoir envie de ça. Et donc, moi, je ne suis pas en train de donner la solution. Ce que j'ai envie, c'est que les gens puissent regarder cette porte en face et se dire, moi, je n'ai pas envie d'aller dans la rue, je n'ai pas envie de faire des trucs pour les autres, je n'ai pas envie, ce n'est pas ça, ça ne me parle pas. J'ai juste envie de savoir comment passer cette soirée de Noël tout seul, le moins mal quelque part.
- Speaker #0
C'est vrai que la soirée en tant que telle... par définition, ça passe relativement vite.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On voit beaucoup dans ces situations de solitude un peu anticipée, que c'est la longue période... Oui, c'est le mal-objet. On voit parfois des cas de personnes qui posent sans arrêt la question. On voit déjà arriver la question, qu'est-ce que tu fais au Nouvel An ? Comment on répond à quelqu'un qui vous demande sans arrêt qu'est-ce que tu fais pour les fêtes alors qu'on ne veut pas ?
- Speaker #1
On peut dire, je n'ai pas envie d'en parler. On peut dire, je n'aime pas les fêtes. On peut dire, comme je suis seule, moi je n'aime pas les fêtes. Et dire ce qui est la réalité.
- Speaker #0
Sans devoir forcément en dire trop.
- Speaker #1
Tout à fait. Récemment, quelqu'un à qui je parlais des fêtes, me disait, moi je ne les aime pas depuis que j'ai perdu mes parents, en fait, je n'aime plus les fêtes, vivement après. Elle a une réponse, on n'a pas épilogué dessus. Moi, je n'avais pas demandé ce qu'elle faisait, mais on parlait des fêtes, des dates. Et donc, effectivement, je pense que c'est important de se dire, qu'est-ce qui risque de me déranger, et comment du coup je peux y réagir, agir et du coup de se dire, soit je mets quelque chose, par exemple si c'est la solitude, je mets quelque chose ou au contraire, je ne mets rien mais je me projette déjà et ça c'est intéressant, c'est que quand on a peur de quelque chose, se projeter dans le fait que ça va se passer comme ça, plus on va s'y projeter, c'est un peu voir un film d'horreur la première fois, c'est juste horrible. Le voir une deuxième fois fait déjà moins peur. Si je le vois 15 fois, la 15ème fois, le film d'horreur au niveau émotionnel, il me fait beaucoup moins d'effet. Et en fait, il y a cette Merci. l'émotion va diminuer au fur et à mesure que je vais me visionner le film alors que malheureusement les gens qui ont peur souvent ils regardent surtout pas ça et surtout ils se disent je vais pas penser à je vais surtout pas penser à cette soirée de Noël qui va être horrible parce que je vais être seule et on voit que dans les deux cas que ce soit à cause de la solitude ou que ce soit à cause d'une situation personnelle délicate l'évitement
- Speaker #0
ne fonctionne pas. À grave,
- Speaker #1
en fait. Parce que du coup, ça fait tâche d'huile. Et effectivement, du coup, tout Noël me fait peur parce que je ne sais même plus de quoi j'ai peur. Parce que c'est juste Noël, je n'aime pas. Et au fond, ça vaut la peine d'aller voir de quoi j'ai peur exactement. Si vous avez aimé cet épisode, abonnez-vous et n'hésitez pas à nous mettre 5 étoiles afin que ce podcast soit partagé avec le plus grand nombre.