- Speaker #0
Aujourd'hui, je reçois une femme au parcours qu'on pourrait qualifier d'atypique. Aline a travaillé dans la sécurité privée, porté une arme, repris une entreprise et traversé l'Argentine en stop avec une tante et un chien. Puis, elle est devenue maman. Aujourd'hui, elle vit au Yukon, dans le Grand Nord canadien, avec son mari et leurs deux enfants. Et tout ça en gérant à distance leur entreprise touristique en Suisse. Mais derrière cette femme fonceuse, il y a aussi une petite fille. qui a grandi avec une différence visible, le vitiligo. Une maladie de peau qui a marqué son rapport à son corps, au regard des autres et la confiance en soi. Bienvenue dans Zéro Filtre.
- Speaker #1
Être une femme, c'est terriblement compliqué. Les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes droits.
- Speaker #2
Zéro filtre, un podcast qui t'invite à explorer des sujets dits tabous en toute simplicité.
- Speaker #1
Le jour où les femmes diront la vérité, les journaux n'auront pas la même saveur.
- Speaker #2
Dans chaque épisode, plonger dans des témoignages honnêtes, de la confiance en soi à la maternité.
- Speaker #1
Tu as une vraie plateforme. Ce que tu dis a de l'importance. Je ne me suis jamais permis de... souffler ne sera ce que 15 jours. Livre, libre,
- Speaker #2
je ne veux plus tomber. Zéro filtre, présenté par Isalina Kerman.
- Speaker #3
Votre capacité à changer tout ce qui est, démarre ici. Bonjour Aline. Bonjour Isaline.
- Speaker #0
Merci d'être là en Suisse en plus.
- Speaker #4
C'est fou,
- Speaker #0
hein ? Et on disait en aparté, ça fait très longtemps que vous n'avez pas vu. Ouais, ça fait trop longtemps. Dingue, c'est ce que c'est. La vie de famille, l'expatriation. entre autres bon alors avant que justement on parle de ton parcours et de ce qui t'amène aujourd'hui derrière le micro de Zéro Filtre j'aimerais que tu te présentes comme tu le souhaites pour que les auditrices te situent alors
- Speaker #4
je suis jurassienne
- Speaker #0
de souche,
- Speaker #4
j'ai aussi grandi très longtemps, j'en ai joie. J'ai 36 ans, je suis mariée, j'ai deux enfants. Je suis entrepreneuse et je suis aussi expatriée depuis deux ans. au fin fond du Canada. Voilà. Et je suis plein d'autres choses. Je suis fonceuse.
- Speaker #0
Là, tu réponds presque à ma deuxième question. Ah oui. On voit les habitués. J'aime beaucoup. Donc, tu es entrepreneuse, maman de deux enfants. Et on va peut-être le placer quand même ici que tu es ma cousine.
- Speaker #4
Je suis ta cousine.
- Speaker #0
Oui, oui. Mais on n'a pas grandi ensemble.
- Speaker #4
Non.
- Speaker #0
Vu que tu connais le podcast, tu sais que la prochaine question, c'est celle que j'adore poser à tout le monde et que j'adore poser aussi en société parce que ça nous définit plus, je trouve, que les rôles et les casquettes. Qui es-tu, Aline, sans ces rôles et sans ces casquettes ?
- Speaker #4
C'est vrai que c'est une belle question, mais ce n'est pas évident. Je me suis longtemps posée dans le train. Je dirais que je suis fonceuse. Je réfléchis, mais pas très longtemps. En général, quand j'ai quelque chose en tête, je ne l'ai pas ailleurs. J'ai même plusieurs idées en général et puis c'est très compliqué pour moi de choisir. Je suis entreprise. Je suis entreprenante et entrepreneuse. Je ne sais pas si entreprenante dans le sens où c'est moi souvent qui amène les gens à se rencontrer ou à faire des choses. Je rassemble aussi. Je pense quelqu'un qui aime rassembler. J'aime beaucoup être entourée de ma famille, de mes amis. Alors, je n'ai pas un secte ami proche très large parce que justement, je donne beaucoup de temps à ceux que j'aime. Et pour moi, je n'ai pas besoin d'être hyper entourée. Je suis une fausse calme, je dirais. On me le dit souvent maintenant. Je parais assez calme et posée, mais en fait, au fond de moi,
- Speaker #0
c'est le feu.
- Speaker #4
C'est le feu, ça bouillonne. Mes nuits ne sont pas très calmes. Du coup, j'ai des idées. Encore cette nuit, j'avais une idée qui est apparue. Du coup, je suis un peu fatiguée. Je pense que j'ai appris justement à vivre aussi dans mon présent. Merci. Je suis heureuse.
- Speaker #0
C'est beau. J'aime beaucoup poser cette question qui on est sans rôle ni casquette parce que ça montre vraiment profondément qui on est. On ne devient pas cette personne par hasard. Et justement, toi, dans ton histoire, il y a quelque chose de différent tout de suite quand tu es petite fille. Est-ce que tu mets le terme maladie dessus ?
- Speaker #4
Oui, c'est une maladie auto-immune.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça a changé justement dans cette enfance ?
- Speaker #4
Alors, il faut dire que ça fait du coup 30 ans. Et puis il y a 30 ans, c'était pas une maladie reconnue, c'était plutôt les personnes âgées qui étaient atteintes de cette maladie. Du coup, quand ça s'est développé, c'est vrai que ma maman m'a un peu baladée à Ausha droite. aux quatre coins de la Suisse pour voir un petit peu ce qui se passait et puis j'ai entendu toutes les théories possibles. J'étais la seule, je ne connaissais personne, on n'avait pas les réseaux donc on ne savait pas ce qui se passait ailleurs, qu'il y a d'autres personnes qui étaient aussi touchées.
- Speaker #0
Donc tu t'es sentie comment à ce moment-là ?
