- Speaker #0
FED GROUP
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans Voix d'entrepreneurs du droit by FED Légal. Dans ce podcast, nous recevons des acteurs du monde du droit. Leurs points communs ? Une vision entrepreneuriale de leur métier. Des parcours toujours inspirants et emprunts de sincérité et d'optimisme. Bonne écoute !
- Speaker #2
Bonjour à tous et bienvenue dans Voix d'entrepreneurs du droit by Fed Legal. Je suis Audrey Déléris et aujourd'hui je reçois Maria Gomri. Ravie de te retrouver Maria. Et avant qu'on enchaîne sur l'interview, je vais te présenter. Donc Maria, tu es Head of Legal Southern Europe chez Google, en charge de la France, de l'Espagne, de l'Italie, du Portugal et de la Grèce. Tu es diplômée d'un DESS en droit de l'informatique et des nouvelles technologies de l'Université Paris-Sud. ainsi que d'un DEA en droit de la communication de l'université Paris-Panthéon-Assas. Tu débutes ta carrière comme avocate en 1998, spécialisée en droit des médias et des nouvelles technologies, d'abord au sein du cabinet Alain Bensoussan, puis au sein du cabinet Franklin. En 2006, grande année, tu rejoins Google France comme juriste business. Tu es d'ailleurs la deuxième juriste recrutée en France à l'époque, après Yoram Elkaim, qui est l'actuel directeur juridique international de Google. Tu participes ensuite à la structuration de la fonction juridique avant de prendre des responsabilités de plus en plus larges jusqu'à diriger la fonction juridique sur la région Europe, Middle East et Africa. Et comme je le disais, aujourd'hui tu es en charge de l'Europe du Sud. Maria, merci d'être là aujourd'hui.
- Speaker #0
Merci Audrey pour ton accueil.
- Speaker #2
Est-ce que tu vas bien ?
- Speaker #0
Et tout va très bien par cette journée de printemps ensoleillée.
- Speaker #2
Exactement. Ça commence en effet très bien. Est-ce que j'ai... Bien tout dit, pour te présenter, est-ce que j'ai oublié quelque chose ? Est-ce que j'ai fait une erreur ?
- Speaker #0
Pas du tout, tu as été très précise et complète. Merci pour ce résumé.
- Speaker #2
Merci beaucoup. Alors, il y a une question que j'aime bien commencer l'interview quand je reçois mes invités, c'est de revenir un petit peu en arrière. Pourquoi le droit au départ ? Est-ce que c'était une vocation, une évidence pour toi ? Ou est-ce qu'au contraire, ça s'est fait un peu par hasard, comme pour beaucoup d'autres ? d'entre nous, beaucoup de juristes et directeurs juridiques ?
- Speaker #0
Absolument, ça s'est fait par hasard, puisque en terminale, je n'avais pas vraiment d'idée de ce que je voulais faire, et j'étais plutôt orientée vers la philosophie. Et ma professeure de philosophie m'a plutôt, elle, orientée vers le droit, en me disant que cela menait à tout. C'est comme ça que je l'ai suivie, je me suis inscrite à l'université Assas, et le goût pour le droit est arrivé progressivement, surtout en maîtrise. lorsque j'ai découvert la propriété littéraire et artistique.
- Speaker #2
Et justement, ça m'amène à mon autre question. C'est vraiment cette quatrième année où tu as découvert cette matière-là, parce qu'après, tu as été aussi média et nouvelle tech. C'était assez émergent à l'époque. Donc, qu'est-ce qui t'a plu dans cette matière, dans ces matières ?
- Speaker #0
Alors, ce qui m'a plu, c'est le côté innovant. Donc, comme tu le dis, en 1995, ça remonte, j'ai fait ce troisième cycle de droit des médias. Il m'avait semblé à l'époque que l'audiovisuel ou le droit de la presse étaient assez statiques et mon mémoire portait sur l'œuvre multimédia à l'époque, les CD-ROM, je ne suis pas sûre que tu aies connu, mais l'œuvre multimédia, l'épreuve du droit d'auteur et c'est là que j'ai découvert ce qu'on appellera après les nouvelles technologies et je me suis orientée vers un troisième cycle, le premier à l'époque, ce 3DESS de droit de l'informatique. et des nouvelles technologies avec le professeur Sirinelli et là j'ai découvert tout un univers en me disant que l'avenir et le futur seraient là. Et j'avais décroché, j'avais compris que ce serait l'univers dans lequel je souhaiterais évoluer.
