- Speaker #0
FED GROUP
- Speaker #1
Bonjour et bienvenue dans Voix de soignants by FED Médical. Dans ce podcast, nous recevons des professionnels de la santé. Immergez-vous dans leur quotidien de passion et de vocation en écoutant leurs témoignages inspirants. Bonne écoute !
- Speaker #2
Bonjour à toutes et bonjour à tous, bienvenue dans Voix de soignants, le podcast de FED Médical. Je suis Cécilia et aujourd'hui je suis très heureuse de recevoir Julien Delpech qui est fondateur d'Invivox, la plateforme de référence pour le partage de connaissances entre professionnel de santé. Bonjour Julien.
- Speaker #0
Bonjour Cécilia.
- Speaker #2
Est-ce que vous pouvez, Julien, nous présenter Invivox pour commencer, s'il vous plaît ?
- Speaker #0
Alors, je vais vous présenter Invivox à travers un cas pratique. Prenons un médecin généraliste installé en France. Il a 45 ans. Il a terminé ses études il y a 20 ans de ça. Dans sa formation de médecin généraliste, il a eu, en tout et pour tout, 7 heures de formation à la dermatologie. 7 heures sur 7 ans. Ça donne une idée de son niveau en dermatologie. Ce médecin, aujourd'hui, il fait face à un afflux de patients énorme du fait des déserts médicaux dans le domaine de la dermatologie. Il y a de moins en moins de dermatologues en France et il va y en avoir de moins en moins, c'est une population vieillissante qui disparaît. Oui. Ce que fait Invivox, ça va être justement de proposer des formations adaptées à ces contraintes pour l'aider à mettre à jour ses compétences, son expertise et au final... Ce que fait Invivox, c'est former les médecins, parce qu'un médecin bien formé, c'est un patient, a priori, mieux traité.
- Speaker #2
Effectivement, ok, c'est très clair. Donc, ma question suivante, et je pense que ça va intéresser tout le monde ici, puisque nous sommes tous et toutes amenés à dépendre régulièrement des compétences des soignants, et on met littéralement, régulièrement, notre vie entre leurs mains. Donc, rassurez-nous, est-ce que les médecins, les professionnels de santé, ont l'obligation de se former, ou de mettre à niveau leurs compétences régulièrement ? Est-ce que légalement, ils sont tenus de le faire ?
- Speaker #0
C'est une question absolument fondamentale. Je vais déplacer le sujet et puis ensuite revenir à la médecine. Partons sur une population à qui on remet nos vies régulièrement, pour certains, les pilotes d'avion. Un pilote d'avion, tout au long de sa vie, il a une obligation de se former à tout plein de choses. Il a même cinq obligations annuelles. Il a une obligation de... se former sur des simulateurs. Il a des obligations à se former au niveau réglementaire, sur l'évolution réglementaire des choses. Il a des évolutions qu'on appelle des évolutions de management. Comment est-ce qu'on gère un équipage ? Comment est-ce qu'on gère des passagers difficiles ? En plus de ça, il va faire une visite médicale tous les ans pour s'assurer qu'il va bien physiquement mais aussi psychiquement. On se souvient de ce pilote allemand qui avait écrasé son avion sur une montagne. Et à partir de 40 ans, cette visite médicale ça va être tous les 6 mois. Donc aujourd'hui, quand on monte dans un avion, a priori, le gars, il est ultra formé. Quand vous rentrez chez un médecin, le médecin, il n'a aucune, strictement aucune obligation de se former. On parle de la France ici.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'il y a des dispositifs qui existent, les dispositifs de l'État français, du ministère de la Santé, qui incitent les médecins à se former, mais qu'ils se forment ou qu'ils ne se forment pas, il n'y a absolument aucune sanction. Donc, Si je reprends mon exemple du médecin, vous allez peut-être rentrer chez un médecin de 45 ans qui, depuis 20 ans, ne s'est pas formé. Vous allez lui confier votre corps sur des sujets qu'il ne maîtrise pas forcément.
- Speaker #2
C'est vrai que c'est frappant.
