- Speaker #0
Nous sommes à l'aube de la sixième extinction de masse. C'est d'ailleurs le titre du livre de Bruno David, le président du Muséum national d'histoire naturelle, qui pose cette question : habiter la Terre. On sait que dans les prochaines décennies, si rien ne bouge, 500 000 à 1 million d'espèces vont décliner et à terme être menacées d'extinction.
- Speaker #1
Ces 40 dernières années, 68% des populations d'animaux sauvages vertébrés ont disparu. Pourtant, sans ces êtres vivants, impossible pour l'homme de survivre. Nous sommes tous liés les uns aux autres.
- Speaker #0
La crise de la biodiversité a en fait cinq causes différentes. Le changement climatique bien sûr, mais aussi et surtout... les pollutions, la destruction et la surexploitation des milieux et la propagation de maladies via le commerce et les voyages internationaux.
- Speaker #1
La relation entre les êtres humains et les animaux soulève des questions profondes sur notre rôle et notre impact sur la planète. Les animaux, dans la plupart des écosystèmes, coexistent en harmonie, chaque espèce jouant un rôle crucial dans le maintien de l'équilibre naturel. En revanche, l'humanité a souvent perturbé cet équilibre pour son propre bénéfice, causant la disparition de nombreuses espèces.
- Speaker #0
Notre rapport aux animaux est complexe et chargé d'émotions. Pourquoi sommes-nous si émus de rencontrer des animaux surpris dans leur vie sauvage ?
- Speaker #1
Les animaux incarnent une pureté et une harmonie qui contrastent avec la vie humaine moderne, suscitant en nous un sentiment d'émerveillement et d'humilité, parfois de peur. Voir un animal dans son habitat naturel nous rappelle la beauté et la fragilité des écosystèmes, éveillant un désir de protection.
- Speaker #0
Voici les témoignages que nous avons recueillis avec Audrey Ranchin dans notre arbre cabane au creux de mon arbre, l'écho du vivant.
- Speaker #2
Une rencontre marquante avec un autre vivant. Pour être plus précis, ils étaient trois. Voilà, trois patous. On était avec ma compagne, on se promenait. tranquillement sur un sentier du Vercors, sur les hauts plateaux. Et puis là, à 100 mètres, on voit devant nous trois gros chiens blancs, donc des patous, les chiens qui gardent les brebis et les moutons sur les hauts pâturages. Voilà, ils viennent à notre rencontre. On savait qu'on allait les croiser. Donc vigilance parce que ça reste des chiens, même s'ils sont domestiqués, ils vivent plutôt à l'état sauvage avec les moutons. Certains diront qu'ils se prennent même pour des moutons. Voilà, donc ils étaient à 100 mètres. Donc moi un petit peu instinct de survie, je devance un peu ma compagne. Et puis on se met d'accord pour continuer notre chemin quand on les croisera. Voilà, en continuant à discuter et puis en évitant de croiser leur regard. Et puis là ils sont à 20 mètres, et à 20 mètres de nous en fait on se rend compte qu'il y en a deux chiens parmi les trois qui ont vraiment le museau tout ensanglanté. Le regard très noir. Et là on flippe bien en fait. Et voilà on a essayé de garder confiance donc on s'avance, ils s'avancent. Eux étaient sur notre gauche, nous sur la partie droite du sentier. et au moment de les croiser en fait j'ai pas pu m'empêcher en fait j'ai mis un coup de regard sur la gauche et là j'ai vu deux des trois chiens les deux qui étaient le plus à ma gauche, qui pareil m'ont regardé mais vraiment droit dans les yeux et se sont arrêtés, les trois se sont arrêtés net et nous deux on a bien gardé la consigne, m'accompagnez moi, de continuer à avancer j'ai pas lâché du regard jusqu'à 20 mètres en fait où on les avait dépassés et où là mon cou ne suivait plus donc j'ai redressé la tête Et là je pense que j'ai prié très fort. Et on a continué à marcher et au bout de 50 mètres en fait, on s'est rendu compte que les chiens continuaient leur chemin et redescendaient dans la vallée. Et on était sauvés quoi en quelque sorte. Voilà donc c'était une sacrée aventure avec une émotion assez centrée sur la peur et puis voilà ce ressenti d'instinct de survie en pleine nature, voilà. Et c'était une belle expérience, même si le récit est paraître tout autre chose.
