- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue sur le podcast de Virage, je m'appelle Valentin Ausha et comme toutes les semaines, je suis en présence de Marina Blanchard. Marina qui va nous parler aujourd'hui de Thibaut, prénom d'emprunt. Thibaut a 35 ans, il est célibataire pendant très longtemps, célibataire assumé, mais il voudrait rencontrer quelqu'un.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez le podcast de Virage. On vous donne des pistes pour aller de l'avant, parfois à contre-courant. Je suis Marina Blanchard, psychologue, formatrice et fondatrice de Virage. Mon école s'inscrit dans la lignée de sel de Palo Alto, c'est-à-dire de la thérapie brève systémique.
- Speaker #0
Marina, bonjour et bonne rentrée.
- Speaker #1
Bonjour Valentin, toi aussi, une super rentrée.
- Speaker #0
On se retrouve après deux mois de grandes vacances, énormément de thématiques qui se bousculent évidemment en ce mois de septembre. et tu as reçu un jeune homme, un homme de 35 ans, Thibaut, qui vient te voir avec une demande un petit peu particulière parce que c'est quelqu'un qui voudrait bien vivre quelque chose ou vivre autre chose, mais qui n'a pas l'air de trop savoir comment s'y prendre, en tout cas d'être à l'aise avec cette approche.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Donc, c'est quelqu'un qui... souffre quelque part de la solitude maintenant, alors que ça a été quelque chose qui était tout à fait choisi et tout à fait adapté, puisque avant ça, c'était la fête avec les copains, etc. Et plutôt, je m'encombre de personne et je centre sur ma carrière, et c'est très bien comme ça, avec quelques aventures, comme ça, mais rien de très durable. Et puis, effectivement, doucement, les copains se casent, si on peut dire ça comme ça, se marient ou pas, en... en couple, s'installent, achètent un appart à deux, ont des enfants aussi, donc sortent moins, parce que tant qu'ils sont encore sans enfants, ils sont encore bien là, mais une fois qu'il y a des enfants, ils sortent moins. Et en plus, là maintenant, fin de l'été, pendant l'été avec les enfants, on peut encore faire des barbecues, c'est plus facile, mais dès la rentrée, il sent un peu que tout le monde commence un peu à calmer le jeu, c'est la rentrée, la rentrée des enfants, on reprend un rythme, etc. Voilà. et lui ça ne parle pas du tout ça ne laisse plus seul du coup et ça fait que tout d'un coup enfin tout d'un coup ça fait quelques mois que ça dure mais tout d'un coup il consulte quand même parce que il y a un espèce d'inconfort dans sa situation qui est un peu nouveau pour lui cet inconfort c'est quoi ?
- Speaker #0
c'est le fait de faire face à la perspective d'être seul de se retrouver coincé seul chez lui Merci. Ou c'est plus profond, donc davantage lié au comment éventuellement construire autre chose et construire une histoire sentimentale ?
- Speaker #1
C'est plutôt la perspective d'être seule, là où les autres sont tous à deux. D'être seule parce qu'il n'y a plus de sortie qui s'organise ou bien je sors tout seul ou bien je reste chez moi tout seul et ce n'est pas la joie parce que ce n'était pas l'idée. Il n'a pas du tout anticipé le fait que les autres allaient se calmer à partir de 30, 32, 35. Voilà, tout ça. Les gens commencent à avoir effectivement autre chose à côté de leur vie que les fêtes, le soir et le boulot. Et donc, c'est vrai qu'il est plutôt en mode « il faudrait que je me trouve quelqu'un » . Alors déjà, c'est intéressant de se demander pourquoi il veut le trouver. parce que il est... Pas de temps dans « je voudrais construire quelque chose » , etc. C'est plus parce que tout le monde est avec quelqu'un et que donc, ce serait bien de se soucier avec quelqu'un.
- Speaker #0
Et ce qui, en fait, l'empêche de facto de le faire, du coup, quelle est sa demande ? En fait, il arrive en te demandant quoi ? En disant « aidez-moi à rencontrer quelqu'un » .
