- Speaker #0
Aujourd'hui, j'ai invité quelqu'un qui était là avant tout, avant le blog, avant les réseaux, avant les enfants et avant mon mari Régis. Elle s'appelle Arielle et c'est ma maman. On parle beaucoup ici de maternité, de transmission, de ce qu'on porte sans le savoir, mais j'ai réalisé que je n'avais jamais vraiment pris le temps de lui poser les questions que j'aurais dû lui poser il y a plusieurs années déjà. Qui elle est, elle ? en dehors de son rôle de maman, ce qu'elle a traversé, ce qu'elle a tué, ce qu'elle m'a transmis sans le savoir. Ma maman est une personne discrète. Elle ne parle pas beaucoup d'elle. Et c'est exactement pour ça qu'elle est là aujourd'hui. Parce que les femmes discrètes ont des histoires qui méritent d'être entendues. Bienvenue dans Zéro Filtre.
- Speaker #1
Être une femme, c'est terriblement compliqué. What doesn't kill you makes you stronger. Les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes droits.
- Speaker #2
Zéro filtre, un podcast qui t'invite à explorer des sujets dits tabous en toute simplicité.
- Speaker #1
Le jour où les femmes diront la vérité, les journées n'auront pas la même faveur.
- Speaker #2
What's wrong with being confident ? Dans chaque épisode... Plonger dans des témoignages honnêtes, de la confiance en soi à la maternité.
- Speaker #3
Tu as une vraie plateforme. Ce que tu dis a de l'importance. Je ne me suis jamais permis de souffler, ne serait-ce que 15 jours. Livre libre, je ne veux plus tomber.
- Speaker #2
Zéro filtre, présenté par Isaline Ackerman.
- Speaker #4
Votre capacité à changer tout ce qui est, démarre ici. Coucou maman.
- Speaker #0
Coucou Isaline. Merci de me recevoir. Avec grand plaisir, bienvenue derrière ce micro. Les premières minutes, tu verras, c'est un peu, mes invités disent tout le temps, un petit peu bizarre. Et après, on va oublier les caméras et tout. Bon, la première question que je pose à tout le monde, c'est comment tu as envie de te présenter toi avec tes propres mots ? Parce que moi, je t'ai présenté en intro, mais bon.
- Speaker #5
Je suis une jeune retraitée, on va dire, qui va profiter de vivre des moments privilégiés avec ses petits-enfants. J'en ai huit, et aussi profiter de ma vie de retraitée pour voyager, et puis découvrir d'autres sports, d'autres pays, etc.
- Speaker #0
Donc c'est comme ça que tu te présenterais ? C'est drôle parce que c'est la première fois, je ne te pose pas l'autre question en fait, parce que tu ne t'es pas présentée ni avec des rôles ni avec des casquettes. En fait, est-ce que ma prochaine question a du sens ? Je ne sais pas. Est-ce que tu peux te présenter sans rôle ni casquette ?
- Speaker #5
Parce que je suis jeune retraitée,
- Speaker #0
donc je n'ai plus...
- Speaker #5
Je ne suis plus dans un emploi professionnel. Voilà, c'est pour ça. Et puis sinon, j'ai... Aussi débutée avec le début de ma retraite, une passion pour la jesmonite où je créais des objets en jesmonite. Et aussi je me propose des ateliers de découverte pour les personnes qui s'y intéressent à créer eux-mêmes leurs objets. Voilà, ce qui me prend aussi pas mal de temps, mais ça me passionne très bien.
- Speaker #0
Donc c'est comme ça que tu occupes ta retraite entre les petits-enfants et le temps libre.
- Speaker #5
Voilà.
- Speaker #0
On parlera justement de cette étape de la retraite peut-être après. J'ai pris un épisode un peu plus court avec toi, mais on verra si on y arrive. Si jamais je te réinviterai, je te reposerai la question. C'est une étape dans la vie d'une femme, notamment quand on arrête justement d'être définie par des rôles et des casquettes. Quoi qu'il en soit, dis-nous en plus, tu as grandi dans quelle fratrie ? Combien tu avais de frères et sœurs ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #5
Alors, je suis la deuxième d'une fratrie de cinq. Nous vivions dans un village qui est devenu en pleine expansion, qui est un grand village maintenant, en Ajoie, dans le canton du Jura.
- Speaker #0
Combien de filles, combien de garçons ?
- Speaker #5
Trois filles, deux garçons.
- Speaker #0
Trois filles, deux garçons. Et toi, tu es la deuxième fille ?
- Speaker #5
Oui, je suis la deuxième fille.
- Speaker #0
Et tu as grandi dans un petit village au Jura ? et t'as pas dit ton âge en fait, tu veux pas le dire ? la retraite plus 2 presque bientôt 2 t'étais née dans les années 60 5 ans, 60 qu'est-ce qui te frappe entre tes années où t'as grandi et nos années à nous ?
- Speaker #5
il me semble que c'était une vie plus plus. paisible, où il y avait moins de stress, où on avait plein de possibilités. Quand j'ai eu l'âge de choisir un métier, il y avait plein de possibilités qui s'offraient à nous. On n'avait pas du tout de soucis de chômage, etc. En expansion, tout était possible.
- Speaker #0
Tu avais une sensation de plus de possible que maintenant ?
- Speaker #5
Oui.
- Speaker #0
Quel genre de jeune femme tu étais ? Quel genre de petite fille d'abord tu étais ? Et après, quel genre de jeune femme tu es devenue ?
- Speaker #5
Alors j'étais une petite fille très garçon, manquée, je jouais qu'avec les garçons dans le quartier.
- Speaker #0
Mais juste faire une apparition, je te coupe. Tu dis que tu étais une petite fille garçon manquée, mais physiquement, sur les photos, tu as les cheveux blonds, longs, tu as les critères très féminins.
- Speaker #5
Elle est tellement tallée ma maman qu'elle me coupe les cheveux courts. Une fois elle est allée chez le coiffeur, je lui ai fait les cheveux courts et les cheveux très raides et courts. Comme aujourd'hui. Mais à l'époque, c'était horrible. Moi, j'étais vraiment raide. Elle était très déçue. Moi, j'étais contente. J'avais les cheveux courts.
- Speaker #0
J'adore. Du coup, tu étais une jeune femme, garçon manqué, tu dirais. Qu'est-ce que ça veut dire pour toi, garçon manqué ?
