- Speaker #0
Bonjour et bienvenue à tous sur le podcast de Virage. Je m'appelle Valentin Ausha et après quelques semaines d'absence, je suis de retour avec Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Guillaume, prénom d'emprunt. Guillaume a 64 ans et il consulte car il est terriblement angoissé.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice. et fondatrice de Virage, mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marie-Laine, Guillaume est donc venu te consulter parce qu'il est angoissé et plus précisément parce qu'il imagine sans arrêt le pire.
- Speaker #1
Exactement. Il fait des scénarios dans sa tête, en fait, particulièrement autour de sa fille. Et il est super anxieux, effectivement. Et donc, c'est vrai qu'il a tout le temps, il se dit, il pourrait arriver ça, et si jamais, et alors, il déroule. Et donc, évidemment, à force de s'imaginer le pire, il ne fait qu'augmenter son angoisse, puisque si on faisait ça tous, ça peut être très anxiogène. Alors, c'est un peu paradoxal, parce que parfois, c'est quelque chose qu'on demande au patient de faire. mais en fait là Guillaume c'est intéressant vraiment, si vous êtes aussi quelqu'un d'anxieux, de vous dire, est-ce qu'en fait moi je m'imagine le pire, ou en fait est-ce qu'au contraire j'essaie de ne pas y penser ? Et donc ici, Guillaume, pour le coup, il imagine le pire, donc il va vraiment il se pose des questions sur l'avenir, sur sa fille qui part en vacances, est-ce que ça va bien se passer, est-ce qu'elle va savoir gérer ça, etc. Et chaque fois, il va commencer à construire dans sa tête une réponse à ces questions.
- Speaker #0
Une réponse qu'il imagine, en fait, quelque part. Ce n'est pas comme s'il cherchait des informations, d'autant qu'il n'a pas forcément les informations.
- Speaker #1
Exactement, exactement. Donc, c'est un peu ce dont j'essaye de lui faire prendre conscience, c'est qu'en fait, est-ce qu'il sait ? Est-ce que dans sa tête, il a la réponse à cette question ? Et donc, je pense que c'est très important et comme piste. Quand on est anxieux, qu'on se pose des questions, de se dire en fait, est-ce que la réponse existe ? Et si elle existe, où ça ? Où est-ce que je peux la trouver ? Est-ce que c'est dans ma tête ? Alors ça peut être le cas si on se demande combien font 4 plus 4, on va chercher dans notre tête la réponse et on la trouve. Et ça peut être le cas pour d'autres choses qu'on sait, qu'on sait calculer, etc. Mais malheureusement, l'être humain aujourd'hui ne peut pas encore deviner l'avenir, ne peut pas savoir comment des vacances vont se dérouler, s'il va y avoir un problème. Si il y a tel problème, est-ce que sa fille va pouvoir être capable de le gérer ou non ? Et donc, le problème, c'est que notre tête, comme elle est habituée quand même à travailler pas mal, on est tous en mode réflexion quand même pas mal de temps dans notre boulot, dans notre manière de gérer notre vie. Notre tête essaye de répondre à ces questions pour lesquelles elle n'a pas la réponse. Et donc, on part sur ce qu'on appelle la prise de tête en langage commun. Et c'est vrai, c'est vraiment ça. On se prend la tête pour essayer d'aller chercher des réponses. pour lesquelles la réponse n'existe pas, en tout cas pas là.
- Speaker #0
C'est l'élimination en fait. On imagine, j'essaie de mettre à la place de Guillaume, j'imagine qu'il arrive, qu'il vient te voir en disant « aidez-moi à arrêter de me poser des questions » .
- Speaker #1
« Aidez-moi à être moins anxieux surtout » .
- Speaker #0
« Aidez-moi à être moins anxieux » . Est-ce que c'est quelque chose qui est simplement envisageable ?