- Speaker #0
Donc là, on est dans la théorie. L'État n'oblige pas les médecins français alors que, dans le reste du monde, il y a des obligations qui sont sanctionnées. C'est-à-dire que les médecins doivent obtenir des crédits qu'on appelle des crédits CMI. Credit for Medical Education en anglais. Et tous les deux ans, ils doivent démontrer qu'ils ont obtenu ces crédits en se formant, sans quoi ils perdent leur licence de médecin. Donc c'est une sanction qui est quand même extrêmement forte.
- Speaker #2
C'est dissuasif.
- Speaker #0
C'est assez dissuasif. En France, que nenni, on a des incitations, mais si les médecins ne le font pas, c'est pas grave.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #0
Voilà la situation. Maintenant, la réalité, c'est que les médecins se forment.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
Voilà. Les médecins ont cette curiosité naturelle, mais vous pouvez tomber sur un médecin qui, lui, a arrêté de se former depuis 10 ans parce qu'il juge qu'il n'a pas le temps. Et c'est vrai que les médecins ont de moins en moins de temps. Donc, il n'y a pas d'obligation en France de se former. Et l'obligation qui est en train d'arriver, ça s'appelle la recertification des professionnels de santé. Ça sera une fois tous les 6 ans. Tous les 6 ans. C'est-à-dire que... à la vitesse à laquelle la médecine évolue.
- Speaker #2
Il y a beaucoup de choses qui se passent en 6 ans. Enfin,
- Speaker #0
tous les 6 ans. On est quand même dans un système un peu absurde. Et quand on regarde ce qui se fait dans les autres pays... On a envie d'importer quand même ce qui fonctionne bien chez les autres et ces crédits qu'on appelle CMI, de pouvoir les institutionnaliser en France.
- Speaker #2
Ok, effectivement, ça semblerait intéressant. Est-ce qu'on peut prendre des cas concrets maintenant, s'il vous plaît, Julien ? On va parler de médecins, d'infirmiers, on va essayer de diversifier les profils de soignants qu'on évoque. Par exemple, si je suis infirmier ou infirmière, comment est-ce que je peux me former si je souhaite changer de spécialité ?
- Speaker #0
Alors, si vous êtes une infirmière aujourd'hui, alors il y a plein de types d'infirmières, mais prenons les infirmières d'État. Aujourd'hui, le métier d'infirmière, il est en évolution constante. Il est en évolution constante parce que, je l'ai dit tout à l'heure, on a de plus en plus de déserts médicaux, les médecins ont de moins en moins de temps, et donc le ministère de la Santé a, depuis presque une dizaine d'années, décidé, il était temps, de transférer des compétences aux infirmières, aux pharmaciens et à d'autres populations. Donc aujourd'hui, moi mon conseil, ça serait, si vous êtes une infirmière, vous avez un nouveau statut qui existe, qui s'appelle les infirmières en pratique avancée, IPA, on ne va pas confondre avec la bière. Aujourd'hui, il y a tout plein de formations qui existent pour ces infirmières. C'est des formations qui durent généralement deux ans, qui peuvent se faire en alternance pour que les infirmières ne perdent pas leur travail ou en tout cas leur revenu. C'est des formations qui vont permettre aux infirmières de faire beaucoup plus de choses qu'auparavant. Et aussi de bénéficier d'un supplément de salaire qui est assez conséquent, donc qui permet aussi aux infirmières de vivre de plus en plus dignement, puisque souvent le salaire d'une infirmière est assez bas, et c'est extrêmement regrettable dans le système français. Donc les infirmières aujourd'hui peuvent se former soit à travers ces diplômes officiels, soit elles peuvent aussi se former sur tout plein de micro-formations, ce qu'on appelle le micro-learning, qui permet en quelques minutes de mettre à jour une compétence, de comprendre une nouvelle réglementation qui arrive. Donc en fait, c'est la combinaison des deux qui permet aux infirmières d'accéder à un nouveau statut et aussi en permanence de mettre à jour leurs compétences.