- Speaker #5
Moi, je voulais vivre comme un garçon. Et puis, dans les mœurs, à l'époque, une fille n'avait pas le droit de porter des pantalons. Comme je n'avais pas de grand frère au-dessus de moi, elle n'avait pas de pantalon. Moi, je voulais absolument mettre des pantalons, donc j'étais en collant ou en chaussettes, petites jupes, et puis ça ne me convenait pas du tout. Et puis j'avais toujours des jeux de garçons, parce que ma soeur aînée était de santé fragile, elle aînée prématurée, elle avait de l'asthme, etc. Donc elle, elle n'osait pas bouger, elle n'osait pas courir, etc. Donc je ne pouvais pas jouer avec elle, déjà. Donc j'allais jouer avec les autres enfants.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui te plaisait dans ce côté garçon, alors ?
- Speaker #5
Je ne sais pas du tout.
- Speaker #0
Ben les jeux !
- Speaker #5
parce que je jouais pas à la poupée je jouais pas tu préférais être en extérieur que faire des jeux et à quel âge t'as eu ton premier pantalon ? oula je peux plus m'en rappeler mais je devais avoir bien 14-15 ans quand les premiers jeans sont devenus possibles à l'achat C'était une révolution.
- Speaker #0
C'est fou de s'imaginer que c'était une révolution, alors que moi, je ne mets que ça maintenant. Ça,
- Speaker #5
c'est un autre monde.
- Speaker #0
Oui, dingue. Il y a d'autres différences comme ça que tu vois, à part le vestimentaire par rapport aux femmes. Tu as quand même grandi dans un monde où les femmes n'avaient pas le droit de voter.
- Speaker #5
Ah ben oui.
- Speaker #0
Toi, même quand tu n'as eu pas... Tu n'avais pas le droit à ton compte, non ? Oui,
- Speaker #5
quand on s'est mariés, il fallait la signature de mon mari pour que je puisse aller prélever de l'argent.
- Speaker #0
C'est fou ça.
- Speaker #5
Et puis même quand j'ai divorcé en 1999, j'ai été chercher mon salaire de l'assistante médicale et mon mari encore, il avait bloqué mon salaire et la banque ne voulait pas me le donner alors que c'était mon salaire. Oui, mais vous vous mariez compte, vous avez un compte commun. Voilà, un compte commun aussi, oui. Une erreur, enfin voilà.
- Speaker #0
Donc c'est dans un monde où quand même l'homme avait encore complètement ma mise en fait. Et comment tu as vécu ça ? Ce fait que tu as quand même grandi dans un monde où c'était les hommes qui contrôlaient cette partie-là des femmes, donc l'émancipation, et après tu as évolué. Comment tu as vécu ce changement ?
- Speaker #5
Bon, moi, j'étais... J'étais un peu révoltée sur cette façon de faire, mais en même temps, mon ex-mari me laissait la liberté de gérer le budget. Je n'avais pas cette sensation d'être privée de quelque chose.
- Speaker #0
Dans le couple, c'était OK que tu fasses ce que tu voulais avec... Oui. Donc, tu n'avais pas la sensation d'être privée comme certaines d'autres. Non. Tant mieux. Oui. Oh mon Dieu.
- Speaker #5
J'ai toujours travaillé, à part mon encart de trois ans. au Mali, j'ai toujours travaillé, donc j'avais ce sentiment de pouvoir dépenser.
- Speaker #0
Ça, c'est ce que je voulais en venir après sur mes prochaines questions. C'est que moi, je t'ai connue tout le temps en ayant travaillé. D'ailleurs, c'est le modèle que tu m'as donné. Tu m'as toujours dit, ne sois pas dépendante d'un homme. Et tu sais que j'ai été mère au foyer, donc je suis dépendante financièrement de Régis pendant des années. Et cette phrase, longtemps, elle a tourné dans ma tête. Qu'est-ce qui fait que toi, t'as toujours choisi ça, justement ?
- Speaker #5
Oui, je me suis mariée jeune, mais en même temps, depuis toute petite, j'aimais mon indépendance. Mon rêve, c'était de partir en moto, découvrir des horizons lointains, avec, si possible, ma famille, mon mari et deux gosses derrière. Ça, ça ne s'est jamais fait. Ça ne s'est jamais réalisé. On a décidé autrement. Mais oui, et puis j'ai toujours, encore maintenant, j'ai toujours ce sentiment de gérer ma vie.
- Speaker #0
Pour toi, tu as ceci, avoir la liberté financière à gérer ta vie. Oui,
- Speaker #5
oui.
- Speaker #0
Ça, c'est important.
- Speaker #5
Même si mes choix n'ont pas toujours été en bon escient, on va dire, comme tout le monde, ça fait partie des expériences. Ce que j'ai voulu... Je l'ai fait.
- Speaker #0
Je trouve que tu as un bon exemple. D'ailleurs, je pense que tout le côté que j'ai... La papa était aussi entrepreneur. On dit souvent, je me trouve plein de défauts, mais une des qualités que j'ai, c'est que souvent, je fais ce que je dis dans le sens d'entrepreneuriat. Ça veut dire que j'essaye, je teste. Ça échoue, parfois ça échoue. Mais c'est vrai que je reste rarement à l'idée simple d'un projet. J'arrive à le concrétiser assez rapidement. Et toi, je pense que c'est ça aussi. Souvent, tu te flagelles en disant « j'ai fait des mauvais choix » , mais moi, je trouve que d'extérieur, tu as toujours osé faire. Après, ça merde, ça merde, ou ça réussit, ça réussit. Mais j'entends, tu as le mérite d'avoir toujours fait. Parce que je crois que dans la population, il y a beaucoup de gens qui rêvent d'avoir la bonne idée, ou ils ont plein d'idées, mais en fait, ils restent souvent à l'état d'idée. Ils ne se lancent jamais.
- Speaker #5
Oui, voilà, il faut vivre ses rêves.
- Speaker #0
Ou en tout cas, se permettre de les concrétiser. Tout à fait. J'avais une question par rapport au fait de devenir maman. Parce que moi, je parle beaucoup de maternité ici, puis de ce que ça fait, de ce que ça déclenche en nous, en tant que femme. Parce que ce qu'on a compris, c'est que tu étais une femme assez rebelle. J'aime bien mettre ce mot-là. D'ailleurs, si je te comparais un dessin animé, moi, je te mettrais dans rebelle. Tu connais rebelle ? C'est la jeune princesse rousse. Et puis après, tu es devenue maman. Mais est-ce que c'était déjà un souhait quand tu étais plus jeune ?
- Speaker #5
J'étais toujours entourée. J'ai eu une petite soeur puis deux petits frères. Donc tu t'en es occupée. Oui, je m'en suis occupée. Puis je ne me suis jamais posé la question. Est-ce que je vis d'abord mes rêves de motard avant de... La vie se présentait comme ça.
- Speaker #0
Parce que tu t'es mariée à quel âge ? Ça, c'est important.