- Speaker #3
Le jour où j'ai compris que les crustacés se rendaient compte que moi aussi j'étais vivante, c'était un jour où je nageais dans les Caraïbes et j'ai vu une toute petite tête qui sortait du sable. Je me suis rapprochée pour voir un peu plus de près et ce crustacé il s'est caché. Et je n'ai pas pu voir de près mais du coup le lendemain je suis retournée Et cette fois-ci, il ne s'était pas caché, mais il gardait juste depuis son petit trou dans le sable, avec ses yeux un peu brillants, un peu comme des mantises religieuses. Et comme ça, je suis retournée jour par jour voir ce petit crustacé. C'était un peu comme une cigale, en fait, qui avait des yeux totalement différents, avait un corps totalement différent au mien. Mais on s'est habitués, enfin, on a construit un lien. Avec des visites tous les jours, et il me regardait, il bougeait ses petites antennes, et moi j'ai compris qu'il y avait quelqu'un là-dedans, et qu'il savait qu'il me regardait comme on regarde un autre animal. Enfin, comme les animaux se regardent entre eux, mais pas comme l'humain regarde un peu depuis son... Son pédestal construit par l'intropocentrisme, mais juste des êtres vivants qui se regardent. Je me suis sentie extrêmement fortunée de faire un lien avec un crustacé. C'est une histoire que je la tiens vraiment très près dans mon cœur pour un peu sortir de l'idée qu'il n'y a que des humains dans la planète, enfin des humains conscients dans la planète, Reconnaître d'autres créatures vivantes et les respecter tout comme on respecte d'autres êtres humains, ça m'a juste fait comprendre que la mer est incroyable et unique.
- Speaker #4
Le jour où je me suis émerveillée devant la beauté de la nature était dans le parc national de Point Lobos en Californie. Nous étions en randonnée tout simplement dans le parc à la recherche de loutres. Et on en a vu une belle dizaine qui s'amusait dans les rapides. Mais ce n'était pas à ce moment-là où j'ai eu une très belle, une très grande surprise. Nous étions partis de ce sentier, nous avions fait notre randonnée et avons décidé d'aller plus loin sur un autre sentier pour faire un petit tour. Il était assez court. Et tout doucement, en se promenant, on prenait notre temps. Je me promenais avec mon père et il m'indique sur la tête, il me fait signe qu'il y a un aileron. Et on se rapproche et effectivement on voit trois nageoires qui apparaissent dans l'eau. Et on se regarde tous les deux et on se dit « Mon Dieu, il faut qu'on cours » . Et donc nous sommes partis en courant pour arriver au bord de l'eau, au bord de la falaise. Et il n'y avait pas seulement trois nageoires, mais une dizaine, puis une vingtaine, une trentaine, jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'il y avait plus d'une centaine de dauphins devant nos yeux, qui étaient tout simplement en train de faire des allées autour, qui étaient là sur le chemin de leur migration. Et on était à un endroit qui s'appelait les Chauderons du Diable. Ils étaient tous là, une centaine, à vaguer, à jouer, à se nourrir dans cet espace juste devant nos yeux. C'était des dauphins rissaux. C'est des dauphins qu'on n'a pas forcément l'habitude de voir puisqu'à l'inverse des dauphins que l'on voit plus dans les films ou autres qui ont des longs nez ceux-là l'ont aplati leur face et est aplati. C'était assez intéressant de voir une différente espèce qu'on n'a pas l'habitude de voir.
- Speaker #5
Quand j'étais petit, avec mes parents, nous sommes allés dans un parc animalier où les singes étaient en liberté. Mes parents ont acheté des... petits gâteaux, des petites cacahuètes à donner aux singes Donc étant petit, je l'ordonne avec grand plaisir. Et il arrive un moment où je n'en ai plus. Plus dans les poches, plus dans le sachet, plus nulle part. Et à ce moment-là, un singe m'a mis une gifle.
- Speaker #6
J'ai vécu en Nouvelle-Zélande quelques mois et j'allais au travail. Donc je partais de la plage pour aller au restaurant où je travaillais. Et sur le trottoir d'en face, il y avait un chat. Un chat qui était assis, seul. Et il y avait quelques passants qui passaient devant lui. Et le chat ne bougeait pas. Et moi je passe sur le trottoir d'en face et là le chat se lève, traverse la route. vient à mes pieds et ça a été vraiment un moment magique comme une réelle rencontre, une réelle rencontre en fait entre cet animal et moi. Et je sais plus si je l'ai caressé, je suis pas sûre. On s'est regardé, il a dû tourner autour de moi et puis c'était un moment quand même assez magique. Et puis après, j'ai continué ma route. Le chat a retraversé la route et est retourné s'asseoir sur son trottoir. Et au bout de la rue, je me retourne pour voir s'il allait faire pareil avec d'autres personnes. Et en fait, non. Et je me dis que ce jour-là, on s'est rencontrés vraiment lui et moi. Et ouais, c'était vraiment fabuleux. Enfin, ce chat, ça fait 7 ans ou 8 ans que je l'ai rencontré. Et je n'oublierai pas cette expérience, je pense.
