- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans le podcast de Virage, je m'appelle Valentin Dechaux et comme toutes les semaines je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Patricia, très nombre d'emprunts. Patricia a 53 ans et elle a énormément de mal parce que chaque soir lorsqu'elle se met au lit avec son conjoint, celui-ci commence à lui faire part de ses difficultés.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courante. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Viral. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est la bulle de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, tu as donc reçu Patricia, qui arrive chez toi vraisemblablement fatiguée, parce que tous les soirs lorsqu'elle se met au lit avec son conjoint, celui-ci choisit précisément ce moment-là pour commencer à lui faire part de ses tracas, de ses difficultés.
- Speaker #1
Oui, et même pire, me dit-elle, c'est que c'est vraiment, on se mollit, on lit un peu, à ce moment-là, on se détend, on décide d'éteindre la lumière, et là, ça vient. Et chaque fois, me dit-elle, j'espère que cette fois-ci, ça va aller. Et puis, voilà, et c'est quasiment systématique. Et donc, les difficultés peuvent être petites ou grandes. Et donc, pour certaines, elles disent, on en discute, et puis on discute parfois jusqu'à une heure, deux heures du matin, et sans avoir même résolu le problème. Et donc, c'est épuisant, c'est énervant, et en fait, elle est en colère. Alors, elle ne le réalise pas tout de suite en posant la question, qu'on prend conscience de ça. Elle est en colère, et elle est en colère parce qu'en fait, elle lui a déjà dit, à maintes reprises, d'arrêter. Et que ça lui pesait, que ce n'était pas OK pour elle, qu'elle a besoin de calme et de sérénité le soir. Et elle ne se sent pas du tout entendue, écoutée, et donc respectée.
- Speaker #0
lequel lui dit ils sont en ligne, la conversation s'enclenche et lui demande une fois, deux fois, dix fois d'arrêter lui il continue oui,
- Speaker #1
et même elle dit j'ai même déjà dit pendant la journée en lui disant voilà ce soir s'il te plaît pas ça quoi, et donc en fait c'est comme ça que déjà je c'est quelqu'un qui ressent pas fort sa colère et qui l'étouffe un peu donc je lui demande si elle sait à quoi sert la colère donc elle me dit non je lui dis, comme je le fais souvent avec les patients que c'est une émotion qui est l'émotion du respect en fait, et qui est une émotion très importante, puisque c'est elle qui nous permet d'être respectée. Et donc je dis qu'il va falloir utiliser cette colère pour dire un vrai stop, parce que là pour l'instant, et c'est ce que j'essaie de lui montrer, c'est qu'en fait elle dit non, mais elle fait, puisqu'après elle accepte de discuter avec lui, elle accepte de chercher des solutions, et donc lui n'a aucune raison de s'arrêter.
- Speaker #0
Elle discute systématiquement ? elle répond à ces questions,
- Speaker #1
il n'y a pas des petites stratégies ou des choses qui se mettent en place alors il y a une petite stratégie c'est que s'ils éteignent et puis qu'ils commencent chacun de leur côté à s'endormir et puis que son compagnon dit tu dors là elle dit au début au début je disais non et là il était parti là ça la stratégie qu'elle a compris c'est qu'il fallait qu'elle fasse semblant de dormir à ce moment là donc ça Merci. c'est la seule c'est-à-dire que ça fonctionne un peu quand elle fait sans endormir mais souvent il attaque avant qu'elle ait eu l'occasion il sait bien qu'elle n'est pas endormie juste en ayant fermé le livre et éteint la lumière et donc elle dit ça marche que quand il fait tu dors tout bas un peu et déjà parfois il m'a déjà réveillée même la nuit en me disant tu dors il me réveille mais là maintenant il dit ça j'ai bien compris Merci. je dors et donc ça, ça marche quand même un peu mais c'est quand même elle dit qu'elle ne peut pas faire ça tout le temps que très souvent il attaque avant même qu'elle ait eu la présence endormie et donc ce n'est pas une stratégie qui alors ça fonctionne un peu mais ça n'arrête pas le système si on regarde les choses de manière systémique il y a que lui vient avec ça et qu'elle elle dit je ne veux pas mais elle fait elle répond, elle rentre dans la discussion Merci. Et donc, lui, quelque part, il obtient ce qu'il veut. Et elle est de plus en plus en colère parce qu'elle se sent évidemment de moins en moins respectée, puisque c'est quelque chose qui serait fait malgré qu'elle ait exprimé très clairement que ce n'était pas pour elle et qu'elle ne souhaite pas ça.