- Speaker #5
C'est-à-dire que moi, j'avais quand même un objectif. C'était... Oui. Bon, avoir mes enfants jeunes, là, c'était vraiment assez jeune.
- Speaker #0
Oui, c'était très jeune. Oui,
- Speaker #5
c'était un peu inapprévu. Et puis, après, ben oui, comme j'ai dit, partir.
- Speaker #0
T'étais jeune vers 18 ans, c'était te barrer de la maison, non ? Oui. Voilà, puis à l'époque, pour se barrer de la maison, il fallait se marier, non ?
- Speaker #5
Ben non, ben moi, j'habitais déjà, oui, j'habitais à Genève, vu que j'avais ma formation à Genève. Oui, c'est quand je rentrais à la maison, on était trois dans la même chambre, trois ados, donc c'était compliqué, aucun espace intime, etc. Donc c'est clair qu'avoir... Et puis bon, à Genève, j'étais dans un foyer pour jeunes filles, et pour avoir un appartement à Genève, c'était déjà compliqué en 1978. Donc voilà, j'étais pas non plus seule, j'avais ma chambre, mais oui, voilà.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #5
l'évolution, c'est clair. Avoir un mari, un foyer.
- Speaker #0
Tu y pensais déjà ou toi tu rêvais plutôt de... Parce que si on compare à moi... Non,
- Speaker #5
moi je voulais vivre à la colle, comme on disait à l'époque.
- Speaker #0
Alors qu'est-ce qui fait que tu n'as pas vécu à la colle ?
- Speaker #5
Mon ex-mari et nos deux parents, c'était contre. Non, c'était exclu.
- Speaker #0
Donc tu as dû te marier.
- Speaker #5
Oui, lui il n'était pas d'accord. Mais sinon, moi j'aurais pu braver. Moi ça m'aurait très bien. plus. Mon ami Pierrette et Pierre, ils ont vécu à Genève, ils ont vécu... Enfin, je crois qu'ils ne se sont jamais mariés, même encore maintenant.
- Speaker #0
Bonne question. Pierrette, tu nous écoutes ? Donc, pour moi, oui, c'était un modèle. Je voulais faire comme eux. Qu'est-ce qui t'aurait plu dans cette idée d'Alakol versus le mariage ?
- Speaker #5
Eh bien, l'indépendance de nouveau.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #5
Être mariée de, changer de nom, parce qu'il faut changer de nom.
- Speaker #0
C'était important pour toi de garder ton identité.
- Speaker #5
Oui.
- Speaker #0
Quand tu t'es mariée, tu t'es sentie perdante ?
- Speaker #5
Un petit peu, oui. Ah oui, ça, oui. Et après, bon, le grand bonheur d'être maman, ça, c'était... Mais ça, tu l'avais... C'est vrai ?
- Speaker #0
Est-ce que comme moi, tu t'es dit, dans les années, je ne serai jamais maman, puis un jour, tu es devenue maman ? Ça, je n'ai jamais dit,
- Speaker #5
par contre. Non, ça doit être mes filles. Je ne sais pas. Non, non, moi, c'est un accomplissement. Il fallait que je sois maman. Oui, oui. J'ai été maman facilement. Alors ça,
- Speaker #1
c'est ce que tu nous as donné. Ça va, par contre, ça va.
- Speaker #0
Voilà. Mais qu'est-ce qu'elle t'a appris, la maternité ?
- Speaker #5
Déjà, d'être responsable d'une autre personne. Incroyable de gérer l'éducation d'un autre petit être, essayer de faire tout bien, même si on fait des erreurs. Et puis, on évolue avec, surtout le premier, on évolue avec. À part quelques livres, c'est tout ce qu'il y avait. Il y avait quelques livres sur l'éducation.
- Speaker #0
Je sais que tu en avais parlé. À part ta maternité, puis le après, parce que tu as ma sœur qui vient d'être maman, puis moi. Qu'est-ce que tu vois de différent ?
- Speaker #5
Dans le processus ?
- Speaker #0
Dans nous, comment on le vit, comment on est... Parce que moi, ce que je ressens, c'est que nous, maintenant, on est assommés d'informations. Moi, j'ai des enfants qui sont grands, mais je pense maintenant à ma sœur. Elle a accès à plein d'informations. Des fois, je trouve qu'on se perd là-dedans.
- Speaker #5
Oui, c'est peut-être beaucoup plus stressant, perturbant. Est-ce que toi,
- Speaker #0
tu étais plus sereine par rapport à ça ? La grossesse est là après aussi.
- Speaker #5
Oui. Les trois premiers mois, j'avais des nausées, mais je n'ai jamais vraiment vomi. Mais j'avais des nausées. Après, il y a eu l'inauguration du tunnel du Gotthard. J'étais enceinte de sept mois. Donc, nous sommes allées faire l'inauguration du Gotthard en moto.
- Speaker #1
J'étais enceinte.
- Speaker #0
De toi ? De 7 mois ? Oh mon dieu, heureusement que je suis là, je suis en vie ! Donc moi je ne te referai plus ! Je crois qu'on interdirait une femme, non ? Non,
- Speaker #5
pour une fois, si tu te sens bien.
- Speaker #0
Non mais c'est les risques si tu tombes.
- Speaker #5
Oui, celle qui fait de l'aile, elle a bien volé en étant aussi enceinte. Je trouve ça merveilleux. Je ne sais plus son prénom.
- Speaker #0
Moi je t'ai fliquée, je ne faisais pas de vélo. Donc moto à 7 mois, ok ? Oui,
- Speaker #5
moi je vivais ça. J'ai travaillé jusqu'à aussi sept mois. Le dernier mois, c'était le mois d'août. Donc avec la chaleur, j'avais un peu des œdèmes aux jambes, mais très peu. C'était un peu plus difficile à me déplacer. Nous, c'était peut-être un peu trop l'inconnu. Nous, on avait une radio vers six, sept mois. Je crois, pour voir la largeur du bassin, si la tête passait. Sinon, on n'avait pas d'échographie.
- Speaker #0
Tu ne savais pas si j'avais la trisomie ?
- Speaker #5
Oui, il y avait très peu de contrôle. C'était trois mois, six mois. C'était vraiment peu, trop peu.
- Speaker #0
Après, quand tu as couché, tu étais entourée ou tu étais seule ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #5
Entourée par ?
- Speaker #0
Je ne sais pas, par ta famille, par tes amis ?
- Speaker #5
Quand j'ai accouché, pas l'accouchement, mais... Ah oui, oui, oui, oui, c'est une fête, bien sûr. Non,
- Speaker #0
mais parce que tu peux être toute seule à la maison, puis tu avais des amis qui avaient accouché, tu avais tes sœurs. Les amis, non, j'étais dans les premiers. Ben voilà, ben oui.