- Speaker #2
Ok, très clair. Et si on parle des chirurgiens maintenant, qu'est-ce que je privilégie ? Qu'est-ce que vous conseillez de privilégier si je suis chirurgienne, en l'occurrence, pour ma formation continue ?
- Speaker #0
Alors Cécilia, en tant que chirurgienne, je vous conseille le compagnonnage.
- Speaker #2
Très bien.
- Speaker #0
Le compagnonnage, c'est vieux comme le monde. Je pensais que c'était pour les menuisiers. J'allais dire que c'est le plus vieux métier du monde, mais je n'en suis pas sûr. En revanche, le compagnonnage, c'est d'aller chez un confrère ou une consoeur, de passer quelques jours au bloc opératoire avec elle, de voir comment elle gère en direct dans le bloc opératoire les patients et les patientes qu'elle opère, et derrière, d'être capable justement de répéter le geste quand vous revenez dans votre hôpital. Si ! On n'a jamais fait mieux que le compagnonnage. Et par exemple sur Invivox, on propose du compagnonnage à l'Institut Curie, où des médecins du monde entier viennent découvrir la technique, les techniques de reconstruction du sein après cancer, qui sont proposées par l'Institut Curie.
- Speaker #2
Qui est une référence hallucinante en la matière. Absolument,
- Speaker #0
absolument. C'est une immense référence. Et là, surtout, ce qui est intéressant, c'est que vous allez voir les cas qui vont bien. Vous allez voir aussi, parce que c'est du live, vous êtes dans le bloc opératoire. Vous allez voir le cas qui ne va pas bien, comment est-ce qu'un médecin récupère, un chirurgien récupère un cas qui se passe mal. Vous allez voir la réalité de ce qui se passe. Donc voilà, le compagnonnage, franchement, on n'a jamais fait mieux aujourd'hui.
- Speaker #2
Ok, je le découvre. C'est vrai que ce n'est pas quelque chose auquel on pense spontanément. Dernier cas concret qu'on aimerait vous soumettre pour les médecins généralistes. Je suis médecin généraliste. Comment vous me conseillez d'orienter ma formation continue ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, le médecin généraliste, c'est véritablement le mot généraliste qui est hyper important.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
puisque l'accès aux spécialistes est de plus en plus compliqué, le généraliste y récupère des patients qui n'ont plus accès aux spécialistes. Donc le généraliste, moi mon conseil, c'est de lui dire d'observer dans son département ou dans un rayon de 10, 20, 50 kilomètres, ça dépend d'où il est en France, et d'essayer de voir quels sont les spécialistes disponibles et quels sont ceux qui ont disparu. Je reprends l'exemple de la dermatologie. Vous avez des départements, par exemple le département des Alpes de Haute-Provence. Il reste un dermatologue à digne pour tout un département. Un dermatologue. Donc ce médecin généraliste, je vais dire, il faut orienter votre formation sur la dermatologie pour être capable d'identifier un mélanome sur un patient, ensuite le renvoyer vers un centre spécialisé, mais d'aller véritablement se former sur les spécialités qui ont disparu dans le rayon autour de lui.
- Speaker #2
Ça a l'air logique. Merci beaucoup. On va rester sur le concret, parce que je pense que c'est ce qui est le plus intéressant quand on discute et que ça va parler à tous nos auditeurs, nos auditrices. Est-ce que vous pouvez nous raconter une ou deux histoires marquantes que vous avez vécues où quelqu'un, un soignant en l'occurrence, a fait les bons choix de formation et pour lui ou pour elle, ça a tout changé ?
- Speaker #0
Alors, je vais reprendre mon exemple pour rester dans la dermatologie. On va tirer la ficelle de la dermatologie. On forme énormément, énormément de professionnels de santé à la dermatologie, et notamment grâce à une dermatologue qui a ouvert un site qui s'appelle le Kezako du Dermato, sur lequel elle publie tous les cas qu'elle voit sur les patients.
- Speaker #2
D'accord.