- Speaker #0
On imagine qu'en plus, la fatigue venant avec la nouvelle nuit, la colère potentiellement, soit de ressort, soit de consomment d'anxiété, c'est encore plus difficile de dormir. C'est délicat parce que Louis fait quelque chose sans lui vouloir. mal ou quoi que ce soit, et elle fait quelque chose d'assez naturel, qu'est-ce qu'on met en place comme alternative ?
- Speaker #1
Alors c'est ça. Du coup, est-ce que c'est exactement... C'est justement ça que j'ai un peu essayé de mettre en évidence, c'est que le fait de parler des problèmes en couple, c'est aussi normal. Et ça, elle était bien d'accord, elle disait « non, ce n'est pas le moment » . Et donc on a réfléchi à un moment qui lui irait, qui serait ok pour elle, pour qu'elle puisse lui offrir un moment d'écoute, un moment d'échange autour des problématiques, parce que l'idée n'est pas de le lâcher, ce n'était pas du tout dans sa vision du monde, du couple, de la solidarité entre eux. C'est d'ailleurs ce qui l'amène. à toujours lui répondre, c'est qu'elle trouve qu'elle doit être là pour lui. Et donc, on a décidé que, c'est surtout elle qui a choisi l'heure, mais elle m'a dit vers 18h30, 19h, c'est un bon moment pour nous, je peux dire, voilà, on dispute. Et je lui ai dit, voilà, vraiment, il faut lui donner vraiment du temps pour qu'il ne puisse pas dire après, ouais, mais enfin, on a pris 10 minutes, c'est un gros problème, ça ne va pas. Donc, vraiment, à ce moment-là, ouvrir et que ce soit elle qui lui propose un moment où il peut venir avec son problème, plutôt que... qu'elle soit toujours en train d'essayer d'éviter qu'il vienne avec ça, puisque c'est souvent pas le bon moment, et puis que ça la saoule. Et alors, en plus, elle me disait, même quand la journée vient avec ses problèmes, comme il m'a déjà embêtée la nuit, j'ai encore moins envie de l'aider en cette situation. Parce que, justement, elle a cette colère qu'elle a.
- Speaker #0
Oui, c'est le cercle vicieux imaginable dans la situation.
- Speaker #1
Ben oui.
- Speaker #0
Elle part avec cette expérience-là, qui, effectivement, permet de donner un peu d'espace à l'autre. Est-ce que ça a fonctionné ? Est-ce que ça lui, justement, a allégé l'esprit de son compagnon, et que celui-ci a pu lui poser des questions ?
- Speaker #1
Alors, je ne lui ai pas donné que ça, donc il y avait cette expérience-là, mais j'ai aussi demandé de ne plus accepter ce dialogue qui n'était pas acceptable pour elle à ce moment-là. Et donc, pour ça, elle me dit « Ah, mais j'ai déjà essayé, j'ai déjà essayé de me taire, alors il s'énerve, etc. »
- Speaker #0
Est-ce qu'elle s'énerve ?
- Speaker #1
Comment ? Oui, elle lui dit, elle lui disait avant, « Je ne veux pas, ce n'est pas le moment, s'il te plaît, pas maintenant, etc. » Mais lui était pris dans son souci et ne... je crois, ne pouvait pas, de ce que j'ai compris, ne peut pas s'empêcher de le partager à ce moment-là. Et donc, je lui ai dit que la seule manière de faire en sorte qu'il s'arrête de le partager, c'était de changer de chambre à ce moment-là et de dire, écoute, non, moi je t'ai dit non. Et en fait, c'est un peu que mon nom soit un vrai nom. Donc, je t'ai dit non. Donc, en fait, moi, je quitte maintenant le lit et la chambre et je vais dormir ailleurs. Si tu veux, tu rumines ton problème. Moi, je suis prête à en parler demain à 19h. Je serai hyper dispo. En plus, je serai beaucoup plus fraîche pour trouver des solutions. Et qu'elle sorte de la chambre. Et ça, elle m'avait dit, en discutant. En fait, on cherchait ensemble comment elle pouvait mettre une conséquence, un inconfort suffisant pour lui, pour qu'il arrête de continuer. Parce que pour l'instant, il avait tout intérêt à continuer, puisqu'elle répond présente tout en disant non.