- Speaker #5
Ma sœur, oui, elle avait déjà Isabelle, oui. Elle est enceinte de Nicolas, elle a accouché trois semaines après moi. Donc, oui. Oui, oui, dans la famille, on est très famille maternelle, etc. Ma maman, ses soeurs, mes tantes.
- Speaker #0
Et comment c'était la parole par rapport à ça ? Tu as pu discuter de ton accouchement ou il y avait des tabous ?
- Speaker #5
Oui, ça Mais bon, moi j'accouche facilement, je n'ai pas eu trop de trauma. Pas même. Pourquoi tu ne m'as pas donné ça ?
- Speaker #0
Oui, si tu avais pu.
- Speaker #5
La transmission. Je l'avais pensé. Ah oui. Non, non,
- Speaker #0
non. Ça, j'ai lu de l'autre côté. Ah oui,
- Speaker #5
quand tu as accouché, moi j'étais malade d'ailleurs. Oui, d'ailleurs, j'avais été vomie dans les vessies. Et quand j'ai appris que... Ah oui, c'était... Comme si c'était moi qui accouchais à ta place. C'était dur.
- Speaker #0
Je pense que ce sera pareil pour Louise. Ben oui, évidemment. Oui. Heureusement, je n'ai pas su, moi. Je suis après. Mais pour l'anecdote, je vais la dire quand même. J'ai accouché de Louise le 24 décembre. C'est Régis qui te tenait au courant. On avait un repas de famille.
- Speaker #5
Le 24 décembre. Tu es allée vomir.
- Speaker #0
Cet accouchement a été long et compliqué. Justement, avec le recul, est-ce que tu changerais quelque chose dans ça ? Dans le fait que tu es devenue jeune femme, et après maman, est-ce qu'il y a quelque chose que tu changerais ?
- Speaker #5
Non.
- Speaker #0
Parce que tu as dit que tu avais fait les enfants jeunes. Est-ce que tu aurais fait moins jeunes ?
- Speaker #5
Peut-être 5-6 ans, oui. Travailler un peu plus, parce que là je venais de passer mon diplôme, 19 ans, puis après j'ai travaillé 2 ans. Oui, travailler un peu plus, mais les économies...
- Speaker #0
Ça aurait changé quoi ?
- Speaker #5
Peut-être avoir un peu plus d'aisance financière. Pour moi. Mais nous, on ne parlait pas non plus de finances à l'époque. Je ne pensais pas du tout à mettre un peu des...
- Speaker #0
Tu étais jeune, 19 ans, 20 ans.
- Speaker #5
Oui, mais maintenant, on se dit qu'il faut avoir un compte à soi pour s'offrir, faire du shopping. C'est ce que je recommande. Avoir un compte commun et un autre compte pour soi. Et puis, nous, c'est ce que... Beaucoup de gens reprochent aussi à l'éducation, à l'école. On n'a aucune éducation financière.
- Speaker #0
C'est ce qu'on en parlait avec Émilie. C'est comme si on nous avait enlevé tout un pouvoir aux femmes. Quand on fait historiquement, comme tu dis, tu as grandi toi ou tu n'avais pas accès aux comptes bancaires, etc. On marche. On doit vraiment réapprendre aux femmes à s'intéresser à ça. Justement, comme je fais avec Louise, c'est de lui donner un budget, le faire gérer, le faire économiser, lui montrer qu'il y a un pouvoir derrière. Ce n'est pas juste du papier, en fait. Ça t'offre une vraie liberté. Tout à fait.
- Speaker #5
Après, quand je gérais les salaires de l'entreprise de mon ex-mari, etc., j'étais quand même confrontée aux finances. J'allais chercher l'argent. Mais ce n'était pas pour moi.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Ce n'est pas la même chose.
- Speaker #5
Voilà. Après, quand je me suis trouvée seule, puis que j'ai bien dû gérer mon budget, etc., je ne me suis quand même pas perdue.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a quelque chose que tu as mis de côté quand tu es devenue maman ?
- Speaker #5
De côté ? Oui. Oui, mais tu peux le dire. Je suis maman,
- Speaker #0
donc je sais ce qu'on met de côté.
- Speaker #5
Oui, en même temps, on est partis très vite au Mali. Donc, j'ai aussi dû mettre les parenthèses de famille. Les retrouvailles familiales en parenthèse, le sport.
- Speaker #0
Tout ce que tu aimais faire, en fait. Donc, en fait, tu as gardé quoi ? Tu as gardé ton travail ? Enfin, même pas quand tu étais au Mali, mais...
- Speaker #5
Non, la même chose. On n'avait pas le droit de travailler. que nous étions femmes de coopérants. Oui,
- Speaker #0
parce que mes parents, on a vécu au Mali les premières années de notre vie, grâce ou à cause, on verra bien, de mon papa.
- Speaker #5
Non, c'était une belle expérience quand même. Oui, vraiment. Mais c'était la même chose, c'était l'inconnu. On n'avait pas Internet, on n'avait rien. Donc, à part un ou deux bouquins, on a été parachutés. Lui, il a eu une formation, mais pas moi. Oui, oui. Donc, je me suis trouvée maman. Et puis après... Je suis tombée enceinte assez rapidement du deuxième. Puis après, nous sommes parties au Mali. Donc oui, j'ai profité de vous deux là-bas. Donc ça veut dire que...
- Speaker #0
Vraiment à 150%. Donc en fait, quand on... 200%. Là, c'était dans ta période, maman à 200% en fait. Oui,
- Speaker #5
mais je regrettais justement d'avoir pas assez travaillé avant, d'avoir cette parenthèse. Parce que pour moi, j'étais pas assez fatiguée pour pouvoir... En même temps, notre voiture est arrivée deux ans après. Elle était bloquée sur le port de Dakar. On l'a su après. Donc, j'étais coincée. Je n'avais pas de voiture pour me déplacer. J'étais vraiment dans un milieu clos. J'avais quelques, on va dire, pas entretiens, quelques visites entre coopérantes, etc. Mais c'est tout. Donc, j'apprenais l'anglais. J'avais des... J'avais des cassettes pour apprendre l'anglais.
- Speaker #0
Et ça, tu te stimulais le cerveau comment ? Parce que moi, je sais ce que c'est d'avoir deux jeunes enfants au bout d'un moment, si tu parles à personne.
- Speaker #5
J'apprenais l'anglais, je maîtrisais assez bien, mais après j'ai tout repéré.
- Speaker #0
Donc en fait, t'étais maman à
- Speaker #5
100%. Oui.