- Speaker #4
Très différente, très en marge. Et j'étais assez « populaire » , donc c'est vrai qu'on se permet moins d'embêter les personnes, je dirais, populaires. Petite, je l'ai encore pas trop mal vécue. C'est plutôt forcément vers l'après-adolescence, l'adolescence où c'est plus compliqué, où on a vraiment une image de soi dure, on a vraiment un regard dur. Et puis, je pense que quand on est, entre guillemets, normale, c'est déjà difficile. Alors quand on porte vraiment une différence visible. Voilà, d'autant plus de s'intégrer et puis de s'accepter surtout. Ça n'a été pas facile et du coup c'est vrai que ça m'a développé des comportements. Je voulais justement garder un peu cette notoriété, mais continuer d'être la personne un peu populaire pour qu'il m'aime malgré ça. Et puis ça m'a aussi du coup amenée à faire des choix pas très malins.
- Speaker #0
Tu peux nous citer, c'était quoi ces mauvais choix ?
- Speaker #4
Je dirais que c'était surtout avec les garçons.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #4
Parce que je cherchais tout le temps l'improbation des hommes, des garçons à cette époque. Les garçons ne sont pas très malins au collège. On n'est pas très malines non plus, il faut le dire. Et puis je dirais que c'était les années 2000. Les années 2000 c'était... Les modèles qu'on connaît, les tailles basses, les strings qui remontent jusqu'en vidéo...
- Speaker #0
Arrêtons de faire revenir la mode, parce que ce n'est pas forcément toujours une bonne idée.
- Speaker #4
Non, et voilà, c'était la provocation. On avait les sports-études, des garçons populaires qui faisaient du hockey. Le but c'était de séduire ces garçons.
- Speaker #0
J'ai été dans le même collège que toi.
- Speaker #4
Et puis, être très jeune, c'était un peu la compétition des mauvais choix. Dont un qui m'a... Dont, je vais dire, j'étais plutôt la victime, mais j'ai été tournée en coupable. Voilà, l'effet inverse. Et j'ai souffert pendant deux ans de harcèlement scolaire. Même, je dirais, de la part des adultes, très peu soutenus. Alors, ma maman était là, mais elle était très mal équipée, je dirais, pour faire face à ça. Et oui, ça a été... Du coup, comment dire, je voulais être populaire, et du coup, quand ça s'est arrivé, ça a vraiment eu l'effet inverse. Et du coup, ça a eu un autre effet. On voulait parler.
- Speaker #0
Mais oui, tu peux le dire, c'est ma prochaine question. Tu peux enchaîner si tu veux.
- Speaker #4
Du coup, je suis tombée dans une compulsion alimentaire. J'ai pris des kilos pour me protéger finalement du regard des autres et puis m'enfermer un petit peu, disparaître finalement.
- Speaker #0
Concrètement, ça se caractérisait comment ? Tes troubles ? Tu mangeais beaucoup ou au contraire ?
- Speaker #4
J'étais très triste. Et je pense que c'était vraiment... Ça a été un mécanisme de survie pour moi. Parce qu'en tant qu'adolescente, on avait des idées noires. Mais j'ai un fort caractère. Donc, heureusement, je pense que ça m'a aidée quand même. Mais voilà, en parallèle, je mangeais. Alors, je veux dire, je n'ai jamais été obèse. Je n'ai jamais... J'ai peut-être pris, je ne sais pas, quand même 10 kilos, je dirais. Et du coup, en fait, finalement, les gens, au début, m'ont un peu critiqué. Très de grosse. Et après, voilà. T'es passée une aperce. Je suis redevenue un peu invisible. Je me suis fait discrète. Et puis c'est à ce moment-là que je me suis dit, en fait, maintenant les gens s'en foutent. Donc je peux faire ce que je veux. Et puis j'ai décidé d'être moi-même à ce moment-là. Et voilà, j'ai fait plein de choses que j'avais envie de faire, qui sortaient de la norme. J'ai chanté dans un groupe de rock. J'avais les cheveux roses, fluo. Dernière année au collège, j'étais pas trop mal. Du coup, je me suis fait des amis qui étaient un peu avant dans la marge et qui finalement sont devenus mes amis. Et voilà, j'ai pu en fait sortir de tout ça, mais ça m'a...
- Speaker #0
Oui, ce qu'on peut voir, c'est que c'est parti dès l'âge de 6 ans avec ta différence avec le vitiligo, qui t'a emmené à affronter le regard des autres très jeune en fait, et à assumer une différence que tu n'as pas choisie. Et ensuite, ça t'a déclenché ce qu'on peut voir des troubles alimentaires. Mais aujourd'hui, ce qu'on remarque, c'est une femme audacieuse, forte, qui a voyagé toute seule. Entrepreneuse en plus, en plus maman. Donc, à quel moment tu as compris que toutes ces différences, ça pouvait devenir une force ?
- Speaker #4
À quel moment ? Je ne pourrais pas vraiment dire, mais en fait de sentir cette liberté de sortir des carcans de la société, quand en fait personne n'attendait rien de moi et en fait je m'en foutais. Mes parents faisaient quand même... C'est un peu les petits villages, la culture que vont dire les autres. Et oui, je pense vraiment, pendant mon apprentissage, j'ai eu la chance, alors je n'aimais pas spécialement mes études, mais j'ai eu la chance de travailler au juge d'instruction du canton de Jura et de voir aussi toutes les mauvaises choses, le travers de la société, qu'il y a des gens qui vivaient des choses... terrible, des enfants, n'importe qui. Et ça m'a permis de relativiser aussi sur moi, sur ma vie, la chance que j'avais finalement d'avoir une famille saine, d'être bien entourée, et puis d'avoir la chance d'avoir une éducation et d'avoir subi aucune, en guillemets, violence, même si pour moi, quand même, pour l'adolescence,
- Speaker #0
c'était une forme psychologique. Oui, puis moi, j'aime bien dire que... On se noie peu importe à quelle hauteur d'eau. C'est-à-dire que si tu te noies à 10 cm, tu te noies même si tu es à 5 mètres de profondeur. Il n'y a pas de concurrence dans les peines et les douleurs qu'on peut vivre.
- Speaker #4
Tout à fait. D'ailleurs, j'ai encore une amie qui m'a dit récemment, moi je suis dans une prison dorée, mais je ne peux pas me plaindre parce qu'il y en a... Ils veulent manger, ils se font battre. Mais oui, mais non, tu as le droit de te plaindre.
- Speaker #0
Moi quand même, brièvement, comment on passe d'employée au juge d'instruction à... au Jura, je quitte tout et je vais marcher avec sac à dos. Qu'est-ce qui s'est passé là ?