- Speaker #0
Et elle fait ça de manière extrêmement maligne. Elle prend une photo d'un bout du corps d'un patient, avec évidemment l'accord du patient, et puis elle le met sur les réseaux sociaux, elle le met sur son groupe Kezako, sur Facebook, et ensuite, elle pose une question. Elle leur dit, alors là, vous voyez quoi ? Vous voyez un mélanome, vous voyez un psoriasis, une sucette géante. Et derrière, on est dans ce qu'on appelle le social learning. C'est-à-dire que c'est les personnes qui vont réagir et qui vont proposer des choix, d'autres qui vont les contredire. Et on est sur un réseau social, on est sur un groupe fermé entre professionnels de santé. Et donc finalement, les gens apprennent sur du cas concret. Et à la fin de la journée, cette médecin, donc la docteure Anne Gresset-Chaussade, elle va donner la solution. Et elle va expliquer, si vous êtes kiné, voilà ce que vous pouvez faire. Si vous êtes généraliste, voilà ce que vous pouvez faire si vous êtes dermato. Donc vous voyez, c'est un exemple où on a eu des kinés qui disent, parce qu'un kiné, il travaille sur un corps, il travaille sur des corps dénudés, il travaille sur la peau. Et on a des kinés qui nous ont dit, c'est extraordinaire, parce qu'en suivant ces formations, je suis capable de repérer un truc que je trouve louche. Et ensuite, à ce moment-là, j'appelle. le dermatologue ou la dermatologue, en le disant, voilà, je me suis formé sur le Kezako du Dermatologue, je pense avoir une intuition sur un mélanome. Et là, le dermatologue va trouver un créneau en urgence pour prendre un patient. Et je pense que c'est un exemple intéressant. Très récemment, on a eu une gériatre. Pareil, la gériatrie, c'est vraiment le parent pauvre en ce moment. Il y a de moins en moins de gériatres et, hélas, pour une population vieillissante, de plus en plus de personnes qu'il faudrait être capable de prendre en charge. Cette gériatre qui a suivi une formation sur l'hypertension artérielle, elle a tout de suite pris contact avec le formateur, donc un autre médecin, pour lui dire, il faut absolument que je mette en place dans mon centre de gériatrie tout ce que j'ai appris. Et ils ont travaillé ensemble pour pouvoir, là, ils sont en train de le mettre en place.
- Speaker #2
Ok, donc là, vraiment, ça fait une vraie différence. Ok, super, c'est des histoires très intéressantes et très explicites. L'intérêt de se former et de prendre le taureau par les cornes sur ces sujets-là. Merci beaucoup. Justement, si aujourd'hui je suis un soignant, je vais me former, quelle démarche je dois entreprendre en priorité ? On peut parler des organismes de formation, on peut parler des financements. Qu'est-ce que vous conseilleriez sur le côté un peu plus administratif des choses, on va dire ?
- Speaker #0
Il y a plusieurs moyens de se former aujourd'hui en France. Il y a les organismes officiels qui s'appellent... le DPC, le développement professionnel continu, qui est en train de disparaître, absorbé par la certification des médecins. C'est une véritable usine à gaz qui a fonctionné plus ou moins, puisqu'ils se sont quand même fait défoncer par la Cour des comptes et puis par une mission IGAS qui a recommandé la suppression de cet organisme, qui coûtait quand même 230 millions d'euros à la France tous les ans. Et je pense que c'est une parenthèse intéressante parce qu'en France... C'est l'État qui finance la formation. Dans les autres pays, c'est les médecins qui financent leur propre formation. Et cette formation, généralement, elle est assurée par les équivalents des grands centres universitaires à l'étranger. Donc en fait, ça fait rentrer de l'argent à l'hôpital. Les médecins, en se formant, font rentrer de l'argent à l'hôpital. Nous, en France, on fait débourser l'État dans un contexte que vous connaissez très bien, où il n'y a plus d'argent. Donc aujourd'hui, soit on se forme avec des PC, c'est des formations qui durent en moyenne une journée. Donc c'est une formation assez complète. On peut aussi se former à travers tous les diplômes universitaires. J'ai parlé du diplôme des infirmières, pour devenir infirmière en pratique avancée. C'est un diplôme qui dure deux ans. Et