- Speaker #7
Ma reconnexion à la nature, je dirais que je l'ai vécue quand je suis partie vivre à Londres. Parce que j'habitais dans la banlieue et il y avait des énormes gommones, des grands bois. Et à Londres, il y a plein de renards. Et il y avait notamment une famille de renards qui vivait cachée au fond de mon jardin. Et je les voyais souvent, quasiment tous les jours. Il y avait la mère renard et les petits renards d'eau. Et c'était si fou en fait de voir des renards... Au fond de son jardin, et c'est des animaux qu'on ne voit pas forcément souvent, surtout en France. Et pareil, c'est un peu un souvenir d'émerveillement face aux animaux, ces renards qui se baladaient comme ça. Donc voilà, mes souvenirs reliés à la nature.
- Speaker #8
Une grande montagne. Une immense montagne, avec sur cette montagne des bouctins aux grandes cornes. Je suis émerveillé par leur agilité. J'ai peur parce qu'il y a des petits bouts de rochers et des cailloux qui tombent. à chaque fois qu'ils touchent le sol. Mais ça ne les inquiète pas. Ce sont les rois de la montagne. Je les observe de loin. Ils ne me voient pas. J'ai froid. Eux.
- Speaker #9
non pas froid. Et c'était de se poser après le déjeuner sur les pierres devant la maison, des grosses dalles, et de voir passer ce qu'on appelle les petites rapiettes, c'est-à-dire les lézards un peu gris, qui petit à petit on arrive à domestiquer. Mais le plus gros défi en étant enfant c'était aussi d'apercevoir les gros lézards verts qui étaient beaucoup plus colorés et depuis mon enfance j'ai toujours été émerveillée par... par ces reptiles, par leurs couleurs parce qu'ils étaient plus gros, ils étaient plus cachés. Et voilà, il se trouve que cet été, par hasard dans la maison de mon oncle, en passant, il y avait un arrosoir à moitié plein d'eau et un énorme lézard vert inerte dans l'arrosoir. Il ne bougeait pas, j'ai donné un coup de pied dans l'arrosoir, le lézard ne bougeait pas donc j'ai présumé mort. Mais je me suis dit quand même, allez je le... Je vide l'arrosoir et je le pose par terre. Et j'ai renversé l'arrosoir, le lézard s'est posé par terre et au bout de peut-être 5 secondes, j'ai vu, alors c'est pas ses poumons mais les côtés, tout doucement commencer à respirer et puis il est reparti. J'ai eu une grande satisfaction à faire ça et ça m'a vraiment plu d'aller voir ce lézard qui partait.
- Speaker #10
Une fois où j'étais allée nager au lac de Vouglans, un très beau lac dans le Jura, et je nage bien donc j'étais allée nager assez loin. J'étais partie loin et loin dans le lac je vois qui se débattait dans l'eau une abeille. Et je ne pouvais pas me résoudre à la laisser là. Donc elle était vivante mais voilà elle était mouillée. Ça ne se passait pas très bien pour elle. Donc j'ai pris l'abeille sur ma main, sur une de mes mains. J'avais un petit peu peur qu'elle me pique mais bon. Et donc elle est tout de suite, elle s'est un petit peu accrochée à ma peau. Et je suis rentrée en nageant tant bien que mal d'une main et avec mes pieds, tout doucement vers le bord. Elle n'a pas bougé, elle était accrochée à ma main. Et quand on est arrivée au bord, eh ben, elle est repartie. Voilà. Donc ça, c'était un moment où j'ai pris soin d'un autre vivant, tout petit, tout modeste, mais envers qui, en tant qu'humain, je sens une grande responsabilité. Et pour ne pas dire culpabilité, même si ce n'est pas moi personnellement qui tue les abeilles. Donc voilà, pour aider cette petite créature indispensable à rejoindre la terre ferme.