- Speaker #2
Et tu as eu raison, après on en reparlera. C'est vrai que le professeur Sirinelli aussi, quand j'étais à la fac, en parlait beaucoup, était très réputé aussi.
- Speaker #0
Très réputé, le premier aussi, donc très visionnaire.
- Speaker #2
Tu as commencé en tant qu'avocate en cabinet, comme je le disais dans ta présentation, chez Bensoussan et chez Franklin. Toujours avec ces sujets qui, on l'a compris, te passionnaient déjà à l'époque. Qu'est-ce que tu retiens aujourd'hui de ces années en cabinet d'avocat ?
- Speaker #0
Chez Alain Bensoussan, je garde un souvenir d'avoir été plongée directement au cœur de l'écosystème d'Internet. On est dans les années 2000 et donc le commerce électronique explose. des... Absolument passionnant et dynamique. Quant au cabinet Franklin, là j'ai été exposée à des dossiers plus internationaux et de plus grande envergure. Donc ce que j'en ai appris, c'est qu'il était nécessaire absolument de maîtriser la technique pour pouvoir analyser juridiquement les problématiques, et puis l'art du conseil et la recherche de solutions concrètes pour les clients. Donc j'ai vraiment... J'ai découvert que mon métier à moi, c'était le conseil et l'accompagnement des entreprises.
- Speaker #2
Et c'est ça qui t'a donné envie de passer de l'autre côté ?
- Speaker #0
Absolument, puisque j'avais une petite frustration, comme nombre d'entre nous, où on voit une partie des métiers des entreprises, et rejoindre une entreprise, c'était pour moi la possibilité d'être embarquée sur une stratégie, depuis la conception des produits jusqu'au contentieux. Donc, pour moi, c'était plus vivant. Et c'est là que Google arrive ? Et c'est absolument là que Google arrive. En 2006, je vois cette annonce sur Internet, vraiment de la façon la plus simple qu'il soit. Et je vois le descriptif du poste en me disant, mais ça, c'est le job de mes rêves. Tout y est. C'est accompagner le développement de Google, qui était quand même déjà assez connu à l'époque. J'ai été demandé, oui. Ah oui. On est en 2006, l'entreprise a déjà, je crois, 8 ans d'existence avec de nombreux produits. C'était, pour te dire, on était 350 sur le poste. Donc, il y avait un véritable attrait, une véritable force de la marque et d'intérêt sur les produits.
- Speaker #2
Et donc, c'était déjà connu, c'était moins gros que maintenant. Bien sûr, bien sûr. Et là, ça fait... J'ai calculé à peu près mais presque 20 ans, ou pas encore. Moins que cotier. Absolument. Avec le recul, alors compliqué évidemment de résumer 20 ans chez Google, évidemment, mais avec le recul, quel regard est-ce que tu poses sur à la fois mon parcours de Google et le tien chez Google, justement ? Qu'est-ce qui t'a le plus marqué ? Quels ont été un peu tes ressentis principaux, on va dire, durant toutes ces années ?
- Speaker #0
Ce qui me frappe le plus, en fait, c'est... La richesse et la variété extraordinaire des sujets traités. C'est toujours fascinant d'être au centre d'une machine non seulement technologique, mais également politique et géopolitique, avec des sujets d'un intérêt vraiment rare et d'un rythme d'évolution d'une vitesse incroyable. Et sur un plan personnel, je retiens une formidable stimulation intellectuelle avec une grande ouverture sur le monde. Encore une fois, la confrontation a des enjeux sociétaux majeurs que je ne soupçonnais absolument pas quand j'ai rejoint l'entreprise il y a 20 ans.
- Speaker #2
Est-ce que tu as des exemples que tu serais d'accord pour nous partager, des choses qui t'ont marqué durant toutes ces années ? J'imagine qu'il y en a des dizaines et des dizaines.
- Speaker #0
il y en a des dizaines ben de Tu vois, le plus récent, c'est ces questions de souveraineté numérique. On voit bien que c'est au cœur des discussions géopolitiques. Qui aura la main sur ces technologies ? Donc ça, c'est pour te donner un exemple de géopolitique, mais je peux aussi te donner des exemples de politique interne, avec nos rapports avec les éditeurs de presse, puisqu'il y a toutes ces... discussions, je ne dirais pas de survie, mais en tout cas de maintien des éditeurs de presse qui ont moins de subventions de l'État, moins d'abonnements et dans le même temps, il y a des utilisations de leur contenu par les sociétés technologiques comme les nôtres. Il y a une confrontation entre, d'un côté, les exceptions aux droits des éditeurs de presse auxquelles on pourrait nous prétendre et de l'autre côté, la nécessité d'être euh... financés et d'être aidés. Donc on a des questions de démocratie et de pluralité qui se posent. Et voilà, c'est des enjeux sociétaux majeurs auxquels je suis confrontée depuis des années, par exemple.