- Speaker #4
Je dirais un léger burn-out de l'âge préadulte, j'avais 21 ans, ça se finissait avec mon copain de l'époque, ça faisait 3 ans, 5 ans qu'on était ensemble. C'était des drames tout le temps. J'avais un travail que je n'aimais pas. J'avais envie d'indépendance. J'étais partie en Allemagne une année avant. Et puis, ça m'a beaucoup aimé de voyager, d'apprendre les langues, d'écouter du monde, d'être seule. Donc voilà, j'ai décidé.
- Speaker #0
Donc, tu es partie seule. Quand on y pense, c'était il y a 15 ans en arrière. Pas de réseau.
- Speaker #4
Si, Facebook.
- Speaker #0
Ah oui, c'est vrai, Facebook déjà. C'est vrai que je suis vieille. Facebook, mais je me dis... Parce que c'est un courant qui est devenu très à la mode actuellement. Les femmes partent seules, etc. Mais il y a 15 ans, ça se faisait moins. Et donc, tu te dis, je pars.
- Speaker #4
Alors en fait, l'astuce, c'est que je suis partie avec mon ex. On s'était remis... Mauvaise idée.
- Speaker #0
Au passage.
- Speaker #4
Voilà, avant de partir. Et finalement, je crois que trois semaines après... Il m'a laissée en plan du jour au lendemain. Il a disparu de notre tente, il a pris ses affaires. Je me suis réveillée, plus personne. On était à Ushuaïa, donc c'est vraiment le bout du monde sur la carte. Donc au bout de l'Argentine. Et puis voilà, là qu'est-ce qu'on fait en fait ? Pareil, pas de téléphone portable. On allait dans des cybercafés. Donc là, pas de nouvelles, je ne sais pas où il était. Et qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'au bout de trois semaines, alors que j'avais un billet à l'essai, est-ce que je rentre ou est-ce que je profite ? Et puis, c'est ce que j'ai fait. En fait, je suis restée là, toute seule. J'ai suivi ce que j'avais envie. J'ai fait du stop. J'ai rencontré un million de personnes incroyables.
- Speaker #0
Moi, je suis maman, Aline, tu me dis que tu fais du stop,
- Speaker #4
je suis là. Je ne sais pas si ça me fit. Ma pauvre maman, maintenant, mon Dieu. Mais non, je ne me suis jamais sentie en danger. Vraiment.
- Speaker #0
Tu pars en stop toute seule, et tu restes combien de temps ?
- Speaker #4
Je fais à peu près 6 mois, et puis 6 mois je rencontre mon chien. qui n'est malheureusement plus avec moi, mais que j'ai gardé 13 ans, qui était ma compagne de voyage. Et au final, quand ma sœur a eu sa première fille, ça me démangeait quand même d'être là. Donc un mois après la naissance de ma nièce, je suis rentrée.
- Speaker #0
Quand tu rentres en Suisse, après tu rencontres Fred, ça ?
- Speaker #4
Oui.
- Speaker #0
Et j'envoie un formulaire avant l'épisode, et il y a un déclencheur que tu as cité, c'est ta maternité. Qu'est-ce qui se passe le jour où tu deviens maman ?
- Speaker #4
Alors, j'étais maman à 30 ans, un peu plus tard que 30 ans. Et en fait, avant, on était très très bien ensemble, mais je crois qu'on ne savait pas trop où on allait finalement, parce qu'on n'avait pas de fil conducteur, on n'avait pas de... Oui, de but à long terme. Et puis quand ma fille est née, je dirais même quand elle était déjà en moi, j'ai vraiment senti ce besoin de créer quelque chose pour elle, pour aussi lui montrer à quel point on peut réaliser ses rêves, qu'on peut se donner les moyens, que beaucoup de choses sont possibles. En fait, si on y croit, si on a envie d'y arriver, j'avais vraiment envie de lui donner une image. d'une maman forte,
- Speaker #0
dont beaucoup de femmes disent que la maternité leur a un peu coupé leur liberté. Et toi, au contraire, t'as dit que ta fille, elle t'avait donné des ailes. Alors pourquoi toi, ça t'a fait l'inverse ?
- Speaker #4
Parce que justement, moi, je sais pas, ça m'a boostée. J'ai eu envie de faire plein de projets. De toute façon, t'es crevée. En tout cas, un peu plus, un peu moins. On a rénové cette maison. On a commencé, elle avait même pas six mois. On la prenait sur les chantiers. On a fait ça. Du coup, quand on a eu fini, enfin, on n'a même pas fini, quand on a eu un autre projet, on a fait un hébergement derrière la maison. Et puis, du coup... Donc là,
- Speaker #0
t'es maman, t'as une petite de six mois, vous êtes en Suisse, et donc deux projets entrepreneurial, c'est ça ?
- Speaker #4
Voilà. Et puis toujours, on a repensé le projet d'immigrer de nouveau au Canada.
- Speaker #0
Ah quand même, déjà là ?
- Speaker #4
Parce qu'on était partis en 2017, on avait fait notre première tentative pendant un an. Mais il faut savoir qu'au Canada, il n'y a pas d'accord. Par exemple pour l'Europe, c'est permis voyage-travail, ça n'existe pas avec la Suisse. Du coup, il fallait savoir où exactement, dans quoi on allait travailler, avoir l'employeur, et ça on ne savait pas. Donc on allait une année déjà respecter. Puis depuis, on était revenus en Suisse, mais peut-être dans le guidon, dans des métiers qui ne nous plaisaient pas. Et au final, c'est jamais parti. On a toujours voulu se retenter. Et puis d'avoir ce petit bout de chou, et puis de se dire non, mais ça c'est vraiment une chance qu'on pourrait lui offrir d'apprendre l'anglais, de voir d'autres choses.