- Speaker #1
Alors oui, heureusement. Oui, c'est mon travail. Donc oui, effectivement, c'est envisageable. Et donc, l'idée, c'est… Alors, quand tu dis « aidez-moi, arrêtez de me poser des questions » , ce n'est pas toujours en conscience. Souvent, les gens, ils viennent et disent « aidez-moi, aidez-moi, anxieux » . Et donc, on réfléchit ensemble. Enfin, j'essaye de décortiquer sur comment la personne est anxieuse. Parce qu'on n'est pas tous anxieux de la même manière. Ici, en l'occurrence, c'est à cause de ces questions sans réponse, quelque part, qu'il se pose et auquel il essaye de trouver une réponse alors qu'il ne l'a pas. Et donc, plus il essaye de développer une réponse, en fait, le problème, c'est que plus il a des questions. supplémentaires. Donc quand il se dit comment vont se passer les vacances de ma fille pour avoir un accident, alors est-ce qu'elle saura gérer l'accident ou est-ce qu'elle ne saura pas gérer l'accident ? Est-ce qu'elle aurait besoin d'aide ? Est-ce que je dois laisser mon téléphone allumé 24h sur 24 ? Et en fait, comme on ne peut pas répondre aujourd'hui si sa fille risque d'avoir un accident, on ne peut pas répondre à la question si elle sera capable de le gérer, parce que ça va dépendre de quel accident, enfin voilà, on n'en sait rien. Au lieu de se dire, je ne sais pas, Et je lâche prise, ce qui n'est évidemment pas une évidence. Mais voilà, il va commencer à essayer de reprendre une forme de contrôle en cherchant dans sa tête à dérouler le scénario et à anticiper tout ce qui peut se passer. Et bien évidemment, plus il essaye de répondre à ces questions qui n'ont pas de réponse, plus il a de nouvelles questions et plus il est en mode rumination, comme tu le disais très justement.
- Speaker #0
Comment est-ce qu'on s'y prend ? Nous, toi, thérapeute, pour couper ce cycle, est-ce qu'on s'attaque à l'arrivée de la question ? Est-ce qu'on s'attaque au niveau du processus qui met en place pour répondre à ces questions ? Est-ce qu'on travaille sur l'angoisse initiale ?
- Speaker #1
En fait, on ne va pas travailler directement sur l'angoisse parce que pour nous, comme l'angoisse est générée par ces questions et cette absence de réponse qui génère plus de questions, on se dit que si on arrive à faire en sorte qu'ils sortent du cercle vicieux d'essayer de répondre aux questions qui n'ont pas de réponse, on va avoir l'angoisse qui va naturellement diminuer. Maintenant, on ne peut pas empêcher d'avoir des questions. Et donc ça, c'est souvent ce que je dis aux patients. Je dis, c'est normal en fait. Votre fille, elle est précieuse pour vous, elle est importante pour vous. Et donc, c'est normal de vous demander est-ce que ces vacances vont bien se passer ? Jusque-là, tout ça est bien. Le problème, c'est que vous essayez d'anticiper et c'est là que ça commence à poser problème parce que comme vous ne pouvez pas, et c'est ça que je travaille avec Guillaume, la réponse n'existe pas. En tout cas, pas dans sa tête, mais je ne sais même pas où elle existe de manière accessible quand on parle de deviner l'avenir. Et donc, vraiment, je lui fais prendre conscience que la réponse n'existe pas. Et l'idée, ça va être non pas qu'il n'ait plus les questions, mais qu'il les gère autrement, qu'il les traite autrement et qu'il accepte de se dire « je ne sais pas » . Et donc, pour ça, on va travailler vraiment sur repérer d'abord les questions quand elles sont là, voir si c'est une question pour laquelle il existe ou non une réponse. Donc, s'il se dit, est-ce qu'il existe une assurance qu'elle peut prendre ma fille si jamais il faut qu'elle soit rapatriée ? Où est-ce que je peux avoir l'info ? Eh bien, je peux avoir auprès de mon courtier, sur Internet, enfin voilà, je peux éventuellement trouver. Est-ce qu'elle va avoir un accident ? Où est-ce que je peux avoir l'info ? Alors, à moins d'avoir une boule de cristal et encore, parce que j'ai des patients qui ont déjà testé ça, mais ils disent, je sors de chez quelqu'un qui me dit que, je pense à un patient où c'était… lui plus au niveau de son entreprise, est-ce qu'il était anxieux sur comment l'entreprise allait se développer ou pas. Il allait voir un voyant, enfin je ne sais pas