- Speaker #0
Elle dit non sans dire non, donc elle dit non, mais elle reste et sait qu'à un moment ou à un autre, elle va commencer à écouter.
- Speaker #1
Voilà, voilà, exactement. Et donc, c'est ça que maintenant, l'idée, c'est que vraiment son nom soit acté, j'ai envie de dire dans les faits, et qu'elle quitte la chambre et aille dormir ailleurs. Et donc, ça, voilà. Mais en fait, tu me demandes ce que ça a donné, et je ne sais pas, parce que c'est une patiente que j'ai eue la semaine dernière. Et donc, je n'ai pas encore le résultat. Je pourrais le donner dans un autre épisode et peut-être qu'il y aura la suite. Mais bon, c'est quelque chose que j'avais... Alors, je n'ai pas eu exactement la même situation parce que quand même, chaque situation est unique. Mais voilà, c'est quelque chose que j'ai déjà proposé. Vraiment l'idée de quand même donner un lieu de parole, mais en même temps, de aussi se faire respecter et utiliser justement cette colère pour mettre ses limites. Parce que c'est souvent ça qui manque. Donc, la personne... Elle laisse la colère s'emmagasiner, s'emmagasiner, parce qu'elle tolère, elle accepte des choses qui ne sont pas acceptables pour elle.
- Speaker #0
On ne la fait pas sortir cette colère, on l'exploite. On ne lui fait pas décharger sa colère, on l'entretient, on la cultive pour qu'elle pousse à mettre ses limites de manière plus claire.
- Speaker #1
Oui, je ne veux pas dire qu'on la cultive, mais en tout cas, on l'utilise. Exact, on l'utilise vraiment pour… En fait, je dis souvent avec la colère, il y a de la colère qui peut être là par rapport à quelque chose de pas changeable ou par rapport à quelque chose de changeable. Alors quand c'est quelque chose de non changeable, alors on va devoir trouver des canaux d'irrigation pour ne pas être dévoré et envahi par cette colère. Et donc là, on va l'évacuer, on va trouver une manière de l'évacuer. Alors ça peut être autant un punching ball que des lettres qu'on écrit. Par contre, quand c'est quelque chose de changeable, on va l'utiliser effectivement pour se faire respecter, remettre les barrières, ne pas laisser l'autre... marcher sur nos plates-bandes ou ne pas nous respecter. Et donc, effectivement, ici, on est dans ce cas-là où sa colère peut être utilisée dans la relation de manière très saine, parce que c'est vraiment l'utilité de la colère, et de manière peut-être, évidemment, non, pas peut-être, sûrement difficile à accepter pour l'autre, parce que tout d'un coup, je me fais plus respecter. Et donc, oui, ça provoque un changement. Et c'est sûr, et ça, c'est important aussi de le dire à la personne. Ça ne va pas être accepté. L'autre ne va pas dire, « Ah, chouette, tu pars, c'est bien que tu mettes tes limites. » Jamais. Et ça arrive comme ça. Donc, l'autre n'est pas content, mais en même temps, c'est parce qu'il n'est pas content qu'on est en train de se faire respecter, quelque part. C'est un peu paradoxal.
- Speaker #0
Merci, Marina.
- Speaker #1
Avec grand plaisir. Au revoir, Valentin. Merci de votre écoute. Ça nous encourage de voir le nombre d'écoutes qui augmente de semaine en semaine. Donc, nous vous remercions du fond du cœur. et nous espérons vous retrouver très bientôt