- Speaker #0
Mais comment t'as fait pour ne pas péter un câble ?
- Speaker #5
Ça a été difficile, oui. En plus, on devait avoir un gardien puis un cuisinier. La nounou, j'ai pas voulu. On a eu un moment, la nounou, mais elle nous volait, donc j'ai pas voulu que je m'occupe de vous. La cuisine, parce que sinon ils nous volent, ils nous embêtent tant qu'on n'est pas un minimum de personnel. Donc depuis qu'on a eu un gardien pour ouvrir la porte, et puis balayer autour d'un villa, et puis le cuistot pour faire les repas, on a été tranquille, on n'a plus jamais été volés, etc. Mais tous les cadeaux de naissance que j'avais reçus, je les avais suspendus.
- Speaker #0
Quand j'y étais,
- Speaker #5
il n'y avait plus de lessive. Mais enfin, voilà ça. Profiter à quelqu'un d'autre, je pense. Donc oui, c'était un peu la routine. Bon, alors moi, j'aimais bien aller au marché avec mes deux enfants. Alors c'était tout babou. On avait une nuée de petits enfants qui nous suivaient au marché. Parce que voilà, deux petits blonds là au milieu. Et tout le monde me disait, mais non, Marielle, n'y va pas. C'est dangereux. Et puis, ce n'est pas ton rôle. Et puis, j'ai dit, mais j'aime bien. Et puis, ça nous sort. Et puis... Ça m'ouvre un peu la vie du local, se concentrer en coopérant, etc. Il y avait aussi au quotidien un passage de cacahuètes grillées que les enfants aimaient bien.
- Speaker #0
Je pense que moi, j'ai gardé des souvenirs quand même, parce que quand on va au Maroc, on est allé au Très, il y a quelque chose, chaque fois que je vais dans ces pays-là... C'est comme s'il y avait un truc qui s'anime. Je pense quand même au fait d'avoir vécu quelques années en dehors.
- Speaker #5
Je me promenais en dehors de la concession. Ce qu'on appelait la villa qu'on avait, c'était une concession. Il y avait un mur tout autour de notre maison. Je me promenais, la même chose. J'étais la seule coopérante à faire ça. Il fallait que je bouge quand même. C'est ce que j'allais dire.
- Speaker #0
Quand on t'entend, plus pas de voiture.
- Speaker #5
Quand tu as une voiture, tu... tu peux aller en dehors de la ville, etc.
- Speaker #0
Moi, je te connais, t'es très active. Donc, comment t'as fait pour rester comme ça, sans activité, entre guillemets ? Je sais très bien que t'es remerciée, c'est beaucoup. Mais j'entends là, t'étais...
- Speaker #5
Ouais, après, bon, on avait la piscine, donc on nageait quand même un petit peu,
- Speaker #0
mais c'est tout.
- Speaker #5
Moi, je travaille 8-10 ans. Là, je serais fatiguée. J'apprécierais plus cette pause que là où j'avais envie de faire plein de choses. Et puis, voilà, quoi. Après, moi, j'imaginais être en Afrique, voyager, aller en Côte d'Ivoire, au Sénégal, etc. Mon ex-mari y est allé au niveau professionnel, mais moi, je ne pouvais pas y aller.
- Speaker #0
Vous auriez voulu faire différemment ? Maintenant, avec le recul, tu ne serais pas partie ?
- Speaker #5
C'est difficile de dire maintenant parce qu'on a plein de connaissances qu'à l'époque, on n'avait pas. Moi, ce qui me tentait, oui. Avant ça, on était déjà partis en moto jusqu'à Al-Gadir. On avait fait aussi les pays baltes, mais moi ça me plaisait d'aller vivre ailleurs. Vivre ailleurs, ça a toujours été... Et j'aurais voulu continuer. On avait la possibilité d'aller soit au Rwanda, soit au Comores.
- Speaker #0
Ce qu'on entend, c'est que tu as quand même beaucoup suivi papa. Oui. Est-ce que tu as oublié, depuis que tu es la jeune fille qui voulait partir en moto et tout, et après tu es maman, qu'est-ce que tu as oublié en cours de route ?
- Speaker #5
Vraiment la dépendance.
- Speaker #0
Un peu, puis tes rêves, non ?
- Speaker #5
Ah oui,
- Speaker #0
Parce qu'il faut beaucoup de femmes, c'est pas une accusation.
- Speaker #5
J'ai réalisé ces temps que, enfin ces temps, depuis quelques années que je suis en retraite.
- Speaker #0
J'ai toujours soutenu, aidé et collaboré à fond dans les rêves de mes compagnons. Mais jamais dire, imposer, dire non, moi je veux ça et je voudrais faire ça, le réaliser. J'ai toujours dit, je ne me rendais même pas compte, mais eux, ils avaient des idées. Puis je me disais, ah ouais, c'est génial, machin, tout. Vu que j'étais en excellente santé, j'ai toujours été... La fille qu'on déléguait des responsabilités. Je disais toujours, oui, je peux aussi, parce que je suis en bonne santé. Puis ça a continué. J'ai toujours dit, oui, je peux le faire. Alors que des fois, ça me rendait le service de dire, non, je ne touche pas à ça. Par exemple, le bureau, la gestion d'entreprise de mon ex-mari.
- Speaker #1
De mon papa.
- Speaker #0
Bon, ça m'a appris. Grâce à ça, j'ai eu des cours d'informatique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Voilà. que peut-être que j'aurais connu, mais plus tard. Donc ça m'a quand même donné une évolution professionnelle, mais en même temps, ça m'a pris beaucoup de temps, ça m'a physiquement épuisée. J'aurais dû dire non, c'est pas mon métier, et puis j'ai déjà assez de choses à gérer comme ça.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qu'il fait ?
- Speaker #0
Mais je n'osais pas, je me disais, je peux le faire, pourquoi je dirais non ? Alors qu'il avait 15 ouvriers, il aurait pu très bien avoir une secrétaire, ce qu'il a dû faire après, l'engager, puis donner un salaire, parce qu'à moi, il ne donnait pas de salaire.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qui fait que dans ta vie, justement, tu n'as pas osé dire non ?
- Speaker #0
Je ne sais pas.
- Speaker #1
Tu n'as pas du tout de piste ? Non,
- Speaker #0
je ne sais pas. Parce que j'ai toujours pu dire... Tu as toujours dit oui ? Oui, je peux le faire. Dire non, c'était... Comme moi, je suis un peu rebelle. Dire non, c'est me trouver, je ne sais pas, comme ma sœur, en état d'infériorité. Je ne sais pas.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Petite femme faible, dire non.
- Speaker #1
C'est intéressant. Toi, tu associes le non à la femme faible.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Alors que...