on peut aussi, et moi c'est ce que j'appelle la formation permanente, mais c'est ce qu'on propose sur Invivox, c'est accéder à des contenus extrêmement courts. Alors quand on dit court, on est sur du 3, 5, 7, 15 minutes. à des contenus qui sont extrêmement concrets. Parce que quand on n'a pas de temps, quand on est un professionnel de santé, et tous les professionnels le disent, notre contrainte principale, c'est le manque de temps. Quand on n'a pas de temps, on ne va pas se former sur le sexe des enjeux. On va se former directement sur un sujet qui va avoir un impact concret sur notre quotidien. Également, nous, on rajoute de l'interactivité parce qu'on apprend mieux quand c'est interactif, on apprend mieux en jouant. Et derrière, évidemment, tout ce qui est gratification. C'est important la gratification dans le domaine de la formation. parce que le cerveau fonctionne sur le circuit de la récompense. Si on sait d'entrée... en s'inscrivant à un contenu de formation, que 15 minutes plus tard, je vais obtenir un certificat de complétion, une attestation qui valide le fait que je me suis formé, ça change tout, ça multiplie par 4 le taux de complétion à la fin. Donc aujourd'hui, pour se former, il y a le très court qui est proposé par Invivox, il y a des formations type DPC, et puis les formations, les diplômes universitaires qui durent 3 mois, 6 mois, 1 an, 2 ans, et qui permettent quand même... aujourd'hui d'offrir des très, très belles formations, très complètes, aux médecins qui souhaitent se spécialiser dans un domaine.
- Speaker #2
Ok, ça marche, c'est très clair. Si on parle d'Invivox maintenant, puisque vous en êtes le fondateur à l'heure présentement, si je veux bénéficier des formations proposées par Invivox, comment ça marche ?
- Speaker #0
Ça marche comme ça a débuté, il y a dix ans de ça. L'idée d'Invivox, c'était de démocratiser l'accès à la formation et en particulier aux meilleurs. aux professeurs d'université, aux meilleurs médecins, parce que ce n'est pas forcément un professeur d'université qui est meilleur qu'un médecin libéral qui voit plus de cas et d'autres types de cas.
- Speaker #2
Oui, les mêmes compétences.
- Speaker #0
Donc nous, ce qu'on a créé avec mon coéquipier Patxi, c'est d'abord une plateforme ouverte à tous les professionnels de santé, gratuite, internationale. et c'est ce qui fait aujourd'hui sa force. C'est-à-dire que les médecins du monde entier peuvent venir découvrir un sujet, donc ils tapent un sujet, comme sur Airbnb, au lieu d'aller chercher un appartement, vous allez chercher une formation, par exemple sur le surpoids de l'adolescent, et puis là, la plateforme va vous proposer une dizaine, une vingtaine, une cinquantaine de formations qui sont proposées par des médecins, des CHU, peu importe, des sociétés savantes, et là, il suffit de s'inscrire, puisque la plupart des formations, et c'est 99% de nos formations, sont gratuites. Et derrière, les formations se font soit en présentiel, soit à distance, sur des modules de micro-learning, des cas cliniques. Enfin, on a tous les formats qui sont disponibles sur Invivox. D'accord. Donc l'idée, c'était, voilà, comme chez McDo, venez comme vous êtes. Et puis, c'est gratuit, c'est ouvert à tous. Donc notre mission qui était de démocratiser l'accès à la formation, c'est ma fierté d'entrepreneur de dire qu'aujourd'hui, n'importe quel médecin du monde entier, c'est plus basé sur du copinage pour aller se former. C'est basé sur une plateforme ouverte à tous.
- Speaker #2
Oui, la connaissance est disponible. Et dans plusieurs langues, semble-t-il. Dans toutes les langues. Dans toutes les langues. Merveilleux. Alors, il nous reste deux questions. On arrive à la fin de cet entretien. C'est compliqué de ne pas parler d'IA aujourd'hui. Vraiment, c'est sur toutes les lèvres. Quel rôle joue l'IA dans la formation des médecins ? La question, c'est concrètement, moi, je suis patiente. Je ne suis pas soignante. Je pense que tout le monde l'aura compris. Est-ce que je peux faire confiance à un médecin ? Qui est formé par Claude, ChatGPT ou par Mistral. J'ai plutôt envie de dire non, mais je suis curieuse de vous entendre là-dessus.