- Speaker #2
Oui, et ça j'imagine avec plein d'autres sujets au fur et à mesure des années. Et là, ce que tu nous expliques justement, c'est cette grande implication du juriste, des juristes avec ton équipe. Comment tu as vu la fonction juridique évoluer en même temps que Google grandissait ? Comment ton rôle de juriste puis après de manager a-t-il transformé au fil des années ?
- Speaker #0
Le rôle de juriste, il y a 20 ans, et juriste dans une entreprise de nouvelles technos comme Google, c'était le juriste multitâche qui fait tout, qui sur tous les fronts, et qui aborde les sujets avec une certaine candeur et une certaine spontanéité. Aujourd'hui, à l'ère de l'IA, comme on dit, évidemment... On ne court plus dans tous les sens, on est vraiment dans la conception d'agents, d'intelligence artificielle qui sont là pour nous aider, pour nous aider à automatiser des process et nous... permettre de nous concentrer sur les questions les plus stratégiques. Donc il n'est plus question aujourd'hui de courir dans tous les sens, même si ça avait beaucoup de charme.
- Speaker #2
Aujourd'hui, tu diriges les équipes juridiques d'une large région, donc l'Europe du Sud. Qu'est-ce qui te plaît dans ce métier après toutes ces années ? Je rajoute une question aussi. Est-ce que tu gardes une partie opérationnelle aussi ? Est-ce qu'il y a des sujets que tu as toujours en direct toi-même ?
- Speaker #0
Alors, ce que... Ce qui me plaît encore aujourd'hui, c'est vraiment l'intérêt et la variété constante des dossiers qui ont des dimensions politiques et géopolitiques, comme je le disais tout à l'heure. Ça, ça n'a pas changé et c'est grandissant en réalité. Ce que je continue d'apprécier, c'est également le rythme de travail qui est très stimulant et très dynamique. Et enfin, la complexité. On est en première ligne de sujets de débats de société. Prends les voitures autonomes par exemple, prends toute cette autonomie qui est confiée à des machines, à des algorithmes. C'est fascinant, ce sont des questions quasiment philosophiques et ce sont des questions qu'on aborde aujourd'hui au sein de cette entreprise. et ce qui... Ce qui me plaît encore, c'est le fait d'avoir ce luxe rare de pouvoir continuer à apprendre tous les jours de nouvelles choses. Et est-ce que je garde un aspect, enfin, est-ce que j'ai encore un peu les mains dans le cambouis ? Aujourd'hui, je n'ai pas le choix. Ça va du SVP au plus junior d'entre nous. Aujourd'hui, avoir les mains dans le cambouis, c'est créer des agents d'IA. Donc, on est tous formés. poussé à tester les produits, à tester nos outils pour développer notre propre Legal Tech, notre propre petite bibliothèque d'agents IA. Et ça, c'est pour tout le monde, pas seulement pour nos plus juniors. C'est moi aussi. Donc ça, c'est la partie processuelle de Juriste enrichie. Et puis, il y a des dossiers que je conserve et sur lesquels je travaille vraiment de très près. Comme je te le disais tout à l'heure, par exemple, toutes nos relations avec les éditeurs de presse et tous les sujets qui tournent autour sont des sujets qui me passionnent et que je garde.
- Speaker #2
Ok. Ce que tu dis me fait penser à une question sur les outils. J'imagine, moi en tout cas, que chez Google, vous devez avoir des outils au-delà de la suite Google, évidemment. Pour le coup, si tu es d'accord pour nous en parler, comment ça se passe justement pour la direction juridique Google ? Est-ce que vous avez... évidemment tous les outils de Google. Est-ce qu'il y a des choses qui peuvent être aussi développées sur mesure pour vous, comme c'est parfois le cas dans des structures qui n'ont pas les moyens d'avoir un outil externe, mais il y a des développeurs qui font ça dans les sociétés ? Comment ça se passe vos relations avec les développeurs pour votre direction juridique justement ?