- Speaker #0
S'il avait eu des problèmes, est-ce que tu aurais dit oui, mais bon, j'aurais peut-être pu le faire ou je ne sais pas. Ah, OK.
- Speaker #1
Moi, ce que j'ai appris, c'est que le non, c'est plutôt sortir au rejet, sortir au fait qu'on ne soit pas aimé, en fait. Oui, ça aussi. Parce que les femmes... Moi,
- Speaker #0
j'étais très longtemps en manque de confiance en moi, timide. malgré que j'ai jamais eu mon intermédiaire, je n'osais pas m'imposer.
- Speaker #1
Je pense que dans ta famille, encore plus à l'époque, j'imagine, mais nous, on sait, des femmes de ma génération, qu'on a grandi, malgré ta maternité et ton rôle de mère, on a quand même grandi avec la société qui nous disait qu'une fille, elle doit plaire, plaire et plaire des fois, être aimable, surtout dire oui et pas non. Ça veut dire qu'on a appris les femmes à prendre soin des autres. et dans le faire plaisir.
- Speaker #0
On est en assistante médicale, je ne fais pas ça. Les autres, oui. Alors, plaire, non. La première fois que j'ai mis une jupe, une mini-jupe, j'avais au moins 35 ans, je crois. Ça,
- Speaker #1
c'est plaire aux hommes. Oui,
- Speaker #0
je fais toujours en pantalon. Oui, je ne prenais pas d'importance. Alors,
- Speaker #1
c'est plus de prendre soin des autres.
- Speaker #0
Oui, je pense. Et puis, comme tu dis, peut-être le rejet.
- Speaker #1
Peur que tu te fasses rejeter quand on dit non.
- Speaker #0
quand même même encore maintenant j'ai un manque de confiance en moi je suis timide je ne suis pas une femme qui rit aux éclats ou comme ça je ne suis pas ça fait ton caractère oui oui je ne suis pas j'aimerais bien mais ce n'est pas moi donc
- Speaker #1
en fait ce que tu as oublié en chemin c'était tes rêves et là aujourd'hui maintenant tu aimerais les remettre en marche en fait 10 oui c'est le on va dire le dernier moment non maman c'est pas le cas la dernière ligne droite elle est peut-être longue cette dernière ligne droite comment tu vis justement le fait de vieillir parce que moi je vieillis j'ai mes premiers cheveux gris et c'est vrai que je vois il y a 6 ans en arrière quand j'avais 35, 36 ans je trouvais que c'était le meilleur âge vraiment 36 on se sent enfin soi-même 40 ans d'un coup là à 42 ans je commence à avoir mes cheveux gris puis je me dis ah ouais la société elle te regarde différemment c'est comme si Merci. En tant que femme, tu devenais de plus en plus invisible, en fait. C'est comme si tu étais visible jusqu'à 35, 36 ans. Tu es une jeune femme. Et puis, après, tu commences la ponte.
- Speaker #0
Alors, moi, je trouve que la plus belle dizaine, c'est la quarantaine. Ah oui, on est plus ou moins proches.
- Speaker #1
Ah oui,
- Speaker #0
moi, je pense que... À l'époque, peut-être que maintenant, oui, peut-être qu'il y a des paramètres. Oui, j'entendais justement... J'ai bu un... Je pense là-dessus qu'en étant à la retraite, on devient invisible. Oui. Parce qu'on a les cheveux criés et tout, on n'a plus le droit de mettre des bottes en semi. Mais si, moi je... Mais tu n'as pas ressenti ça toi ? Non, moi je suis toujours la même. Moi je veux bien mettre une mini-jupe et puis des bottes et machin, je ne me sens pas. Mais est-ce qu'en société tu... C'est fini, je me mets dans... Non. Et puis j'étais tellement dans un tourbillon jusqu'à maintenant. L'hôpital m'a rappelé quand j'étais déjà en retraite parce qu'ils ont encore besoin de moi. Donc je... Oui, je n'ai pas eu ce truc. Oui,
- Speaker #1
je suis dans un coin. On dit qu'on se sent invisible à la retraite parce qu'en société, tu ne peux plus... Comme quand on vient à mer au foyer, on est autour d'une table à un repas, tout le monde se pose la question, qu'est-ce que tu fais dans la vie ? Puis quand on arrive à toi, tu dis que tu es mer au foyer. Ah oui, bon, ça passe parce que ce n'est pas intéressant. Puis quand tu es retraité, elle arrive à raconter aussi. Est-ce que ça, tu l'as senti ou pas ?
- Speaker #0
Pas encore, après, je ne sais pas. C'est intéressant. Bon, maintenant, il y a beaucoup de jeunes retraités qui font plein de choses avec les impléances. Oui,
- Speaker #1
chacun vit différemment. Donc, comment tu vis le fait de vieillir, toi ?
- Speaker #0
Bon, alors maintenant, je suis quand même plus au ralenti parce que j'ai quitté mon compagnon. Je suis dans un appartement toute seule, donc j'ai le temps de réfléchir et autres. Donc, oui, je sens plus que je suis à la retraite. Voilà, il faut trouver d'autres voies, d'autres choix de vie, etc. bouger, faire du sport se motiver à faire du sport tu retrouves la vie que tu avais quand tu étais à Genève oui qu'est-ce qui compte vraiment pour toi maintenant ? alors être bien dans ma santé physique physique et mentale donc Donc, ouais. C'est déjà bien, hein ? J'ai fait le plus possible du sport pour maintenir mon capital osseux, etc. Ma souplesse.
- Speaker #1
Karine, si tu nous entends, tu vas la écouter ton podcast.
- Speaker #0
Non, mais je savais déjà avant. Et puis... C'était ta question ?
- Speaker #1
C'était ça. Qu'est-ce qui compte vraiment pour toi maintenant ?
- Speaker #0
Et puis, ben, non, aussi profiter de mes enfants, voilà. Un maximum que je n'ai pas pu faire avant. Parce que je travaille à 100%, donc être le plus proche possible, faire des activités avec eux, vivre leur évolution, et puis voyager.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu espères avoir transmis ? Alors,
- Speaker #0
j'espère que j'ai quand même transmis certaines valeurs.
- Speaker #1
Certaines valeurs ? Oui, des questions. Oui, bon, le travail, ce n'est pas tellement une valeur. Tu peux dire, oui, le travail.
- Speaker #0
Ce n'est pas tellement valorisant. Moi, j'espère aussi...
- Speaker #1
Quand tu es maman, tu peux t'espérer me transmettre quoi ? Moi ou mes frères et sœurs.
- Speaker #0
Oui, oui, oui, une certaine... Comment on peut dire ? Vie de famille, enfin...