- Speaker #0
La semaine dernière, je lisais un article du New Yorker qui était très bien illustré avec un dessin. C'était un patient qui était face à son médecin et qui lui disait de manière très sérieuse, il disait « Docteur, je vous félicite, vous avez fait le même diagnostic que ChatGPT. »
- Speaker #2
C'est terrible, mais je pense que c'est assez proche de la réalité.
- Speaker #0
Exactement. Et je pense qu'aujourd'hui, les grands systèmes d'intelligence artificielle font un boulot extraordinaire. Alors, je fais quand même une parenthèse en disant que ces grands systèmes, c'est quand même la spoliation absolue, c'est le braquage du siècle ou du millénaire. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle vient voler toutes les connaissances qui sont disponibles sur des centaines, des milliers, des millions de sites Internet sans aucune rétribution.
- Speaker #2
Oui, vous parliez du New Yorker, c'est ça. Les médias se plaignent de ça. Ils disent qu'ils se nourrissent de tout ce que nous, on publie, de nos enquêtes, de notre travail journalistique.
- Speaker #0
Exactement. Il y a quelques années de ça, il y a 3-4 ans de ça, un médecin allait vérifier sur un site internet spécialisé quelle était l'interaction entre un médicament et un autre médicament. Aujourd'hui, il tape ça sur ChatGPT ou sur Claude et il a la réponse instantanée et il a aussi la source. qui permet quand même de donner de la crédibilité à la réponse. Mais en revanche, il n'est jamais allé sur le site spécialisé. Donc le site voit disparaître tout cela. Et comme la plupart des sites aussi sont basés sur de la publicité qui est elle-même basée sur le nombre,
- Speaker #2
sur le trafic,
- Speaker #0
tous ces sites vont devoir se réinventer d'une certaine manière. Donc ça, c'est la petite parenthèse sur l'IA. Aujourd'hui, c'est très difficile de faire confiance à l'IA dans le domaine médical. Je vous donne un exemple. Je suis un médecin généraliste ou je suis un pharmacien. Je suis un pharmacien puisque les pharmaciens aujourd'hui ont l'autorisation de vacciner. Il va sur son téléphone portable et il pose la question directement à Claude ou à un autre sur la vaccination. Comme vous le savez, la vaccination selon les pays, et en particulier aujourd'hui les Etats-Unis, le ministre de la Santé américain Kennedy, qui est un anti-vax notoire, il a interdit certains types de vaccins chez les enfants. La rougeole et d'autres types. Donc en fait, si la base de connaissances de Claude, c'est la réglementation américaine, le pharmacien français qui a fait la requête va être complètement induit en erreur. Donc aujourd'hui, comment est-ce qu'on fait confiance à ces outils ? On ne peut pas leur faire confiance aujourd'hui. Mais les choses changent à une vitesse qui défie moi ma compréhension, mon entendement. Et aujourd'hui, l'intelligence artificielle ne va pas faire disparaître le médecin. Mais en revanche, je pense que le médecin qui n'utilise pas l'IA va disparaître au profit du médecin qui l'utilise.
- Speaker #2
C'est un peu vrai dans tous les métiers ça d'ailleurs.
- Speaker #0
Exactement, c'est un petit peu vrai dans tous les métiers. Mais je crois que l'intelligence artificielle, ça a été démontré dans plein de cas, et notamment la base de la réflexion sur un diagnostic chez les médecins, c'est comme ça qu'ils sont formés en France et partout dans le monde, c'est le diagnostic différentiel. C'est-à-dire qu'on établit un diagnostic, et là on est très fort en France, puisqu'on a été formés à cette réflexion critique de nous-mêmes. Le médecin se dit, ok, j'ai établi ce diagnostic, qu'est-ce que j'aurais pu rater, quels sont les autres diagnostics ? que j'aurais pu rater. Et c'est là où l'intelligence artificielle est extrêmement fascinante. En enregistrant la conversation, l'IA va pouvoir dire aux médecins « Attention, en entendant les différents symptômes énoncés par le patient, vous avez peut-être passé à côté de ces différentes pathologies. »
- Speaker #2
Donc oui, ça limite les angles morts, on va dire.