- Speaker #0
Tout est interne. On a beaucoup d'outils, beaucoup de technologies. Et ce qui est assez intéressant, c'est qu'on nous demande d'utiliser ces technologies pour développer nos propres outils. Donc nous sommes nous-mêmes développeurs. Je fais du vibe coding. C'est fou ce qu'on nous propose et ce qu'on nous encourage à faire. Et par conséquent, on n'a pas recours à des tiers puisqu'on le fait vraiment sur mesure et qu'on a des plateformes et des technos qui sont très puissantes et qui nous permettent de le faire.
- Speaker #2
D'accord. Et aujourd'hui, est-ce qu'il y a quelque chose qui n'existe pas et que tu aimerais inventer ? soulager ton quotidien, l'améliorer, celui de ton équipe ?
- Speaker #0
J'ai des projets en tête et je pense qu'avec les outils qu'on nous propose, je devrais pouvoir y arriver. Maintenant, je me forme et je dois tester. Je vais y arriver, ça va prendre un petit peu de temps, mais je vois des choses assez extraordinaires qui se développent autour de moi par des collègues et donc je pense que tout est accessible. Il faut vraiment juste s'y plonger et... et se lancer.
- Speaker #2
Ok. Donc, ce qui te manque aujourd'hui sera là demain.
- Speaker #0
C'est sûr. Et du temps. Et un peu de temps pour le... Et un peu de temps. Voilà.
- Speaker #2
Ok. En préparant cette interview, j'ai beaucoup... J'emploie... Un mot que j'utilise en plus sans que tu sois là, google-lisez. Pour le coup, parce que maintenant c'est un verbe depuis quelques années maintenant, ton nom évidemment, et pour essayer de retrouver des interviews, des interventions. Donc il faut savoir que tu interviens quand même beaucoup, j'ai reçu beaucoup de conférences et d'interventions, mais je viens d'apprendre que c'est ton premier podcast. Donc je suis honorée vraiment que tu sois là avec moi pour ce premier podcast. Et dans ces recherches-là, j'ai lu une interview qui expliquait... Voilà, quand tu es partie du cercle montesque, voilà, dans la direction juridique au féminin, ton implication dans le mentoring, et je sais que c'est quelque chose d'important pour toi dans l'absolu, donc je voulais un peu te poser la question, qu'est-ce qui est important selon toi dans cette notion même, ce concept même de mentoring ?
- Speaker #0
C'est la transmission, je pense que c'est ce que nous faisons en tant qu'êtres humains, on aime transmettre, surtout quand on avance un peu dans la vie, on aime transmettre aux plus jeunes. C'est extrêmement gratifiant de voir une mentorée prendre confiance en elle, postuler à un poste de direction, surmonter avec succès un défi managérial. Donc c'est une grande satisfaction personnelle et moi-même j'en ai bénéficié. Donc ça n'est qu'un juste retour des choses.
- Speaker #2
Donc cette transmission est vraiment importante. Très importante. Je crois que c'est aussi quelque chose de très important chez Google aussi, de transmettre, de former.
- Speaker #0
Absolument. Quand on arrive, on a un buddy, comme on appelle ça, quelqu'un qui nous aide à comprendre la culture de l'entreprise, à avoir les codes, à travailler comme il se doit, à comprendre aussi les rouages. donc c'est pour avoir un... se mettre un pied à l'étrier, donc c'est extrêmement important et c'est extrêmement utile.
- Speaker #2
Il y a une question en ce moment qui m'inquiète en quelque sorte, c'est on parlait d'outils justement et j'entends quand même des directeurs juridiques un peu malgré eux parfois qui me disent non je ne recule plus de juristes juniors parce que j'ai des outils, ça les remplace. Je sais que c'est une grosse question dans les directions juridiques il y a forcément des questions de budget aussi et j'entends Ça évidemment, parce que si vous aviez tous le budget limité, vous auriez et les outils et les équipes encore plus complètes. Donc ça, j'ai déjà ma réponse. Maintenant, il y a un vrai sujet de formation des juniors. Là, le fait que tu parles de transmission m'encourage à te poser la question. Si tous les juniors sont remplacés par des outils, on va avoir un énorme problème dans quelques années où on n'aura plus de seniors, justement. On n'aura plus de juniors formés, puisqu'il n'y en aura plus. J'exagère, je prends évidemment le... Talou le plus noir qui puisse exister. J'espère bien qu'il y en aura. J'ai quand même peur qu'il y en ait quand même beaucoup moins, parce que justement, il y a des directions juridiques, je le vois, qui déjà, malgré eux ou pas, pour le coup, choisissent les outils en remplacement de ces profils juniors. Et pour moi, le manager juridique, le directeur, la directrice, peu importe son titre, c'est important aujourd'hui que son rôle, votre rôle à toi et tes pairs, c'est de continuer à former des juniors. Qu'est-ce que tu penses de ça ?