- Speaker #1
Je pense que le sens de la valeur de la famille. Voilà,
- Speaker #0
la valeur de la famille, oui. Être honnête, enfin, trouver une plénitude dans sa vie professionnelle et privée. Voilà, oui.
- Speaker #1
Moi, je me demande ce que j'aurais envie de transmettre.
- Speaker #0
Après, j'ai pas toujours été un exemple.
- Speaker #1
Il faut pas être un exemple. T'imagines si t'étais parfaite, la pression que tu mets sur l'enfant.
- Speaker #0
Pas parfaite.
- Speaker #1
Comme Louise, il faut montrer ses imperfections. Moi, je me demande ce que je lui prends.
- Speaker #0
Bah oui, c'est sûr. Tout se déroule pas dans un paradis.
- Speaker #1
Bah non. Moi, j'ai plus appris que des fois, tu t'es trompée en tant que femme que si tu me montrais... Si t'étais restée la maman hyper businesswoman, tu travailles, tu gères la famille, plus l'entreprise de papa, je me serais dit, mais moi si j'arrive pas à faire le tir de ce qu'elle fait, je suis une merde, tu vois. Donc le fait que t'aies eu plusieurs vies en une, je pense que ça a permis aussi des connexions, puis des déconstructions, puis de se dire que tout est OK. C'est du miroir. Oui. Donc je vais te mettre le miroir devant toi. Pour te poser quelques questions. C'est la partie où j'espère qu'il tombe. Ah, il faut que je le tienne ? Non, non. Voilà. Est-ce que tu te vois ? Oui ? Ah, parfait. Alors tu ne peux regarder que toi, tu vas me regarder moi, sinon ça fera bizarre si tu regardes la deux personnes. Bon, alors quand tu te regardes aujourd'hui maman, tu vois qui ?
- Speaker #0
Eh ben, une dame qui vieillit gentiment, qui espère réaliser ses objectifs actuels, futurs.
- Speaker #1
Est-ce que tu te sens libre aujourd'hui ?
- Speaker #0
Un peu coincé financièrement, mais sinon oui.
- Speaker #1
Oui, on a dit que toi tu as aussi liberté financière et lent. Argent et liberté. Oui,
- Speaker #0
parce que ça te coince quand même pour voyager par exemple. Mais ça va s'améliorer.
- Speaker #1
Ça peut.
- Speaker #0
Je vais trouver un petit lit maintenant. Je vais me meubler, m'aménager mon petit lit. Et puis après voilà. J'ai des tables.
- Speaker #1
C'est les voyages. Tu peux fermer les yeux maintenant. Fermer les yeux ? Tu peux rouvrir les yeux. J'ai mis une petite photo de toi.
- Speaker #0
Ah ouais, jolie. Je voulais le mettre, ce médaillon. J'ai toujours ce médaillon.
- Speaker #1
Tu feras le purifier quand même, parce que les années doivent apporter des énergies. Alors, quand tu regardes cette petite fille, qu'est-ce que tu aimerais lui dire ? C'était devant toi.
- Speaker #0
C'était devant moi. Je lui dirais, mais toi, je suis en robe.
- Speaker #1
Eh bien oui, mais bon, là, c'était...
- Speaker #0
C'était le jour de fête. Je lui dirais... Sois égale à toi-même, ouais.
- Speaker #1
Hier, tu as dit qu'il faut faire plus d'études.
- Speaker #0
Ah oui, plus tard, oui. Je voudrais être plus persévérante au niveau scolaire.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Parce que je n'aimais pas les études. Je trouvais que je m'ennuyais. J'ai essayé de trouver un métier où il y avait très peu d'études, que je gagne vite ma vie, que je puisse faire autre chose que d'être statique sur un banc d'école.
- Speaker #1
Oui, moi, ça, j'aimerais quand même dire que si tu t'en es à l'école, ça ne veut pas dire que tu n'aimais pas les études. Je veux dire que peut-être c'était trop lent pour toi. Oui, à l'époque, c'était comme ça. Donc,
- Speaker #0
il fallait finir le cursus scolaire. J'ai quand même fait l'école secondaire, mais je ne voulais surtout pas aller plus loin. Et puis, trouver un métier,
- Speaker #1
oui. Est-ce qu'elle serait fière de toi, cette petite fille-là, celle que tu voyais aujourd'hui ?
- Speaker #0
Bon, elle aurait dit « je vous ameure trop » .
- Speaker #1
Mais maman, qu'est-ce qu'elle te dirait ? Elle dirait quoi alors ?
- Speaker #0
Elle dirait « certaines fois t'as abusé, Ariel » . Mais bon...
- Speaker #1
Elle te dirait quoi alors ? « T'as abusé, Ariel » , elle dirait quoi ? Ouais, ouais. Mais sur quoi ?
- Speaker #0
Sur certaines parties, voilà.
- Speaker #1
C'est-à-dire quoi, t'as abusé ? Genre, t'as fait les mauvais choix ? Ou genre, t'as déraillé ? Ça veut dire quoi, t'as abusé ? Oui,
- Speaker #0
oui, bon, voilà. Bon, j'ai quand même pris beaucoup de risques en moto, après, quand j'ai eu ma moto. Donc, je suis là. À part faire de santé,
- Speaker #1
bon, à part un doigt, là.
- Speaker #0
Je me suis cassée, mais là, des fois, oui, oui, j'ai pris des risques.
- Speaker #1
Ah, donc t'as dit récalme-toi un peu. Oui,
- Speaker #0
oui, oui. Pas abuser, mais... Enfin, si, j'ai abusé dans la question. Quand on rentrait de Viry, t'es content d'être... En vie ? Oui.
- Speaker #1
Voilà pourquoi je fais pas de moto, les gars. Avant qu'on enlève la photo de la petite Ariel et le miroir, t'aimerais dire encore quelque chose à la petite fille ?
- Speaker #0
À la petite fille ?
- Speaker #1
À toi, petite, en fait.
- Speaker #0
Ouais, ouais. On ne soit plus... Prends confiance en toi.
- Speaker #1
Voilà. Merci. Bon, on va continuer avec mes petites questions. Qu'est-ce que t'aimerais que nous, les femmes, de mon âge ou de l'âge de Laurie, parce qu'assurément, on est en 11 ans d'écart, donc ça fait deux générations quand même différentes, on comprenne plutôt. Qu'est-ce que toi, t'as compris en chemin que t'aimerais que moi, je comprenne maintenant ou que Laurie, elle comprenne à 30 ans ? Ma soeur a 30 ans. Oui, ma soeur a 30 ans. C'est 30 ans. Oui.