- Speaker #0
Exactement. Et puis, ça limite aussi tous les biais cognitifs où Un médecin généraliste, il a 10 minutes par patient. Il en a 16 qui attendent dans la salle d'attente. Voilà. Il va entendre un patient qui lui dit bonjour docteur, je suis fatigué. Paf, allez, vitamine C. En fait, il est fatigué. Ce qu'il voulait lui dire, c'est qu'il avait des problèmes d'érection. Il ne va pas lui dire comme ça. Il faut se lancer dans la conversation.
- Speaker #2
Bien sûr.
- Speaker #0
Et tous ces biais cognitifs, on sait des raccourcis du cerveau, un biais cognitif, ils vont induire au final à un diagnostic potentiellement... qui n'est pas le bon diagnostic. Donc l'IA, dans ces cas-là, l'IA peut être extrêmement utile.
- Speaker #2
Oui, on sait toujours. Je trouve que c'est bien d'y mettre de la nuance sur ces questions d'IA. Donc merci beaucoup de l'avoir fait. On va conclure. On aurait pu rester longtemps à discuter avec vous, mais on arrive à la dernière question. Donc pour conclure, quels sont, à votre avis, les axes de formation à privilégier dans le futur pour les soignantes et les soignants ?
- Speaker #0
Aujourd'hui, il y a un immense déficit chez les soignants et les soignantes, parce qu'ils n'ont pas été formés au départ, sur tout ce qu'on va appeler les soft skills. Je vous donne un exemple. Aujourd'hui, un adolescent sur deux qui rentre chez le médecin généraliste est en surpoids. Combien de fois le surpoids est abordé par le médecin généraliste ? Très, très rarement. Parce que le médecin ne sait pas comment aborder. On est sur un sujet sensible, potentiellement tabou. Le moindre mot, la mauvaise question de départ, ça va... fermer la discussion potentiellement. Donc aujourd'hui, je crois que les soft skills sont absolument fondamentaux pour les médecins, malgré et en particulier par leurs contraintes de temps. Comment est-ce qu'on aborde la conversation avec un adolescent en 10-15 minutes ? Est-ce que c'est possible ?
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
C'est sûrement possible, mais il faut avoir été très très bien formé là-dessus.
- Speaker #2
Bien sûr, ça ne fait pas partie de la formation académique, on va dire.
- Speaker #0
Voilà, exactement. Elle ne fait pas partie de la formation académique. Je pense qu'il faut se former évidemment sur l'IA. Là, nous, on a un thème en ce moment sur Invivox avec un partenaire Pulse Life où on propose les quatre jeudis de l'IA. Et chaque jeudi, c'est un intervenant qui va venir parler concrètement sur comment prompter, comment valider une source médicale et tout ça. Et je pense que c'est assez fondamental justement pour être capable de bien utiliser l'intelligence artificielle. Il faut se former et se former en permanence.
- Speaker #2
Ok. Julien, merci beaucoup. C'était passionnant. J'espère que vous qui nous écoutez, vous aurez, comme moi, appris des choses aujourd'hui en écoutant Julien. Si ça vous a plu, si ça vous intéresse, je vous invite à vous abonner, bien évidemment, à Voix de soignants, le podcast de FED Médical. Et je vous dis à très bientôt. Merci. Merci, Julien.
- Speaker #0
Merci, Célia.
- Speaker #1
Merci pour votre écoute. Nous espérons que ce temps de partage vous a plu. Abonnez-vous pour plus d'histoires professionnelles et de témoignages enrichissants. Suivez-nous sur LinkedIn et retrouvez nos offres d'emploi sur notre site carrière fed-group.fr