- Speaker #0
Alors moi, je n'ai pas du tout cette approche. Je pense que c'est encore très important d'avoir des juniors, ce que nous permet en tout cas aujourd'hui. Les outils d'IA, c'est de nous débarrasser des missions qu'on peut automatiser, des missions qui sont à très très très faible valeur ajoutée. Pour autant, dans une direction juridique comme la mienne, on a différentes tailles de dossiers. On a des très très gros dossiers. qui seront gérées par des seniors ou par moi-même. Et puis, on a des dossiers qui sont... plus modeste, mais tout aussi stratégique. Et donc moi, j'ai encore besoin de juniors. Il y a encore un travail de stratégie, même sur des plus petits dossiers. Donc, on en a parlé il y a quelques semaines, quand je te demandais s'il était possible de nous aider à renforcer un peu nos équipes. Tu pourras en témoigner, je t'ai plutôt demandé des profils juniors.
- Speaker #2
C'est vrai.
- Speaker #0
Je confirme.
- Speaker #2
Et merci pour eux parce qu'il y a un vrai sujet, je le vois aussi, ou j'ai même entendu dans certains cabinets d'avocats, il y a des cut de moitié des recrutements de stagiaires en collaborateurs juniors. Et certains cabinets ont divisé par deux leur recrutement junior pour le coup. Donc la version officielle, c'est on fait attention et il y a des outils, il y a, mais moi ça m'inquiète un petit peu. Pour le coup, pas forcément en termes de recrutement, parce qu'évidemment, je suis acheteuse de tête et plus les directions juridiques recrutent, plus je suis ravie. Mais vraiment, non, ça c'est pour la petite blague, mais pour le coup, c'est vraiment sur la fonction juridique elle-même. Ça m'inquiète pour les profils, ça m'interroge plutôt que ça m'inquiète, ça a l'air très négatif dit comme ça, mais pour les juniors qui sortent de la fac ou le VV.
- Speaker #0
Moi, j'ai toujours besoin de juniors, donc ils pourront toujours postuler quand j'aurai un poste ouvert. C'est même en priorité des juniors que je souhaite recruter.
- Speaker #2
Merci, j'encourage tes pairs aussi à faire la même chose et à défendre justement cette formation de junior. Merci, me voilà déjà un peu plus rassurée. Maintenant, autre sujet dont on a déjà parlé toutes les deux pour le coup, c'est cette formation que tu as repris récemment pour être administratrice. Qu'est-ce qui t'attire dans cette fonction ? Est-ce que pour toi c'est une suite logique dans ton parcours ? une autre manière d'avoir de l'impact ? Je voulais un petit peu ton avis sur ce choix particulier de formation et de ce que ça implique.
- Speaker #0
Alors, comme tu l'auras peut-être perçu, j'ai une vraie passion pour les entreprises qui créent de la valeur. Et Google en crée énormément. Et puis, il y a tellement de produits et d'unités que je pourrais m'en satisfaire. Mais en fait, je reste encore très curieuse de découvrir de nouvelles entreprises. et leur fonctionnement, et c'est par curiosité intellectuelle et par volonté d'aider des entreprises à se développer que je souhaite collaborer à la validation de leur plan stratégique. Donc c'est essentiellement de continuer à m'ouvrir sur tout ce qui se passe dans le monde de l'entreprise aujourd'hui.
- Speaker #2
Merci Maria là-dessus. Comme je le disais, j'ai visionné quelques conférences. Pour le coup, j'ai retrouvé des pépites. Donc là, je m'oblige de faire un petit clin d'œil à notre cher Pierre Landy. Je sais, on aime beaucoup toutes les deux. J'ai retrouvé une interview qui date d'une dizaine d'années, où tu es intervenue avec Pierre lors d'une conférence de la FGE. Tu expliquais, on en a déjà un petit peu parlé, que les outils technologiques n'étaient pas une menace pour les juristes, mais une opportunité. Et tu nous as rassurés sur l'avenir. des juristes et notamment des juniors. À l'époque, on parlait donc déjà d'automilitation, mais pas encore d'IA générative. Est-ce que tu as toujours la même conviction ? Si tu devais intervenir sur le même sujet, mais au regard de ce qui se passe depuis dix ans et en l'état actuel des choses en 2026, qu'est-ce que tu dirais ? Je dirais la même chose.