- Speaker #0
Et alors, vas-y, raconte. Qu'est-ce qui se passe ? Du coup, vous vous mettez en quête, parce que là, tu m'as dit qu'il fallait trouver un endroit. Donc concrètement, vous saviez exactement où vous alliez avec un emploi et tout ? Alors oui, on a, du coup,
- Speaker #4
cette année nous a permis de nous faire des contacts. On a rencontré un employeur qui nous a toujours dit si vous voulez rester, nous, on vous aide. Voilà, donc on a regardé les contacts. Mais ça c'était 2018 et nous on est partis en 2024, donc il y a quand même pas mal de temps qui se sont écoulés. Mais c'était vraiment nécessaire pour qu'on soit sûrs et puis qu'on construise. Tout s'est construit là autour, du coup ça a été un peu le fil rouge. On a créé notre entreprise en Suisse aussi pour pouvoir garder ce qu'on a en Suisse, parce qu'on ne veut pas choisir, ça on dit souvent choisir de ne pas choisir. C'est ça, pour nous, c'est qu'on ne veut pas laisser complètement la Suisse. On veut faire moitié-moitié, en fait, à long terme. Alors, administrativement, on ne sait pas si ça sera possible à long terme, c'est terrible. Mais, donc, on a construit cette entreprise. J'ai mon fils qui est venu un peu, je suis sur la soupe, c'est pour le milieu. Mais, du coup, voilà, ensuite, on a attendu que mon fils soit né. Non, même pas. On a attendu que je sois enceinte de mon fils, pour savoir quand il allait naître, pour voir. prévoir notre arrivée au Canada. Voilà, c'était ça. Donc deux ans avant, donc en 2022, on a recontacté sérieusement nos amis employeurs et ils ont fait les démarches de leur côté. Et vu que moi, j'étais jeune maman, ils ont sponsorisé mon mari. travailler pour eux. Et à travers ce sponsoring d'immigration, moi, j'ai eu aussi un permis de travail ouvert. Voilà un peu comment on est arrivés là-bas.
- Speaker #0
Et tu as gardé tes entreprises.
- Speaker #4
Et on a gardé nos entreprises. On a même développé nos entreprises. Quelques semaines avant de partir, on faisait encore des joints silicone.
- Speaker #0
C'est quoi maintenant votre quotidien ?
- Speaker #4
En fait, notre quotidien, c'est la plus grosse saison de l'été là-bas. Nous, on est plutôt saisonniers dans le tourisme au Canada. Moi, je deal les cartes, donc Blackjack au casino, spectacle de Dawson. Je sers aussi et puis je suis responsable du refuge animalier également. On a toujours plusieurs casquettes là-bas. C'est rare qu'une personne ne fasse qu'un métier. Fred est dans la maintenance d'un motel camping. Et du coup, ça nous permet l'hiver de ralentir parce qu'on travaille moins. Et là, on choisit souvent le printemps. On est déjà revenu l'année passée le printemps pour revenir en Suisse parce que c'est un peu une période creuse au Yukon. Il fait encore super froid. On est parti encore moins 40. Et la saison reprend en mai. Donc, on prend ce temps pour nous. On revient. On fait les travaux de rénovation de la maison. On maintient les hébergements, on a une petite équipe à gérer. Bien souvent, je rencontre les nouvelles personnes que j'ai vues en visio là-bas. Et oui, c'est un peu ça. Puis quand on est en Suisse, on profite beaucoup de la famille, des amis. Et puis moi, j'adore mettre les mains dans la terre. Donc là, je plante un million de trucs, beaucoup trop de choses. Et voilà, c'est mon petit plaisir ici.
- Speaker #0
Qu'est-ce que le Canada t'a appris ? entre le loisir et la famille, le travail. Qu'est-ce que ça t'a enseigné sur l'équilibre entre ces pôles-là ?
- Speaker #4
Alors je dirais maintenant que je vois la situation vraiment réelle, c'est pas quand tu vis en vacances, tu t'imagines toujours des choses, que je trouve qu'ils ont une meilleure façon de vivre parce qu'ils mettent... Une priorité sur la famille, ça se ressent, que ce soit dans les infrastructures du petit village où on vit là-bas, que ce soit dans la mentalité des employeurs. Bien souvent, par exemple la garderie ou l'école, comme cet hiver, il y a eu vraiment des froids extrêmes. Il y a eu souvent des fermetures ou des bus scolaires qui ne pouvaient pas fonctionner. et du coup On ne se pose pas la question de se dire, oh mon Dieu, qu'est-ce que va penser mon patron ? Faut que je rattrape mes heures ? Et je dirais autant, j'ai vu beaucoup d'hommes aussi qui n'hésitaient pas à justement prendre leur journée quand à la dernière minute l'école était fermée pour laisser leur femme aller travailler. Alors je dis, c'est normal, mais finalement, ici, je ne le vois pas vraiment. Ce n'est pas vraiment populaire, un homme à temps partiel encore, malheureusement. Et de ne pas avoir cette pression de se dire, il faut que je travaille, il faut que je satisfasse mon employeur au détriment de mon équilibre familial. Du coup, c'est hyper agréable.
- Speaker #0
Parce que ma question, c'est que tu as eu deux jeunes enfants en bas âge, tu es partie. Et on dit souvent qu'il faut un village pour élever les enfants. Moi, je n'ai pas eu de village non plus quand je suis partie. Il venait de temps en temps, mais quand même pas comme on l'est. Ça,
- Speaker #4
c'est un deux fois plus long.
- Speaker #0
Oui, mais bon. Comment tu as fait son village avec tes enfants là-bas, à l'autre bout du monde ?
- Speaker #4
C'était difficile. On est arrivés en avril 24. Et il faut savoir que mon papa est décédé en janvier, février 24. Et du coup, je n'ai pas eu trop le temps de me poser déjà pour faire mon deuil, parce qu'on était dans le préparatif d'immigration. Et quand on arrivait là, on arrivait déjà, notre maison n'était pas prête, donc on était dans une chambre de motel, grande mais quand même. Et moi, je n'avais pas de travail du coup, parce que je n'avais pas de solution de garde. Je m'étais renseignée, mais en fait, ils ont beaucoup de problèmes dans ce petit village parce que ça a grandi très très vite au niveau des familles, mais les infrastructures ne suivent pas. Et voilà, je me suis retrouvée avec deux enfants de 4 et un an et quelques.
- Speaker #0
Et tes chiens, t'avais tes...