comment ça s'appelle exactement, qui lui disait que ça allait aller. Il sortait un peu apaisé, mais quelques heures plus tard, il se disait, ouais mais en fait, qu'est-ce qu'il en sait ? Ouais mais en fait, est-ce qu'il sait vraiment ? Et donc, c'était reparti pour le cycle, parce qu'en fait, le problème, c'est qu'il n'y a pas de réponse assurée, même s'il y a des gens qui disent qu'ils peuvent... deviner les choses dans l'avenir, je ne veux pas dire que j'en doute ou que je n'en doute pas, la question n'est pas là, la question c'est que, est-ce que ça me rassure vraiment ? Donc les gens qui vont voir un voyant et qui sont vraiment apaisés après, au fond, c'est très bien. Et donc, pour eux, la réponse est chez le voyant et ils la trouvent. Mais pour le coup, quand ça ne fonctionne pas ou quand je me dis, évidemment que personne ne sait si ma fille va avoir un accident, ce qui était plutôt le cas de Guillaume, il dit mais non, en fait, personne ne sait ça. Et donc, à partir du moment où il y a cette prise de conscience-là, Derrière, on va vraiment travailler à pouvoir, moi souvent je demande alors de noter la question, de se dire où puis-je trouver la réponse, soit il y a un lieu, le courtier, internet, alors je l'écris et je vais chercher la réponse à un moment où j'ai le temps d'y aller. Et si je me dis, en fait personne ne sait, c'est pouvoir se répondre à soi-même, je ne sais pas, plutôt que de commencer à dérouler des scénarios qui effectivement ouvrent de nouvelles questions, puisqu'on ne sait pas.
- Speaker #0
par essence je suis plus avec des questions qu'avec des réponses donc on demande la personne d'agir sur le moment même c'est-à-dire que la personne du coup doit avoir un carnet sur elle et dès qu'elle est envahie par une question la noter essayer d'y répondre et prendre une certaine distance oui ça permet de donner de reprendre aussi une forme de contrôle sur c'est ça on imagine que ça marche pas toujours et que quelqu'un qui est envahi à sa question n'a pas toujours l'occasion de toutes les noter sur un bloc de papier alors c'est ça donc ce que je propose c'est Merci.
- Speaker #1
de repérer quand ils sont en prise de tête. En général, ils ne le repèrent pas à la première question. Ils ont déjà commencé à dérouler leur scénario. Et je leur dis, voilà, à ce moment-là, quand vous vous repérez, vous dites, OK, quelle est la question qui est là ? Je la note, si c'est possible. Si je suis au volant, je la note après. Enfin, voilà. En fait, l'idée, c'est qu'au départ, ça va être de noter pour qu'à un moment donné, je n'ai plus besoin de noter. Je me dis, ah, c'est une question sans réponse. OK, je ne sais pas. Personne ne sait. Et je lâche progressivement. mais dans un premier temps, c'est aidant quand même de noter et de repérer parfois toutes les questions qui sont venues avant. Donc si je suis en train de me dire, oui, mais en fait, si le téléphone ne marche pas au moment où elle se retrouve là, me rendre compte que je suis en train de me dire, voilà, ça, c'est une piste parce que je me suis posé avant la question de est-ce qu'il y a un accident, est-ce que ceci, est-ce que cela ? Et donc, noter toutes les questions même préalables qui m'ont conduit à me retrouver avec la question du téléphone et puis me dire, en fait, ça, je ne sais pas. En fait, ça, je ne sais pas. en fait ça je ne sais pas, pour couper vraiment ce réflexe de vouloir répondre à des questions pour lesquelles il n'y a pas de réponse. Et donc pour ça c'est vraiment important que la personne ait vraiment cette prise de conscience d'il n'existe pas de réponse. Et franchement, je dis au patient, voilà vous le faites, et j'essaie qu'il le fasse au moins trois semaines, à vraiment systématiser le fait de couper, et progressivement ça vient de plus en plus vite de couper, de se dire en fait c'est une question sans réponse, et c'est très apaisant. Même si ça veut dire aussi apprendre à lâcher prise sur ces points-là.
- Speaker #0
Merci Marina.
- Speaker #1
Avec plaisir. Merci de votre écoute. Ça nous encourage de voir le nombre d'écoutes qui augmente de semaine en semaine. Donc, nous vous remercions du fond du cœur et nous espérons vous retrouver très bientôt.