- Speaker #11
J'ai fait mon année d'Erasmus en Suède, juste à côté de Stockholm, dans une ville qui s'appelle Flimminsberg. Et j'étais logée dans une résidence étudiante qui était un petit peu à l'écart de la ville. Et cette résidence étudiante avait la particularité d'être en plein milieu des bois, en plein milieu de la nature. Et un soir, donc en rentrant de soirée vers 3h du matin, en plein hiver, il devait être au mois de janvier, février peut-être ? Je marchais dans la neige pour retourner à ma chambre étudiante et j'ai croisé des élans. Je marchais et puis d'un coup, j'ai senti une présence. J'ai eu un petit peu peur parce que toute seule dans la nature en plein hiver à 3h du mat', ça m'a un petit peu inquiété sur le coup. Et ensuite, j'ai vu ces élans qui s'étaient arrêtés parce qu'eux aussi ont eu peur, qui me regardaient sur le chemin et c'était complètement magique de voir... Les animaux qui étaient là avec la lumière de la lune qui se reflétait sur la neige, la luminosité très particulière qu'il y a dans ces cas-là, le son aussi qui est très particulier quand il y a beaucoup de neige. Et puis on s'est regardé un petit temps, ils ont continué à grignoter trois branches d'arbres et puis ils sont partis. Et moi j'étais vraiment complètement émerveillée de les avoir vus. Ça faisait vraiment un conte de fées quoi, la lumière, le son, la neige et puis les élans et moi toute seule en pleine nuit. C'était un moment magique et je ne crois pas avoir ressenti un moment magique comme ça dans la nature. Enfin aussi magique que ça en tout cas, je ne suis pas certaine de l'avoir autant ressenti qu'à ce moment-là qui était vraiment très particulier. En 2014,
- Speaker #12
j'avais fait un stage long au Canada. On est dans un parc national en Nouvelle-Écosse, au parc national de Kedjimikutjik. J'étais sur des missions d'observation de populations en voie de disparition, en voie d'extinction, en tout cas protégée. Et donc notamment on allait beaucoup sur les lacs. Donc on passait pas mal de temps, j'avais un binôme avec moi sur le canoë à parcourir les lacs parce qu'on suivait une population d'oiseaux qui s'appelaient des plongeons accruillés. Et je me souviens de ce jour où, quand on allait en forêt, on y allait pour plusieurs jours, on bivouaquait, on passait des heures sur un même lac à faire un peu le tour, à aller au milieu. Vraiment avec nos grosses jumelles, c'était très compétitif finalement comme activité. Et je me souviens de cette fois où, plein milieu du lac, peut-être, très loin des rives, il y a quelque chose qui nage. Tout petit truc. En tout cas de loin ça nous paraissait vraiment tout petit. Et donc on s'approche avec mon binôme qui était derrière, moi j'étais devant. On s'approche et en fait on s'approche, on s'approche et on voit un petit écureuil qui est en train de nager. Qui est je ne sais pas peut-être à 50 mètres de la première rive. On a vraiment été étonnés. Moi notamment je ne savais pas que les écureuils savaient nager. Et j'étais encore plus surprise et je me disais mais... Je ne sais même pas ce que je me suis dit. On était vraiment dans la contemplation et je me souviens que mon binôme derrière a mis sa pagaie. Parce qu'à partir du moment où l'écureuil a vu qu'on allait vers lui, il s'est mis à aller vers nous. En mode peut-être, j'imagine ça maintenant, peut-être que je vais pouvoir monter sur quelque chose plutôt que d'être dans l'eau, je ne sais pas. Et donc mon binôme met sa pagaie et à ce moment-là l'écureuil saute sur la pagaie. Je revois vraiment la scène, il saute sur la pagaie, il saute sur le bateau. Et moi à l'avant, il me saute sur l'épaule, il parcourt mon corps et il va se mettre sur ma longue vue qui était juste devant moi, à l'avant du canoë. Et là, il se tourne vers moi, il est tout mouillé, il s'arrête, il me regarde. Je vois son corps qui se remplit d'air et se déremplit d'air, il était essoufflé. Je vois son corps comme ça, il était vraiment à 20 centimètres de moi en fait. à me regarder et vraiment cette mini rencontre, parce que ça a duré 10 secondes après les retourner dans l'eau en fait. Et je me suis dit, peut-être que si on n'avait pas été là il aurait été essoufflé, il aurait été... Mon gnome après m'avait expliqué que c'est possible aussi que les rapaces les chopent pour se nourrir. L'espace d'un instant, il a eu un moment de répit parce qu'on était là Il est reparti et je trouve que c'est ça l'histoire de Vivant en fait. C'est juste des rencontres qui n'ont absolument aucun but en soi. En fait on ne pourra pas le savoir. Assez fascinant de se dire que c'est juste parce que de Vivant à un endroit, potentiellement il y a une entraide mais elle est très subtile, elle est très faible. Et cette faiblesse elle est vraiment belle à observer.
- Speaker #0
Voilà. Chaque histoire, chaque rencontre entre l'homme et l'animal nous invite à réfléchir à notre propre relation avec les autres êtres vivants qui partagent notre planète.
- Speaker #1
Elles éveillent en nous des émotions profondes, l'émerveillement, le respect, parfois même la crainte comme nous avons pu l'entendre. Pourtant il serait dommage de ne rester que des observateurs. sans comprendre que nous faisons partie d'un tout dans lequel nous sommes tous interdépendants.
- Speaker #0
Ces témoignages sont donc une invitation à repenser notre place dans le monde et à agir pour préserver la beauté et la diversité de la vie qui nous entoure.