- Speaker #0
Je dirais absolument la même chose. Ce que je constate moi aujourd'hui, c'est que tous ces outils Merci. me permettent de dégager un temps vraiment précieux pour me concentrer davantage sur une analyse stratégique. Aujourd'hui, ce que je constate, c'est qu'on est dans une phase intense de formation. On a beaucoup d'outils, on a beaucoup d'usages qui peuvent être captés et gérés par ces outils. Mais je suis... Vraiment dans l'incapacité de te dire aujourd'hui s'il s'agit d'une menace ou non. C'est extrêmement efficace, tout s'accélère. C'est une autre aventure vraiment passionnante que je n'avais pas vue venir. Mais c'est assez difficile à ce stade. Donc c'est vrai qu'on entend et on lit un peu tout et son contraire sur la menace. Je ne serais pas capable de me prononcer. Aujourd'hui j'ai... En tout cas, en l'état actuel des technologies, pas l'impression que je peux être remplacée. Je suis plus efficace.
- Speaker #2
Et qu'est-ce qui te rend plus efficace, justement ?
- Speaker #0
Je vais te donner un exemple. Quand j'ai une réunion avec un collaborateur, donc j'ai pas mal de collaborateurs, et on a beaucoup de dossiers, donc je n'ai pas tous les dossiers en tête. Plutôt qu'en début de réunion, à chaque fois, lui faire répéter la nature du dossier, certains détails, j'ai maintenant... tous les dossiers de tous les collaborateurs dans un outil assez génial qui s'appelle Notebook LM que je vais interroger. Et en quelques secondes, Notebook LM va me permettre de répondre à des questions que j'aurais posées à mon collaborateur. Et quand j'ai 30 minutes avec un collaborateur, j'économise 10 minutes de remise en contexte, de procédure, de rappel. Je vais... vraiment directement à l'essentiel. De la même façon, c'est aussi comme ça que je prépare toutes mes réunions, mes réunions avec mes partenaires business. Et quand on me pose des questions, alors c'est assez drôle, et que je n'ai pas la réponse, j'interroge Gemini en direct. Et Gemini, qui est donc notre outil phare d'intelligence générative, est devenu mon meilleur sparring partner. Donc j'ai évidemment mes idées. Mais je ne pars plus d'une feuille blanche. Et ça, ça me permet de gagner un temps précieux additionné dans une journée, avant chaque réunion, avant chaque prise de décision. J'ai vraiment l'impression d'être très très enrichie par ces outils.
- Speaker #2
Ça, je pense que tu as mis des mots quand même très importants à souligner. C'est le mot « sparring partner » et « enrichie » . C'est un remplacement. Ça vient... compléter ce que toi tu sais déjà, ce que tu révis, et parce que tu as posé les bonnes questions et tu avais de l'album raisonnement, que ça vient compléter ce que tu avais sans doute déjà en tête, mais au lieu de prendre plusieurs heures, ça prend un petit peu moins de temps.
- Speaker #0
Absolument, et ça va plus vite et ça me rend vraiment meilleure. Je trouve des arguments que je n'aurais peut-être pas trouvé aussi rapidement, voire pas trouvé du tout. Donc c'est assez formidable. Ça me rend plus intelligente.
- Speaker #2
Eh bien écoute... on prend justement quand ça nous enrichit tu parlais de tes équipes justement, donc tu as des équipes importantes, internationales c'est quoi pour toi un bon manager et un bon directeur juridique aujourd'hui ?