- Speaker #4
Oui, encore, en plus, on allait adopter un chien. Non, mais ça, c'est nous. Moi, après, adopter un chien, c'était difficile. Et mon mari, qui n'était pas là, 7 heures par jour. Enfin, je le voyais. La différence, c'est que je le voyais à midi. On vivait où il travaillait. Il ne rentrait pas tard, donc il pouvait prendre le relais. Moi, qui suis une femme très indépendante quand même, j'adore être avec mes enfants, mais... J'ai toujours besoin quand même de ce contact avec la société, de faire plein de choses. Puis là, c'est vrai que je me suis dit, waouh, qu'est-ce que... Est-ce que t'as regretté à ce moment-là d'être partie ? Je regrette que ma maman ne soit pas là. Que je n'ai pas emmené ma maman dans mes valises.
- Speaker #0
Voilà, c'est passé maintenant.
- Speaker #4
Mais non, on savait que ça allait être dur. Après, quand on y est, c'est vrai qu'on réalise à quel point ça l'est. Mais très vite, j'ai trouvé beaucoup de soutien au niveau de la communauté. Comme je disais, beaucoup d'infrastructures pour les immigrants, comme des crèches de jour où on peut aller discuter avec des nouvelles mamans, des nouveaux parents. Ils peuvent même nous les garder, c'est gratuit. Du coup, ça me permettait d'aller juste au sport ou juste d'aller boire un café.
- Speaker #0
Juste être avec toi-même.
- Speaker #4
Voilà. Et puis... Au fil du temps, ma fille a commencé l'école et puis ça m'a fait aussi un réseau de parents.
- Speaker #0
Si maintenant, ça fait bientôt deux ans.
- Speaker #4
Ça fait deux ans maintenant,
- Speaker #0
oui. Vous êtes établie, chacun son travail, les enfants ont grandi. Tu as ta routine, ton entreprise en Suisse. Et justement, tu évoquais qu'avec ton mari, vous aviez une autre manière de faire. Je vais les appeler les alternatives aux coupes standards. Est-ce que tu veux nous en parler ?
- Speaker #4
Alors, on discutait et en fait, je me disais, en fait, nous, on a tellement eu des relations toxiques avant de se rencontrer.
- Speaker #0
Oui, d'accord. Tu nous as raconté d'ailleurs.
- Speaker #4
Oui, et lui aussi, vraiment. Et que du coup, quand on s'est mis ensemble, on ne voulait plus de drame, on ne voulait plus que le couple nous prenne toute notre énergie, en fait. Et ça s'est super bien passé. Et en fait, c'est... Au fil des années, nous ce qu'on met toujours en avant c'est qu'il faut qu'on se renforce l'un l'autre, il faut qu'on se pousse en avant. Donc Fred dit souvent que je suis son petit pied au cul, pardon mon fesse. Parce que lui réfléchit plus, moi je suis plus fonceuse, mais on se trouve un bon équilibre dans nos projets par rapport à ça. Et puis on dialogue beaucoup, on communique beaucoup.
- Speaker #0
Donc est-ce que vous avez décidé de faire autrement ? pour vivre cette vie que vous avez maintenant. Qu'est-ce que vous faites différemment, tu dirais ?
- Speaker #4
Ce qu'on fait différemment...
- Speaker #0
Vous dialoguez beaucoup.
- Speaker #4
Oui, mais je dirais aussi... C'est peut-être bête à dire, mais j'entends souvent des personnes qui critiquent ou qui rabaissent leurs conjoints, même si c'est pour déconner ou entre amis. Mais ça, on ne le fait pas. On s'élève tout le temps auprès des autres aussi. On a toujours instauré une égalité des charges. Dès que j'ai fini l'allaitement, puis même pour mon fils, on arrivait quand même à partager. C'est toujours l'un qui couchait les enfants et l'autre qui avait sa soirée. On a toujours fait ça. Et ce qui nous a permis de bien souffler. Et aussi, on s'est beaucoup remis en question sur notre parentalité. Parce qu'on a vu... du tout du genre à se renseigner, à lire mille bouquins.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui fait que vous avez changé ça ? Quel est le déclic ?
- Speaker #4
Quel est le déclic ? Le déclic en particulier ? Justement, je pense, ça a beaucoup changé maintenant. On est bien mieux depuis qu'on est expatriés car on n'est que les deux. Et puis, on ne peut pas se reposer sur grand-maman, sur nos frères, nos sœurs, pour prendre leur lait, nos amis. Donc, c'est hyper important qu'on se soutienne et qu'on réajuste. On est tout le temps en train de se réajuster.
- Speaker #0
Donc là, tu t'es dit qu'il faut qu'on fasse autrement. Il y a une autre parentalité.
- Speaker #4
Il y a une autre parentalité. On voyait aussi que les Canadiens sont très... Très doux, il ne faut jamais enlever la voix, il ne faut jamais blesser personne, et ce n'est pas un mythe. Et nous, en fait, on se sentait horrible quand on arrivait là, parce que maintenant on a des couples d'amis là-bas, parce que nous, on levait quand même facilement la voix avec nos enfants, je trouvais qu'on était... Désolé.
- Speaker #0
relax, mais en fait, par rapport à eux, on n'expliquait pas non plus les choses trop longtemps, il fallait faire les choses. Et puis du coup, on s'est dit, il y a peut-être une autre façon de faire qui marche aussi. Bon, finalement, on s'est rendu compte que ce n'est quand même pas tout rose de leur côté, que ça ne marche pas toujours. Et puis qu'on n'aimait pas, en fait, on n'aimait pas les parents qu'on était à un moment donné, quand on s'énervait trop. Ma fille, ça a été quand même... Elle a du caractère, ce qui est très bien. Elle est comme moi. Des fois, elle te renvoie qui tu es ou qui tu étais.
- Speaker #1
C'est ça que je dis tout le temps, que les enfants appuient exactement sur les boutons pour nous éveiller. C'est des accélérateurs en développement personnel. C'est ça. Soit tu les regardes, tu écoutes, soit tu te transformes en monstre ou tu te tiens très autoritaire et tu ne regardes pas. Mais le choix est devant toi. C'est ça.
- Speaker #0
Et moi, je trouvais fou, c'est que j'ai fait un brevet fédéral en gestion d'équipe, management, organisation. Et je me dis, je ne pouvais pas gérer cette petite gaille de deux ans. J'ai dit, mais il y a un truc qui ne joue pas. Je ne peux pas la manager comme je manage mon équipe. Et puis, je suis plutôt quelqu'un, je fais confiance, j'écoute les gens. Et ma petite fille qui me tenait tête, je n'arrivais pas à la gérer.