- Speaker #1
Oui, il me dit « aidez-moi à rencontrer quelqu'un » parce que moi, j'ai l'impression que je ne suis pas capable de le faire tout seul. Je n'y arrive pas vraiment. Quand je rencontre quelqu'un, ça ne dure pas. Et en même temps, derrière cette demande d'aider-moi à rencontrer quelqu'un, il y a un peu la croyance que ça ne va de toute façon pas vraiment marcher, que ça va de toute façon être éphémère, que ce n'est peut-être pas pour lui, que les femmes aujourd'hui sont trop exigeantes, le féminisme, il n'en parle pas de manière ultra positive, c'est plutôt un poids et que du coup, tout... Il y a une espèce de tout est compté dans ce que fait l'un, ce que fait l'autre, etc. Et ça le saoule un peu. Et donc, voilà, clairement, il me dit, en même temps, je ne vais pas me mettre avec un homme, ça ne m'attire pas. Donc, ce n'est pas non plus son truc. Et donc, il se retrouve un peu avec ce truc de se dire, seul, ça ne va pas. Avec une femme, j'ai l'impression que ça ne va pas durer, parce qu'à un moment, ça va me gaver, en gros. Et avec un homme, ça ne se met pas en ligne de compte. Du coup, il est en mode, je voudrais rencontrer quelqu'un, mais quand il y a quelque chose qui peut s'instaurer, une petite étincelle avec une fille, il n'est pas vraiment proactif. Enfin, il n'est pas du tout proactif, même en fait. Il n'est pas vraiment, mais ce n'est pas du tout proactif, donc il ne va pas du tout venir relancer la fille, s'il se voit, ils vont boire un verre. Il se retrouve à deux parce qu'il était avec des amis, les amis partent, il reste un peu plus tard, il se retrouve à deux avec une fille qu'il ne connaissait pas, il se dit, voilà, elle est sympa et tout, mais il ne va pas la relancer, il ne va pas demander son numéro de téléphone, il ne va pas demander aux amis qu'il la connaissait s'ils peuvent le mettre en contact, il ne bouge pas du tout.
- Speaker #0
Il ne fait rien, en fait.
- Speaker #1
Il ne fait rien. Du coup, oui, je vais lui montrer qu'en ne faisant rien, évidemment, il a peu de chances de réussite dans son projet de se mettre en couple. Et donc, il me dit, mais de toute façon, ça échouera. Il est un peu à plomber le truc d'emblée. Et donc, je vais aller travailler. Alors, il y a plusieurs choses, en fait. La première chose, c'est que je me dis, est-ce qu'il est vraiment mobilisable ? Est-ce qu'il veut vraiment ? Et donc, je le remets devant ce choix de se dire, soit effectivement, vous allez devoir faire des choses, être plus proactif, etc. Si vous voulez nourrir une relation, souvent, et c'est un exemple que je prends, même mariée, mais j'ai souvent la relation. Le couple, c'est comme une plante. Et si on n'arrose pas, il va alors commencer déjà à arroser. Surtout quand il n'y a qu'une petite graine, il faut bien mettre de l'eau quand on veut faire germer une graine. Et donc, effectivement, je vais lui demander s'il préfère prendre le risque de faire ça, quitte à ce que ça ne marchera pas après, ou bien s'il préfère rester seul. Et là, c'est vraiment son choix. Pour moi, c'est vraiment très important. C'est évidemment que moi, je ne veux pas du tout me mettre à sa place et me dire que je préférerais ça ou ça pour lui. Et que lui puisse se dire, bon voilà, les inconvénients de l'un et les inconvénients de l'autre. Ceux d'être seul, il les connaît. Et encore, il dit, c'est que le début, parce que ça va être de pire en pire. Donc, il les connaît, il les pressent aussi. Et ceux d'être en couple, il les connaît moins les inconvénients, mais il voit beaucoup de risques, en tout cas. Et donc, c'est à lui de choisir entre les deux. Pour l'aider à choisir, on va aussi aller explorer plus loin ses risques, ses peurs, en fait, puisque ce sont ses peurs à lui. Et donc, on va aller voir ensemble qu'est-ce qui peut arriver si vous vous mettez en couple, que ça se passe mal, que la fille, elle exige des trucs de moi que je ne suis pas prête à faire parce qu'elle m'en demande trop, je n'ai plus la paix comme je l'avais avant, etc. Et puis, on va aller plus loin, on va dire, OK, imaginons que ça se passe, et alors, et alors, et alors, jusqu'à imaginer une rupture, jusqu'à imaginer... auquel cas il se retrouve seul. Donc, il se retrouve de nouveau dans l'autre situation. Et donc, pour lui permettre d'avancer, c'est vraiment en allant traverser ses peurs et voir comment il est prêt à prendre certains risques ou pas. Parce qu'il peut se dire, à un moment donné, je ne suis pas prêt à prendre le risque, en fait, parce que je n'ai pas envie de vivre des relations de couple bêtes, parce que moi, ça peut être de toute façon, je ne sais pas. Alors, on va travailler ensemble sur accepter le fait d'être seul et se positionner et assumer. Ce choix qui était en plus vraiment un choix pendant longtemps et l'assumer face aux copains, gérer autrement la solitude le soir quand on ne peut pas sortir parce que plus personne n'est dispo et travailler sur accepter la solitude. Donc, on a vraiment deux champs possibles de travail. Au départ, on va voir avec lui d'un côté et de l'autre, mais progressivement, il y en a un des deux qui va probablement être celui qu'on va essayer avec lui. Donc, il va... décider, lui, pas moi, s'il préfère qu'on travaille d'abord à essayer d'accepter d'être seul et voir comment ça donne, ou s'il préfère d'abord essayer de rencontrer quelqu'un, prendre du coup des risques, être plus proactif et voir comment ça donne.
- Speaker #0
Merci Marina.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
À la semaine prochaine.
- Speaker #1
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