- Speaker #0
pour moi le bon manager bon alors évidemment il y a la vision mais qui est quand même beaucoup dictée par l'entreprise on accompagne les priorités de l'entreprise mais je dirais que le bon manager tu ne vas peut-être pas de ne pas trouver ça très sexy, mais c'est un manager qui travaille un peu sur les process et qui enlève les obstacles aux équipes et qui est là pour leur faciliter leur quotidien et voilà, pour leur permettre de se consacrer à ce qui a le plus de valeur ajoutée, à ce qui est le plus intéressant pour eux et essayer d'enlever toute cette bureaucratie où... ou ses difficultés organisationnelles, puisqu'on est une entreprise assez complexe dans son organisation. Donc vraiment les aider à se consacrer à l'essentiel, sur un plan de process. Et puis le bon directeur juridique, pour moi, c'est celui qui est, c'est un peu tarte à la crème, mais le bon partenaire business de toutes les autres directions, le directeur général. Donc voilà, c'est l'aider à apprendre, les aider tous à prendre des décisions en parlant leur langage. Alors ça, ça n'a pas changé, ça c'est toujours le rôle du directeur. Enfin en tout cas, ma perception du directeur juridique depuis que j'ai commencé ce métier, c'est d'être le bon traducteur et puis celui qui permet d'avoir l'analyse des risques la plus fine possible pour pouvoir accompagner des décisions qui ne sont pas faciles à prendre.
- Speaker #2
Ce que j'aime beaucoup dans tout ce que tu dis, justement, c'est on retrouve la notion de partage et de collectif. Tu as redit encore partenaire pour tes équipes aussi. Tu es là pour être un peu leur sparring partner aussi, du coup, et faire en sorte que leur travail soit plus intéressant. Et tu le dis aussi pour ta direction, tu as ce rôle d'accompagnement extrêmement important. Voilà, j'aime beaucoup cette notion de collectif, justement, qui se traduit par tous les mots que tu as employés. Retour en arrière encore, cette fois-ci, pas sur les bancs de la fac, Maria, mais Un peu avant, quand tu étais enfant, j'imagine, peut-être à tort, que tu ne voulais pas être directrice juridique chez Google. Qu'est-ce que tu avais envie de faire ?
- Speaker #0
Alors, je vais te faire sourire. Je n'avais pas de métier précis en tête, mais je me souviens d'une petite fille qui avait 8 ans, qui jouait à l'époque avec une Barbie. et qui projetait cette Barbie dans des aéroports allant d'un pays à un autre, où le rythme était rapide et qu'elle traînait sa petite valise derrière elle. Donc c'est un peu l'image que je me faisais d'un métier plus tard, sans savoir vraiment ce que c'était. Et puis aujourd'hui je voyage pas mal, et puis j'ai une petite valise à la main, et puis ça va vite. Parfois, j'ai des petits flashs comme ça et j'analyse la situation. Je vois la situation avec un petit regard amusé. Donc, petite fille, je ne savais pas ce que je voulais faire. Mais en tout cas, je savais que ce serait et international et dynamique. Et voilà.
- Speaker #2
Donc, tu as réalisé ton rêve.
- Speaker #0
D'une certaine façon.
- Speaker #2
Qu'est-ce qui t'inspire au quotidien, au-delà du droit ? Je l'entends un peu passionne. Quelles sont tes inspirations personnelles, professionnelles ? Au quotidien ?
- Speaker #0
Alors, je vais complètement changer d'univers et je te répondrai que je puise une grande inspiration dans la nature et les paysages de montagne. J'admire vraiment la grandeur, la beauté gratuite, de la petite fleur, toute petite, que tu vois en te promenant jusqu'au sommet, les plus grandioses. Et... Cette nature m'inspire puisqu'elle me... renvoie à une forme d'humilité, au fait qu'on est assez petit, que le temps passe très vite et que c'est vraiment nécessaire d'avoir du recul sur tous les petits événements quotidiens qu'on traverse.
- Speaker #1
Ça me rappelle ce que me disait Pierrick Le Goff, je ne sais pas si tu le connais, c'est l'ancien directeur juridique d'Alstom qui est aujourd'hui associé chez De Gaulle Florence. que j'ai reçue aussi dans ce podcast-là. Et cette question a répondu à quelque chose d'assez similaire. Il me parlait d'aller faire deux mémoires, des randonnées, seule dans la nature, pour justement prendre du recul.
- Speaker #0
Absolument. Je fais la même chose. C'est très ressourçant et très agréable.
- Speaker #1
Est-ce que tu as eu, ou que tu as encore d'ailleurs, des mentors, des personnes clés dans ton parcours qui t'ont guidée, influencée ?