- Speaker #1
Tu es partie d'une enfance déjà différente. Et tu as continué ce chemin, vraiment, en faisant des choix. Si moi je te regarde, vraiment, je me dis, elle est jeune maman, elle parle, quitte tout, différent, tu as osé, le mot que je mettrais sur ton parcours, ça sera osé. Et justement là, maintenant, dans ta parentalité, ça vient te questionner encore, qu'est-ce que tu dois faire différemment ? Et est-ce que tu as des pistes pour les mamans qui, justement, sont là-dedans ?
- Speaker #0
Oui, alors, bon déjà, il n'y a pas de secret, je pense qu'un couple solide, beaucoup de communication, c'est la base. Oui,
- Speaker #1
mais justement... Est-ce que le fait de partir comme ça loin, ça le met à l'épreuve ?
- Speaker #0
Alors ça nous a mis à l'épreuve, oui c'est sûr, parce que du coup, il faut dire qu'on n'avait aucune solution de garde. Donc le temps en couple, c'était quasiment nul, pas de sortie. Nous on était vraiment adeptes quand même de se faire des nues à Ausha droite, entre amoureux. Vraiment notre couple ça a toujours été le noyau. Si pour nous le couple fonctionnait, tout le reste allait fonctionner. Et puis là, l'invite-famille, ça fonctionnait bien, mais en fait, le couple n'arrivait plus à prendre du temps pour nous et à discuter, à communiquer comme il faut. Et puis, c'est vraiment ça qu'on s'est dit, non, maintenant, il faut... Parce qu'en plus, on vit vraiment dans 50 mètres carrés, il faut le dire, là-bas. Donc, on n'a pas beaucoup d'intimité, même pour discuter tranquillement.
- Speaker #1
C'est ça, quand on a des enfants, l'intimité, elle se passe quand ils sont au lit et encore des fois, parce que selon l'âge, ils reviennent. Il y a très peu d'intimité.
- Speaker #0
C'est-à-dire que nous, on a la chambre parentale, donc nous, on dort avec nos enfants. Donc voilà, c'est très peu d'intimité et très peu même d'occasion d'être à deux.
- Speaker #1
Comment vous avez surmonté ça ?
- Speaker #0
En fait, j'ai craqué. À un moment, j'ai dit non, mais là, ça ne va plus. Moi, je n'aime pas la maman que je suis devenue parce que je n'ai plus de... de patience.
- Speaker #1
Donc le déclic, c'est là, t'as craqué.
- Speaker #0
C'est ça. J'ai eu une grosse remise en question, ça fait une bonne année là. J'écoutais le podcast avant. Et puis maintenant, j'en avale, j'en dévore.
- Speaker #1
Écoutez ce que dit Aline.
- Speaker #0
C'est vrai, ça m'a vraiment... J'ai pris plus de temps pour moi, j'allais au sport aussi. On a décidé de se redonner du temps aussi chacun l'un à l'autre. Et puis, au sport, j'écoute des podcasts et je m'enrichissais mentalement. Mais d'un côté, ça m'a aussi un peu embrouillée, en fait, parce qu'on a tellement de façons de voir, de faire, on ne sait plus.
- Speaker #1
Ce que je veux dire, c'est que tu as eu trop d'informations au bout d'un moment.
- Speaker #0
J'ai eu trop d'informations. Et du coup, j'en ai partagé avec Fred et puis on a pu... Ça a ouvert, en fait. de partager des sujets, ça nous a aidé à communiquer, puis à rouvrir la communication.
- Speaker #1
D'aller se nourrir chacun de son côté, ça vous a permis de renourrir votre couple. Ça, c'est une astuce que tu donnes. Oui,
- Speaker #0
c'est important d'être bien soi-même, ça c'est sûr. Il ne faut pas dépendre de l'autre pour être bien, il faut être bien soi-même. Et puis, on avait aussi les deux des grands problèmes de confiance en soi, il faut le dire. Moi, mon corps, ça n'a jamais été...
- Speaker #1
Ben non, on l'a vu dans le...
- Speaker #0
Mon ami. Mes troubles alimentaires sont toujours là. je pense que ça sera à vie ça va mieux mais je sens dès que je suis fatiguée dès que ça va moins bien dans ma vie ça revient, je mange et Fred aussi avait Un certain complexe sur son corps, alors que c'est une bombe atomique.
- Speaker #1
Dédicace.
- Speaker #0
Fred, je t'embrasse. Et voilà, du coup, on a travaillé sur nous, on s'est encouragé à avoir une meilleure vie saine, une meilleure alimentation, plus de sport, plus d'activités en famille. On a écouté beaucoup de podcasts sur la parentalité positive, mais non laxiste, parce que c'était un peu mes préjugés avant. Oui. Pour moi, mon... tes souris, c'est intéressant ce que tu dis et puis j'ai vraiment en fait j'avais cette vision que très ancienne, que les enfants devaient obéir et que tu me dois le respect qu'ils doivent respecter leurs parents c'est horrible maintenant que je pense alors c'était pas si prononcé je vous dis vraiment bye Tu n'es pas à nos enfants, mais il faut le dire. La fessée, quand on n'en pouvait plus, les punitions, tu les attrapes un peu trop fort. De toute façon, au final, ça ne changeait rien. Puis c'était pire. J'ai l'impression que ma fille, au bout d'un moment, elle avait besoin que ça pète pour se calmer. En écoutant, c'est surtout le podcast Faites des gosses,
- Speaker #1
je ne sais pas ce que je dis.
- Speaker #0
Oui, tu peux. Elle aborde plein de sujets, mais je trouve qu'elle reflète bien notre quotidien en tant que parent. Ce qui m'a beaucoup aidée, parce que je me suis dit, en fait, tu n'es pas seule. Il y a des solutions. Un enfant, c'est un enfant. Il ne gère pas ses émotions. C'est à toi de lui montrer. C'est toi l'exemple. Si tu n'arrives pas à gérer ton stress, tes émotions, ta fatigue, c'est clair qu'en face, c'est ton miroir. Et puis, alors c'est pas facile, on a eu des retours en arrière, et puis du coup on s'est dit, mais il faut vraiment qu'on travaille sur nous en fait, pour être bien avec eux. J'ai eu la chance d'avoir un conjoint qui s'est beaucoup intéressé à ça aussi, parce qu'il aussi n'aimait pas...