- Speaker #0
Bon, je pense que vous l'avez déjà compris. Vous avez votre, je pense, votre compte à vous, bancaire. Côté financier, vous essayez de vous départager de votre conjoint, de faire votre place professionnelle et privée, vos choix aussi privés au niveau bien-être, sport, etc. Oser dire, maintenant, moi, je me consacre à moi, au lieu de dire...
- Speaker #1
D'abord le mari,
- Speaker #0
les enfants, puis après moi s'il me reste un peu de temps.
- Speaker #1
Parce que moi je me souviens quand même, toi tu essayais d'aller au squash, au badminton quand même à des époques. C'était pas très bien accueilli, mais quand même.
- Speaker #0
Oui, ça c'est quand on est rentré. Oui, et puis c'était aussi le stress, parce qu'on était loin, il fallait que j'aille jusqu'au... Jusqu'à l'endroit où il y avait le squat, je rentrais, et puis c'était minuté, il fallait que je rentre. Puis oui, voilà, tout était minuté.
- Speaker #1
Si tu avais un message à dire aux femmes qui nous écoutent, de ce que tu as raconté ou de ce que tu aimerais laisser, tu aimerais leur dire quoi ? Des mamans, des filles ? Des grands-mamans,
- Speaker #0
oui, oui. Prenez confiance en vous et puis osez vous imposer. que ce que vous aimeriez faire, etc. Je pense que l'autre ne va pas se sauver, même s'il ne l'accepte pas, ou s'il rouspète. Un homme dit « je travaille » , c'est normal, mais si une femme dit « je » , ce n'est pas encore acquis pour certaines personnes.
- Speaker #1
Ça, c'est ce que tu as appris en chemin ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Il y a en vrai une question que je vais te poser. Quand tu es devenue maman, c'est ce à quoi tu t'attendais ? Ou genre, tu avais une autre image de la maternité ? Ah bah oui,
- Speaker #0
moi j'ai tellement été baignée. Ah,
- Speaker #1
t'as pas été surprise ?
- Speaker #0
Bah non, après avec...
- Speaker #1
Bah non, écoute...
- Speaker #0
On est trois... Trois... Soyez frères, et puis après, ouais, tous les cousins qui nous baignaient autour.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui fait que tu t'es occupée comme ça de tes frères et soeurs ?
- Speaker #0
J'ai pas le choix.
- Speaker #1
Mais qu'est-ce qui fait que tu n'avais pas le choix ?
- Speaker #0
Ma maman, elle était la même chose. Elle gérait le bureau de son mari, elle potageait la cuisine, elle faisait nos habits. En plus, on avait des locataires en face. On devait aussi rénover les appartements, on faisait aussi les foins. Et puis voilà, c'était dans les mœurs. Les plus grands, on s'occupait des petits. Comme ma sœur était de santé fragile, qu'elle ne nous ait pas transpiré, etc. Je ne sais même pas si elle allait promener ma petite sœur, je ne crois pas.
- Speaker #1
Du coup, ta maman, elle était quand même très active en dehors de son rôle de mère, c'est ça ?
- Speaker #0
Elle n'avait aussi pas le choix. Ma maman avait sa maman qui habitait en Alsace, donc elle venait rarement. Sa belle-mère, on la voyait sporadiquement. Donc, elle ne s'occupait pas de nous, en tout cas. Donc, il n'y avait que moi qui étais en très bonne santé. En fait,
- Speaker #1
tu as pris un rôle de parent très vite, en fait. Oui,
- Speaker #0
j'étais parentifiée très vite. Donc après, pour moi, la... C'était la même chose, mais c'était mes enfants.
- Speaker #1
Voilà, donc tu n'as pas été surprise dans ta maternité, toi.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Ok, je crois que j'ai fini pour ce premier jet de questions. Je vérifie, mais je n'en ai pas. Est-ce que tu aimerais, toi, ajouter quelque chose ? Non.
- Speaker #0
J'espère que j'ai pu répondre.
- Speaker #1
Mais, bien sûr. Un petit bilan. Il y avait une question, mais je pense que tu as déjà répondu à celle-là. Est-ce que tu as fait des choix par devoir ou par envie ?
- Speaker #0
Des choix par devoir.
- Speaker #1
Ou par envie. Je pense que tu y réponds un peu entre les lignes quand tu dis que tu as fait des choix par rapport à tes amoureux à chaque fois.
- Speaker #0
Oui, par envie. C'est quand même moi qui dis oui. On part en Afrique. Si j'avais dit non à mon ex-mari, on ne serait pas partis. Mais c'était aussi mon envie.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'était... Je ne pensais pas que ça se déroulerait comme ça.
- Speaker #1
Oui, mais c'est fait qu'aujourd'hui... Voilà, c'est la dernière question. Si tu avais une baguette magique, est-ce que tu changerais quelque chose de ton parcours de vie ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu changerais ?
- Speaker #0
J'irais en Afrique, mais je me donnerais la possibilité de voyager plus, de découvrir plus mon environnement, pas local, local je l'ai découvert, mais des pays voisins.
- Speaker #1
Tu voyagerais plus en Afrique ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu ne changerais rien d'autre de ta vie du coup ?
- Speaker #0
Ensuite, j'apprendrais à gérer mieux mes finances.
- Speaker #1
C'est important ça, tu l'as dit plusieurs fois.
- Speaker #0
Mais oui, parce que j'ai beaucoup, comment on va dire, géré par instinct, oui je peux le faire, voilà. J'ai plus géré par instinct, oui je peux le faire, alors que j'aurais dû plus étudier la chose, si vraiment c'était possible, dans mes finances, avant de me lancer. En même temps je ne regrette rien, voilà, c'est des expériences.
- Speaker #1
C'est ce qui fait que tu es là maintenant. Oui. Si ça se trouve, je ne serais pas là.
- Speaker #0
J'ai quand même toujours essayé de gérer, rattraper, mais voilà ce que j'ai fait.
- Speaker #1
Donc ça, c'est ton truc.
- Speaker #0
Au niveau financier, j'ai toujours pu compenser mes dettes que j'avais.
- Speaker #1
Bon, ben voilà ce que tu changerais.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Bon, ben merci maman.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Si cet épisode t'a... plus, pense à le partager, à le commenter. En tout cas, ma maman est venue partager un petit moment de sa vie, elle qui n'est très discrète d'habitude. Je crois que ça va faire que je l'entends parler autant d'elle. En tous les cas, si tu as aimé, fais-le savoir, commente. Moi, je lis tous les commentaires sur Spotify, sur Apple Podcast. L'épisode est là pour ça, pour être partagé, commenté. Je te dis à bientôt pour un nouvel épisode. Bonjour !