- Speaker #0
Oui, j'en ai eu plusieurs. Je pense à deux mentors lorsque j'ai étudié. J'étais à l'université, qui m'ont vraiment permis de prendre confiance en moi, qui m'ont vraiment fait comprendre que mes singularités et mes compétences propres étaient de véritables atouts, même si ce n'étaient pas les qualités qu'on pouvait imaginer pour réussir une carrière brillante ou des études brillantes. Et donc, ils m'ont encouragée à m'appuyer sur ces... sur mes singularités, parce qu'elle porte en elle, elle porte encore aujourd'hui une énergie vitale précieuse dont on a besoin pour se projeter et pour se donner les moyens de parvenir à ses ambitions. Et puis, troisième mentor que tu connais, puisqu'il s'agit de Yoram Elkaim, qui a été pendant de très très nombreuses années, mon manager, mais également un mentor et qui m'a fait confiance durant toutes ces années. Et quand on nous fait confiance, eh bien, on a confiance en soi, évidemment. Et il m'a aussi appris le calme en toutes circonstances et le sens de la nuance. Parce que je ne sais pas si tu as perçu à travers... ce parcours que j'avais quand même une certaine fougue qu'il fallait contenir. Et voilà. Et ce sens de la nuance a été très, très important pour moi. Et je pense que ça me permet d'avoir une panoplie de compétences plus complètes.
- Speaker #1
Parfait. Ça me laisse sans voix et ça me fait réfléchir. Parce que ma prochaine question, du coup, est en lien avec ça aussi, bien entendu. Je ne sais pas. Avec le recul que tu as aujourd'hui, quel conseil est-ce que tu aimerais donner à un étudiant qui sort de la fac de droit, qui vient d'avoir son diplôme d'avocat ? Ou est-ce qu'il y a un conseil que tu aurais aimé recevoir ? Là, tu nous as donné quand même pas mal de choses sur l'appréciation des singularités comme véritable atout, le calme, le sens de la nuance. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais rajouter en plus ?
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est assez important. Alors, c'est assez abstrait ce que je vais te dire, mais je pense que c'est important d'essayer d'avoir une vision, même si elle n'est pas précise, de ce vers quoi on veut aller. Une forme de projection, de se projeter dans un univers, même si on n'a pas une idée précise, parce que je pense qu'avec son énergie et sa détermination et son travail, peut, avec tous ses éléments, ce cocktail, réaliser ses ambitions.
- Speaker #1
Très bon conseil. Un peu comme cette petite fille qui est jouée à la Barbie et qui l'a fait voyager à travers le monde. Merci beaucoup Maria. Est-ce que tu as un dernier mot pour nos auditeurs ?
- Speaker #0
Oui, je voudrais peut-être revenir sur ce concept de menace, de peur face à des outils IA. Aujourd'hui, c'est ce qu'on lit partout dans les médias, les conversations entre amis, enfin ça tourne beaucoup autour de « bon, dans quelques temps, on nous aura remplacés » . Et en fait, mon approche face à cette transformation, c'est de rester ouverte, curieuse, de tester sans avoir trop d'inquiétudes, et puis encore une fois d'avoir ce recul. Pour observer, être témoin de cette révolution qu'on nous présente comme la plus grande révolution depuis très longtemps, si c'est le cas, on sera tous embarqués dans cette grande aventure, mais le fait d'être témoin de cette révolution, je trouve ça passionnant et c'est sous cet angle-là que je l'aborde. Et donc, mon dernier mot, ce serait de ne pas aborder ce qu'on vit aujourd'hui avec inquiétude. mais plutôt avec curiosité.
- Speaker #1
Merci Maria pour ces derniers mots très forts pour le coup sur lesquels on se quitte. C'était un plaisir de te recevoir dans ce podcast. Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci Audrey, ça a été un plaisir également de partager ce moment avec toi.
- Speaker #1
Et je suis ravie que ce premier podcast soit avec nous. Merci,
- Speaker #0
merci encore.
- Speaker #1
Merci Maria et merci à tous nos auditeurs de nous avoir écoutés aujourd'hui. Je suis sûre que vous aurez apprécié cet échange. passionnant. Voilà, je dis ça à chaque fois, mais à chaque fois, je trouve ça de plus en plus génial. Donc, merci Maria, merci à tous. Et je vous dis à très bientôt pour un nouvel épisode de Voix d'entrepreneurs du droit by Fed Legal. Merci. Merci pour votre écoute. Nous espérons que ce temps de partage vous a plu. Abonnez-vous pour plus d'histoires professionnelles et de témoignages enrichissants. Suivez-nous sur LinkedIn et retrouvez nos offres d'emploi sur notre site carrière, fed-group.fr FED
- Speaker #0
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