- Speaker #1
Votre parentalité.
- Speaker #0
Voilà. Et on a fait mieux avec mon fils, le deuxième, avec un peu plus de chance. Et là, on est arrivé... Alors, bien sûr, il y a des fois... quand on est fatigué, c'est toujours plus difficile à gérer. Mais je pense qu'on a un beau lien vraiment avec nos enfants.
- Speaker #1
Concrètement, dis-nous, qu'est-ce que tu faisais avant que tu ne fais plus maintenant ? J'ai entendu le mot punition.
- Speaker #0
Punition.
- Speaker #1
Alors, comment tu fais ?
- Speaker #0
On parle, nous, plutôt de conséquences de leurs actes. Donc, ce n'est pas si... Je ne sais pas. C'est débile. Si tu ne te laves pas les dents, tu vas au coin cinq minutes. Ça n'apprend rien. Ou si tu ne te calmes pas... Non, mais ça, rien que le truc du coin, je veux dire qu'un enfant, en fait, au final, il va apprendre quoi ? Il ne va pas apprendre à gérer sa frustration, il ne va pas apprendre à se calmer parce qu'il va juste être tout seul et puis personne ne va l'accompagner là-dedans. Et par exemple, ça sera, ok, si maintenant tu n'éteins pas après la fin de ton dessin animé, demain, tu n'as pas de dessin animé.
- Speaker #1
Voilà,
- Speaker #0
ce n'est pas une... Alors, ils peuvent le ressentir, bien sûr, c'est une punition, mais en soi, c'est une conséquence.
- Speaker #1
Ça leur apprend à être responsable de leurs actes. Moi, c'est ça que je leur dis. Bon, Aline, avant qu'on continue sur le site de nos discussions, j'aimerais te proposer un petit moment particulier. On va l'appeler le moment miroir.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
je vais te mettre un miroir en face de toi. Ouh, pardon.
- Speaker #0
OK. Est-ce que ça tient ?
- Speaker #1
Normalement, oui.
- Speaker #0
Voilà,
- Speaker #1
OK. C'est bon ?
- Speaker #0
Il tient ?
- Speaker #1
Oui. Je t'invite à prendre quelques secondes et à te regarder. Quand tu te regardes dans ce miroir, aujourd'hui, qu'est-ce que tu vois ?
- Speaker #0
Je vois quelqu'un, une femme.
- Speaker #1
Une femme.
- Speaker #0
Une femme, accomplie.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que cette femme a traversé pour être là aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je pense que j'ai même plusieurs fois échappé à la mort et j'ai traversé beaucoup de beaucoup de creux de vagues. J'ai su en faire des forces et puis j'ai aussi... la chance de rencontrer des magnifiques personnes. Je vois une femme qui a un bel avenir et je me réjouis.
- Speaker #1
Je t'invite à fermer les yeux.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu fais ?
- Speaker #1
Je fais du décollage. Tu peux ouvrir les yeux. Cette fois, c'est plus ton reflet qui est dans le miroir, mais c'est toi petite. Qu'est-ce que tu ressens en regardant cette petite fille ?
- Speaker #0
Beaucoup de tendresse. Je ressemble beaucoup à mon papa. Et c'était avant ma maladie, je vois que je n'ai pas de viticule, puis voilà, j'aimerais lui dire...
- Speaker #1
Ah, c'est ma question,
- Speaker #0
moi.
- Speaker #1
Qu'est-ce que t'aimerais lui dire aujourd'hui, que personne ne t'a dit à l'époque ?
- Speaker #0
Ta vie sera belle, ta vie est belle, tu mérites d'être heureuse, malgré... Malgré tes différences, tu mérites tout ce que tu veux et Ausha, Ausha. J'aimerais bien l'avoir.
- Speaker #1
Tu peux l'avoir, on est en nous tout le temps.
- Speaker #0
J'aimerais la série.
- Speaker #1
Elle devrait aller faire un gala. Elle en a besoin.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'est aussi mon choix.
- Speaker #0
Et ouais, elle ne se doutait pas de tout ce qui l'attendait, mais ça vaut la peine de se crocher et puis... de se battre. Mais aucun enfant ne devrait faire ça. Là, elle était encore toute innocente. J'étais encore toute innocente, toute heureuse. Et si seulement... Là, je vois ma fille, elle ressemble aussi tellement à ma fille. Enfin, elle, je dis ça. Elle, la fille, elle a 4 ans. Et...
- Speaker #1
Pardon, vas-y.
- Speaker #0
Bien sûr, je ne veux pas que ma fille vive des drames et des horribles choses. Je ne lui souhaite que le meilleur. Mais d'un autre côté, c'est aussi ce qui nous construit. Et puis, c'est ce qui fait de nous qui on est.
- Speaker #1
Si la petite fille te voit en tant que femme aujourd'hui, si cette petite fille te voit, qu'est-ce qu'elle te dirait ?
- Speaker #0
T'es vieille. Je vois ma fille, c'est la chose qu'elle veut. T'es vieille, mais tu t'en sors bien. On a eu une belle vie, non ? Je pense qu'avec ces mots de petite fille...
- Speaker #1
Est-ce qu'elle serait fière de toi ?
- Speaker #0
Elle serait fière de moi, elle me dirait. Même, sûrement. Que je suis jolie, et que... Voilà. Ça me suffirait, parce que c'est s'accepter comme on est,
- Speaker #1
c'est le plus dur, je pense. C'est le chemin d'une vie. Tu peux lui dire encore quelque chose avant que je range mon miroir avec la petite Aline ?
- Speaker #0
Tout ira bien.
- Speaker #1
Tout ira bien. Qu'est-ce que ta fille a déclenché en toi, tu penses ?
- Speaker #0
Oui, alors elle a déclenché l'envie... L'envie d'être meilleure et puis d'être qui je suis et d'être une personne dont elle sera fière toute sa vie. Bien souvent, quand je fais l'exercice de me dire comment elle parlera de moi plus tard, comme moi je parle de mes parents au final. en bien, en pas bien et puis bien sûr on ne fait pas tout juste mais j'aimerais vraiment qu'elle ait de bons souvenirs et qu'elle parle de moi je ne veux pas être son modèle non, parce qu'il faut qu'elle choisisse ses propres modèles mais j'ai envie de l'inspirer j'ai envie qu'elle se sente en confiance et puis j'ai envie d'être bien pour elle pour lui montrer que tout va bien.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'on a des filles. Je pense que ça fait travailler sur notre amour de soi, notre confiance. Plus que les garçons.
- Speaker #0
Surtout quand c'est les premières. C'est celles qui nous font mère. Je pense que quand tu as un premier bébé, en plus c'est une fille, c'est quelque chose.
- Speaker #1
C'est que tu as des trucs à travailler.
- Speaker #0
C'est ça, vas-y.
- Speaker #1
On va revenir sur ton couple et sur qu'est-ce que vous faites différemment, qu'est-ce que vous avez instauré pour cultiver ce couple justement.
- Speaker #0
Alors nous, on a toujours été très affectueux,
- Speaker #1
on a toujours pris beaucoup beaucoup de temps l'un pour l'autre.
- Speaker #0
Mais du coup, il y a un peu plus de deux ans, après la naissance de mon fils, j'ai vraiment ressenti... Bien sûr, on n'est jamais très bien dans son corps juste après une grossesse. Plus que moi, j'ai pris plein de kilos à chaque fois. Et là, vraiment, je sentais ce besoin d'être... J'ai toujours eu, mais là, vraiment, c'était vital de sentir le regard des autres, la valorisation d'autres hommes. sur la nouvelle personne, sur ce nouveau corps pour que je puisse m'accepter donc j'aimerais beaucoup m'accepter sans ça mais voilà, tu y travailles je sais que j'ai toujours eu besoin de ça et du coup au lieu de finalement de faire le choix de le faire dans le dos de mon mari j'en ai parlé et vu que c'est quelqu'un de très ouvert et d'adorable Il a tout à fait compris, il voyait aussi mon mal-être, et que c'est pas que lui ne me suivisait pas, c'est quelque chose qu'il ne pouvait pas, alors du coup s'il ne me suffit pas, le dit comme ça, mais je veux dire, c'est un besoin que lui vraiment ne pouvait pas m'apporter, mais c'est quelque chose que je voulais faire avec lui. Donc on est allé... On avait envie, on a un peu une bucket list comme ça, des trucs fous qu'on a envie de faire. Et on a pointé le doigt sur aller visiter un club Libertas. Voilà, donc ça c'était une première pour nous. Alors, on a discuté en long et en large, on s'est renseignés. En fait, on avait tellement peur que ce soit un club avec que des très vieilles personnes, un peu chelou.
- Speaker #1
Là, tu vas libérer quelque chose que les gens ne se doutent même pas.
- Speaker #0
Et je crois que c'est vraiment la vision que tout le monde a des clubs. qu'ils appellent d'ailleurs échangistes, mais c'est libertin, parce qu'en fait, on est libre juste de faire ce qu'on veut. Donc, on peut juste ne rien faire aussi, et dans une très bonne ambiance. Et en fait, on a passé une soirée incroyable. Déjà, l'ambiance d'un club où il n'y a aucun jugement sur l'apparence, où les femmes sont reines, où les hommes n'osent pas aborder les femmes, si ce n'est pas les femmes qui vont vers eux, ou qui les invitent à les aborder.
- Speaker #1
Donc là, il y a une notion de... Le consentement aussi, dans le sens où c'est toi qui l'inities, en fait. C'est toi qui inities tout.
- Speaker #0
C'est très, très axé sur le consentement, bien sûr. Parce qu'après, il peut y avoir des relations sexuelles plus tard dans la soirée. Mais du coup, là, vraiment, rien que dans l'attitude des gens, tout le monde a un espace clubbing, avec un bar, une piste de danse. Et moi, j'ai vu des femmes nues danser, libres, entre amis. qui se foutaient du regard des autres. Et moi, je me disais tout le temps, si j'étais dans une boîte de nuit normale, mais même avec un pantalon un peu serré, je me ferais tout le temps embêter. Je veux dire, combien de fois je ne me suis jamais sentie en sécurité. Et là, on a passé une soirée incroyable et justement hyper bienveillante, communauté de dingue. Il y avait des gens beaux, il y avait des gens jeunes. Il faut choisir ses soirées, ça c'est sûr. Mais ça vient, on a cette chance que ça vient de plus en plus à la mode avec la nouvelle génération aussi. Et puis voilà, ça nous a amené finalement à avoir plein de discussions, écouter plein de podcasts sur ça, ouvrir son couple. On a appris le terme la compersion.
- Speaker #1
Très joli terme, oui je connais.
- Speaker #0
Pas de monde le connaît ça, Garcia.
- Speaker #1
Les gens qui s'intéressent, je pense, à ce genre de définition du couple. Parce que c'est vrai qu'il faut le dire, tu définis ton couple. C'est ça. De nouveau modèle, ce mot vient rapidement. Mais explique-nous, Aline. Alors la conversion, c'est,
- Speaker #0
je le dis sûrement très brièvement, mais c'est en fait, c'est se réjouir du bonheur, du bien-être, du plaisir de l'autre, sans y participer directement. Donc finalement, ça serait à terme, notre but, ça serait que... Que Fred se réjouisse de me voir avec d'autres hommes sans participer et que moi je me réjouisse de le voir avec d'autres femmes par exemple. Ça, c'est vraiment...
- Speaker #1
C'est le goal.
- Speaker #0
Voilà, c'est le goal. Ou peut-être qu'au final, la force explorée, ce n'est pas ça qui va nous aller et qu'on va toujours rester que les deux, plus un, plus deux, on ne sait pas. Il y a tellement de variantes et ça nous a ouvert un monde des possibilités. Et on s'est dit, mais en fait, on ne connaît rien au sexe.
- Speaker #1
On ne connaît rien,
- Speaker #0
mais c'est vrai. Je veux dire, ce n'est pas l'éducation sexuelle de l'école qui va...